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 Leçon d'anatomie : Bionik Man

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MessageSujet: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 21 Aoû - 2:28

-Ça fait longtemps, que vous la traîner comme ça?
-Non…

C’est ça ouais, il se serait bien vu traîner la papatte en courant après les pirates.
Ses bras sur les accoudoirs, la jambe gauche étendue devant lui, l’autre agitée d’un mouvement nerveux consistant en martelant sans arrêt du talon le plancher, Guillaume fixait sur le jeune homme assis devant lui un regard peu enclin à la compréhension de son incompétence vu son statut d’interne. Pas d’excuses.

-C’est depuis hier soir. J’espérais que ça passe.
-Les balles sont ressorties c’est cela?
-De la gauche oui, mais de la droite non.
-Et elle est toujours fonctionnelle, la droite?
-Oui. Enfin, plus ou moins…
-Très bien, voyons cela de plus près.

Un strip-tease! Que de souvenirs… Flous.
Une fois qu’il s’eut levé, non pas sans peine, de glace, Guillaume se dévêtit de son pantalon devant l’interne, qui lui adressait la parole sans quitter des yeux le bas de son corps, bras croisés, mimant à merveille le médecin qui examine. Il aura au moins l’air compétant, songea Guillaume avec sarcasme. L’homme, jeune, se pencha ensuite, s’accroupissant aux pieds de son patient et observant sous divers angles les jambes bioniques du Sous-chef de la Brigade.

-Nous allons complètement retirer la gauche et l’envoyer en réparation.
-Pourquoi l’enlever?
-L’atelier n’est pas conçu pour recevoir les patients avec leurs membres.

Guillaume ne put s’empêcher de rire un peu à l’entente de cette réplique.

-Et puis, les techniciens sont débordés, ce sera plus rapide ainsi. Quant à la droite…

Les orteils étaient tous dressés vers le haut et, l’interne eut beau appuyer dessus de toutes ses forces, ils ne bougèrent pas d’une fraction de petit orteil.

-On va envoyer les deux.

D’exaspération, Guillaume ria et soupira, portant sur le jeune homme, qui venait de se relever, un regard qui voulait tout dire. Traduction : « Vous plaisantez, c’est ça? »

-Désolé.

Il eut beau insister très fortement pour marcher jusqu’à la chambre 2233, on le lui interdit, le forçant sans douceur à poser ses fesses dans une chaise roulante. Le menton appuyé dans sa main, accoudé sur l’un des bras du véhicule poussé par un infirmier, Guillaume se résout à se laisser traiter comme l’handicapé qu’il était devenu. Aussi s’efforça-t-il de se faire lourd et anormalement mou lorsqu’on le coucha sur un lit, qu’on le déshabilla pour ensuite l’habiller d’une courte, charmante jaquette bleue poudre, et qu’on le laissa attendre. Mais bon, pour ça, peu importe, handicap ou pas, attendre, c’est toujours long.

Un gars avec des fonds de bouteilles devant les yeux se présenta comme étant le Dr Jules Gilet. C’est lui, assisté de deux internes, qui manqua d’arracher à Guillaume une larme en l’amputant une fois encore. Cette fois cependant, tout était sous contrôle. Enfin, c’est ce qu’ils disaient. C’est sans doute pour ça, aussi, que les deux internes avaient tenu le martyr par les bras, plaqué contre le lit pendant que le binoclard, dangereusement outillé, s’était acharné sur le métal, tentant, pas toujours en réussissant, d’épargner les nerfs et les vaisseaux sanguins. Les fuites importunes furent stoppées par des bandages et les jambes furent emportées, laissant choire derrière elles un tronçon d’homme essoufflé. C’est comme ça qu’il se sentait, quand on le séparait des prothèses, partiel.
La technologie et le temps s’unissent de nos jours pour faire oublier aux rescapés comme Guillaume que quelques morceaux leur manquent mais, couché sous le drap, une cuisse et plus rien du tout en guise de jambes, la fierté en prenait un sacré coup.

Dans le couloir on s’agitait, on courait, on renversait, on s’excusait, on interpellait. Ça bougeait là-dehors, et lui était cloué sur son matelas. En s’étirant le bras, il parvint, au bout de onze longues minutes, à s’emparer d’un journal qui, à en voir la date, portait les nouvelles du mois précédent. Tant pis, ce serait mieux que rien et puis, les BD n’expirent pas, elles. Le document sous les yeux, il se plongea dans le monde de Bionik Man du mieux qu’il le put, question d’oublier les voix, les pas, les jambes qu’il n’avait pas, et l’infirmière qui venait régulièrement vérifier ses signes vitaux et, hélas, autres pacotilles.

Bionik Man! Bionik Man! N’oublie pas ton bras, il est derrière toi!
Oh! Merci petit.
SWASH!
Che me pencherai, Bionik Man!

Guillaume éclata de rire.
Bionik Man! Bionik Man! Super Dentier n’a plus de dents!
Et ça, c’est grâce à mon super-bras-marteau-hyper-fort. Mais aussi, grâce à toi, petit!
Merci, Bionik Man!
VLAMSHWOOP!
Oh! Mais tu es bionik aussi, petit gars!
Oui! C’est mon nombril-ressort-sauteur-mousseux!


Dernière édition par Guillaume Vollmer le Jeu 4 Sep - 19:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 21 Aoû - 4:21

Irritable. Geetali, les jours suivants l’interrogatoire, était devenue très irritable. Aucun coma de plusieurs jours, les larmes avaient rapidement cessé, pour laisser place à une jeune femme tout à fait insupportable. Il s’agissait dans un premier temps d’attaquer verbalement tout ce qui lui déplaisait, puis de se défouler physiquement – son père s’était porté volontaire, en tant que digne professeur – et enfin d’exploiter un maximum ses tendances suicidaires. Cette façon négligente d’évoquer son frère, elle ne l’avait pas digérée, mais à peine si elle pensait à l’auteur de son malaise, non, c’était toujours cette manière d’en parler qui lui revenait, qui lui donnait l’envie de coudre cette bouche à coups d’aiguilles chauffées à blanc. Ou bien de se lisser les bords de la cervelle avec un fer à souder, histoire de tout oublier. Nonobstant cela, Geetali assurait toujours qu’elle était très calme, et son attitude ne restait pour elle que de la pure provocation. Tant mieux si on y mordait. Bande d’imbéciles.
Seulement, cet état d’esprit devint très vite insoutenable, aussi bien pour elle que pour son entourage. Dans les ruelles, on se plaignit à plusieurs reprises de son comportement, et elle finit par s’enfermer dans sa chambre, sans plus de cérémonie. Jusqu’au jour où la mort lui posa un lapin. Quelle connasse, celle-là.

« Je t’ai dit que j’allais très bien… Et puis merde, regarde, c’est bourré de monde ! », miaula-t-elle à l’adresse de sa mère qui la tirait inexorablement entre les couloirs de l’hôpital.
Izaya avait sur le visage un masque exaspérant d’impassibilité. Elle se montrait sourde aux objections de sa fille qui titubait tant bien que mal derrière elle. Titubait ? Eh bien oui, vraisemblablement. Il était même possible d’observer l’état encore plus déplorable qu’à l’accoutumée de ses vêtements, ainsi que les nombreuses coupures sur ses avant-bras, son front et ses genoux sanguinolents. Elle n'avait plus ses lunettes. Cassées. Mais alors, pourquoi l’elfe la tirait sans ménagement ? Parce qu’elle savait que cela n’empirerait pas les blessures de sa fille. Elle était au courant, hein… Surpasser ses limites, et autres bêtises du genre… Sauf qu’elle trouvait cette affaire totalement stupide, et lorsqu’Adrien lui avait dit « Emmène-la à l’hôpital. », elle s’était tout de suite exécutée. Ce serait un prétexte pour la garder à la maison, et cela, Geetali ne le savait que trop bien. Afin de se rétablir correctement, bla bla, donc plus question de s’amuser aux supers héros. Mais s’ils croyaient pouvoir l’avoir de cette façon…
En entrant à l’hôpital, Izaya avait présenté le cas de sa fille comme mineur. On leur avait demandé de rejoindre la chambre 2233 où une infirmière les attendrait. Ce qu’elles firent. Ladite infirmière arborait un sourire optimiste, avec comme écrit sur le front « Mais non, cette prolifération de blessés ne me dérange paaaaaas du touuuuuut. » Geetali ne lui retourna qu’un regard glacial, avant de pénétrer dans la chambre. Elle était tellement contrariée qu’elle ne prit même pas la peine de lever la tête pour détailler les lieux – aucune paire de jambes n’attira son attention ; on la mena au second lit, où elle s’installa en grognant. Sa mère et l’infirmière « Je vais bien, tout va bien » l’entourèrent, si bien qu’elle ne tarda pas à se sentir étouffée. Elles engagèrent la discussion, sous l’œil suspicieux de la jeune femme.

« Alors… », commença l’infirmière en consultant ses documents, « Geetali Anavi, dix-neuf ans… Tombée du cinquième étage d’un immeuble ?!! »

« Non, j’ai sauté du cinquième étage d’un immeuble. », rectifia Geetali en lui adressant un sourire goguenard.
L’infirmière, interdite, la considéra longuement, sans doute à la recherche d’une anomalie flagrante suite à pareil accident, mais ne put perpétuer son examen qu’Izaya intervenait :

« Oh, vous savez, c’est une question d’affinité… »

Elle parut contrite, et l’infirmière acquiesça avec hésitation, son sourire soudainement crispé.

« Un suivi psychologique serait peut-être nécessaire… non… ? »
Je vous en foutrais des suivis psychologiques.
— Geetali !
— Allons, madame, ce n’est rien. Nous allons procéder à quelques soins, mais cela risque de prendre un peu de temps. Si vous avez une course à faire, n’hésitez pas, votre fille est entre de bonnes mains. »

Izaya, confuse du comportement de sa fille, hocha affirmativement la tête et se retira après lui avoir embrassé le front. Geetali n’avait émis aucune opposition, ignorant par la même occasion le regard de sa mère qui lui intimait clairement l’ordre de se tenir tranquille. L’infirmière finit par retrouver son sourire joyeux « Je suis gaie, tout me plait » et entreprit de détendre un peu sa patiente :

« Où est-ce que vous avez mal, Geetali ? Vous semblez avoir des plaies un peu partout et…
Ouais, l’interrompit la jeune femme, j’en ai même une devant moi. Pas étonnant que ça prenne du temps si vous vous efforcez de faire la causette à chacun de vos patients. »

L’infirmière en resta muette, ses yeux s’agrandirent au point de lui manger tout le visage, et, après être sortie de sa stupeur – au bout de deux ou trois minutes – se permit un faible soupir. Quelle tête de cochon. Jaugeant un instant la jeune femme, ayant totalement perdu son sourire, elle haussa les épaules et tourna les talons.

« Très bien, dans ce cas, mademoiselle, je vous laisse en compagnie de Monsieur Vollmer. », déclara-t-elle en sortant de la chambre. Elle reviendrait d'ici peu, accompagnée de compresses diverses.
Geetali avait avant cela baissé la tête. Sans la redresser, elle leva un regard morne en direction de la porte, qui glissa lentement, très lentement, vers l’autre lit, bel et bien occupé. Alors elle avait parfaitement entendu. Ses yeux poursuivirent leur itinéraire, jusqu’à embrasser un visage familier, qu’elle n’aurait pourtant jamais voulu revoir. Non mais c’était une blague, ou quoi ?! Aucune émotion particulière, sinon une désagréable surprise. Elle ne désirait pas se rappeler de l’incident. A la place, Geetali pencha légèrement la tête sur le côté, alors qu’elle observait avec un intérêt non feint ce qui, chez Guillaume, faisait office de bas.

