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 Voyez-vous une pomme sur l'image ?

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MessageSujet: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Jeu 7 Aoû - 4:09

« Ne rentre pas trop tard. »

Geetali jeta un furtif regard par-dessus son épaule, la silhouette d’un père à l’inquiétude excessive obscurcissant un instant son œil. Les commissures des lèvres subitement capricieuses, elle agita négligemment la main, l’air de soutenir qu’elle ne se ferait pas attendre, et sortit de la petite maison sans s’attarder davantage. Telle une politesse usuelle. La famille Anavi s’y complaisait, peut-être par faiblesse ; du reste, chacun savait pertinemment que la jeune femme ne serait susceptible de regagner le domicile qu’une fois deux heures du matin passées. Le sommeil n’avait pour elle rien d’attirant, aussi lui préférait-elle l’errance, la découverte et le danger. Aujourd’hui encore, elle projetait de plonger tout entière au plus profond de ces trois charmes.

Midi approchait. Geetali arpentait les ruelles, à l’occasion dangereuses, mais non moins familières. Elle arborait le genre de tenue habituel, mélange de noir et de pourpre. Cette fois, un ruban retenait prisonnière sa longue chevelure, laissant quelques mèches sombres déchirer ça et là son front pâle, au gré de la brise qui accompagnait, frémissante, l’agitation progressive du quartier. Des appels retentissaient parfois, une voix tantôt grasse, tantôt sableuse, rien ne la retint cependant, puisqu’elle disparut bien vite au détour d’une autre ruelle.
Pour déboucher sur une petite place circulaire qui accueillait quelques étalages de fruits, légumes et autres babioles sans vraiment de valeur. Les murs – que l’on pouvait franchir pour atterrir derrière – étaient recouverts d’amples tissus au beige crasseux, à se demander s’il ne valait pas mieux les retirer afin de faire meilleure figure. Quoique cela ne fût pas la principale préoccupation des marchands occupant ce type de lieu.
Il y avait pas mal d’espace, mais on se bousculait ; un effleurement pas toujours innocent, une brusque poussée et le poids d’une bourse qui s’allégeait. Ainsi que la vocifération d’un marchand à qui l’on venait de voler une pomme. Dès lors, tout allait toujours très vite. Il s’agissait d’un adolescent, à la tignasse brune ébouriffée, très pauvre comme en attestaient ses vêtements rapiécés. Dans sa main, une pomme golden, qu’il semblait pourtant tenir à bouts de doigts. Dommage pour lui. L’œil sanguin de Geetali avait été attiré par l’éclat jaune du fruit. Il lui fallut simplement étendre la jambe ; le jeune garçon s’étala de tout son long sur le sol, lâchant la pomme par la même occasion, qui fut habilement réceptionnée par la jeune femme. Celle-ci entendit un craquement et se retourna en conséquence, croisant le regard du marchand volé. Il s’appuyait désespérément sur son comptoir de fortune, empli d’espoir, l’air de croire qu’elle lui rendrait docilement son bien. La première réaction de Geetali fut d’arquer un sourcil incrédule, avant que le coin de ses lèvres ne s’ourlât en un sourire moqueur. Un rire bref qui n’atteignit pas ses yeux, et la voilà qui repartait, sans se soucier ni du garçon qui se relevait péniblement, ni des protestations du marchand. Elle avait récupéré une pomme : désormais, celle-ci lui appartenait. Et quelle belle pomme ! Malheureusement, elle n’eut pas le loisir de s’extasier davantage. Quelques pas ; elle prit rapidement conscience que deux hommes – dont le marchand - … non, en réalité quatre, nourrissaient comme dessein de la poursuivre. Une moue dédaigneuse pinça aussitôt les lèvres de Geetali. Elle embrassa les alentours du regard et opta précipitamment pour le mur qui se dressait à quelques mètres en face d’elle.

« Arrêtez-la ! »

Levant d’abord les yeux au ciel d’exaspération, elle se mit ensuite à courir droit devant, sans bousculer personne, avant de bondir et agripper d’une poigne tenace le tissu poisseux recouvrant le mur à gravir – la pomme résidait toujours dans son autre main. Elle ne put déployer la force de ses jambes : impuissante, elle sentit soudainement le large rideau fondre sur elle. La jeune femme ne craignait pas le vide et, de ce fait, se vit largement tomber, apercevant par la même occasion le voleur de pomme, qu’elle avait accessoirement volé à son tour. Geetali fronça le nez de mépris. Il avait osé tirer pour la faire chuter avec le tissu.
Quelques secondes plus tard, elle se trouvait en effet au sol, ou presque. Elle était assise, le corps allongé du jeune garçon en guise de siège. Celui-ci n’avait pas pu s’écarter et s’était retrouvé littéralement écrasé, après avoir vaguement entendu un « Reste donc là, on est dans la même merde, mon grand. »
Manque de chance, la pomme avait roulé à quelques pas de là, mais il était pour l’heure impossible de s’en soucier. Les quatre hommes encerclaient les voleurs, deux devant, deux derrières. L’un de ces derniers s’apprêta à saisir Geetali par l’épaule, lorsqu’elle déploya gracieusement son éventail, s’éventant en conséquence. De prime abord, du moins. L’homme ne parvint pas à la toucher, et sembla plutôt se débattre avec un insecte invisible. Rien d’autre que de petites rafales envoyées par la jeune femme afin de se défendre. Jeune femme qui ne tarda pas à déclarer, faussement courroucée :

« Ma pomme, messieurs. »

Ses yeux aux paupières mi-closes glissèrent sur le marchand qui avançait, menaçant :

« J’ai provisoirement mis hors d’état de nuire un voleur qui œuvrait sur votre marchandise. Vous auriez pu me céder ce fruit en récompense. », elle éleva une main à son front, tragédienne, et reprit non sans moins de comédie, « Ciel ! Quelle ingratitude ! »

Le marchand stoppa son avancée, bêtement surpris par le langage employé, et finit par se tourner vers la pomme en question, immobilisée sur le sol. Geetali fit de même. Tout ce cirque pour une boule jaune à pépins. Mais elle se trouvait encore trop près de chez elle pour se faire gravement remarquer, et son errance commençait tout juste. Autant régler les choses en douceur. L’adolescent remua sous elle, qui lui plaqua durement la tête contre le ciment, sans détacher son attention de la pomme. Il y avait une paire de pieds près de celle-ci. Lentement, la jeune femme fit remonter un regard placide le long des jambes auxquelles ces mêmes pieds étaient rattachés, pour apercevoir…

[Réservé]
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 0:07

D’abord un pantalon.
Oui, il est, de nos jours, préférable de s’en vêtir pour éviter quelques malencontreuses altercations ou conflits de mœurs. Souvent, l’on agence le vêtement avec un autre pour couvrir le haut, mais ici, il fut plutôt question d’une ceinture, en introduction à la suite bien sur. La suite cependant, en fut une surprenante. Attention. Il ne s’agissait point d’une chemise, ni d’un t-shirt, ni d’un veston ou ni même manteau, mais bien de la continuation du dit pantalon car, en vérité, pantalon la chose n’était guère! Et non. Vu d’ensemble?
Voyons voir. Dans une combinaison typique de Sentinelle, sur laquelle le pourpre se mariait au noir, un homme. Une heure plus tôt, il s’en était couvert, lui qui de ses vêtements de civil s’était d’abord découvert. Logique… L’heure, alors, était à la hâte. Des pirates avaient été repérés près d’un petit marché, c’était l’occasion de les surprendre en pleine opération contrebandière. Le Sous-chef de la Brigade, accompagné de deux hommes, se mit en charge de la mission. Ainsi s’étaient-ils tous trois retrouvés dans leur combinaison, dans leur chasseur, dans le ciel.

-Parkins, surveillance aérienne. Gelli, vous descendez avec moi.

Deux chasseurs se retrouvèrent sur un toit et en émergèrent deux pilotes, l’un en pourpre, l’autre en indigo. Un signe de main suffit à indiquer à la Sentinelle la direction qu’elle devait emprunter. D’abord, tout se passa bien. L’homme demeuré en vol indiquait aux deux autres les déplacements des pirates et ces deux autres s’y retrouvaient aisément, en bas, malgré les gens. On jouait du coude, on bousculait, on se faufilait le plus rapidement possible… Après tout, on y était habitué, entraîné même. Donc, ainsi se déroulèrent les choses les premières minutes, jusqu’à la coupure.

-Parkins, où sont-ils? … Parkins! … Parkins, me recevez-vous? …

Visiblement pas. Le casque couvrant la tête du Second fut brusquement retiré et le visage qu’il découvrit traduisait un évident sentiment de frustration. Qu’importait la raison de cette subite interruption, il fallait désormais agir seul. Une fois un violent coup de casque envoyé sur le mur, Guillaume Vollmer, chef de cette mission, eut les esprits clairs. Si clairs même, qu’il en fut sans doute ébloui puisqu’il n’eut aucunement conscience des regards qui s’étaient fixés à lui, ceux de quelques passants curieux.
D’un pas pressé, l’homme décida finalement qu’il serait plus sage, et surtout plus logique, de retourner vers son véhicule. Après tout, il n’avait plus aucun repère quant aux déplacements des pirates et puis, de là-haut, il pourrait aisément rattraper le temps qu’il perdait en ce moment même. Et qui sait, peut-être Gelli était-elle parvenue à en attraper, ou au moins à en identifier quelques-uns.
Alors on respire. C’est ce que s’efforça de faire Guillaume, luttant contre l’envie de poursuivre des fantômes rien que pour le plaisir de le faire et surtout, pour la chance, même infime, de pouvoir en boucler un. Casque sous le bras, il entreprit de retourner au point de départ, prenant une ruelle à sa gauche, puis une autre à sa droite. La pression tombait, il oubliait ces pirates, songeant plutôt à sa sortie avec la jolie actrice ce soir… Comment s’appelait-elle, déjà? Guillaume haussa les épaules, se mit à siffler gaiement. Il finirait tôt par le savoir, de toute façon. De la bulle qui s’était formée autour de lui il sortit soudainement, en tournant un coin, et se retrouvant du coup devant une scène assez comique. Un classique… Une scène de vol.
Guillaume choisit de garder le silence et observa, demeurant légèrement à distance. Pas de chance, c’est la scène vint à lui et, de figurant, il sentit qu’il devrait passer à interprète bientôt, alors qu’il baissait les yeux vers une petite boule jaune, bien innocente, qui venait de buter contre le bout de son pied. Si elle avait pu parler, Guillaume songea que cette pomme aurait sans doute appelé à l’aide.

-Monsieur le soldat! Monsieur le sentinelle soldat!

Guillaume n’osa pas regarder tout de suite, s’obstinant à concentrer toute son attention sur le fruit. Et puis en plus, c’était trop bête, de l’appeler comme ça, « soldat », quel con. Le con en question portait un tablier crotté et se balançait d’une de ses petites jambes à l’autre, bras écartés vu son imposante bedaine. Quelques pas l’essoufflèrent. Il reprit son souffle à moitié.

-Monsieur le soldat sentinelle! Il pointa le duo de jeunes gens entourés des trois autres hommes et commença à s’expliquer, haletant. Y’a le p’tit gars… qui a volé la pomme… qu’est dit la fille… mais que elle… elle a pas rendue la pomme…

La Sentinelle posa les yeux sur le garçon écrasé par la fille. Il avait tout l’air d’un pauvre, celui-là. Plus que la fille. Ne disant mot, Guillaume se pencha, ramassa la pomme et la laissa tomber face au marchand, qui la rattrapa de justesse.

-Merci m’sieur.… le soldat… mais… mais…

Ne portant nulle attention au bonhomme, le Second s’approchait de l’adolescent et de l’autre comédienne. Il s’arrêta près d’eux, à côté d’un des hommes, et porta ses mains à ses hanches, fixant d’un œil songeur le couple de voleurs. Autour de lui, on attendait le verdict. La plupart s’imaginaient que la Sentinelle se montrerait sévère dans son jugement, que les deux mômes finiraient dans une prison, et c’était tant mieux, se disaient-ils. Nul ne se doutait qu’en fait, alors qu’il affichait cet air concerné, Guillaume se demandait quels genres de sous-vêtements la belle actrice porterait.