« Tiens donc… Et qui est-ce qui vous a si proprement amputé, Monsieur Vollmer ? Que j’aille le gratifier de mes plus sincères compliments ? »

Irritable, je vous dis. Elle ne se doutait pas que l'amputation en question était moins récente que ce qu'elle pensait. Et il avait dû tout entendre... Embêtant ou pas, elle n'en savait encore rien.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 21 Aoû - 6:22

Hmm… Pas trop commode, l’odeur, quand ça fait…
SOOOOOUUUUUUWAMP!
Que voulez-vous! Ce n’est pas toujours super, d’être super!
Tu as raison!
Ainsi partit Bionik Man pour de nouvelles aventures, accompagné de son nouveau second, Nombril Boy.
VLAAAAAAAN!
BOING! BOING!


Il tourna la page, à la recherche de nouvelles imbécillités pour faire diversion. En bas y’avait le feu et ça faisait pas du bien, sur sa droite ça vivait trop fort et, on venait d’envahir son territoire. Qui? Qu’importe, on s’en contre-fiche, car tout ce que l’on veut, c’est sortir d’ici. Et cette infirmière était une vraie sangsue. Justement, Guillaume sentait qu’elle finirait bien par le vidé de toute vie. Il deviendrait légume. Un handicapé qui mérite bien son titre. Un rampant, un vers, une larve. Il pouvait très bien s’imaginer, tout en tournant inutilement les pages du journal sans prendre le temps de les regarder, bavant comme un bébé et gesticulant frénétiquement de son super duo de membres. Enfin… Bref. Ouais alors, il baverait tellement que l’infirmière finirait par glisser sur le plancher baveux et, par malchance –OOOOOH…- elle s’ouvrirait la tête en quatre en se heurtant le crâne –SSSSHHHHCRACK!- sur la base métallique du lit avant de s’étendre de tout son long, inerte à tout jamais –FLOC!-. Et morveux, Guillaume disparaîtrait dans les entrailles de la terre et érigerait un château-fort fait de bave et de terre, et y empilerait les carcasses de pirates pour nourrir ses troupes.

Bionik Man hein? C’est pas celui qui s’est mérité une pétition de parents en rogne qui ne voulaient plus de ce débile dans leur journal? Pollution enfantine ou, aliénation juvénile, disaient-ils…? Ah… Ça lui revenait, maintenant…
Guillaume laissa malencontreusement glisser l’amas de papier parterre puis, s’aidant de ses bras, se redressa pour se retrouver assis. Mains jointes sur le drap, ennuyé, il décida de s’occuper la tête en se faisant spectateur de l’arrivée de sa voisine. En tant normal, il aurait attendu en se contentant de sa souffrance et de son imagination attardée pour attendre les minutes mais, là, il se passait quelque chose. Il n’avait pas entendu le nom. LE nom, car trop occupé à répandre de la morve dans son cerveau. Et là, le popotin de l’infirmière l’empêchait de voir le visage de l’occupant du lit de l’autre côté. Et mesdames les déesses savent combien il lui tardait de changer de point de vue.
Et puis ça vint, après la voix familière, ça, là, ça vint.

-Geetali!

Comme une bombe dans un champ de pissenlits. Sans onomatopée. Petit soldat Guillaume explosa et perdit pied. Les deux même. Qui se retrouvèrent cent mètres plus loin.
Mais il ne cilla pas. C’est dire s’il cligna des paupières. Fixe, Guillaume attendait que le derrière ne valse d’un pas de côté, même s’il savait, rien qu’à écouter, qu’il s’agissait bel et bien de la sienne de Geetali. Et oui, la sienne. En plus, elle était presque aussi divertissante que Bionik Man, même qu’elle le fit ricaner dans sa barbe techniquement invisible, parce que d’abord c’est vrai que la sangsue était une plaie, et c’était bien envoyé.
Cela dit, de ce rire il ne demeura point de trace, lorsque sur son visage deux billes rouges se posèrent. L’énorme rideau fut enfin levé. Les retrouvailles… Charmant. La regarder le regarder cependant, fut pénible. Personne, si ce n’est à peu près personne, ne l’avait jamais vu dans cet état pitoyable et il fallait que ça tombe sur elle. Elle ne méritait pas une telle vengeance. Elle n’en méritait aucune, à dire vrai.
Tentant de passer outre la frustration qui découlait de son sentiment d’infériorité absolument désagréable et inhabituel, Guillaume garda ses mains jointes, un peu crispées par contre, et sa mâchoire d’abord serrée, ou scellée plutôt, par un cri qui se payait une petite crise dans son ventre. Il le digéra, recevant la réplique en plein abdomen, puis baissa les yeux un court instant, le temps de rassembler ses esprits et la cohérence de son langage qu’il redoutait avoir égarée dans sa fierté estropiée.
Esprits retrouvés, fierté raccommodée, sa tête se redressa et son regard vint trouver celui de sa chère et tendre, la froide et sanguinolente Geetali.

-J’en sais trop rien… Ma négligence.

Négligence comme : J’aurais dût enfermer cette insolente! Mais non, mais non, pas du tout. Guillaume avait trouvé le calme. Fragile mais, calme tout de même. C’était normal, après tout, qu’elle le cherche, petite adolescente frustrée et tout abîmée qu’elle était…

-Alors c’est moi que tu devras remercier. Deux fois plutôt qu’une, maintenant.

Le fendant, il offrit à Geetali un superbe sourire à cent mille dollars. Il s’intéressa, cela fait, aux blessures de la pauvre enfant. Ne quittant pas sa position d’avocat, ou alors de patate, ça dépend du point de vue, il reprit, prenant confortablement place dans une attitude…cool. Plus un sourire en coin, pour le « kick ».

-Fascinant l’évolution, non?

Deux yeux globuleux firent leur apparition dans l’antre de la porte de la chambre 2233.

-Monsieur Vollmer, nous avons réparé la droite, reste à faire la gauche. On aura terminé aujourd’hui.

Évidemment qu’ils auraient terminé aujourd’hui! Il n’allait quand même pas pourrir ici plus qu’une journée… Le bonhomme repartit à la hâte en remontant ses lunettes sur son nez d’un plissement habile de pif.

-Maintenant, c’est à coups de couteau dans les veines et de tête contre les murs, qu’on change le monde…

Guillaume soupira, sarcastique, sans quitter des yeux Geetali.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 21 Aoû - 16:38

Superbe, s’il en est. Ces retrouvailles, on aurait dit deux opposants qui s’adonnaient à une réunion de courtoisie. Mais les rôles s’inversaient quelque peu, non… ? Geetali n’était même plus la jeune femme posée à l’opinion réfléchie, mais celle qui cherchait la petite bête partout, tandis que Guillaume… était devenu pour elle une merveilleuse source d’inspiration. Ô, ma Muse ! … Elle n’allait pas le rater. Et la lueur de ses yeux qui variait ostensiblement s’employait à le montrer. Dans un premier temps, elle se délecta sans la moindre retenue de son attitude. A l’évidence, ça ne devait pas être facile pour lui. Manque de chance, c’était présentement Geetali qui s’occupait à le fixer avec indécence, et surtout pas quelqu’un d’autre. Trop bon. Elle sembla n’émettre aucun jugement lorsqu’il parla, mais ne manqua pas de se dire intérieurement que sa négligence lui avait servi, à elle. A l’instar de sa tête, son buste s’inclina, cependant que sa paume rencontrait la surface molle du matelas.

« Je remercie votre négligence, alors. »

Pas lui, non. Quant au sourire, il lui fut peut-être rendu, imperceptible. On coupa court à sa réflexion sur l’évolution que venait d’évoquer Guillaume ; un guignol, qui n’avait, dans le fond, sans doute rien à envier à cette plaie d’infirmière. Elle reviendrait quand, d’ailleurs ? Inutile de préciser qu’elle était tout autant, sinon plus, impatiente de sortir que le Second. Cela ne l’empêcha pas d’intercepter les quelques mots qui tombèrent à l’adresse de celui-ci. Une réparation de jambes ? Les sourcils de Geetali se haussèrent légèrement, alors qu’elle reportait son attention sur Guillaume. Elle parut l’interroger silencieusement, mais rien ne finit par sortir de sa bouche. Plutôt, elle glissa de son lit et rejoignit l’autre, bénissant la distance réduite qui lui permit de ne pas trop étaler sa claudication. Elle se pencha un instant pour cueillir un magazine tombé sur le sol, le feuilleta juste sous le nez de la Sentinelle, sur laquelle elle leva un regard sans équivoque. Cette fois, ses lèvres s’ourlèrent sans réticence, en un sourire de moquerie mauvaise.

« A bien y réfléchir, des coups de couteau dans les veines et des têtes contre les murs me paraissent plus raisonnables qu’un épisode de… Bionik Man ?, elle fit mine de lire un peu et répéta sans entrain. C’est n’est pas toujours super… d’être super »

Elle réprima un ricanement et reposa le magazine sur le lit, là où auraient dû se trouver les jambes de Guillaume. Elle semblait vouloir répertorier tout ce qui pouvait être synonyme d’humiliation. Une nouvelle fois, elle considéra le Second, et son sourire s’élargit en conséquence, alors qu’elle s’attardait sur le col de sa si belle chemise.

« C’est très charmant, cette petite liquette. Contrairement à la combinaison, elle a le mérite de s’assortir plus ou moins à la couleur de vos cheveux. »

Eh bah non, hein, il ne fallait pas compter sur elle pour en manquer une. Malheureusement pour elle et heureusement pour Guillaume, elle ne put continuer que l’infirmière, précédée d’un long plateau à roulettes, faisait de nouveau son entrée dans la chambre, avec un sourire comme neuf… que Geetali se promit d’ébranler encore une fois.

« Eh bien, Monsieur Vollmer, vous semblez avoir plus de succès avec elle que moi ! Sa compagnie n’a pas été trop mauvaise, j’espère ? Sur le lit, mademoiselle. »

Ladite mademoiselle ricana sans éprouver de gêne et rejoignit le lit, sur lequel elle s’installa. Alors que l’infirmière entreprenait de désinfecter ses plaies, la jeune femme examinait de plus près le contenu du plateau, y reconnaissant des compresses de différentes tailles, plusieurs petites bouteilles, des ustensiles divers et… une seringue.

« Vous n’allez pas me piquer, hein ?, s’enquit-elle, désirant vraisemblablement se rassurer.
— Et si je vous disais que oui ?
— Je répondrais que je vous crèverais les yeux avec la seringue avant même que vous n’ayez pu la toucher vous-même. »

Gagné ! Le sourire s’ébranla un peu, et peu importait à Geetali s’il retrouva toute sa splendeur dans les secondes suivantes.

« Je vais juste vous recoudre au-dessus de l’arcade. Mais qu’avez-vous ressenti en chutant de si haut ? Il faut le faire, quand même…
Vous prendriez ça pour un compliment si je vous disais que vous êtes de loin plus pénible qu’une chute du cinquième étage ?
— Ah !, parut-elle s’offusquer, vous entendez ça, Monsieur Vollmer ?! »

Cet imbécile n’oserait pas appuyer une cruche pareille, pensa Geetali. Cruche dont les gestes parfois brusques trahissaient l’impatience. Elle termina la désinfection, et déballa une petite aiguille de son sachet. La jeune femme grimaça lorsque sa peau fut transpercée, mais plus encore lorsqu’elle sentit le fil glisser tout contre. C’était bien plus désagréable que douloureux.

« Votre mère n’a pas demandé d’examen approfondi, mais j’ai remarqué votre difficulté à marcher…
Quelques ligaments ont dû péter, sans doute.
— Et vous êtes sûre que…
Vous avez terminé ? »

Vaincue, l’infirmière coupa le fil et hocha la tête, mit un peu d’ordre sur son plateau, jeta les compresses usagées dans une petite poubelle, retira ses gants, et sortit comme elle était entrée, avec un sourire à l’adresse de la Sentinelle, ainsi qu’un machinal « Vous n’avez plus qu’à attendre, Geetali. »
Sa mère était sans doute partie lui rapporter des vêtements en état, mais pour l’heure, la jeune femme se retourna vers Guillaume et feignit l’exaspération :

« Enfin seuls. Alors, où en étais-je… Ah oui ! Ça fait longtemps, pour vos jambes ? C’est arrivé comment ? »
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 21 Aoû - 23:05

Calme quand je te tiens! Tu me lâches, étranglé par la cruauté d’une pro-pirate.
On remercie la négligence, mais point l’homme. Dommage mais, Guillaume ne s’était pas attendu à mieux, venant de la part de quelqu’un qu’il soupçonnait dangereusement épris de sa personne. Épris comme, « j’ai parfois envie de te tuer. » Cependant, à sa grande surprise, Geetali ne se montrait pas aussi fermée qu’il n’aurait cru la découvrir. Elle avait tout de même entamé la conversation, non? De la miss muette qu’il avait quittée il ne demeurait plus rien, si ce n’est celle qui l’avait précédée, dame de glace à l’humour épicé. À quand le baiser de la mort?

Justement, il commença à faire frais. Guillaume la regarda venir vers lui en fronçant les sourcils. Inquiet? Peut-être un peu. Il n’était pas particulièrement imposant et impressionnant, ainsi raccourci. Mais pas question de se laisser impressionner par une boiteuse, il resta immobile. Quoique, vu les circonstances…
Le magazine au bout du genou, au bout de rien, il fixa obstinément la revue. Malheureusement pas « à ses pieds ». Elle le regardait. Il savait qu’elle le regardait mais ne se risqua pas à soutenir son regard, trop concentré sur Bionik Man et Nombril Boy qui gisaient devant lui, en supers qu’ils étaient. Il le serait bientôt à son tour, super. Mais Bionik Guillaume, c’est pas aussi trash.
C’est lorsque l’infirmière fit son entrée qu’il releva les yeux et regarda Geetali retourner à son lit, avant d’en revenir à l’infirmière. Mais il ne répondit pas, enfin, presque pas, car en guise de réponse il grogna plutôt en signe d’affirmation ou négation, c’était difficile à définir. Il avait entendu, en somme, mais n’avait pas l’intention d’en penser grand chose. Mauvaise ou bonne compagnie... Euh... C'était Geetali, c'est tout. Et rien de moins.

S’étirant le bras, il parvint à reprendre possession des aventures de l’homme bionique et se servit du papier comme d’un paravent, élevant un mur entre lui et les deux femmes, faisant mine de ne pas s’intéresser à ce qui se disait de l’autre côté de sa muraille cependant, étrangement, Bionik Man avait la voix et les mots de l’infirmière tandis que l’autre nabot se la jouait Geetali. D’exaspération, Guillaume leva les yeux vers le ciel lorsque la décousue fit des menaces à l’hippopotame alias Bionik Man. Mais il eut du mal à se croire, un sourire naissant en témoigna.
Il abaissa le magazine. On s’adressait à lui, monsieur Vollmer. Cette fois par contre, il serait plutôt Super Dentier.

-Oui, j’ai entendu.

Parce qu’il n’est pas sourd. Sur ces mots, il retourna à son mime de lecture de bd. L’infirmière ne saurait possiblement pas quoi songer de cette réponse, sans doute son cerveau, incapable de quelque raisonnement, ignorerait-il la réplique, par bêtise, mais quiconque possédant la moindre capacité d’analyse pourrait déduire, au ton, que le Sous-chef de la Brigade n’était pas impartial.
Guillaume ne répondit pas au sourire de l’infirmière, qu’il ne vit pas, et ne se débarrassa du journal que lorsqu’elle fut sortie. Délibérément, il posa la bd là où Geetali l’avait laissée, avant de croiser ses bras et de la regarder.

-Accident de travail.

Il aurait pu s’en tenir à ça, automate qu’il était, mais ne le fit pas. Guillaume ne se montre habituellement pas réfractaire à la conversation et la situation, aussi étrange et inattendue fut-elle, se prêtait actuellement à une certaine amabilité. Aussi bien en profiter, puisqu’il ne s’attendait pas à ce que cela dure bien longtemps.

-C’était pendant une intervention dans le ciel, dans un aérostat marchand qui venait d’être pillé. L’appareil était instable car gravement endommagé et j’ai cru que je pourrais éviter le pire, l’explosion que provoquerait une chute trop abrupte, alors je suis demeuré à bord pour essayer de redresser le nez du véhicule, en vain. Finalement, j’ai dût sauter en parachute et abandonner l’aérostat, mais j’étais trop près du sol.

Il haussa les épaules, baissa les yeux vers ce qui lui restait de jambes, sans décroiser ses bras, en s’efforçant de garder une expression neutre.

-C’était y’a un mois. Ajouta-il en reportant son attention sur Geetali.

Il ne s’attendait à rien de sa part, surtout pas de compassion ou quelque sentiment qui soit. Elle devait espérer que ça avait été bien douloureux et qu’il avait pleuré toutes les larmes de son corps, se disait Guillaume. C’était pour passer le temps, les questions, pas pour faire comme si on s’intéressait à l’autre… Pff… Débile. Il soupira.

-Et toi, tu t’ai jetée en bas du cinquième? Pourquoi t’as fait ça, c’est con.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 22 Aoû - 0:27

Geetali replia son genou contre elle, y posa son menton, ignorant la douleur qu’elle ressentit à l’articulation – des ligaments avaient bel et bien pété. Un accident de travail. Elle n’eut pas besoin de demander de précisions que Guillaume s’y employait. Elle tenta d’imaginer la scène. Lui, il s’était pris pour un super, songea-t-elle en souriant faiblement. Elle aurait pu montrer un semblant de compassion, mais comme il l’avait deviné intérieurement, la jeune femme n’en fit rien. Un mois qu’il possédait deux merveilles technologiques en guise de jambes. Ça devait lui apporter de sacrés avantages… auxquels elle n’osa pas vraiment penser. Elle parut pourtant plonger dans une sorte de rêverie. Quand même… être réduit à un buste. Se sentir incomplet, inachevé. Geetali faillit en frissonner. Notez que de telles réflexions, paradoxalement, ne la dissuadaient pas de commettre ses bêtises. Finalement, elle sortit de sa stupeur lorsqu’il renchérit en lui posant une question. Sur son cas, cette fois. Mais avant, elle déclara, un peu du tac au tac.

« J’aurais aimé voir ça. J’espère que vous avez eu très, très mal. »

Voilà, Guillaume. Geetali ne se contentait pas de le penser, elle le disait clairement. Quant à savoir s’il s’agissait de la vérité… Eh bien, elle-même n’en savait rien. Sans doute que non. Elle ne faisait généralement pas preuve d’une méchanceté aussi stupide, là, ç’avait été davantage selon les circonstances, ainsi que pour la forme. Du reste, elle ne répondit pas tout de suite à la question qui la concernait. Elle n’avait pas besoin d’y réfléchir, le sujet qu’ils allaient aborder bientôt faisait chez elle office de véritable automatisme. Il lui fut pourtant surprenant de constater qu’elle n’en avait jamais réellement parlé. Avec Guillaume, le devait-elle ? Après tout, ça ne lui servirait à rien dans son travail de connaître le besoin viscéral d’une gamine insignifiante. Si elle se trouvait en sa compagnie, présentement, c’était par pur hasard. A l’avenir, il ne serait plus là pour porter un quelconque regard sur elle, la juger sur ce qui lui était indispensable.

« C’est de votre faute. », lâcha-t-elle sans prévenir. Ça y est, elle avait repensé à l’accident. Une petite douleur, mais rien de comparable à celle ressentie quelques jours plus tôt. Cette fois, y songer s’avéra même apaisant au bout d’un petit moment.

« Vous avez évoqué mon frère très négligemment et je ne l’ai pas supporté. Mais je ne m’y attendais pas, ça m’a réellement surprise. »

Elle triturait l’extrémité de sa grosse chaussure qui froissait le drap de papier recouvrant le matelas. Ses dents vinrent pincer sa lèvre inférieure, un temps d’arrêt, avant de reprendre :

« Je suis… bizarre, depuis sa disparition. Lorsque cette réalité s’impose trop violemment à moi, je redeviens une gamine pleurnicharde et perdue. J’aurais de loin préféré perdre mes jambes… », avoua-t-elle, esquissant par la même occasion un sourire contrit. « Ça a changé tout un tas de trucs. Le besoin de se sentir vivant peut parfois être radical. En ce qui me concerne, il s’agit d’approcher la mort, juste le temps d’une danse, en la frôlant du bout des doigts. Lorsque j’ai sauté, je savais que je ne mourrais pas, mais j’ai espéré. Le pire, c’est que je n’ai pas réussi à apprécier la chute. Mon cœur ne s’est même pas emballé. »

Portant une main à sa bouche, elle bailla longuement, puis s’essuya les yeux d’un revers de main.

« Enfin, vous ne pouvez sans doute pas comprendre. L’adrénaline doit davantage être à votre portée… Massacrer des pirates – elle sourit, le ciel ? Peut-être les femmes, aussi ? D’ailleurs, vos jambes doivent faire un carton auprès d’elle, nan ? »

Soudain, elle sembla prendre conscience de son audace et eut un bref mais franc éclat de rire, marmottant un faible « Quelle connerie. » pour elle-même. Parler lui avait procuré un bien fou, même si elle ne le reconnaîtrait jamais, surtout pas devant Guillaume qui en était quelque part l’auteur. Elle n'avait pas non plus perdu son aspect irritable, juste qu'à cet instant, il n'y avait plus vraiment de quoi l'exploiter.
La jeune femme se surprit à regretter l'interrogatoire. En fait, elle trouvait cette idée complètement folle, mais regrettait sincèrement connaître la véritable identité de Guillaume. Elle n'aurait jamais dû voler cette pomme. Ou bien elle n'aurait jamais dû feindre une fuite. Ou alors, simplement cette visite à l'hôpital qui était de trop ?
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 22 Aoû - 2:05

Ses pensées confirmées lui arrachèrent un sourire en coin. Qu’elle pense vraiment ce qu’elle disait n’était nullement source de questionnement pour Guillaume. En fait, qu’il ait eu mal ou pas, qu’importait maintenant, c’était passé. Et la douleur est un souvenir difficile à clairement rappeler à la mémoire. Bref, il ne releva pas, plus amusé par la spontanéité de sa voisine de lit que touché par son indifférence. Que lui importait l’indifférence de Geetali, après tout? Elle ne le connaissait pas, il ne la connaissait pas. Ou enfin, très peu. Ils vivaient dans deux univers différents et n’avaient rien en commun.
Cela établi, Guillaume se sentit plus confortable, certain, à présent, qu’il avait posé la question au sujet de la chute de Geetali par simple souci de distraction, rien de plus. Vivement cependant, il fut tiré hors du nuage qui le gardait de tout sentiment d’implication par l’accusation qu’on lui portait. « C’est de votre faute. » Alors que Geetali s’expliquait, Guillaume l’observait en silence, attentif.