Elle en porte peut-être pas… Songea-t-il.

-Bien! finit-il par déclarer d’un air décidé, Et bien c’est simple.

Simple, ah oui!?! Interrogèrent d’abord bêtement les yeux des curieux qui avaient tout suivit avec grand intérêt.

-Ces deux jeunes gens rentreront avec moi à la Tour Mirage et, ils y seront…hum, jugés… justement.

Instant de doute. Tour Mirage? Jugés? Ouais… Ça devait être ça, « punition », pour les Sentinelles… On acquiesça vivement dans la foule. « V’là pour les malfrats! » « Ouais, tant mieux pour eux! » « Alors tu vois, c’est ce qui arrive aux petits voleurs, alors ne vole jamais ou tu seras amené par un Soldat! » « Bien fait pour eux! » « Vive les pommes ! » Et finalement, ne sachant plus trop pourquoi ils se trouvaient là, les gens se dispersèrent et reprirent leurs occupations. Guillaume s’était rapproché des deux accusés.

-Je suis le Sous-chef Guillaume Vollmer de la Brigade anti-piraterie, lança-t-il machinalement avant de poursuivre d'un ton plus naturel, Alors c’est pas compliqué. Vous me suivez et tout ira bien. Vous aurez même droit à une pomme chacun… si vous êtes gentils. Fit-il d’un air moqueur avant de poursuivre son chemin.

Il avait beau se foutre complètement du dit jugement de la Tour Mirage ou du sort de ces deux minus, il n’en garda pas moins un œil attentif sur eux, déterminé à ne pas les laisser filer. Pas tout de suite, du moins.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 2:36

Ascendant, le regard placide ne tarda pas à s’assombrir, à mesure qu’il découvrait l’objet de son observation. L’habit venait d’être identifié, un constat fort peu réjouissant, qui valut à la jeune femme un bref rictus de dépit. Il régnait comme une mauvaise odeur de poisse dans l’air, non ? L’éventail, à l’ombre d’un instant, battit l’air un peu plus vite, avant de se replier brusquement et de retrouver sa place à la ceinture de son propriétaire. L’homme qui se débattait précédemment derrière elle put ré-adopter une attitude convenable et ainsi s’intéresser à la scène, conscient qu’il était maintenant inutile de se préoccuper de la « voleuse » – cette sentinelle, brave et dévouée, s’en chargerait à sa place d’ici peu.

Passablement ennuyée, Geetali se détourna un moment, comme s’il lui avait fallu se défaire de la vision d’imbéciles afin de pouvoir réfléchir correctement. Fuir tout de suite ? Ce serait trop facile.
… Ou peut-être pas. Elle reporta son attention sur la sentinelle, la détailla, et finit par esquisser un minuscule sourire, piquée à vif par le désir subit de s’éclipser, rien que pour voir. Elle se fichait bien de ce qu’elle pouvait devenir alors, se faire emporter docilement ne suivant pas réellement la lignée de ses principes. Puis, elle parut pensive, moue indécise. Elle pouvait également s’y prendre tout autrement. Mais ses réflexions furent interrompues par les paroles maladroites du marchand. Tentée de le corriger, elle s’abstint pourtant, ses traits regagnant leur habituelle expression d’incrédulité finie. Alors que la sentinelle approchait, elle sentit le premier voleur – et l’unique, enfin ! – gesticuler de plus belle, vraisemblablement craintif. Allons, allons, qu’allait-il faire pour une pomme, hein ? La sentence tomba, et Geetali, durant une fraction de seconde, en parut interloquée. Quoi ? On allait l’emmener devant un groupe de personnes en vue d’un jugement pour… vol de pomme ? Elle aurait pu sortir hilare de cette constatation, mais c’était sans compter l’approbation insolente de ceux qui les entouraient, et qui lui fit pincer les lèvres d’agacement. Du grand n’importe quoi. Mais après tout, cela restait un vol, n’est-ce pas ? Blasée, elle leva un regard sans éclat sur la sentinelle qui s’était présentée. Sous-chef de brigade.

« Bien ma vaine. », maugréa-t-elle tout bas.

La suite s’avérait d’ores et déjà plus intéressante. Vous me suivez et tout ira bien.

« Ca veut dire que si je ne vous suis pas, tout ira mal ? », renchérit-elle avec une pointe tout juste perceptible d’excitation dans la voix. Et l’autre voleur qui remuait de plus belle, peu désireux d’adopter la provocation comme solution. Elle l’avait pensé un peu plus tôt : soit elle fuyait, soit elle s’y prenait différemment. Hors de question de laisser à cette arrestation un aspect fade. Alors, elle se redressa avec souplesse, sans tenir compte du soupir de soulagement qui venait de trembler entre les lèvres du jeune garçon. On ne lui accordait plus aucune attention désormais. Dire que ces gars supportaient pour la plupart les pirates qui étaient eux aussi des voleurs, grossièrement parlant. Il suffisait qu’on volât chez eux pour modifier leur position. Ce phénomène bien connu de la jeune femme lui valut l’apparition d’un sourire amère. C’était toujours la même chose : chez les autres, mais pas chez moi.

Ce fut ce moment que choisit un vieillard, enveloppé dans une toge brune aux bordures effilées, pour tourner la tête vers elle. Le genre de personne qui connaissait tout de tout le monde, ayant vécu assez longtemps, construit au fil des années un inestimable inventaire. Il la dépassa lentement, dos vouté, appuyé sur sa canne qui tremblotait. Elle put l’entendre articuler de sa voix souffreteuse :

« Encore des ennuis, ma petite Geetali… Papa ne va pas être content… »

Puis un rire, aussi enfantin que fané, l’air de dire « Roulez jeunesse ! »
Sans vraiment lui accorder d’importance, la jeune femme réajusta ses lunettes d’une sèche poussée de l’index, et marcha sur les pas de la sentinelle. Comme le premier voleur, elle furetait, espérant sans doute trouver une occasion de s’enfuir. Ce qui lui arrivait présentement était stupide, et l’empêchait de s’adonner à son activité favorite. Franchement, elle risquait sérieusement d’être châtiée pour si peu ? Ce n’était même pas elle la voleuse, à l’origine.
Lasse, Geetali s’empara encore une fois de son éventail et se mit à jouer avec, le manipulant entre ses doigts avec agilité. Peut-être lui servirait-il ? Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir.
Elle accéléra l’allure afin de se trouver à la hauteur du sous-chef de brigade et interrogea :

« Dites, ça va durer combien de temps toute cette connerie ? »

Oui, parce que subitement, elle voulait bien faire mine de devenir la petite fifille modèle à son papa, du genre qui ne rentre pas trop tard. Plus sérieusement, elle ne désirait pas y passer la nuit, alors autant s’enquérir des données nécessaires. Quant au langage adopté… Eh bien, là encore, simple manière de tâter le terrain. Une personne importante que ce Guillaume Vollmer, mais une personne avant tout. Le respect alors n’était pas de mise – elle avait au moins la décence de le vouvoyer, au plus grand malheur de l’autre voleur qui s’en mordait les doigts. Leur attitude, par ailleurs, offrait un amusant contraste. La peur chez l’un, l’indifférence chez l’autre. Aucune raison de craindre pour cette dernière, tant qu’elle y trouvait son compte.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 4:06

-Mouais c’est ça… lâcha Guillaume d’un ton désintéressé.

Tout irait mal.

-Accusé d’un vol de pomme, c’est pas si pire, commença-t-il en arborant de nouveau un sourire en coin, mais accusé de tentative de fuite et de désobéissance à une Sentinelle, alors là… Il baissa les yeux vers la fillette-pas-si-petite-finalement en haussant un sourcil, c’est autre chose... Il haussa une épaule, reporta son attention devant lui, À toi de voir!

N’ayant point plus de temps à perdre dans ce trou à rats, il avait sans tarder reprit sa route et manqua donc l’apparition du vieux truc ambulant. De toute façon, il avait bien d’autres choses en tête, comme un éventail de modèles de soutiens-gorge et de petites culottes. Pervers, lui? Mais non, mais non, seulement un peu… préoccupé. C’est la vie. Il allait se remettre à siffler, en hommage aux belles images qui défilaient dans sa tête mais, fut interrompu dans son élan d’inspiration. La petite l’avait rejoint. Qu’est-ce qu’elle lui voulait, la sale gosse effrontée… Il ne prit pas la peine de la regarder, garda la tête droit devant. Ils se rapprochaient de l’immeuble où le chasseur avait été stationné. Enfin.

-Pas longtemps. Les voleurs dans votre genre, c’est pas ce qui nous intéresse. Je dois seulement-

Guillaume s’interrompit soudainement, s’arrêta et fit volte-face. Le gamin tentait de s’enfuir. Un tic agita brièvement un côté du visage du Sous-chef, crispant ses traits en une grimace agacée. Il fit face à l’autre et, sérieux mais pas insistant ni menaçant, partagea ce conseil alors que le plus petit déguerpissait derrière :

-Si j’étais toi, j’éviterais de tenter quoi que ce soit qui pourrait m’attirer de plus gros ennuis. Ce serait dommage de coffrer quelqu’un qui a… il chercha le bon mot, du potentiel. Il jeta un coup d’œil au gamin. Contrairement à d’autres…

Et sans s’attarder davantage, il s’élança à la suite du fuyard, qu’il rattrapa si rapidement que le pauvre garçon hurla d’effroi en sentant la poigne de la Sentinelle sur son épaule. Zigzags parmi le peuple, un saut par-ci, un autre par-là, et le tour était joué, un peu trop facilement. Mais Guillaume s’était éloigné. Tenant le gamin tremblant d’une main, il se retourna vers l’endroit où il s’était tenu quelques secondes plus tôt. La jeune fille n’y était plus.

-Punaise. Dit-il en articulant particulièrement bien, malgré sa mâchoire dont les muscles s’étaient contractés sous l’effet de la frustration.

Vivement, il se retourna vers le gamin et lui parla avec empressement et sans délicatesse.

-Comment tu t’appelles!

L’autre répondit en balbutiant un nom qui ne s’associa à aucun de la banque de données que contenait la faramineuse mémoire du Second.

-Très bien. Alors tu vas être gentil, tu vas te dégotter un boulot et gagner honnêtement ton argent pour ne plus jamais me faire perdre mon temps avec des histoires de vols de pommes. Compris!?

Le garçon acquiesça vivement et, dès que l’homme l’eut lâché, déguerpit à toute vitesse et disparut parmi les gens. Guillaume, de son côté, reprenait sa course, filant droit dans les pas de la fugitive. Il n’avait aucun doute. Il savait qu’il la rattraperait, il en avait la certitude, aussi cette certitude le mena-t-elle à quelques mètres de la jeune fille en fort peu de temps. Il se retint de l’attraper par les cheveux de justesse. Elle avait beau être une voleuse, elle était tout de même une jeune fille censée… Il chassa vite fait cette pensée de ses esprits, mais empoigna tout de même le bras de la miss en la forçant à s’arrêter, comme il le fit lui-même.

-Je te l’avais dit.

Il prononça ces mots avec froideur et, sans attendre, s’engagea vers la bâtisse qui leur faisait face après avoir lâché la jeune fille. Probablement sans le savoir, elle s’était dirigée droit vers le chasseur, stationné trop haut pour qu’on ne le voit de la rue, mais bien là, tout juste au dessus de leurs têtes.