Lui qui l’avait cru insensible, il s’était trompé. Enfin, pas complètement. Il savait qu’il allait créer une réaction, en attaquant sa famille comme il l’avait fait mais, ce n’était absolument pas la réaction à laquelle il s’était attendu. Le plus drôle, enfin, bête, c’est qu’il croyait avoir bien fait. Ce n’est pas sans raison, qu’il l’avait laissée filer, et pas complètement sans raison, en vérité, qu’il avait parlé politique avec elle. Mais maintenant il se trouvait stupide, vraiment très stupide. Il avait risqué son poste, aussi surprenant que cela puisse paraître. Et il avait mal estimé sa capacité à se montrer impitoyable, c’est lui, qui avait été insensible. Il avait mal agit, très mal calculé son coup et avait visé quelque chose qui lui était inutile, en tant qu’organe de la Brigade anti-piraterie. L’égoïsme n’avait pas sa place au sein des Sentinelles. Plus jamais, se promit intérieurement Guillaume, il ne paierait plus d’attention que nécessaire aux criminels de moindre importance tels que Geetali Anavi.

L’adrénaline. Drogué d’adrénaline qu’il fut, et était encore aujourd’hui, mais plus… sobrement, Guillaume ne pouvait s’empêcher de se montrer compatissant. Sauter en bas d’un immeuble, c’est mal, mais rechercher l’adrénaline, c’est bien, c’est bon.

-Tu serais surprise…commença-t-il en esquissant un sourire.

Bien vite cependant, il prit conscience de la confusion que pouvait semer cette réponse sans précision, il se reprit donc rapidement.

-À propos de l’adrénaline, je veux dire!

Et rit brièvement à son tour.

-C’est facile de tomber dans le commun, à force de se retrouver dans des situations semblables. Ce qui m’a le plus surpris quand j’ai joins les rangs des Sentinelles, c’est de constater combien ils étaient nombreux à être biens dans la routine et dans le confort de l’expérience. J’y étais pour le contraire.

La Libellule n’était-elle pas reconnue pour ses tendances suicidaires?

-Voler seul en chasseur pour la première fois… C’est unique comme moment. Mais heureusement, le ciel n’est jamais le même, puis y’a toujours moyen de se sentir vivant, sans avoir à se jeter en bas d’un immeuble…

Il indiqua du menton la jambe de Geetali, geste plutôt imprécis mais bon…

-Tu devrais faire voir ta blessure. Ça vaut pas la peine de risquer de mal guérir. Les membres bioniques c’est pas super, ça te n’appartient jamais vraiment. Et puis je parie que ça l’ennuiera, l’infirmière, malgré son sourire constipé, de devoir te rendre une petite visite.

Ce n’est parce que lui ne se permettait pas de s’en moquer ouvertement qu’il n’appréciait pas voir d’autres le faire…
L’un des internes de tout à l’heure, accompagné du globuleux médecin, firent irruption dans la pièce à cet instant, l’interne transportant sur son épaule une jambe métallique en sifflotant.

-Fais gaffe avec ça… Monsieur Vollmer, votre jambe droite est prête. Elle marche.
-
-Enfin, pas toute seule…
-Et la gauche?
-Bien… Nous faisons notre possible pour vous la rapporter le plus tôt possible.

Ils s’approchèrent et le médecin dégagea le drap sans délicatesse, défit le bandage du côté droit et s’empara de la prothèse. Des fils émergeaient du genou de métal là où des vaisseaux sanguins se trouvaient sur l’extrémité de la cuisse, juste avant le genou. La chair et le métal s’unirent, sous la grimace de Guillaume, et la jambe désormais entière retomba lourdement sur le matelas. Le Second ramena le drap sur lui, les deux zigotos sortirent.
Guillaume ne parla pas, trop occupé à faire bouger ses orteils, de la plus petite à la plus grosse et, attention les yeux, indépendamment les unes des autres.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 22 Aoû - 3:40

[Phoque Forumactif qui bug lorsque je suis sur le point de poster.]

Surprise ? De quoi parlait-il ? Geetali haussa un sourcil, et finit par sourire lorsque Guillaume se rattrapa. Alors qu’il s’expliquait, la jeune femme avait détourné la tête, pour fixer un point dans le vide. Tomber dans le commun. Peut-être avait-elle trop repoussé ses limites lorsque son frère se trouvait encore à ses côtés, cela pourtant ne l’avait jamais empêchée de pouvoir apprécier tout danger, quel qu’il fût. Aujourd’hui, elle devait toujours plonger dans les extrêmes, et cela, parfois, ne suffisait pas.

« Je vous envie de porter un intérêt à ces choses-là. », souffla-t-elle en se tournant de nouveau vers lui. Le ciel était pour Geetali monotone, mais elle ne devait pas le connaître assez.

Puis elle baissa le menton afin de considérer sa jambe. Risquait-elle vraiment de mal guérir ? Une moue se dessina lentement sur son visage, alors qu’elle dépliait et repliait la jambe, éprouvant ainsi jusqu’où s’étendait la douleur. Examen achevé.

« C’est très bien comme ça. », conclut-elle sans grande conviction. En réalité, elle ne désirait pas tellement de soins supplémentaires, histoire de ne pas être retenue ici plus longtemps. De plus, elle pensait réellement que la douleur finirait par s’endormir, au pire, elle l’empêcherait de sortir trop longtemps, et tout le monde s’en réjouirait. Inutile pour Guillaume de s’inquiéter cependant, il restait tant de façon d’emmerder l’infirmière. Sourire constipé. Geetali, bien sûr, avait laissé transparaître son amusement. Il cachait bien son jeu, en fait. Jamais elle ne l’avait entendu être désagréable avec elle, et jusque-là, seul son « Oui, j’ai entendu. » trahissait sa position. Peut-être pour préserver sa bonne image de Second ? Hm… Mouais. Elle laissa ses pensées de côté tandis qu’une entrée plutôt singulière s'accomplissait. L’attention de la jeune femme fut immédiatement attirée par la jambe métallique sur l’épaule de l’interne. Elle suivit son parcours sans ciller et… Non. Ils n’allaient pas faire ça ici, quand même ? Eh bien, apparemment… si. Elle se mordit la lèvre à l’entente de l’échange plutôt comique, se retint d’ajouter une anecdote douteuse et tendit le cou afin de mieux apercevoir le spectacle. Bon dieu. Si elle s’était d’abord concentrée sur « l’emboitement » de la prothèse, elle fut irrésistiblement attirée par l’expression que pouvait bien arborer Guillaume. Ses yeux, telles des sangsues, se fixèrent sur le visage de celui-ci, sans la moindre décence. Appréciait-elle la vision ? D’une certaine manière, oui, et cela se voyait. La joyeuse troupe finit par sortir, et elle admira avec intérêt le test de la jambe réparée. Marrant. Et comment ça s’entretenait, ces choses-là ? Elle ne put le lui demander. A l’extérieur, près de l’entrée, sa mère. Dans ses bras, une petite pile de vêtements. Sans se faire prier, Geetali descendit du lit et, alors qu’elle passait devant celui de Guillaume, déclara sans s’arrêter :

« C’était très réjouissant de vous voir souffrir. »

Quant à la douleur de ses jambes, eh bien, elle prenait sur elle, boitillait seulement. Elle disparut dans l’agitation du couloir, susurra quelques mots à l’oreille de sa mère qui releva la tête, surprise, mais finit vraisemblablement par approuver on ne savait quoi. Dans l’une des nombreuses cabines mises à disposition des patients à l’intérieur d’un autre local, Geetali se changea promptement, en ressortit vêtue d’une tunique à manches longues – cintrée à la taille, comme toujours – et d’un large pantalon bruns. On ne distinguait plus ses blessures. Quelques minutes plus tard, elle était de retour dans la chambre 2233, seule, s’appuya contre l’encadrement de la porte en adressant un microscopique sourire à Guillaume.

« J’ai décidé de vous tenir compagnie jusqu’à l’arrivée de la deuxième jambe. », elle s’empara d’une chaise abandonnée dans un coin, la traîna au chevet du Second et la glissa à l’envers sous elle, appuyant ses avant-bras sur le sommet du dossier. « Mieux vaut en profiter, c’est sûrement la dernière fois qu’on se voit de façon si peu conventionnelle. Ou alors j’ai simplement envie d’assister à votre seconde souffrance. A vous de trouver la vraie raison. », fit-elle, taquine.

La vraie raison ? Je ne vous le dirai pas.
Elle allait reprendre lorsque sa mère, encore une fois, fit irruption dans la chambre.

« Tes lunettes ! », s’écria-t-elle en s’approchant de sa fille pour lui remettre la paire. Elle en avait toujours possédé une autre, en cas de problème – même si elle pouvait parfaitement s’en passer. Izaya, après avoir considéré Guillaume d’un regard on ne peut plus suspicieux, se retira sans plus de cérémonie, laissant Geetali glisser ses verres le long de son nez.

« Bon, alors… Je veux tous les détails : c’est comment d’avoir des jambes bioniques ? »

Puisqu’il l’avait dit lui-même, ce n’était pas super, mais autant occuper l’attente à en savoir davantage sur cet aspect qu’elle n’avait jamais abordé de quelle que manière que ce fût.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 22 Aoû - 14:15

[j'ai pas pu résister, ce matin, en me levant à 5h30. - -']

Les orteils ont-ils des noms? Comme les doigts? Est-ce les mêmes? Guillaume se le demanda très sérieusement, dans sa contemplation. Il ne connaissait pas les noms de tous ses doigts, se souvenait de l’index, du pouce et du petit. Enfin, auriculaire…? Mais ses orteils, comment les appeler? Tant qu’à ne pas en avoir, aussi bien en profiter. … Il songea à un nom pour le plus petit d’abord, mais rien ne vint de mieux que « Petit bout de métal » avant que Geetali ne disparaisse tout bonnement dans le couloir après avoir avoué des tendances sadiques. L’entretien mental avec ce qui lui servait d’orteils fut interrompu et il tenta comme il put de se pencher vers l’avant pour mieux voir dans le couloir. Sourcils froncés, il se demanda si ça y’était, comme ça, le grand départ. Bah, « grand départ », il n’allait quand même pas s’en faire pour ça… Mais ce fut plus fort que lui et, alors qu’il la voyait s’en aller pour de bon, enfin, c’est ce qu’il croyait, il tenta un trop faible « Hey » qui se dispersa fort aisément parmi les voix autres, les pas autres et bien d’autres autres. Au bout de quelques secondes, figé, il se laissa tomber contre son oreiller, assis, et détourna la tête de la porte, fixant le vide, là quelque part, perdu dans un méandre de matière grise.

Guillaume, commença sévèrement la voix grave et virile de sa conscience, qu’est-ce que c’est que ça!?
Il n’en savait fichtrement foutrement bigrement rien. De la mollesse psychologique, de la révolte inconsciente, une récession mentale, quelque chose comme ça, ou pire, rien de tout cela. Ouais d’abord, pourquoi tant s’en faire avec si peu? Il était sympa avec elle, et alors!? Il avait agit en bourreau avant, fallait bien se faire pardonner.
Haha, pardonner.
Et puis, non d’une déesse pompette, il ne faisait rien de mal. Geetali n’était que la fille d’un ex-pirate dont on entendait plus parler à la Tour. Rien. Nada. Silencio total! Alors c’était dit, il ne faisait rien de mal. Il sympathisait peut-être vaguement, mais pas avec l’ennemi.
De toute façon c’était terminé, elle avait fichu le camp. Plutôt moyen comme fin, quoi que, il n’était pas doué pour les adieux. Les gens disent souvent « à la prochaine », mais au fond, on sait bien qu’on risque souvent de ne jamais se recroiser. Alors c’est comme ça, on ne se revoit jamais. Il ne reverrait jamais Geetali. Il crèverait, elle crèverait, et elle l’aurait oublié, comme il l’aurait sans doute oubliée, et ils s’en ficheraient, parce qu’ils se seraient oubliés. Pas la peine de s’y attarder, bon sang.
Bionik Man saurait-il lui tenir compagnie jusqu’à la venue de l’autre jambe? (Qui arriverait probablement en marchant… ) Guillaume en douta, lorsque son regard se posa sur le bonhomme dont il était question, et qu’une grimace ennuyée se dessina sur son visage sans même qu’il l’eut commandée à la tour de contrôle. Bionik man était révolu.

Il sursauta. Quand il la vit appuyée non loin, il sursauta. Un peu. Elle était partie se changer. C’était donc ça, qu’elle lui avait donné, la dame. Il ne sourit pas et garda un air étonné un moment. Il s’était fait à l’idée que ce chapitre avait été clos, abruptement mais tout de même, mais elle avait décidé que non. Finalement, ce fut comme si elle n’était jamais partie, ou presque. Guillaume avait l’impression qu’on lui rendait visite. On ne lui rendait jamais visite à l’hôpital, il détestait cela, pire, il haïssait, mais ce n’était pas une visite conventionnelle.
Il se dit qu’il vaudrait mieux avoir l’air antipathique, genre « Qu’est-ce que tu fiches encore là je te connais pas » mais, il n’y arriva pas et tenta pas vraiment d’y arriver, cédant la victoire à un discret sourire dès que Geetali prit place à ses côtés.
La vraie raison, hein? Plissant les paupières, Guillaume tenta de déceler cette vraie raison dans les yeux de la demoiselle, mais fut interrompu par celle qui, apparemment, était la mère de sa visiteuse. Légèrement gêné par le regard qu’elle lui offrit, il tenta un timide sourire en coin. Les mères… Cela faisait longtemps qu’il avait eut droit à ce genre d’intimidation maternel, mais il avait souvenir d’expressions semblables, alors qu’il emmenait les heureuses élues dans son premier speeder, qui faisait trop de bruit et qui même éteint avait l’air dangereux. Seulement là, il n’était pas en état d’amener Geetali bien loin… Tout de même, il avait capté l’avertissement. De nouveau seul avec l’heureuse progéniture qui lui tenait compagnie, il la regarda enfiler ses lunettes, soupçonnant qu’elle n’en avait peut-être pas réellement besoin. Quel genre de binoclard oublie qu’il voit mal? Il songea à le lui demander mais elle fut plus rapide que lui.
Curieuse. Ce devait être pour cela qu’elle restait avec lui…

-C’est pas aussi confortable que des vraies jambes. Techniquement il paraît que oui mais, faut croire que j’ai pas terminé le deuil de mes jambes et que ça fausse mon jugement…

Il grimaça un sourire avant de poursuivre.

-Tu sens toujours le point de friction, sans nécessairement que ça fasse mal, mais tu sens toujours qu’il est là, sans vraiment sentir le reste de la jambe, si ce n’est le point d’appui, mais c’est pas la même sensibilité. Au début j’avais l’impression d’être un peu comme toujours assis. Et puis je sens plus l’effort comme avant alors pour les déplacements c’est pratique.

Guillaume regardait sa jambe et s’imaginait l’autre comme elle était avant. C’est bête mais il se rappelait très bien comment elle était, avant d’être déboîtée dans tous les sens possibles et imaginales.

-Ça donne de bons coups de pieds! En tous cas celles que j’utilise… Il paraît qu’il y a plusieurs modèles qui ont diverses fonctions, mais moi je voulais des jambes de base, comme ils disent. Reste que, j’ai jamais été aussi solide sur mes deux pieds.

Il releva la tête et fixa le vide, vide vers la porte.

-C’est quand tu les enlèves, que c’est moins drôle.

Reportant son attention sur Geetali, Guillaume se fit rieur.

-Sinon, esthétiquement parlant je sais pas trop… ça laisse à désirer.

Il découvrit sa jambe droite du drap et l’observa en se tenant le menton d’une main, haussant un sourcil.

-Qu’est-ce que t’en dis?
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 22 Aoû - 18:00

Se montrer antipathique ou pas, il aurait été naïf de croire que ça marcherait avec elle. Si elle avait décidé de rester, elle resterait, et pour le contraire, il faudrait que le personnel de l’hôpital la chassât par la force. Du reste, il n’était pas vraiment possible de discerner sa pensée, pourquoi restait-elle, peut-être que Geetali elle-même cherchait à ne pas y songer. Guillaume pouvait au moins en déduire qu’elle préférait attendre on ne savait quoi ici plutôt que de regagner ses occupations quotidiennes, quant à déterminer s’il fallait s’en réjouir ou non…
Comme si on allait lui raconter une histoire, animée par un intérêt enfantin, la jeune femme posa doucement son menton sur le dos de ses mains jointes, les yeux levés vers son orateur. A son instar, elle grimaça faiblement, mais sans sourire. Constamment sentir ce point de friction devait être désagréable, de même pour l’impression d’être toujours assis. Elle s’imagina un instant dans le même cas, à tenter de s’étendre alors qu’elle était déjà debout. Usant, non ? Son regard se porta sur les deux membres bioniques. Les avantages compensaient-ils les inconvénients ? L’idée de pouvoir « tomber en panne » restait peu réjouissante. Elle préférait largement ne s’en remettre qu’à elle-même, quitte à sentir son corps la trahir. Avoir du métal en guise de jambes, Geetali l’aurait sans doute bien plus mal pris que le Second, bien qu’il prétendait ne pas avoir encore terminé son deuil.
En ce qui concernait le moment de les enlever… la jeune femme arbora un sourire très significatif de sa pensée, l’air de dire « J’ai cru voir, oui. », avant de détailler la gambette plus précisément.

« Ça me surprendrait sans doute… », murmura-t-elle. « Ajouter par-dessus une peau artificielle ne doit pas être évident. Je suppose qu’il faut s’y faire, même pour ceux qui sont susceptibles de les voir. Peut-être que prévenir avant est une bonne solution, mais histoire de répondre clairement à votre question… Ça ne me choque pas tellement. C’est juste que ce n’est pas vous… »

Elle releva un regard confus sur le visage de Guillaume, se ressaisit maladroitement :

« Enfin, c’est du métal… C’est froid, quoi. »

En clair, il ne pouvait plus trop faire office de bouillotte humaine. Ou hybride… Ou peu importe. L’aspect « partiel » dérangeait plus que l’aspect « esthétique », selon elle.

« Au moins, avec ça, vous êtes devenu un super. Même si ça implique de vivre des moments plutôt gores. »

Moments plutôt gores auxquels elle aimait assister. Là encore, c’était bien mieux qu’un épisode de Bionik Man. Sans s’attarder davantage sur la question, elle songea à la situation en elle-même, plongeant dans un paisible silence alors qu’elle aurait désiré enchaîner sur un autre sujet. Elle entreprenait d’en savoir plus sur lui pour passer le temps, mais étrangement, quelque chose lui disait que ces moments s’avéraient rares du côté de la Sentinelle. Peut-être en raison de sa fonction, justement. Il fallait être une bête de travail, ne jamais se laisser émouvoir, et elle en vint alors à la pensée qu’il eut lui-même quelques minutes plus tôt : tout ça, c’était mal, non ? Aussi bien pour lui que pour elle. Ne valait-il pas mieux arrêter là ? Il lui était plutôt pénible d’avouer qu’elle appréciait le moment présent, et chacun savait ce qu’il se passait quand on appréciait : on avait du mal à s’en défaire totalement par la suite. La réflexion l’amusa, la fit rire intérieurement. Mais un rire jaune. Lui, il ne devait même pas y songer.
Négligemment, elle se gratta l’arrière du crâne, deux mots envahissant progressivement son esprit : ça craint. Pire encore, elle assista, impuissante, à sa propre spontanéité.

« Je vous préfère comme ça. »

L’irritation se ressentit immédiatement. Geetali ferma les yeux, inspira profondément – le contrôle total d'elle-même, depuis quelques jours, ce n'était plus trop ça – mains crispées sur le sommet du dossier. Ça craint, ça craint, ça craint. Maintenant, il fallait qu’elle s’expliquât afin de ne laisser planer aucune confusion. Mais que dire, hein ? Ce qu’elle pensait. Et qu’est-ce qu’elle pensait ? Eh bien… Elle ne savait pas vraiment, et là se trouvait le véritable problème. Elle n’osait tout simplement pas aborder le sujet de trop près. Imaginez un peu, l’affaire était délicate, à bien y réfléchir. Cependant, lorsque des paroles sortaient ainsi de sa bouche, elle ne pouvait tout simplement pas les mettre en doute, elle se connaissait trop bien pour ça. Par conséquent, elle rouvrit les yeux, une expression neutre sur le visage. Elle ne désirait pas trop s’étaler.

« Je veux dire que je vous préfère comme vous êtes maintenant… L’homme. Pas la Sentinelle arrogante à qui j’arracherais volontiers les yeux. Dommage que vous en soyez une, d’ailleurs, ça me bloque beaucoup. », elle eut un sourire franc, « Mais c’est peut-être mieux ainsi. »

Cette tirade sentait beaucoup le « De toute façon, je ne vais plus le revoir, alors je peux dire ce que je veux sans avoir honte. »
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Mer 27 Aoû - 0:05

Qui était donc Guillaume Vollmer à travers les yeux de Geetali Anavi? Qui était ce "vous" dont elle parlait?
On lui parlait de ses responsabilités, on faisait appel à son jugement, à ses conseils, on attendait ses ordres, on écoutait la voix du Second de la Brigade anti-piraterie, celle de Guillaume Vollmer, ou monsieur Vollmer, ou autre tournure impersonnelle et ô combien sérieuse, ô combien froide.
Mais ce n'était pas lui, ce métal froid, disait-elle, ce n'était pas lui la machine, il y avait l'homme au-dessus d'elle. Il semblait à cet homme amputé, immobile, que cela faisait longtemps qu'il avait retrouvé la peau sous l'uniforme, le Guillaume sous le Guillaume, au fond.
Il détourna le regard lorsqu'elle porta sur lui cet air incertain dans lequel il ne voulait pas lire ou supposer quoi que ce soit. Ils étaient déjà assez mal comme ça, à se la jouer conversation et confidences. Confidences. Ce mot avait le goût du poison pour la Sentinelle, depuis qu'il avait intégré la Brigade. La Sentinelle n'a pas de confidences à faire à quiconque. Un mur invisible mais on ne peut plus solide s'était automatiquement construit entre le professionnel et l'homme. Mais la Sentinelle était dans l'ombre, il n'était plus question d'elle en ce moment, c'est Geetali justement qui, sans le savoir et vouloir peut-être, s'était interposée entre deux personnages qui, concrètement, n'en faisaient qu'un seul et unique. Et quel homme ne porte en lui des confidences, même gardées sous silence?