[j'ai essayé de me fier à ce qu'on s'est dit mais, si y'a quelque chose qui cloche, n'hésite pas à me le dire, j'éditerai.]
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 5:44

Tentative de fuite et de désobéissance à une Sentinelle. L’idée avait précautionneusement été rangée dans un coin de la cervelle. Il n’avait pas idée de la tenter comme ça.
Du reste, il n’y eut aucune réaction à son impolitesse. Tant pis ou tant mieux, peu importait, elle ne fuirait pas et se contenterait d’être insolente sur la route, juste pour la forme. C’était sans compter l’événement suivant. Tranquillement, le regard sanguin de Geetali glissa sur le côté, suivant plus ou moins attentivement la progression du premier voleur qui tentait de se faire la malle. En voilà un qui n’avait pas froid aux yeux. Et qui choisissait mal, très mal, son moment. Il savait pourtant que sa visite à la Tour Mirage ne serait pas longue ; de plus, un vol si peu important ne devait pas valoir de sanction trop sévère. Mais non, il s’enfuyait, le petit. Et l’autre bonhomme croyait bon de l’avertir. Elle ne lui retourna qu’un sourire railleur avant qu’il ne partît. Un simple sourire, mais non moins éloquent : force était de constater qu’il n’était pas elle. Le dictionnaire intégré de Geetali n’associait pas le verbe dissuader au fait d’avertir. Braver les interdits s’avérait être une véritable obsession, presqu’un automatisme, et ce fut dans un souffle que ses mots tombèrent :

« Potentiel mon cul. »

Sans tarder, elle rengaina son éventail – dont elle n’aurait en définitive pas besoin – et se mit à courir dans la direction opposée de celle du gamin. Elle crut percevoir son hurlement, s’en délecta, accéléra peut-être la cadence de sa course, sans excès cependant. Si la Sentinelle était persuadée qu’il réussirait à réduire la distance qui les séparait, Geetali avait également la certitude qu’elle se ferait attraper. Trop tentant. Tout irait mal. Inutile alors de s’embêter dans l’espoir de réellement le semer. Elle pouvait courir plus vite, dresser des obstacles à l’aide du vent, mais n’employa rien de tout cela. Elle se contenta de progresser à travers la population, bêtement, l’air fouettant son visage encore trop mollement à son goût. Des caisses, qu’elle franchit par saut, la ralentirent parfois ; on s’offusquait, d’abord peu, puis beaucoup. Geetali jeta un regard en arrière, et ne put nier sa surprise lorsqu’elle le vit tout près. Déjà ? Boh.
Sans délicatesse, elle fut propulsée en arrière car fermement retenue par le bras. La jeune femme tourna aussitôt les talons, se retrouvant de nouveau face à la Sentinelle.

« Ça se saurait s’il suffisait d’avertir. », nargua-t-elle incontinent.

Etrange impression. Dire que quelques secondes plus tôt, elle était encore en train de courir. C’avait été plutôt rapide, et bien que cela fût prévu, la jeune femme flottait encore dans la surprise. Elle préférait définitivement les vraies courses-poursuites. Avec les chutes, les obstacles imprévus, les impasses insolentes. Soit. Elle resta un instant immobile, puis daigna enfin suivre la Sentinelle sans rechigner. L’homme l’avait lâchée, elle aurait pu croire qu’elle était libre. En fait, il transpirait l’assurance, mais quoi de plus normal que d’honorer son rang ? Négligemment, Geetali se massa la nuque. Histoire de récapituler : après un vol – indirect – de pomme, elle avait désobéi à une Sentinelle en fuyant. Concrètement, qu’est-ce que cela lui apportait ? Une petite découverte de plus. Egalement un espoir – qu’elle savait vain d’avance – de craindre quelque chose. Il avait parlé de « coffrer », alors on l’enfermerait sans doute. Tant pis pour Papa et Maman. Qu’est-ce qu’on lui ferait, hein ? Elle avait besoin de frôler la mort pour se sentir vivante, nécessité cruellement ironique qui dictait le moindre de ses faits et gestes. A partir de là, il n’était pas difficile de deviner jusqu’où ses instincts suicidaires pouvaient la mener. L’adrénaline à forte dose, là se trouvait son plus grand plaisir – mais pas sa raison d’être.

Sur le trajet, Geetali garda le silence. C’était déjà plus naturel. Généralement, elle ne parlait que très peu, et selon les circonstances, s’adaptait : comme essayer de provoquer une Sentinelle qui se trouvait là. Ses cogitations coupaient toute parole, mais pour combien de temps ? La jeune femme préférait faire dans le spontané. Pour l’heure, elle entreprenait de poser un pied devant l’autre, sans remarquer qu’en effet, elle s’était elle-même un peu plus enfoncée dans la gueule du loup. De toute manière, cela revenait au même. Si elle se montrait docile, c’était parce qu’une sanction tomberait bientôt. Masochiste ? Non, non, de la simple curiosité. On pouvait s’étonner, ou pas, en considérant sa fuite comme une tentative désespérée, typique de tous les imbéciles sans talent qui, en vain, espéraient jusqu’au bout retrouver leur partielle liberté.

Entrés au sein de la bâtisse (que je te laisse décrire, hein =P) Geetali s’immobilisa, glissant une main dans ses cheveux. Elle allait monter dans l’une de ces conneries à réacteurs ? Elle dut se faire violence pour ne pas grimacer, de mauvais souvenirs s’imposant à son esprit. Avec un peu de chance, ils se feraient attaquer en vol. Ca, c’était chouette. Il n’y avait plus qu’à prier, pour une fois qu’elle désirait l’intervention des pirates…

Finalement, la jeune femme posa ses yeux sur la combinaison de môsieur Vollmer, puis sur les mèches turquoise encadrant son visage – sur lequel elle ne put vraiment mettre d’âge, laissant échapper une remarque qu’il lui fut impossible de réprimer plus longtemps :

« Sympa, l’agencement des couleurs chez les Sentinelles. »

Le genre de paroles qu’on devait en temps normal garder pour soi. En même temps, elle n’y pouvait rien, c’était par moments plus fort qu’elle. Loin d’elle pourtant l’idée de s’y attarder, Geetali questionna aussitôt :

« Et le vrai voleur, vous l’avez laissé filer ? Pas sûr qu’il s’y tienne… »

Et elle aurait tout aussi bien pu dire « Vous êtes laxiste. » Le ton employé en dévoilait davantage que les mots en eux-mêmes. Elle jouait avec le feu ? Précisément. Et si elle avait pour cela décidé de devenir un véritable moulin à paroles, alors, elle devenait un véritable moulin à paroles.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 7:40

Au rez-de-chaussée, personne. D’ailleurs, cette constatation se répéterait régulièrement dans les minutes à venir. L’immeuble dans lequel avaient pénétré Guillaume et sa « prise » en était un comportant une dizaine d’étages et dont les étages étaient divisés en appartements. La Sentinelle traversa le hall, partie du tout qui ne méritait pas plus d’attention que le reste. De la tapisserie jaune décolorée en décrépitude bordait les murs et un éclairage orangé rendu par un luminaire très partiel plongeait l’ensemble dans une ambiance un peu sinistre, genre films d’horreur. Des numéros de porte pendaient à l’envers car mal vissés, des mottes de poussière faisaient la course au moindre pas et, le manque de fenêtres donnait à l’endroit un parfum étouffant d’humidité et de pourriture. Guillaume n’en sembla nullement affecté. Encore une fois, la silhouette de l’actrice sans nom occupait sa pensée. Une obsession! Il faut dire que pour lui, la journée n’était rien de moins que routinière. Non en fait, moins que routinière, elle était banale et ennuyante, cette journée. Heureusement, dans peu de temps, il prendrait les commandes du chasseur qui dormait tout là haut et pourrait enfin libérer quelques gouttes d’adrénalines dans ses veines.
Ah tient, un petit tour en chasseur, ce serait bien pour tout à l’heure. Et puis, posés sur le toit du plus haut immeuble d’Anthélima, ils pourraient peut-être, l’actrice et lui…

« Sympa, l’agencement des couleurs chez les Sentinelles. »

Guillaume enfonça son index sur le bouton de l’ascenseur qui affichait une petite flèche vers le haut puis, se retourna lentement vers la binoclarde. Il sourit, affichant un air agréablement surpris et, posant ses deux mains sur sa combinaison, à la hauteur de son ventre, il jeta lui-même un regard sur le vêtement, prenant même la peine de tourner la tête pour voir de tous les côtés.

-Ouais!?

Il cessa son manège d’un coup, se tint droit de nouveau et retrouva tout aussi subitement un attitude flegmatique. Derrière lui, la porte de l’ascenseur s’ouvrit en émettant un joyeux « ding! » Guillaume fronça les sourcils et fixa la jeune fille. … Il se retourna et pénétra dans le petit habitacle. Le temps qu’elle y suive et cette fois, c’est le bouton du dernier étage, que Guillaume enfonçait longuement et d’un geste lent son index, y éprouvant secrètement un malin plaisir. À l’interrogation de la fille, il ne répondit rien, par choix, et aussi un peu par exaspération. Il n’aimait pas qu’on le remette en question. Ses actions, ses choix, bref, tout ce qui était le résultat de lui, de sa personne, fallait pas chercher à l’expliquer. Et puis elle n’était qu’une « accusée », qu’une cargaison, en d’autres termes, et du coup il n’avait pas à lui rendre des comptes.

« Ding! » L’ascenseur ouvrit sa grande gueule sur le toit. Vaste et rectangulaire, personne, encore. Et non, personne ne se faisait griller le nombril sur le toit tapissé d’asphalte. Pourtant, s’aurait été efficace…! Trônait cependant le fameux chasseur, petit vaisseau jaune et blanc, petit bijou technologique, machine infernale et divine à la fois, le chasseur. Le chasseur. Le chasseur.
Guillaume s’approcha du véhicule et enclencha un subtil mécanisme qui fit s’élever la vitre qui servait également d’ouverture pour monter à bord. De derrière son siège, là où un autre siège, beaucoup plus petit et dépourvu du tableau de bord et de la panoplie de boutons et de commandes dont celui de devant était chargé, le pilote sortit un autre casque semblable au sien. Il le lança à la fille, enfonça le sien sur sa tête et monta, prenant place à l’avant.

-Montez.

Il agita un petit interrupteur dans un coin du tableau.

-C1 à C2, vous me recevez?

D’un petit haut-parleur un bourdonnement se fit entendre, puis une voix.

-Chef c’est vous!?!
-Oui. Et la mission?
-Gelli a été blessée, un pirate. Je l’ai ramenée à la base et suis revenu avec un pilote, il a ramené le chasseur de Gelli et moi je vous ai cherché.
-Très bien Parkins, retournez à la base, l’opération est terminée.
-À vos ordres.

Gelli blessée… Saleté de pirates. Ravalant sa colère, Guillaume fit s’abaisser la visière de son casque en appuyant sur un truc puis se mit aux commandes de l’appareil. La vitre se referma lentement, le chasseur se mit à vibrer doucement et, ce qui servait d’appui au véhicule lorsqu’il était posé rentra dans les entrailles de la machine, des propulseurs permirent à l’engin de garder la même hauteur. Le décollage était imminent. Mais juste avant…

-Votre nom, c’est quoi?

Par la biais des casques, la communication était presque aussi claire que si l’on se trouvait l’un face à l’autre.
Prêt à décoller, Guillaume n’en garda pas moins le vaisseau immobile.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 20:27

Geetali passait outre le décor et l’odeur. Ça puait, c’était moche, sans surprise pour un tel quartier. Elle avait exécuté quelques pas pour rejoindre la Sentinelle près de l’ascenseur sans chercher à éviter les moutons de poussière ; son visage s’allongea imperceptiblement alors qu’elle assistait à une réaction plutôt incongrue. Drôle. Jusqu’où était-il possible d’aller comme ça ? Ses provocations ne semblaient pas avoir le moindre effet sur l’homme, toujours, elles glissaient sur lui comme de l’eau sur les plumes d’un canard. La jeune femme haussa les épaules alors qu’il se retournait et pénétra à sa suite dans l’ascenseur. Soit il réagissait bizarrement, soit il ne répondait pas. Que devait-elle comprendre ? Que sa question le laissait indifférent ou qu’elle le contrariait ?

Pensive, elle s’appuya sur le mur métallique, prenant progressivement conscience que la route risquait d’être ennuyante à mourir si môsieur Vollmer s’amusait à « laisser couler ». Oh bien sûr, il n’accomplissait que son devoir, mais si certains s’en contentaient amplement, d’autres, comme Geetali, ne pouvaient tout simplement pas s’en satisfaire, et détail que de savoir si elle était importante ou non. En clair, elle ne se résigna pas encore.