Un super, hein? Il avait beau en douter fortement, un infime sourire amusé apparut sur son visage. Super Guillaume... La vérité c'est que maintenant, il se sentait anormalement indécis, irréfléchi et étranger à lui-même, alors super... Il aurait bien aimé l'être, en fait, suffisamment super pour ne pas s'être fichu dans une situation si peu professionnellement correcte. Quelle genre de Sentinelle fraternisait ainsi avec la fille d'un pirate, ou tout simplement avec une jeune fille du peuple quelconque?
Mais elle n'était pas quelconque, il ne pouvait s'empêcher de le songer, d'en être sûr, de se le répéter. Et cela, en pleine conscience de la position indésirée et risquée dans laquelle il se mettait.
Regardant devant lui, Guillaume essayait de se concentrer sur ce qu'il ferait après son détour à l'hôpital. Il y avait toujours à faire. Il retournerait sans doute à la Tour, ou non mieux, irait courir avant, dans un parc, ou plus loin, quelque part où il n'y aurait pas les buildings et l'haleine fétide des usines pour polluer le paysage. Difficile de trouver un tel endroit dans les environs...
Guillaume ne parvint cependant pas à se garder loin de la chambre 2233 bien longtemps. Aussi surpris que Geetali sembla ne pas avoir été véritable maitresse de sa bouche lorsqu'elle laissa s'échapper ces cinq mots pourtant inoffensifs (relativement...), il garda le silence, ses yeux rivés au visage de la jeune femme, qu'il avait l'impression de voir se fermer, ou plutôt, se refermer. Maintenant aurait été un bon moment pour le trio de bourreaux de faire leur entrée, songea Guillaume, mais non, le destin, hasard ou comme vous voudrez, en fit autrement et lui donna plutôt le temps de s'expliquer, sous le bientôt amusé regard du Second.

-Comment ça, arrogante? Je ne suis pas une Sentinelle arrogante! feignant une indifférence qui dangereusement flirtait avec l'arrogance il reprit, Et puis faut se faire respecter, c'est tout...

Par chez lui, pour dire "arrogance", on disait plutôt "assurance" ou "fierté". Son père a toujours été un véritable modèle de... d'assurance. Cela dit, Guillaume avait visiblement abandonné son doute pour laisser place à la légèreté, encore une fois. Non seulement c'était plus facile, mais ça lui évitait de penser à la suite. Reste que, dans les paroles de Geetali, une phrase méritait qu'il s'y attarde également.

-Qu'est-ce que tu veux dire par "ça me bloque beaucoup"? Qu'est-ce que ça change vraiment, au fond, que je sois une Sentinelle? Différence de valeurs? D'opinions? De... philosophie?

Là par exemple, il aurait aimé, vraiment franchement, entendre ce que Geetali en aurait dit, mais...

-Monsieur Vollmer, votre jambe gauche est prête!

Il avait l'air ravi, contrairement aux deux autres derrière lui qui baîllaient sans gêne. Il se retourna d'ailleurs vers eux, geste possiblement inconscient pour éviter de se gâcher la bonne humeur en affrontant l'expression bien peu reconnaissante de son patient. Ignorant qu'il interrompait une conversation, le médecin aurait cependant dut se douter que le monsieur étendu là n'était pas sans savoir qu'il s'apprêtait à vivre de très pénibles minutes en sa compagnie.

-Allons, allons, vous, de ce côté, et vous, de ce côté.

Le chorégraphe de ce déplacement fort bien exécuté se tint au bout du lit, jambe en mains, alors que les deux internes s'étaient placés de chaque côté du lit, celui du côté de Geetali à la tête, l'autre à la jambe déjà en place.

-Monsieur Vollmer, peut-être préféreriez-vous que mademoiselle sorte...
-Non ça va, coupa Guillaume, se gardant d'ajouter qu'elle était là pour ça.
-Très bien...

Il échangea un regard qui se voulait subtil avec l'un de ses assistants et ce dernier, à la tête de Guillaume, se pencha sur lui avant de se redresser, tenant dans ses mains une bande de tissu blanc qui passait sur le torse et les bras de la Sentinelle, qu'il fixa solidement de son côté du matelas.

-Qu'est-ce que c'est ça!?
-Mieux vaut prendre des précautions, monsieur Vollmer, je puis vous en assurer...

L'autre type lui tenait à deux mains la jambe déjà installée. Le médecin s'approcha, déshabilla complètement du drap Guillaume, défit le mince bandage et, jambe de métal fermement tenue de ses deux mains, il se pencha sur la plaie, l'enligna avec la hanche et commença à approcher lentement la prothèse.
Guillaume fixait le plafond et serrait fermement le drap de ses deux mains. Il savait, il savait le pinçement et la brûlure à la fois, l'impression qu'un couteau lui traversait les nerfs à vifs, que son coeur allait lâcher mais, il ne s'y habituerait jamais. Ça, c'était une certitude. À la rencontre des fils et du métal froid avec sa peau, sa chair et ses nerfs, il retint un cri, mais ne put lutter contre la contraction de ses muscles qui, malgré lui, luttèrent contre la gance qui était venue le plaquer à son lit. Mais ça y'était, la jambe avait embrassé ce corps qui ne voulait pas d'elle et, à peine Guillaume, calmé, essoufflé, eut-il le temps de rouvrir les paupières que le docteur lui enfonçait une aiguille dans la cuisse droite.

-Non non non! Pas de calm- pas de cal... pas de... de...

Sa mâchoire ne lui obéissait plus, devenue aussi molle que le reste de son corps engourdi par la piqûre, mais il parvint tout de même à regarder Geetali un instant à travers le flou de ses yeux qui cherchaient le sommeil, avant de définitivement sombrer.
On le détacha, les internes s'en allèrent et le médecin se tourna vers Geetali.

-Ça lui fera du bien. Il dormira mieux comme ça et sera pleinement remis dès demain.

Il sourit et quitta à son tour, abandonnant un Guillaume bien déplorable dans sa chemise, les draps défaits, inconscient malgré lui et sans doute déjà bien loin...

Hey! Frère!
...
Oui, toi! Frère bionik!
On écrit bionique, en vrai.
Quoi?
Rien.
Ah! Super!
Non...
Quoi?
Rien...
Aller, Bionik Bionique, nous avons une mission importante à accomplir! Suis-moi!
FIIIOOOOOUUUUU!
SWAAAAASH!
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Mer 27 Aoû - 3:15

Geetali pouvait lui en être reconnaissante. A sa maladresse, Guillaume retournait une certaine légèreté, sans doute ne lui en tenait-il pas rigueur. Tant mieux. Par conséquent, elle se permit un très faible sourire, à peine perceptible, lorsqu’il réfuta l’arrogance qu’elle lui avait prêtée. Sourire qui disparut aussitôt lorsqu’il formula son interrogation. Mauvaise idée. Très mauvaise idée. La jeune femme eut l’impression que cette fois-ci, justement, la Sentinelle faisait preuve de négligence. Qu’est-ce que cela changeait, au fond ? Tellement de choses, mais par-dessus tout, qu’il fût ce qu’il était créait une incompatibilité regrettable. Sauf qu’à bien y réfléchir, cette incompatibilité provenait également d’elle. Une fille de pirate, par principe, ne fréquentait pas le Second. Il aurait pu ne pas être le Second, comme elle aurait pu ne pas être une fille de pirate. En vue de s’expliquer, Geetali ouvrit la bouche, mais la referma à la nouvelle intrusion. Etrangement, elle ne put s’empêcher de s’en réjouir, car rappelons-le : ne pas s’étaler. Prestement, elle se redressa et fit pivoter la chaise à son côté, pour laisser libre la progression de la petite troupe. Lorsqu’il fut demandé à Guillaume s’il désirait qu’elle sortît ou non, la jeune femme sentit tinter en elle un résonnement sourd, qui se mua ensuite en un soulagement inexplicable. Elle pouvait rester. Nonchalamment, ses bras se croisèrent, et de nouveau, ses yeux gagnèrent l’indécence qu’ils avaient plus tôt arborée. Ils laissèrent pourtant, à l’ombre d’un instant, filtrer une lueur d’incompréhension, quand le médecin agit contrairement à la volonté du patient. Quelle réaction aurait-elle eu si le refus s’était fait plus véhément ? Là encore, mieux valait ne pas chercher. Inquisitrice, elle fixa le visage de Guillaume, se rendit compte, à contrecœur, que ce n’était plus drôle et ne put que laisser son regard glisser vers le blanc immaculé du drap, donnant ainsi l’impression qu’elle observait toujours sa souffrance. Elle le releva juste à temps, intercepta celui de Guillaume, ne sut comment l’interpréter, et fronça sensiblement les sourcils en conséquence. Elle entendit bel et bien les commentaires du médecin, mais ne parut pas s’en inquiéter outre-mesure. Il sortit sans qu’elle ne lui sourît en retour. Un semblant de contrariété venait d’investir les traits de Geetali. Remis dès demain ?! Quelle blague. Le calmant aurait pu être reporté, comme si elle allait rester au chevet d’une… d’une… Sentinelle. Parce qu’ils n’en avaient pas terminé, hein ? Ils parlaient, avant que cet imbécile n’intervînt. Ses bras retombèrent mollement le long de son corps, alors qu’elle approchait dangereusement du lit, détaillant l’homme sans discrétion aucune. Tellement vulnérable. Même trop. Comment pouvait-on laisser quelqu’un de si important ainsi ? Il suffirait d’un rien pour s’en débarrasser – elle leva une main au-dessus du corps inerte. Qui rabattit sèchement le drap sur lui, afin de le couvrir entièrement. Puis un soupir, peut-être un peu trop lourd – de sens ? Elle ne savait pas vraiment quoi faire. Partir comme ça n’était pas glorieux, sans dire adieu, seulement, elle ne lui devait strictement rien, alors… Alors il fallait s’en aller. Ce qu’elle amorça avec plus ou moins de conviction, sortant de la chambre pour se retrouver dans le couloir déjà moins bruyant, et accessoirement nez-à-nez avec l’infirmière, dont le sourire lui brûla les yeux.

« Tiens donc, mademoiselle ! Vous partez ? »

Un clignement de paupière. Elle entrouvrit les lèvres, les referma puis, d’une voix légèrement tremblante :

« J’aimerais justement savoir si je pouvais rester au chevet de monsieur Vollmer jusqu’à demain matin. »

Elle ignora son propre hurlement qu’elle poussa intérieurement, et força un sourire à l’adresse de la femme qui le lui rendait toujours au centuple.

« C'est-à-dire que c’est plutôt délicat… », commença-t-elle à expliquer, tandis que Geetali songeait un tu m’étonnes… assez contrarié. « D’autres patients vont sûrement arriver, et il nous faut économiser les places. Si vous n’avez rien à faire ici, vous n’êtes pas prioritaire…
Vous n’essaieriez pas implicitement de me convaincre de faire des examens approfondis, là ?, plaisanta-t-elle faussement.
— Oh…, le sourire se teinta de compassion. Eh bien, tant qu’il n’y a aucune attente, je suppose que vous pouvez rester mais… Le connaissez-vous… ? »
Non.

« N… O… Oui… En quelque sorte. »

La voilà qui enchaînait connerie sur connerie. Et tout ça pour quoi ?

« Quel enfoiré… », maugréa-t-elle entre ses dents alors que l’infirmière s’éloignait. Celle-ci avait affirmativement hoché la tête, lui donnant ainsi une permission provisoire. Geetali traina des pieds pour regagner la chambre, darda la Sentinelle ensommeillée d’un œil mauvais, et se planta brusquement sur la chaise – normalement cette fois. Elle croisa jambes et bras, lèvres pincées, à le fixer sauvagement, comme une bête qui n’aurait d’autre envie que de refermer sa mâchoire dessus. Si elle le frappait, il se réveillerait peut-être… Croyez-le ou non, mais l’idée se révéla fort tentante. Pourtant, elle campa sur sa maudite chaise, ne se leva pas, tout comme elle ne partait pas alors qu’elle le devait absolument. Elle ne savait concrètement ce qui la retenait ici, près d’une personne dangereuse, non seulement pour elle, mais également pour sa famille. Juste que ses membres ne lui obéissaient pas, elle n’arrivait pas à se redresser afin de franchir définitivement la porte, alors elle déduisait que, simplement, elle ne désirait aucunement quitter cette chambre. Parvenir à le reconnaître représentait un véritable pas. C’était effrayant, mais comme ça.

Combien de temps resta-t-elle dans cette position ? Plusieurs heures, muette, impassible, véritable bloc de pierre sur un trône de plastique. Jusqu’à ce qu’elle s’endormît. Oh, cela ne dura qu’une petite demi-heure ; elle se réveilla en sursaut, quand elle sentit sa tête faillir sur le côté. Chambre plongée dans l’obscurité, deux néons, au-dessus des lits, éclairaient les murs de leur lumière faiblarde. Engourdie, la jeune femme se leva et s’immobilisa sur le seuil de la porte, consultant la pendulette accrochée au mur du couloir, occupé par deux ou trois personnes assises sur les rangées de sièges. Quatre heures du matin passées. Geetali appuya son épaule contre l’encadrement, baissa la tête, comme honteuse. Lentement, elle se laissa aller contre le mur extérieur, marcha, marcha, jusqu’à se retrouver à quelques mètres de la chambre, puis…

« Qu’avez-vous ?? »

Encore elle.

« Rien. Je… Je m’en vais.
— Mais vous ne deviez pas rester ?
J’ai changé d’avis, fit-elle en haussant les épaules et en quittant l’appui du mur.
— Oh, très bien. Je lui dirai au revoir de votre part, dans ce cas.
C’est ça. »
C’est ça. Sec, presque désagréable. Si Geetali disparut un instant au détour du prochain couloir, l’infirmière fut franchement surprise de la voir ressurgir, le regard noir. La jeune femme s’approcha d’elle, et déclara solennellement :

« Vous lui direz que j’ai dû partir par manque de place.
— Pardon ?
Je n’ai pas quitté l’hôpital parce que je l’ai voulu, je ne suis pas partie de mon plein gré.
— Mais…
S’il vous plaît. »

L’infirmière ne sut pas quoi dire. Elle regarda Geetali s'éloigner, confuse. Plutôt incongru comme requête, et sa fonction ne lui permettait pas tellement de tels égarements mais… Elle dirait sans doute à ce monsieur Vollmer ce qui venait de lui être demandé.
Du reste, la jeune femme savait parfaitement où elle allait terminer sa nuit, là même où son frère avait disparu, sur ce toit déserté, derrière un rempart de caisses. Quant à savoir le pourquoi du comment de la précédente volonté… Eh bien, sans doute par lâcheté, elle préférait prétendre être partie par obligation. Peut-être que pour cette raison, il jugerait bon de la retrouver, au moins pour achever leur discussion… Ah oui mais non, elle commençait sincèrement à débloquer, là. Vite, vite, loin de l’hôpital, elle devait tout se sortir de la tête.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Mer 27 Aoû - 4:52

Hey! Hey attend! Seul, je n'y arriverai pas! Reste! Reste!
Désolé... Je dois vraiment y aller, maintenant.
Mais...mais...


C'est à un chien bâtard géant que Guillaume abandonna Bionik Man, au beau milieu des nuages, tiré malgré lui vers le bas, dans une chute dont le point d'arrivée était imperceptible à travers les nuages qui s'étendaient sous ses pieds à l'infini. Il s'était battu au côté de ce héros, qu'il avait découvert vraiment stupide, mais très vaillant et toujours de bonne humeur, ça, il fallait le lui accorder, à l'homme bionique avec un k. Pour l'occasion, il avait revêtu une cape et un super pantalon. Bionik Man lui avait dit que dans le métier, c'était bien vu de s'exposer un peu, pour le public féminin. Et donc Guillaume tombait, tombait et tombait, sentant ses vêtements s'arracher de lui, le ciel devenir noir, les nuages s'évaporer, jusqu'à ce qu'il s'arrête, brusquement, et se retrouve étendu sur le dos, incapable de bouger. Il avait envie de rire et envie de pleurer à la fois. Et c'est ce qu'il fit, ses épaules secouées par les sanglots et les rires, ses joues trempées de larmes et ses lèvres étirées en large sourire. Il ne savait ni pourquoi il se sentait si confus, ni où il était, mais le moment de triste hystérie ne s'éternisa pas, au bout de quelques secondes, il se calma et, les yeux grands ouverts, balaya du regard la pièce dans laquelle il se trouvait.

-Vous voilà réveillé, enfin!

Un visage souriant, celui d'un infirmier sans doute, s'était penché sur lui.

-Vous êtes à l'hôpital, monsieur Vollmer.

Ça lui revenait, maintenant. On essuya les larmes sur ses joues et la bave séchée au coin de sa bouche... et alors que le haut du lit se dressait, Guillaume continua à regarder autour de lui.

-C'est le calmant, qui a parfois cet effet sur les gens... Les rires, les pleurs... Bientôt, vous vous sentirez comme neuf et pourrez sortir. Après un bon petit déjeuner, biensur.

Il retrouvait l'usage de son corps. C'était comme l'avoir quitté et s'y retrouvé après des jours et des jours. On l'auscultait, on lui parlait, et lui n'y portait nullement attention.

-Tout est en ordre. Quelqu'un repassera vous voir bientôt.

Un vieil homme aux airs de bulldog, avec des écouteurs sur les oreilles, était assis dans le lit qu'avait occupé Geetali. Où était-elle, d'ailleurs? Sans doute partie après qu'il s'eut endormi... Quels imbéciles, ces médecins! Il aurait pu débarrasser le plancher la veille, mais non! Il fallait qu'ils le gardent toute une nuit, et inutilement! Et maintenant elle était partie! À cause d'eux, d'eux! Ces pauvres cons. Colérique, Guillaume s'assit sur le bord du matelas, sous le regard intéressé du vieillard, qui suivait la scène comme on regarde un film, et se leva. Il avait les jambes molles. Bizarre peut-être, mais c'était pourtant vrai, et ses genoux ne tinrent pas le choc, il s'effondra parterre à plat ventre. À quatre pattes maintenant, il se traîna jusqu'à la porte d'un placard, à laquelle il s'accrocha à deux mains, par la poignée, et qu'il parvint à ouvrir en maugréant, insulté par la façon dont il avait été traité.

-Monsieur Vollmer! Mais attention!

Il en était à se relever, les jambes tremblantes, une main empoignant le cadre de porte, l'autre la porte désormais ouverte elle-même. C'était une jeune infirmière, cette fois, qui vint le prendre par la taille avant de le forcer à revenir sur le lit. Il se laissa faire, incapable de lutter contre, de toute manière.

-Vous ne comprenez pas! Je veux partir! J'en veux pas de petit déjeuner, j'en veux pas! J'aurais pu partir hier mais on m'a pas laissé, on m'a même pas demandé! Je veux partir maintenant!

Le laissant assis sur le matelas, l'infirmière retourna vers le placard, en sortit le pantalon et le chandail de Guillaume avant de venir les poser à ses côtés et de détacher sa chemise, tout en répondant d'un ton rassurant, sourire aux lèvres.

-Ne vous inquiétez pas... Elle est partie parce qu'il n'y avait plus de place. C'est l'infirmière qui s'est occupée de vous hier, qui m'a demandé de vous transmettre le message. Elle reviendra sans doute aujourd'hui...

Elle retira sa chemise, passa son chandail sur sa tête.
Guillaume ne s'attendait pas à une telle réponse et ne dit mot pendant un moment, songeur. Alors c'était parce qu'elle était obligée, qu'elle était partie... Il n'aurait pourtant pas crut qu'elle ne resterait, une fois sa jambe remise. Elle était restée pourquoi? Parce qu'ils étaient entrain de discuter? Que devait lui importer cette conversation...

-Ça va, je peux m'habiller tout seul, grogna Guillaume.

L'infirmière, agenouillée pour lui mettre son pantalon, se releva et le laissa faire. Instable, il parvint tout de même à attacher son vêtement avant de se rasseoir. Il détestait la regarder, elle avait ce petit sourire de celle qui croit tout savoir alors qu'elle ne sait rien et avait sur son visage un air attendri qui donne mal au coeur. Il inspira longuement, souffla et se leva d'un coup, prenant aussitôt le chemin de la sortie d'une démarche chancelante, mais sentit bien vite sur son bras la main de l'infirmière.

-Attendez! Vos bottes!

Il s'arrêta, se retourna et elle lui apporta ses bottes. En tentant de se pencher, il manqua tomber encore une fois.

-Je vais le faire, d'accord?

Il ne répondit rien, levant plutôt les yeux vers le plafond une fois qu'elle fut accroupie pour lui enfiler ses bottes, désespéré par son manque d'automonie.

-Voilà, vous êtes libre *de la rejoindre*, monsieur Vollmer.

Rien qu'à voir l'expression sur son visage, l'on devinait trop aisément la romance à l'eau de rose qu'elle s'imaginait dans ses esprits tordus de jeune fille. Quant au vieil homme, un sourire étirait désormais ses grosses joues molles.
Assez perdu de temps ici, se disait Guillaume, qui quitta sans rien ajouter. Une main contre le mur, il longea les couloirs, descendit les escaliers et se trouva de plus en plus à l'aise sur ses deux pieds. C'est avec soulagement qu'il retrouva l'extérieur, s'engageant au pas de course dans les rues d'Anthélima, au hasard d'abord, avant de retrouvé son quartier, ses voisins, son appartement.
Guillaume trouva refuge dans la première pièce à gauche, où régnait une apaisante obscurité et un silence presque total. D'un des nombreux vivariums il sortit une bestiole poilue qui avait huit pattes. Il s'étendit sur le sol, sur le dos, posa la dame sur son torse et ses mains sur son ventre.