Au « ding ! », elle lui emboita le pas, pencha légèrement la tête sur le côté pour apercevoir le chasseur qui la transporterait d’ici peu. Eh bien. Plutôt joli comme joujou, qui pouvait vraisemblablement se poser n’importe où, ou presque. Elle n’avait vu personne dans l’immeuble, alors la présence d’un tel engin ne devait pas déranger.

Geetali stoppa sa marche à quelques pas du véhicule et attrapa le casque qu’on venait de lui lancer, le détaillant un instant, puisque c’était la première fois qu’elle se voyait dans l’obligation d’en porter un. Puis, sans plus de cérémonie, elle l’enfila et se hissa sur le siège arrière, n’appréciant que très peu l’étroitesse des lieux. Ça devait être plus amusant et confortable à l’avant, songea-t-elle sans émettre la moindre remarque. Plutôt, elle écouta attentivement la conversation qui débuta par le biais du haut-parleur. Un rire sec ne tarda pas à secouer ses épaules. Un pirate. Et une Sentinelle sur la touche. Oh, elle ne s’en réjouissait nullement, et sa réaction aurait été la même si les rôles avaient été inversés. Si officiellement elle soutenait les pirates, la vérité était en réalité tout autre.
Libérant un petit soupir, la jeune femme se cala plus confortablement contre le dossier de son siège, la vitre se refermant assombrissant brièvement la visière de son casque. Alors, ça y est ? Ils partaient enfin ? Non, pas tout de suite.

« Geetali Anavi. », répondit-elle en éprouvant l’efficacité du matériel. Elle l’entendait parfaitement, sans que le vrombissement de l’engin ne recouvrît sa voix.

Et si elle criait très fort… ? Pas brillant. La plaisanterie, pourquoi pas, sauf lorsqu’elle devenait mauvaise.
Ses membres commençaient déjà à s’engourdir. Rester assise n’était définitivement pas pour elle, aussi bailla-t-elle négligemment, s’étirant également dans la mesure du possible. Peut-être parviendrait-elle à ressentir une once de satisfaction s’ils volaient assez vite ? Une attaque de pirates lui semblait cependant être une meilleure option, même s’il devait y avoir peu de chances en de telles circonstances.

« Alors… », reprit-elle sans prévenir, détaillant avec suffisance le dos de sa main, « Vous chassiez des pirates ? Amusant de se dire qu’à la place, vous ramenez une voleuse de pomme qui n’en est pas vraiment une. »

Enfin, plus tellement. Désormais, elle était une voleuse de pomme qui, en prime, avait tenté de fuir l’autorité du sous-chef de Brigade. Mouaip, elle pouvait être fière. Ou pas. Du reste, plus le temps passait, plus elle avait l’impression que cette excursion chez ces messieurs ne lui apporterait strictement rien, même en matière de découverte. Ou plutôt, qu’un repérage en zone dangereuse aurait été préférable, plus divertissant. Si elle n’avait pas eu dans l’idée de fuir pour le provoquer, elle serait sans doute en train de s’y adonner à cet instant.

« Vous pouvez me parler de votre boulot ? », ajouta-t-elle, l’air de rien. « Ca m’intéresse. »

Ça sonnait surtout comme une envie de le faire parler – qui a dit inutilement ? Elle possédait quelques notions, rien pourtant qui ne l’avait poussée à approfondir durant ses plus jeunes années. C’était pareil dans tous les domaines, une subite perte de goût, une ambition enterrée. Néanmoins, il était parfois plaisant de découvrir un intérêt chez autrui, alors, pour l’une des rares fois où elle avait de la compagnie, elle ne se gênerait pas.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 8 Aoû - 23:39

Geetali Anavi. Le nom en tête, Guillaume fit s’élever la lourde mais flottante machine en ligne verticale. Un vrai ascenseur. Le toit de l’immeuble se fit de plus en plus petit et les nuages de plus en plus près d’eux. Devant, Anthélima commençait à s’étirer de tout son long, sous un ciel bleu et clair. Tout en manœuvrant, le pilote faisait défiler dans sa tête une liste de noms. Son corps se fondait presque parfaitement à l’engin volant lorsqu’il prenait les commandes, c’était devenu, avec le temps, aussi aisé de piloter que de boire une soupe. Heureusement, ce n’était cependant pas devenu aussi banal.
Il fit la sourde oreille au commentaire de Geetali à propos de la conversation qu’il venait d’avoir avec une Sentinelle. Pas surprenant. Guillaume n’avait plus tellement la tête aux petites culottes, mais il n’allait pas pour autant se sentir concerné par les bêtises qui sortaient de la bouche de cette enfant.
Le ciel, piste sans frontières, n’attendait que d’être déchiré par les puissants moteurs du chasseur. Le vaisseau enligné vers sa destination, il ne restait plus qu’à pousser le levier sur lequel la main gantée du Sentinelle était posée pour que le voyage ne commence véritablement. Guillaume jeta un coup d’œil sur un petit écran radar. Rien à signaler dans le ciel, si ce n’est un aérostat transport qui volait bien au-dessous d’eux. Plus la peine d’attendre, donc. … Mais manifestement, la passagère avait décidé de ne pas se taire, malgré le manque flagrant de sociabilité de son voisin de devant. La voilà qui jouait les intéressées. Guillaume se permit une petite démonstration sentimentale en levant les yeux vers le haut, mais ça, personne ne put le voir. Reste que l’action n’en fut pas moins satisfaisante. Il enfonça d’un mouvement vif le levier d’accélération et la chasseur partit en flèche, droit devant, tranchant les nuages et l’air.

-Nos activités principales consistent en l’arrestation des pirates et en l’intervention lors de pillages ou d’opérations illicites, commença le Second d’un ton explicatif, cherchant nullement à avantager son parti, mais bien à dire les choses comme elles étaient, Notre politique préconise la défense plus que l’attaque.

« Ding! Ding! Ding! » Ca y est, il avait trouvé. Adrien Anavi, le pirate. Il en avait entendu parler, pendant ses études. L’homme était « à la retraite », disait-on. Mais Guillaume avait du mal à croire que l’on pouvait ne plus être un pirate. Pour lui, être pirate, c’est davantage une affaire d’opinion et d’individu qu’un métier. Être Sentinelle aussi, d’ailleurs. Il jeta un coup d’œil au radar. Toujours rien. Un faux pressentiment peut-être?

-Pourquoi ça t’intéresse?

Était-ce l’ombre du tracas, qui l’avait ainsi fait passer du « vous » au « tu »? Peut-être bien oui, car Guillaume avait cette désagréable impression d’être épié, mais sans voir qui le voyait que lui ne voyait pas. Puisque le radar ne voulait rien lui dire, il chercha du regard par lui-même, tournant la tête à gauche puis à droite, vers le haut puis, « Attache-toi, si c’est pas déjà fait. » renversant l’avion d’un coup de poignet, il se retrouvèrent la tête en bas. Une tête énorme leur faisait face, une tête blanche aux yeux noirs et vides, une tête de mort.

-Punaise.

Il s’agissait d’un aérostat marchand piraté et largement modifié. Tout de même, avec le chasseur, ils pourraient les semer mais, plutôt que de fuir tout de suite, Guillaume redressa d’abord le petit véhicule, puis le positionna côte à côté avec le mastodonte. Attaqueraient-ils? Assurément, s’ils pouvaient en tirer quelque chose, mais les pirates savaient la capacité des chasseurs… Curieux tout de même, Guillaume poursuivit à vitesse plus basse à leurs côtés, jusqu’à ce qui ressemblait à une énorme toile d’araignée n’émerge d’une ouverture sur le flanc du vaisseau. Juste à temps, le chasseur se dégagea du filet.

-Punaise!

Une pointe de surprise dans sa voix, cette fois. Mais il n’eut point le temps de digérer cette première attaque que le feu était lancé sur eux. On cherchait visiblement à faire chuter l’appareil et non à le faire exploser, mais qu’importe, on tirait. Esquivant les coups, le chasseur se déplaçait avec célérité, tournoyant autour du géant pirate. Prêt à tirer, Guillaume se montrait patient et minutieux, il voulait viser juste, lui. Ce n’est que lorsque sa cible fut là où il souhaitait l’avoir qu’il n’enfonça le bouton de tir. Un projectile vint alors détruire l’aileron arrière de l’aérostat, qui se mit aussitôt à perdre de l’altitude. Sans plus attendre, Guillaume fonça droit devant, laissant les pirates à un atterrissage imminent.

-Vollmer à la base.
-Oui chef, à vous chef.
-Un aérostat marchand piraté va atterrir près du Temple.
-Très bien, on envoie des hommes.

La communication fut coupée, Guillaume reprit paisiblement son vol.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Sam 9 Aoû - 21:43

Les impressions de Geetali furent confirmées : môsieur Vollmer était un gros ballon. Elle se jetait dessus avec plus ou moins de délicatesse, rebondissait longuement et était aussitôt projetée en arrière. Bien qu’il fût tentant de creuser un peu plus, la jeune femme n’en fit rien, laissant donc croire que quelques précisions sur le travail d’une Sentinelle l’intéressaient. N’ayant pas besoin de se focaliser sur la route à emprunter, elle pouvait observer le ciel inoccupé à sa guise, d’un œil sans éclat ni entrain. Oui, c’était beau. Mais sentir le vent en prime devait largement améliorer l’impression qu’on en avait.

Finalement, elle trouva le spectacle ennuyant, monotone, et se prit d’intérêt pour l’arrondi de ses genoux, tout en écoutant les explications de Guillaume. Hm. En fait, elle savait plus ou moins tout ça, mais qu’avait-elle attendu de sa part ? A noter, que les Sentinelles préconisassent la défense à l’attaque, cela, elle n’en avait pas forcément conscience, puisqu’il ne s’agissait sans doute pas d’une évidence dans les quartiers malfamés. La chose principale que l’on retenait d’elles, c’était leur chasse, à part pour ceux qui s’avéraient susceptibles d’en savoir davantage par le biais de leur entourage. Son père ne lui avait que peu parlé de son passé de pirate, du moins par rapport à tout ce qu’il semblait avoir vécu, et en conséquence, ne lui avait pas dit grand-chose non plus concernant ses altercations avec les Sentinelles, ceci certainement pour ne pas l’influencer.

Levant les yeux, elle haussa vivement les sourcils. Pourquoi ça l’intéressait ? Que répondre ? Qu’elle avait juste voulu le faire causer histoire de ne pas crever d’ennui ? Toute seule, elle se contentait aisément, et même avec plaisir de sa solitude, mais lorsque quelqu’un se trouvait près d’elle, il arrivait parfois que le silence ne fût pas sa première réaction. Le silence trouvait tout son charme entre deux personnes qui n’avaient plus rien à se dire, or, là, ça n’aurait été qu’un silence terne, bien que sûrement apaisant, et dans lequel, en effet, elle se complaisait la plupart du temps. Etrange paradoxe.
Résultat, elle n’était pas plus avancée. Interdite, elle se mit à réfléchir, se répétant la question et remarquant au passage, avec un temps de retard, qu’il l’avait tutoyée. Bah. Elle aurait bien pu lui demander si elle pouvait faire de même, mais le temps d’un accompagnement à la Tour Mirage, c’était un peu inutile. Un moment d’inattention, sans doute. Inutile de préciser qu’elle ne ressentait aucun malaise ; elle n’avait pas l’habitude de ces engins là, mais loin de se sentir inquiète elle n’avait, de surcroît, aucune préoccupation du genre de celles qu’elle pouvait avoir sur la terre ferme – en l’occurrence, oui, se sentir épiée. Puis, après le silence…

« En fait, ça… »

Attache-toi si c’est pas déjà fait. Geetali arqua un sourcil après avoir suivi la directive on ne peut plus précipitée. Heureusement qu’elle possédait de bons réflexes, elle n’osait imaginer le comique – relatif – de la situation par la suite s’il en avait été autrement. Par conséquent, l’organisme tout à fait renversé, elle remercia Guillaume intérieurement de tant de… de… sens de la prévention et se pencha en avant pour mieux détailler le monstre qui leur faisait désormais face. Tant pis pour ses explications, peut-être y reviendrait-elle plus tard. Pour l’heure, il y avait bien plus intéressant. La jeune femme laissa échapper un « C’est pas trop tôt. » lourd de sens, qui contrasta à merveille avec le « Punaise. » du Second.

Aucune anxiété, elle se concentra d’autant plus sur le lourd véhicule qu’ils s’étaient redressés pour se positionner à son côté. Ils allaient attaquer, n’est-ce pas ? Ce serait trop bête, quel intérêt de croiser des pirates, dans ce cas. Lentement, un sourire d’intérêt germa sur ses lèvres pleines, alors qu’un filet fondait littéralement sur le chasseur… qui s’en extirpa de justesse. Ah bah, pas mal. Second, hein ? Ils s’en sortiraient peut-être. Il y avait chez Guillaume la surprise et la contrariété du professionnel, tandis que chez Geetali ne pointait qu’un amusement certain face à la situation, ainsi qu’un vif espoir : encore !

Et encore une fois, elle fut exaucée. Alors que la mélodie meurtrière des coups de feu parvenait à ses oreilles, la jeune femme gesticula sur son siège avec acharnement, désireuse de tout intercepter. Elle se surprit à manquer un battement – enfin !, tandis que le chasseur entamait un ballet entre les sphères lumineuses porteuses de mort.
Le sourire de Geetali s’élargit. Quelques années plus tôt, elle se trouvait en bas, en spectatrice. Ce rôle ne valait à l’évidence pas celui qu’elle possédait présentement. Elle tournait la tête, tantôt à droite, tantôt à gauche, parfois au-dessus d’elle pour suivre avec une attention particulière les nuées de fumées qui s’étalaient sur la robe bleue du ciel durant quelques secondes. Oh, rien de bien extraordinaire en soi, mais c’était plaisant, il n’y avait pas à dire, peu lui importait alors que cela fût réellement dangereux pour elle – tant mieux, même.

Cependant, toute bonne chose a une fin. Prématurément, cette fois, selon Geetali. Il avait suffi au Second de faire feu une fois, et la voilà qui contemplait, avec un soupçon de regret, l’aérostat piraté sombrer lentement. En fait, elle ne put même pas terminer son observation, puisque le chasseur n’avait pas tardé à s’éloigner. Bon, eh bien, elle pouvait dire qu’elle l'avait eu, son petit divertissement de la journée.

« J’ai bien fait d’espérer leur intervention… », lâcha-t-elle, visiblement pensive. « Si j’ai droit à un tour de manège du genre à chaque fois que je me fais arrêter… »

La suite n’était pas difficile à deviner. Comme d’habitude, elle en redemandait. Son insatisfaction perpétuelle la consumait. Du reste, elle ne se soucia pas du fait que sa première phrase pouvait porter à confusion, et ne soupçonnait pas que Guillaume avait fait le rapprochement entre elle et son père, ancien pirate.
Abandonnant la vue du ciel, elle reprit correctement position dans son siège et continua :

« Donc, je disais tout à l’heure que si des explications sur votre travail m’intéressaient… C’est tout simplement parce qu’en bas, on a tendance à plus en connaître sur la conduite des pirates que sur la vôtre. Allez savoir si ça ne fausse pas en partie le jugement que la plupart des gens pauvres ont sur les Sentinelles. Ca ne changerait sans doute pas grand-chose d’en savoir davantage, mais bon, il reste dommage de soutenir aveuglément un parti – et il doit assurément y en avoir, de ces gens là… »

Là. Elle aurait pu en dire plus, mais préférait occulter la partie plus personnelle. Un soupir, puis elle s’éclaircit la gorge, reprenant sur un ton plus léger :

« Ces pirates là étaient vraisemblablement des mauviettes. Ou bien vous les surpassiez, c’est selon. »

Elle eut un sourire, invisible, mais important. Pour une fois qu’elle ne l’attaquait pas dans ses capacités, elle reconnaissait même ses prouesses.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Mer 13 Aoû - 1:35

Paisiblement est un bien grand mot.
Un coup d’œil nerveux vers un petit écran qui, entre bien d’autres choses, indiquait l’heure, fit se déclencher en Guillaume une petite alarme. Son rendez-vous! Son rendez-vous! S’il le manquait, adieu la soirée parfumée à la belle actrice, adieu l’escapade romantique en chasseur, adieu la robe à détacher, adieu les sous-vêtements, adieu tout, quoi! Adieu la vie, parbleu! Il n’aurait plus qu’à se jeter corps et âme dans le travail, encore une fois, et à se contenter de la certes sympathique mais pas aussi émoustillante présence de la Dame Bleue et cie. Il accéléra.
Et puis il fallait se concentrer sur le moment présent. Adrien Anavi, il avait sa progéniture derrière lui. Qu’en faire? Guillaume ne savait pas trop. Il verrait une fois à la Tour. Sans doute un interrogatoire, question d’en savoir un peu plus, et puis la suite, la suite… viendrait avec la suite.

-Les tours de fourgons et de bolides de police sont pas aussi divertissants… Mais plus probables, si tu continues à… voler des pommes.

Il sourit derrière sa visière, moqueur. Le fait qu’elle ait souhaité l’intervention des pirates n’éveilla pas en lui quelques soupçons qui soient, de toute façon, l’heure des questionnements n’était pas encore venue et, le Second, malgré son professionnalisme, n’avait pas encore complètement chassé de ses pensées la silhouette svelte de l’actrice qu’il devait et espérait rencontrer ce soir.

-Ils n’étaient pas des mauviettes. En fait, ils étaient des plus réfléchis et civilisés que j’ai rencontré jusqu’à présent. Il n’y a rien à voler sur un chasseur si ce n’est le chasseur lui-même. Ils ont tenté de pas trop abîmer leur prise.

La Tour Mirage se rapprochait rapidement, le chasseur se mit à ralentir. Une ouverture sur l’un des côtés de l’édifice faisait usage de piste d’atterrissage. Guillaume s’y enlignait, tout en reprenant son discours en adoptant un ton un peu plus engagé, si on veut.

-Reste que c’est inacceptable. Ils s’approprient ce que bon leur semble. Ils disent prôner la liberté, mais ils briment celle d’autres en estimant leur façon de voir les choses une vérité. Aucun système politique n’a été parfait et ce n’est pas en pillant des vaisseaux que les pirates contribueront à celui dans lequel nous vivons.

Sur cette note quelque peu ardente, le vaisseau se posa sans secousses sur une plate-forme à l’intérieur de la Tour Mirage. Trois Sentinelles vinrent à la rencontre de leur sous-chef alors que la vitre du chasseur s’élevait. Le véhicule immobilisé, Guillaume retira son casque, se leva et sauta aisément hors du cockpit.

-Où est Gelli?

Le plus grand des trois répondit.

-Elle a été conduite à l’hôpital.
-Parker?
-Section anti-piraterie, il y complète un rapport.
-Bien. Conduisez-la à la salle d’interrogatoire du 11e étage.

Sans plus s’attarder, d’un pas allongé, Guillaume s’en alla. Les trois autres se tournèrent vers la jeune fille qui avait accompagnée le Second. Il s’agissait de deux hommes et d’une femme. L’un, le grand, semblait très sérieux, voire un peu trop, et l’autre homme lui, arborait plutôt un large sourire puis, quant à la femme, elle avait les bras croisés et regardait d’un air curieux la demoiselle qu’avait ramené Guillaume.

-Bon, on y va.

L’une des Sentinelles marcha un peu plus à l’arrière, une autre à hauteur de la fille et l’autre un peu plus à l’avant. Ils empruntèrent un ascenseur qui, du 8e étage, les mena au 11e. Un couloir, des portes, et derrière l’une d’elles ils abandonnèrent Geetali Anavi. La femme Sentinelle courut se cacher dans une pièce adjacente, le rigolo rigola et le grand sérieux referma à clé la porte.
Tout était blanc. Les murs, le plafond, la table, les chaises, tout sauf un large miroir et des dattes, que contenait un petit bol…blanc.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Mer 13 Aoû - 3:18

« Ça va, ça va… Comme si je m’amusais à ça sans arrêt. Les vols indirects sont plus faits pour emmerder le premier voleur que le marchand. »

Et apporter quelque satisfaction imprévue, dans le genre d’un vol en chasseur et d’une attaque pirate tout aussi imprévue – mais vivement espérée – à son bord. Cela ne se voyait pas nécessairement mais non, Geetali n’était pas accoutumée à voler – elle ne cessait d’ailleurs de le répéter, bien qu’à sa manière. Chez elle vivait un ancien pirate, ce qui impliquait la possession d’un minimum de richesses, pas grand-chose, mais largement de quoi vivre proprement au sein des quartiers malfamés. Se hisser plus haut était tout à fait hors de propos. La racaille, les membres de la famille Anavi connaissaient et s’y mouvaient avec aisance, et c’était en partie pour cela que la jeune femme s’amusait parfois à adopter leurs règles, entre autres motivations passablement différentes.
Sans rien dire, elle écouta le speech sur les pirates qui s’étaient amusés à les agresser. Tenté de ne pas trop abîmer le chasseur. Quand même, ils n’avaient pas modéré leurs tirs. C’était un peu s’y prendre au hasard, non ? Et si môsieur Vollmer n’était pas parvenu à tout esquiver ? Ah oui mais non, impossible, ça. D’un battement de cils, Geetali balaya toutes ses réflexions à ce sujet, pour en venir à d’autres somme toute plus intéressantes, en l'occurrence un soupçon d'opinion de la part du Second. Il n’y avait pas à dire, c’était largement mieux qu’un silence indifférent. Une moue plissant ses lèvres, la jeune femme leva les yeux au dôme vitré qui les surplombaient, pensive.

« Ça a toujours été comme ça, non ? », commença-t-elle alors que le chasseur se posait. « A défaut de s’être faits entendre en polémiquant paisiblement, certains en sont venus à des moyens plus anarchiques. Bien avant vous, et pour reprendre vos termes, ils ont dû sentir leur liberté brimée par ceux qui prétendaient les diriger. Un cercle vicieux, en somme. Enfin, je le perçois parfois de cette façon. »

Sans pour autant les approuver, cela allait de soi. Geetali, bien qu’elle ne l’eût pas dit, était persuadée qu’être un pirate ne consistait pas seulement et grossièrement à piller les richesses d’autrui – et ceci simplement en considérant son père. Oh, il en existait assurément qui s’y complaisaient, mais ceux-ci, plus que des pirates de l’air, étaient des opportunistes. Ceci toujours selon elle.

Elle ne sut pas vraiment si Guillaume avait accordé d’importance à ce qu’elle venait de dire. Ce n’était pas si grave, de toute manière, elle ne se trouvait pas tellement là pour exposer clairement son point de vue.

Dans un même mouvement, elle retira son casque, se redressa, le posa sur son siège et s’extirpa du chasseur, profitant de sa liberté nouvellement acquise pour s’étirer sans retenue. Premièrement, elle n’eut pas l’intention d’écouter la conversation des quatre Sentinelles, regardant autour d’elle, un minuscule sourire aux lèvres. Qui s’estompa instantanément lorsqu’un mot, cruel, imprévu, tomba dans ses oreilles. Interrogatoire ? Elle n’eut pas le temps de s’offusquer et de questionner le Second qui, déjà, s’en était allé. Bon, eh bien, cela représentait la fin du jeu. Il lui fut désagréable de constater que, justement, elle avait trop joué. Un interrogatoire, pourquoi pas, tant qu’il n’impliquait personne d’autre qu’elle, or, une sale impression l’envahissait progressivement. Dans un premier temps, elle ne pouvait pas avoir de doute concret quant à ce qu’on lui demanderait, mais il lui était impossible de se dire qu’on allait lui poser des questions sur un vol de pomme. C’était absurde. Par conséquent, son habituelle façon d’aborder les choses fut nettement perceptible. Elle s’était crispée, alors que les conseils de son Père « en cas de problème » ressurgissaient à vive allure dans son esprit. Sans rechigner, elle se fit escorter par les trois Sentinelles restantes, n’envisageant pas de fuir afin que toute cette bêtise ne s’étendît pas davantage. En plus de ne pas l’effrayer, ce qu’elle vivait présentement ne l’amusait plus du tout, cependant, elle assumerait ses actes. Et ne coopérerait pas.

Dans l’ascenseur, Geetali rassemblait ses idées à une vitesse fulgurante. Elle tentait de créer des liens, puisque désormais, elle n’était plus ici en vue de se faire juger pour vol de pomme (et désobéissance à une Sentinelle). Du moins plus uniquement. Il est évident que l’intérêt général des Sentinelles finit par lui sauter à la figure, mais elle songea à son pirate de père avec une certaine réticence. Après tout ce temps, était-ce simplement possible que l’on s’intéressât encore à lui ? Et puis, fallait-il également en connaître le nom. Il avait évoqué sans détail ses confrontations avec les Sentinelles, mais elle ne se doutait pas tellement de sa notoriété. Sagement, la jeune femme mit cette idée de côté en tant que sujet d’interrogatoire éventuel. La concernant, elle ne voyait pas grand-chose, pour ne pas dire rien. Elle n’était absolument pas une délinquante, n’avait jamais eu de réel problème avec toute forme d’autorité que ce fût… Sa mère non plus. Et si… s’il s’agissait de Rafael ? Sans qu’elle n’y pût rien, sa respiration s’emballa soudainement, à la simple pensée de son frère. Allons donc. C’était impossible, le mieux placé pour le retrouver ou disposer d’une information sur lui restait son père. Alors, fermant un instant les yeux, Geetali entreprit de réguler son pouls, contrariée de s’être ainsi emportée. Impressionnant de voir à quel point ne posséder qu’une seule faiblesse pouvait s’avérer gênant. Une faiblesse unique qui exacerbait sa vulnérabilité. Elle détestait ça.

Alors qu’elle traversait un couloir, la jeune femme dut se faire violence pour ne pas froncer les sourcils. Mieux valait montrer le moins possible de son malaise. Elle était déterminée.
Docile, elle ne protesta pas lorsqu’on l’abandonna dans une pièce…
... ... Bordel, mais c’était dans la procédure que de cramer les yeux des interrogés ?! Du blanc, du blanc partout, aussi blanc que ses cheveux étaient noirs. Geetali retroussa brièvement le nez et garda ses yeux mi-clos – c’était ça de ne pas dormir beaucoup, mais allez le lui faire reconnaître.

Un bref examen des lieux, pour en arriver à la conclusion suivante : ça aurait pu être pire. Et puis on ne l’avait pas désarmée, mais se doutait-on seulement que son éventail faisait office d’arme ? Quelques pas, elle se trouvait maintenant au centre de la pièce, tout près de la table sur laquelle trônait… tiens, un bol de dattes. Qu’est-ce qu’il foutait là, hein ? Il était temps de se montrer paranoïaque : on ne lui ferait rien ingurgiter de douteux. Voilà. Résolue à ne rien offrir à ces imbéciles, Geetali se laissa sèchement tomber sur une chaise. Elle devrait attendre encore longtemps comme ça ? Définitivement, son repérage si divertissant était compromis, ce qui lui apprendrait à se frotter aux Sentinelles alors qu’elle avait un pirate en guise de père. Oh, elle n’eut aucune réflexion du genre « Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Je suis trop conne. », reconnaissant ses torts et envisageant fermement de ne pas se compromettre. D’ailleurs, qui l’interrogerait ? Môsieur Vollmer était parti.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Jeu 14 Aoû - 0:15


Le téléphone sonne, personne ne répond. Guillaume a toujours détesté utiliser ces foutus engins débiles. Impatient, il tapait du pied et pianotait nerveusement sur le mur, combiné scotché à l’oreille. Deuxième phrase de la sonnerie. Troisième…

-Allô?
Punaise.
-Allô?

-Qui c’est?
-Euh, Guillaume.

Merde elle l’a oublié.
-Ça va?
-Ouais, ouais… Toi!?
-Oui, merci.
Il pouvait l’entendre rire.
-Alors, ça fonctionne toujours, pour ce soir?
-Euh, ouais.
-D’accord…
-Mais, plus tard peut-être. J’ai un truc à faire et ça me retarde un peu. Un imprévu.
-Oh je vois. Ça va, j’attendrai ton appel.
Pas encore…
-Je t'appelle quand je termine, alors.
-À plus tard!
-Salut.
Enfin!

Lâchant un long soupir, Guillaume reposa le combiné sur son socle et alla se changer dans les vestiaires. Sa combinaison rangée dans un casier, il quitta, désormais vêtu de bottes, d’un pantalon noir et d’un t-shirt blanc qui laissait voir les tatouages qui s’étendaient sur ses bras, et prit les escaliers afin de monter jusqu’au 11e, au pas de course, agrippant au passage, d’une distributrice, une barre de chocolat qu’il déshabilla vite fait afin de mordre dedans. Tout en marchant vers la porte du fond, celle derrière laquelle Geetali Anavi se trouvait, Guillaume se demandait comment il aborderait la demoiselle. Si vraiment elle avait été des pirates, comme son père, elle ne se serait pas aussi facilement laissée prendre. Elle avait bien tenté de fuir, enfin, soi-disant tenté de fuir… Mais elle se montrait tellement froide vis-à-vis la situation que Guillaume n’arrivait pas à se convaincre qu’elle était pirate, ou encore qu’elle était de leur côté. Geetali semblait indifférente à une cause comme à l’autre. Était-ce un jeu? Une mascarade? Si c’était le cas, alors elle était douée, la petite. Ou encore elle n'avait pas froid aux yeux, mais ça, Guillaume commençait à s'en douter.

Mordant une fois encore dans le chocolat noir, il s’arrêta devant la porte blanche, mâcha, avala, tête basse, en réfléchissant. Son père avait été pirate, sans doute aspirait-elle à le devenir également et puis, au fond, son attitude apparemment insensible se prêtait davantage à l’insouciance des pirates qu’à la neutralité. Enfin, peut-être. Se remémorant les derniers propos de Geetali, Guillaume commença à plus sérieusement supposer qu’il y avait derrière cette porte une potentielle future pirate. Ce qu’elle avait dit, en fait, voulait un peu dire que l’action des pirates était presque naturelle, ou inévitable.
Posant la main sur la poignée, tournant le poignet, le Second poussa la porte et pénétra dans la pièce immaculée, nullement incommodé par la clarté, et se retourna pour fermer derrière lui. Il fit face à Geetali, croqua dans sa barre de chocolat et approcha de la table. Il tira la chaise, mais ne s’y assit pas aussitôt, prenant d’abord soin de sortir de sa poche une pomme, presque identique à celle abandonnée aux mains du marchand plus tôt. Il posa le fruit au centre de la table, prit place et chiffonna d’une main le papier de sa friandise achevée avant de le poser devant lui.
C’est ensuite vers les dattes, qu’alla l’attention de la Sentinelle, qui n’en avala une, puis une autre, et une dernière avant de prendre la parole, portant finalement attention à Geetali.

-Je suis un peu d’accord avec toi, à propos du cercle vicieux que tu évoquais tout à l’heure… Mais, je me demandais… Selon toi, y’a un moyen de s’en sortir, de ce cercle vicieux? Crois-tu qu’il faut s’en sortir, d’abord?

Sérieux, Guillaume parlait à celle qui au fond n’était rien de moins qu’un suspect d’un côté, et « criminelle » de l’autre, comme s’il s’adressait à l’un de ses collègues. Ou plutôt à l’un de ses amis car, collègues dans son cas riment à subalternes pour la plupart. Et en toute franchise, l’opinion de la demoiselle l’intéressait, vraiment. Parce que pour le Second, toute information, ou presque, pouvait potentiellement servir à la Brigade. Sur ce, il avala une datte.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Ven 15 Aoû - 21:22

Finalement, ça n’avait pas été si long. Geetali leva vivement les yeux afin de faire une première connaissance avec celui ou celle qui l’interrogerait, et fut surprise d’apercevoir celui-là même qui l’avait arrêtée quelques instants plus tôt. Elle se serait, à la rigueur, attendue à l’une des trois autres Sentinelles, mais après réflexion, c’était sans doute mieux comme cela. Les tatouages attirèrent son intérêt, elle les détailla un instant, lui préférant sans doute cette allure à celle qu’il arborait lorsqu’il portait une combinaison. C’était ça d’aimer l’authenticité par défaut.
Pourtant, elle gardait une attitude neutre, pour ne pas dire peu engageante. Elle se sentait désormais en milieu hostile et il était facile de s’en apercevoir ; ignorante quant à ce qu’on allait lui demander, elle avait peur que cela ne la concernât pas directement.

La jeune femme n’eut pas un regard pour la pomme, se contenta de jauger le Second suspicieusement, plus encore lorsqu’il avala quelques dattes. Mh. Bon, il aimait ça, pourquoi pas. Peut-être se crispait-elle un peu trop ? Même la pomme aurait pu lui soutirer un sourire. Nonobstant cela, son comportement ne varia pas d’un iota. Elle l’écouta attentivement, parut instantanément se plonger dans des cogitations intérieures en vue de lui répondre. Elle possédait bien une opinion sur la question, mais celui-ci n’était pas facilement abordable, surtout devant une Sentinelle. Elle ne voulait surtout pas paraître comme soutenant l’un des deux partis, mais son raisonnement, en un sens, rejoignait largement l’un d’eux. Alors, elle croisa négligemment les jambes et laissa mollement retomber son menton au creux de sa paume, ayant pris appui sur l’accoudoir. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, considérant Guillaume comme si cela pouvait lui apporter une quelconque aide quant à la formulation de sa réponse. Elle ouvrit la bouche, la referma, poussa un soupir. Et finalement, se lança :

« Bien sûr qu’il faut s’en sortir, je serais stupide de souhaiter le contraire. Seuls les opportunistes se complaisent dans les affrontements et se réjouissent de ce qu’ils y gagnent. »

Brève introduction. Elle n’avait pas précisé que, selon elle, un opportuniste pouvait aussi bien se trouver chez les pirates que chez les Sentinelles. Inutile, et qui ne servirait sans doute qu’à ouvrir un autre débat sur les véritables valeurs de chacun – non pas qu’elle refusât une telle discussion, mais là n’était pas l’heure.

« Quant au moyen… », reprit-elle dans un souffle qui trahissait une réflexion toujours active, « … s’il en existe un, je crois que certains ne sont pas encore prêts à l’employer. Dans l’idéal, il faudrait en effet que ça se termine, mais le temps n’est peut-être pas arrivé. Tout est une question d’évolution. »

Puisqu’il ne lui avait rien demandé d’indiscret, Geetali, en plus de se rassurer intérieurement, prenait presque plaisir à lui parler librement de ce qu’elle pensait du conflit. De manière générale, peu lui importait la manière dont il pouvait bien réagir, elle craignait juste que ses paroles fussent mal interprétées. Tant qu’elle était correctement comprise, la réaction n’avait aucune espèce d’importance. Par conséquent, elle poussa un peu plus l’analyse, même si elle risquait une prise évidente de position.

« Tout à l’heure, je vous ai en quelque sorte dit que les agissements des pirates étaient justifiés. Cette hypothèse répond plus ou moins à votre question en ce qui concerne le moyen de mettre fin à ce cercle vicieux. Les pirates de l’air ne sont pas apparus pour rien, alors, si vous voulez vraiment savoir… Je ne vois pas pourquoi ils arrêteraient tandis que la situation n’a pas changé d’un pouce. »

Sur ces paroles, Geetali redressa le menton et se cala davantage contre le dossier de la chaise. Son visage s’était quelque peu assombri, ses doigts, animés par une subite fièvre, dansaient frénétiquement sur l’accoudoir.

« J’en viens donc à la conclusion que… s’il faut mettre un terme au conflit, il y a un sérieux effort à accomplir, et que cet effort, contrairement à ce que beaucoup de gens semblent vouloir croire, n’est pas à attendre du côté des pirates, mais bien de ceux qui se sont montrés sourds à leurs attentes il y a de cela quelques années. »

Voilà, c’était dit. Et le ton qu’elle avait employé traduisait clairement son impression, à savoir « On est pas sortis de l’auberge. »
Comme rendue triste par une telle conclusion, la jeune femme haussa les épaules et pinça les lèvres en une moue désapprobatrice.

« Le problème, c’est qu’une telle lutte entraîne de nombreux malentendus. Plutôt que de se montrer attentifs, les dirigeants de Suria n’ont retourné qu’une force capable de parer à l’offensive des pirates. Sans rien d’autre. Alors, on croit qu’ils pillent seulement pour les richesses récoltées, le sang et les larmes arrachés, et par extension, certains pensent que les Sentinelles sont là simplement pour le plaisir de les massacrer. »

Geetali se tut. Elle avait beaucoup parlé. Peut-être trop. L’interrogatoire, il fallait le dire, était plutôt singulier. Sans le savoir, son impression était presque la même que celle de son interlocuteur ; au fur et à mesure des paroles prononcées, elle s’était sentie comme parlant à quelqu’un d’autre, n’importe qui, sauf une Sentinelle, bien cela ne tarderait probablement pas. Sans rien émettre de plus, la jeune femme interrogea Guillaume du regard.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Lun 18 Aoû - 21:36

Bras fermement croisés sur sa poitrine, jambes croisées, les yeux rivés à la scène, elle écoutait et observait avec une attention inébranlable.
La fille, malgré son attitude plutôt fermée, parlait avec une certaine aisance, livrant opinions et analyses franchement, mais avec adresse. Idiote, songeait la Sentinelle derrière la vitre, elle serait bien vite remise à sa place. Le Sous-chef répliquerait assurément avec autorité. Enfin, lorsqu’il lâcherait des yeux son bol de dattes, qu’il avait rapproché devant lui, et sur lequel il se penchait sans interruption, avalant fruit après fruit. Il levait tout de même les yeux vers la fille, quelques fois, avant d’en revenir rapidement aux dattes, qu’il gobait avec empressement. C’est à peine s’il avait l’air d’apprécier. Lorsque l’autre avait parlé d’évolution, lui avait sourit, mais ne s’était pas pour autant arrêté de manger ce qui, à ses yeux à elle, ressemblait dangereusement à des gros insectes. Mais bon, fallait pas se laisser déconcentrer. … Reste que, c’était un peu déconcertant, cette manière de traiter un suspect. Eux, les Sentinelles aux ordres de Guillaume, n’avait qu’extrêmement rarement droit à un tel intérêt. Probablement une tactique d’interrogatoire, tenta de se rassurer la Sentinelle.

De l’autre côté, Guillaume ne disait mot, la bouche presque continuellement pleine. L’évolution… Dans quel sens? Difficilement saisissable concept que celui de l’évolution, à tord associé au temps, idée encore plus abstraite, aux yeux du Second. La pensée le fit sourire, à peine, mais il comprenait ce que Geetali voulait dire. Faut dire, aussi, qu’elle se faisait clairement comprendre.

À l’académie, on les formait pour parer à toutes les machinations des pirates, on leur disait qu’il le fallait, parce que les actes des pirates allaient à l’encontre de l’ordre établi à Anthélima, qu’ils étaient nuisance et agression vis-à-vis les populations. Guillaume en avait tiré des maximes qui guidaient aujourd’hui chacune de ses interventions et structuraient son raisonnement de Sous-chef et responsable. Mais tant qu’on est conscient, et plus on l’est surtout, le doute demeure dans l’ombre de nos dites certitudes. Il en est conscient. Aussi les propos de Geetali le sortaient-ils quelque peu de son fanatisme de Sentinelle.

Alors que Guillaume fixait son bol désormais vide, sourcils froncés, mains jointes, réfléchissant, la Sentinelle assise non loin, mais invisible derrière le miroir, souriait. C’était clair, cette pauvre fille allait y goûter. Elle était, de toute évidence, du côté des pirates. Avec enthousiasme, elle attendait la sentence finale. Un autre criminel dans le ventre de la Tour. Miam, miam.

Sans regarder Geetali, concentré sur ses mots, le Second prit, enfin, la parole, sortant d’un long mutisme.

-Les pirates sont nés d’un sentiment d’injustice, comme les Sentinelles sont nées d’un sentiment d’instabilité et de menace.

Guillaume redressa la tête et, portant ses yeux vers Geetali, il poursuivit, apparemment amusé par ce qu’il allait dire.

-C’est plutôt bizarre de penser qu’au fond, les responsables de ces deux émergences sont les mêmes… les hauts dirigeants de Suria.

Alors seulement, il sembla qu’il prit véritablement conscience de ce qu’il venait de dire et son air tantôt léger se fit préoccupé. Il détourna le regard, qui alla vers le miroir, croisant celui de la Sentinelle derrière sans le savoir. Elle semblait presque aussi tourmentée, mais pas pour les mêmes raisons que son supérieur.
Dans la tête de Guillaume, des discours lui revenaient en tête, alors qu’il balayait du regard la pièce immaculée. Ils baignaient dans la lumière. Il plissa les paupières, comme aveuglé et, revint à Geetali. Avait-elle parlé? Il ne savait plus.
Sa voix s’éleva de nouveau, comme un automatisme, et des propos venus de loin le forcèrent à remuer la mâchoire.

-Mais les pirates sont une menace pour toute l’organisation sociale. Leur dessein, pour s’accomplir, engendrait le chaos, la confusion totale, l’anarchie. Les gens ont besoin de repères, ils ont besoin de se sentir en sécurité. Ils veulent confort et sécurité mais, les deux sont impossibles aujourd’hui et ce, à cause des pirates, qui obligent les représentants de l’ordre à investir davantage dans les mesures de protection et donc à couper sur les budgets qui visent à assurer le bien-être de tous et chacun. Réprimer définitivement les pirates, c’est retrouver l’équilibre recherché par la majorité.

Il souffla. La tirade l’avait essoufflé. Mentalement plus que physiquement. Sous la table, Guillaume agitait l’une de ses jambes, mais s’efforçait de garder ses mains jointes sagement.

-Qu’importe, lâcha-t-il sèchement en un lourd soupir, je ne t’ai pas amenée ici pour parler politique alors… ton père, Geetali, il va bien? Qu’est-ce qu’il fait de sa retraite? Il ne s'ennuie pas trop des pillages?

Contrairement à son chef, qui paraissait légèrement désintéressé, mais qui s'efforçait de paraître concerné et ferme, la Sentinelle voyait l'heure qu'elle attendait enfin venue.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Mar 19 Aoû - 3:32

Geetali n’estimait pas qu’il fallût absolument être suspendu à ses lèvres quand elle parlait. Et fort heureusement. A croire que le bol de dattes causait, lui. Guillaume ne la regardait pas, elle l’interrogeait en silence, mais à aucun moment elle ne put prévoir une imminente prise de parole. Alors, lorsque ce fut le cas, un intérêt grandissant s’était lu dans ses iris sanguins, sans réagir, elle réceptionna la première vague, puis la deuxième. Ressentit-elle un quelconque amusement à son tour ? A n’en point douter, plus encore à la réaction qui suivit, sans n’en rien montrer cependant. La jeune femme se contenta simplement de suivre le regard du Second, arquant très légèrement un sourcil, avant d’en revenir à lui. Ses lèvres s’étaient imperceptiblement tirées. Trop drôle. Un troupeau de moutons parfaitement conscients, ironique, cruel, triste… stupide ? Non, elle n’aurait jamais pu avancer une telle chose. Il n’y avait dans cette histoire d’offensive et défensive aucune évidence. On décidait de devenir pion, on se pliait aux règles, pour le bon plaisir de… la Haute. Cette fois, Geetali porta une main à sa bouche, frottant lentement le bas de son visage pour masquer une hilarité qui manqua l’investir. Retrouver l’équilibre recherché par la majorité. Réprimer les pirates, ce serait surtout revenir à la passivité insolente d’antan. On ne se soucierait pas davantage des écarts, en clair, on n’aurait pas progressé d’un pouce, et les rats de luxe seraient de nouveau heureux. Oh, bien sûr, en partant du fait que les pirates réussissent, il n’était pas certain que tout le monde s’en contentât, et certains en profiteraient sûrement pour s’immiscer à une place gratifiante, mais soit… A cogiter ainsi, il était nettement plus simple et plus lâche de dire qu’il n’y avait aucune solution et que les inégalités resteraient toujours de mise. Personne ne s’y prenait correctement, bel effet domino : la faute à qui ? On l’avait déjà mentionné, aussi bien Guillaume que Geetali. Très précisément, les dirigeants de Suria désiraient rétablir un équilibre qui n’en était pas un à l’origine.

Par conséquent, la jeune femme ravala dare-dare son hilarité, et elle fit bien, car la suite ne parvint à provoquer chez elle qu’une vive montée de colère.
Geetali pouvait parfaitement se maîtriser, faire preuve d’une verve réfléchie, il subsistait toujours une trahison, qui déchirait grossièrement le tableau : son visage. Il était possible d’y lire comme dans un livre ouvert, pages blanches, encre noire, très noire, et sur ses traits ne se refléta que trop bien son sentiment.

« Il fallait bien qu’on y arrive. », grimaça-t-elle en détournant la tête.

Une simple évocation de son père ne l’aurait pas vraiment irritée – elle s’y était plus ou moins attendue, mais ce lien que Guillaume avait fait avec les pillages… Elle détestait tout simplement cela. S’il l’avait fait à dessein, elle n’en savait rien et s’en fichait royalement.
Il fallut une bonne minute à Geetali pour enfin daigner décoller ses lèvres fermement pincées.

« Si vous preniez votre retraite, voir le sang d’un pirate couler vous manquerait ? Oh, mais de votre chasseur, vous ne devez pas assister souvent au spectacle d’un de ces criminels qui tente en vain de ramasser ses intestins. Ca doit surtout être « Boum ! » – elle mima le geste avec ses mains, sans excès toutefois – agrémenté de fumée, d’odeurs diverses et d’une bonne dose d’adrénaline, hein. A l’évidence que ça vous manquerait. »

En réalité, elle ne doutait pas qu’il avait dû en voir, des atrocités, cependant elle voulait surtout lui faire comprendre, et lui rappeler qu’elle était opposée à cette façon de réduire un homme à l’idée primitive que l’on se faisait d’un pirate. Alors de son père… C’était tout simplement inconcevable. Seule l’ouverture de ses paupières qui s’était rétrécie trahissait sa colère. Sa voix n’avait souffert aucun soubresaut, et elle aurait tout aussi bien pu dire « Aujourd’hui, j’ai mangé une pomme. » (Ben tiens.)

Inutile de préciser qu’il aurait fallu aborder le sujet d’Adrien d’une autre façon.

Afin d’évacuer un tant soit peu, Geetali poussa un long mais faible soupir. Il était temps de mettre en pratique sa résolution. Elle ne savait pas tellement ce à quoi cela la mènerait, mais hors de question de se résoudre à la moindre coopération. Par conséquent, elle reprit sur un ton égal :

« Vous l’avez dit, mon père vit présentement sa retraite. De ce fait, il est tout à fait hors de propos pour vous d’essayer d’en savoir plus sur lui, surtout par mon biais. Contentez-vous donc de remplir votre rôle de mouton et de traquer les pirates friands de pillages qui œuvrent à la minute où je parle. »

Eh bien oui, Geetali ne digérait pas et s’était sévèrement braquée. Prévisible ? Mieux valait tout envisager, surtout avec elle, qui conclut :

« Non seulement je ne suis pas là pour parler politique, mais en plus, je ne suis pas là pour avoir avec le Sous-chef de Brigade une discussion à la vulgaire apparence routinière. Encore moins si celle-ci concerne mon ex-pirate de père. Question suivante ? »

Une légère crainte que l’interrogatoire ne dégénérât ? Pas vraiment. Si cela devait dégénérer, alors cela dégénèrerait, elle savait simplement qu’on ne lui soutirerait strictement rien tant qu’elle serait consciente. En tout cas, son agréable impression d'avoir en face d'elle un homme, tout simplement, avait inexorablement mué pour devenir... quelque chose d'insoutenable.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Mer 20 Aoû - 1:20

Cherchez l’erreur. Immanquablement, il y en avait une. Plus qu’une, peut-être même, mais elle était là, et elle empestait. Guillaume, s’il ne serait pas enfermé dans son rôle de Sentinelle, s’en serait possiblement voulut, pour en être arrivé à cette situation accidentelle.
L’ironie dans le ton peut-être? Était-elle là, la fameuse erreur? Possiblement mais, orgueilleux, et trop entêté pour admettre la faute, le Second se refusait même à la supposition. Pas d’erreur. L’erreur, elle était assise devant lui.
Mais cette façon qu’elle avait de lui adresser la parole, son cran, ses réflexions pseudo censées, il ne les supportait plus, se laisser glisser dans cette voie était inapproprié et risqué. Ne jamais douter, agir par devoir et pour la Brigade. Simple, non? « Oui, oui. Très simple… »
Elle n’était, après tout, qu’une pauvre fille sans le sous qui polluait la cité, comme de trop nombreux autres. Elle était, somme toute, une fraction insignifiante de cette masse appauvrie d’Anthélima. Elle méritait donc d’être traitée comme tel. Bras fermement croisés, jambes étendues sous la table, il ne quittait pas des yeux Geetali.

Pour qui se prenait-elle? songeait-il. Elle n’était que la fille d’un pauvre pirate, et la voilà qui parlait comme si elle savait véritablement de quoi elle traitait. Guillaume n’y croyait pas. Un mauvais sourire étira ses lèvres alors qu’il écoutait puis, se rapprochant soudainement, appuyant ses bras sur la table, il répliqua, regard rivé aux yeux de Geetali, qui rencontraient en fait leurs homologues, deux iris rougeoyants.

-Non mais attend une seconde, tu t’écoutes parler!? Qui es-tu pour prétendre savoir ce qui se passe dans le ciel? Ah mais j’y pense, au fond, tu es de ces certains qui pensent que les Sentinelles sont là simplement pour le plaisir de les massacrer, eux, les pirates… Mais tant qu’on n’y est pas, on ne sait rien. Ton père doit savoir cela.

Visiblement, la famille était une corde sensible chez Geetali. On aurait ridiculisé, accusé, déprécié ou pire le père de Guillaume sous ses yeux qu’il s’en serait foutu. Ses parents n’étaient rien de moins que ses géniteurs, du reste, la solitude et l’indépendance avaient bien meilleur goût, quoiqu’un arrière-goût quelque peu amer avec le temps… Qu’importe. Son père n’était personne, pour lui, si ce n’est peut-être un portefeuille, une voix morne et une moustache. Alors de la voir s’énerver ainsi, s’émouvoir comme elle le faisait, malgré sa tentative de contrôle, assez réussie tout de même, et bien, cela excitait l’agressivité du Sous-chef. Cela dit, il n’arriverait pas à grand chose avec elle, elle était têtue ça se voyait, et lui avait un rendez-vous. Franchement, l’envie n’y était plus tant, mais bon.

-Ton père n’était pas mieux que les autres, et ton frère… c’est le disparu, non?

Tant qu’à y être, aussi bien enfoncer le couteau dans la plaie. Mais vu le ton qu’avait pris la conversation, il devenait évident qu’il n’y aurait aucune issue intéressante pour la Brigade, du moins pas maintenant. C’est à force d’user les nerfs et la raison des gens qu’on finit par les briser. C’était connu, par ici, et c’est précisément ce que la Sentinelle assise derrière le miroir croyait que son supérieur était en train de faire.

-Et en ce qui te concerne, voleuse de pomme, à t’écouter fabuler, tu n’es pas une menace, à peine à considérer… Si ce n’est des paroles en l’air et de… ta tête de cochon.

Guillaume se leva promptement et, en fit de même hâtivement l’autre qui les regardait depuis le début, avant de sortir de la pièce adjacente à la salle d’interrogatoire et d’aller attendre près de la sortie celle qu’elle s’attendait à devoir conduire dans une cellule.
Et oh surprise, la métaphore dont il honora la tête de Geetali le fit sourire, franchement, mais à peine une fraction de fraction de seconde.
Avait-il sourit, déjà? Je ne sais plus!
Il alla vers la porte, l’ouvrit et, le regard qu’il jeta aux trois Sentinelles qui l’attendaient derrière les firent redouter le pire. Ils s’efforcèrent de se tenir bien droits, près à recevoir les ordres de Guillaume, ou pire, sa mauvaise humeur. Aussi se virent-ils particulièrement étonnés d’entendre émerger du redouté gosier du Second une voix à la force modérée et au ton autoritaire mais sobre.

-Ramenez-la où je l’ai trouvée.

Il alla pour quitter les lieux mais, un mot, de trop, jaillit sans prévenir de la bouche de la Sentinelle qui avait suivi avec grand, très grand intérêt l’échange et qui, vu les circonstances, se voyait complètement prise au dépourvu.

-Quoi?

Bête non, et pourtant, il y a toujours cette goutte, aussi minuscule soit-elle, qui crée des raz de marées.

-QU’EST-CE QUE JE VIENS DE DIRE!?! SORTEZ-LA D’ICI!

Main plaquée sur le front, paupières à demi closes, Guillaume s’éloigna.

Geetali Anavi. Ce nom venait de s’inscrire à l’encre indélébile dans sa mémoire.

...

-Allô?
-C’est Guillaume. J’ai terminé, je passe te prendre dans une heure, ça te va?
-Parfait. À toute à l’heure.
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MessageSujet: Re: Voyez-vous une pomme sur l'image ?   Mer 20 Aoû - 3:27

Le sourire de Guillaume ne présageait rien de bon, n’est-ce pas ? Là furent les pensées de Geetali. Rapide et lente à la fois, la réaction se fit insupportablement attendre. Lorsqu’il s’approcha soudainement, la jeune femme soutint son regard, y trouva une douloureuse sensation de brûlure. Qu’aurait-elle donné à cet instant pour ravaler toute sa fierté et ainsi pouvoir fermer les yeux ? Mais rien. Sans vraiment s’en rendre compte, tout le mépris nouvellement inspiré filtra à travers le voile rouge, s’exacerba d’autant plus aux paroles suivantes. Pour qui se prenait-elle ? Définitivement pour quelqu’un qui ne possédait pas l’identité qu’il semblait lui associer. Belle famille ; un père qui affectionnait les pillages, et une fille prêtant à toutes les Sentinelles, par défaut, un amour immodéré envers le massacre des pirates. Elle ignora la déception qui l’envahit à cet instant, inconsciente – ou presque – d’avoir subi une fois de plus une amère désillusion. Elle avait parlé, et lui, incapable de tirer la vérité de ses propos… oui, il ne comprenait rien. Sans surprise, mieux valait se faire une raison.

Pour l’heure, elle employait toutes ses forces à un contrôle relatif de ses émotions. Elle fulminait, cela se voyait, mais il s’agissait de ne rien laisser sortir. Heureusement, sa mâchoire crispée à l’extrême ne semblait pas encline à laisser le moindre son s’échapper. Geetali était devenue un bloc, ses mains serraient les accoudoirs à s’en faire mal, elle dardait furieusement le Second qui continuait sur sa lancée en… en… les lèvres de la jeune femme s’entrouvrirent, un râle eut le temps de mourir avant qu’elles ne se refermassent. Le soupir aurait dû être, à l’origine, une réplique cinglante - bien qu’elle eût prévu de ne rien dire – à l’audace qu’avait eue Guillaume d’ainsi évoquer son frère. Mais avant qu’elle ne pût formuler quoi que ce fût, la réalité s’était impitoyablement imposée. Le disparu. Impossible alors d’être outrée quant à l’offense vis-à-vis de son père, il ne subsistait que cette réalité là. Elle fut accompagnée d’une vague sourde, qui remonta, éléctrifiante, le long de ses os, avant de retentir en un vacarme ahurissant dans son crâne, au point de flouer un instant sa vision périphérique. Il ne devait pas être permis de goûter ainsi à sa seule faiblesse. Pas maintenant, pas comme ça.

Etrangement, toute sa colère retomba sèchement, pour ne laisser place qu’à une dérangeante sensation de vide. Elle encaissa mollement les derniers propos de Guillaume à son égard. Il savait en partie le nécessaire, alors. Elle n’était pas dangereuse. Tout dans l’attitude de la jeune femme révélait qu’elle n’avait pas dans l’intention de se lever. Pas la force. Les pointes de sutures qui recousaient péniblement la plaie constamment sanguinolente de son cœur se rompaient petit à petit. Mal. Très mal. Trop mal. Le premier ordre, elle ne l’entendit pas. L’éclat de voix qui ne tarda pas à suivre fut assez détonant pour la sortir partiellement de son traumatisme tout juste retrouvé. Elle cligna des yeux, une fois, deux, puis secoua brièvement la tête, comme incrédule à ce qui venait de se passer, à la vulnérabilité pitoyable dans laquelle elle s’était plongée. Il restait pourtant des résidus : son regard se mouvait lentement sur les parois de la pièce, semblant tout redécouvrir. Ce qui l’entourait paraissait ne plus avoir d’impact sur elle. En temps normal, elle se serait réjouie d’une telle saute d’humeur chez le Second, signifiant qu’elle n’avait pas été la seule touchée dans l’histoire, mais plutôt, elle racla sa chaise contre le sol quand les trois Sentinelles se présentèrent à elle, abandonnant cette idée d’interrogatoire définitivement mauvaise.

Moins d’une heure plus tard, on la déposait « là où il l’avait trouvée ». Sans demander son reste, Geetali s’éloigna, prit directement la direction de sa maison alors que la nuit n’était pas encore tombée. Finalement, elle tiendrait sa fausse promesse. Papa serait content. Maigre consolation, qui lui étreignit la poitrine. Elle imaginait son cœur pulser, des gerbes de sang gicler. Loin de tout, elle n’entendit rien des conversations qui s’élevèrent à son passage, telles que :

« Son père a été prévenu ?
— Ouais, dès que les gars l’ont emmenée. »

Certains s’étonnaient également d’un si prompt retour.

« Elle ou son frère, c’est du kif-kif. L’un d’eux finira sûrement par se faire coffrer pour de bon.
— Si l’aîné s’est pas déjà crevé avec ses conneries… Ca m’étonnerait pas que la gamine finisse pareille, tiens.
— Pas si gamine que ça, hé… Elle doit juste être folle. »

Probablement. Sûrement, même.
Les pas d’apparence incertains de Geetali la menèrent donc à quelques mètres de sa porte. Une impression de ralenti. Elle se revoyait hésiter quelques années plus tôt, après avoir abandonné son frère à son – peut-être triste – sort. Elle aurait dû rester, n’est-ce pas ? S’il était mort, elle aurait dû mourir avec lui. C’était comme ça, c’était prévu, réfléchi, évident. Oh, d’un certain côté, elle était bel et bien morte, mais aucune paix ne l’avait investie. Il s’agissait d’une mort incomplète. En conséquence insupportable. Alors, elle se surprit. Sur chaque joue, un sillon brûlant, une envie irrépressible de fermer les yeux. Ca piquait. Elle n’en eut pas le loisir cependant qu’une main lui agrippait l’épaule avec force, afin qu’elle se retournât. La jeune femme sursauta en apercevant son père, qui faillit faire de même en constatant son état.

« Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? », interrogea-t-il sèchement, avec néanmoins une pointe d’appréhension dans la voix.
D’abord, Geetali ne sembla pas comprendre, puis elle força un sourire. Il devait tout savoir. Des oreilles et des yeux partout.

« Je ne leur ai rien dit… », répondit-elle comme s’il s’agissait là du plus important, ce à quoi Adrien répliqua dare-dare.

« Dis-moi ce qu’ils t’ont fait, Geetali ! Tu n’as pas montré ce visage depuis… »

Il saisit subitement, tandis qu’elle secouait négativement la tête en répétant frénétiquement « Ils ne m’ont rien fait… Je t’assure qu’ils ne m’ont rien fait. Pirates ou Sentinelles, personne ne peut rien me faire… »

Interdit, il la lâcha et la laissa regagner l’intérieur. La jeune femme avait agrémenté ses paroles de larmes supplémentaires. Elle venait de replonger.

[Topic clos, mais à suivre. ^^]
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