-Faut que je vous raconte un truc, Madame Mercure...
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 28 Aoû - 1:03

Le lui avait-elle dit ? Cela faisait plusieurs jours maintenant, et aucune nouvelle de Guillaume. Il pensait sûrement qu’elle était partie d’elle-même, aucune histoire de manque de place, l’infirmière avait sans doute jugé bon de ne pas s’attarder sur cette affaire. Mais merde. Discussion inachevée. Excuse pourrie, totalement débile, elle ne pourrait jamais l’aborder ainsi. Ou alors, il avait peut-être préféré s’en tenir là ? Plus raisonnable, surtout pour lui. Un peu moins pour elle qui, dans l’immédiat, s’en fichait tant que cela ne déteignait pas sur son entourage. Alors cela se terminerait de cette façon ? Elle devrait rester tranquille, ne plus songer à cette discussion, le laisser faire son travail de Sentinelle, et continuer son propre repérage qui, bizarrement, arborait subitement une fadeur insoupçonnée. Cette réflexion la fit se sentir insupportablement gamine. Elle se maudissait de ne pouvoir se réjouir : il s’agissait là d’une chance inespérée, elle ne le verrait plus, cela signifiait donc qu’elle ne risquait strictement rien. Il aurait pu lui être impossible de s’en défaire s’ils avaient terminé de parler, alors… alors quoi ? Alors cela ne lui plaisait pas. Pas du tout. Elle ressentait un manque, effrayant de le reconnaître, mais c’était irréversible. Elle n’en connaissait pas exactement la raison, c’était juste là, dans sa tête, parfois au creux de son estomac, remontait de temps à autres le long de sa gorge, se manifestant à coups de soupirs contrariés. Puis un temps, histoire de réfléchir… De l’ennui ? En quelque sorte. S’ennuyer d’un homme inconnu, d’une Sentinelle, et pas n’importe laquelle, relevait de la simple démesure. Mais il arrivait, justement, que tout fût démesure en la personne de Geetali. Raison pour laquelle elle se trouva, quelques jours plus tard, devant l’enceinte de l’imposant hôpital. Aucune honte à avoir, elle se montrerait insensible, peu importait ce qu’il allait penser de ce qu’elle comptait faire, là, tout de suite. En espérant que l’infirmière acceptât…
Elle pénétra avec détermination dans le bâtiment. La chance semblait se trouver à son côté, le personnel n’étant apparemment pas débordé. Plus de fortune encore, elle reconnut à l’accueil l’infirmière « Je vais bien, tout va bien. », qui parut surprise de la revoir, avec sur les lèvres ce sourire inébranlable. Ou presque. Geetali s’approcha, feignant d’être souriante afin de la mettre instantanément dans sa poche.

« Bonjour. Hm… Dure journée ou bien… ? »

Elle fit mine de tourner la tête à droite, puis à gauche, comme pour vérifier elle-même. Fin d’après-midi, les patients afflueraient une fois le soir venu.

« Pour le moment, ça va. », déclara l’infirmière avec optimisme. « Vous semblez aller mieux !
Oui, j’arrive à courir correctement. Puis il suffit de faire attention. Dites-moi… reprit-t-elle car ne désirant pas s’attarder. Avez-vous fait parvenir mon message à Monsieur Vollmer ? L’autre fois ?
— Hm… Eh bien, j’ai chargé une autre infirmière de le faire à ma place. Elle m’a assuré le lui avoir dit !
Je vois… »

Geetali jugea bon de la croire. C’était plausible, Guillaume n’avait juste pas désiré reprendre l’entretien. Raisonnable, digne de lui. Tout le contraire d’elle. La nouvelle, bien qu’elle s’en fût douté, la démonta un peu. Elle parut hésiter, sortir de l’hôpital, rejoindre sa vie monotone, s’en remettre. Mais, mais, mais… Non. Elle irait jusqu’au bout, ainsi, pas de regret, qui la tuerait, à l’évidence, bien plus efficacement qu’une honte douloureusement encaissée.

« Je n’ai pas son numéro personnel, renchérit-elle en étirant son sourire. Vous pourriez me rendre un service ? »

Un voile d’embarras recouvrit le visage de l’infirmière, qui intima pourtant à la jeune femme de poursuivre, d’un regard soupçonneux.

« L’appeler et lui demander… comment se portent ses jambes.
— Si elles se portaient mal, je pense que nous en serions informés…
Oh…, elle leva les yeux au plafond. Il n’est pas difficile de trouver un prétexte. Vous vous inquiétez, car vous savez qu’il vous prend pour une plaie et qu’il n’aurait jamais appelé afin d’éviter de se retrouver une nouvelle fois en face de vous.
— … Il me prend pour une plaie ?? »

Blasée, Geetali se prit l’arête du nez entre le pouce et l’index. Plaie, c’était le cas de le dire. Elle inspira profondément, retrouva son sourire factice, et repartit de plus belle :

« Appelez-le et dites-lui que j’ai demandé de ses nouvelles. S’il vous plaît, vous pouvez bien faire ça pour… pour… , elle parut réfléchir. Pour une tête de cochon.
— Et si je vous donnais son numéro ?, proposa-t-elle sans relever la plaisanterie.
Non, non, surtout pas. Je préfère que ce soit vous, ça ne prendra pas longtemps.
— Hm… Mais... Qu'y a-t-il entre vous deux ?
Pardon ? »

La tête de la jeune femme gagna en longueur, deux ou trois kilomètres, tout au plus, alors qu’elle contemplait, tout à fait médusée, l’infirmière qui se dirigeait vers une porte derrière le comptoir en lui faisant signe de la suivre. Son sourire s’était même fait lubrique… Non mais, qu’est-ce qu’elle s’imaginait ?? Plus vraiment convaincue de son initiative, Geetali suivit Madame Bonheur d’un pas lourd, pour atterrir dans une pièce carrée, murs blancs, servant visiblement à la paperasse. Le téléphone attira son attention, tandis que s’y perdait une main parfaitement manucurée. Combiné contre l’oreille, tonalité, tonalité, elle mit le haut-parleur, et… une voix. La jeune femme voulut s’enfuir à toutes jambes. Venait-elle de se rendre compte de sa bêtise ? Nonobstant cela, ses jambes restaient fermement ancrées au sol, elle écoutait.

« Bonjour, Monsieur Vollmer, je suis l’infirmière qui s’est occupé de vous lors de votre nuit passée à l’hôpital d’Anthélima, vous vous souvenez ? Pardonnez-moi du dérangement mais, hm… Il se trouve que cette fille qui vous a tenu compagnie a demandé de vos nouvelles, que dois-je lui dire ? »

Bon dieu. Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour l’approcher de nouveau. La honte, progressivement, submergea Geetali, qui tint pourtant bon.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 28 Aoû - 2:39

Madame Mercure est toujours de bons conseils. Aussi avait-elle proposer à son très cher protecteur, ce soir de retour à l'appartement, de s'en tenir à ses obligations et d'éviter les ennuis. Il était Sentinelle, il portait sur ses épaules des responsabilités et on attendait de lui présence et efficacité, dévouement même. Du temps? Il n'en avait pas à revendre. Allait-il vraiment le risquer en le cédant à la fille d'un ex-pirate? Aussi infimes les minutes données auraient-elles étés? Non, mais non! S'était étonnée Madame Mercure, surprise de découvrir le vaillant Guillaume aussi désorienté. Il l'avait remise dans son vivarium, l'air sombre, et avait agrippé le combiné de son téléphone. Brève et froide, la conversation qu'il avait eue avec une Sentinelle rendit officiel son retour prématuré à la Tour, soit le lendemain matin. Se changer les idées. C'était une recette, disait-on, particulièrement efficace pour chasser l'ennui ou quelque mal-être qui soit. Roulé en boule sous les couvertures, Guillaume avait rêvé, cette nuit-là, que Bionik Man lui avait rendu visite par la fenêtre et qu'il s'était assis sur une chaise et l'avait regardé dormir en mangeant des biscuits aux pépites de chocolat, tout en tournant lentement la tête de droite à gauche, dans un air désappointé.

La vie avait par la suite suivi banalement son cours. À la Brigade, les temps étaient tranquilles, les interventions s'étaient faites moins régulières et Guillaume, pour se changer les idées, avait accepté de remplacer un professeur de vol malade qui supervisait habituellement, quelques heures semaine, des élèves de dernière année dans leur perfectionnement en pilotage de chasseur. On s'était étonné d'une telle démonstration de... comment dire... d'obligeance, de la part du Sous-chef, mais l'étonnement avait passé, comme tout passe, et le suppléant qu'était temporairement devenu monsieur Vollmer s'était surpris à trouver en cette tâche un certain contentement.
Jusqu'au jour bien vite venu où un ami, chanteur populaire en vogue à Anthélima, lui arriva, un certain début d'après-midi, avec deux entrées pour une première de film. On promettait "une soirée exceptionnelle" et des "femmes sensationnelles". Le chanteur n'eut pas à insister bien longtemps. "Dépêche parce qu'on passe prendre deux superbes demoiselles, avant." Coiffé, habillé, il s'installa dans le salon de Guillaume, prenant soin de fermer la porte de la pièce qui habitait Madame Mercure et compagnie une fois que le Second eut de son côté fermé la porte de la salle de bain.
Et le téléphone sonna.

-GUILLAUME! TÉLÉPHONE! gueula l'autre sans quitter le fauteuil. GUILLAUME!

Le bruit de l'eau couvrait la voix apparemment pas suffisament portante du prénommé Kris. À contre coeur, il se leva en soupirant et alla décrocher le combiné, qui reposait sur une table basse près d'une causeuse.

-Allo?

Il laissa parler l'infirmière à l'autre bout du fil avec un air amusé au visage. Plutôt de répondre quoi que ce soit, il cria de nouveau, ne prenant possiblement consciemment pas la peine d'éloigner le combiné de son visage préalablement, en direction de la salle de bain désormais silencieuse.

-HEY GUILLAUME! Y'A UNE FILLE QUI A FAIT APPELER UNE BONNE FEMME POUR SAVOIR COMMENT TU VAS!

La porte s'ouvrit en coup de vent, et Guillaume s'approcha, serviette autour de la taille.

-Quoi?
-Y'a une madame de l'hôpital qui dit que la fille qui t'as tenu compagnie veut savoir comment tu vas. C'est qui cette fille hein? T'as pas fait des cochonneries dans une chambre d'hôpital! Mon cochon...

Lui arrachant le téléphone des mains, Guillaume s'en empara et le plaqua contre son oreille, alors que Kris s'éloignait tranquillement, bras croisés, sourire en coin.

-Pourquoi elle appelle pas elle-même?

Sourcils froncés, il s'efforçait d'ignorer les rires et les commentaires de l'autre derrière lui. Tout d'un coup, en une seconde, tous ses efforts concentrés pour se changer les idées au cours des derniers jours tombaient dans l'oubli. "Elle en valait le coup!?" Geetali Anavi, la voilà qui refaisait surface dans sa vie comme un missile inattendu. "De quoi elle a l'air??" À la différence près que l'effet n'était pas douloureux. Destructeur mais pas pénible, car de la Sentinelle qui s'était reconstruite s'échappait celui qui s'était retrouvé, il n'y avait pas longtemps, étendu dans un lit d'hôpital à remettre en question ce qu'il avait toujours été et voulu être jusqu'à ce jour, et ce en compagnie de la fille d'un pirate. "T'avais tes jambes!?!?!?"
Kris se trouva très drôle, à ce moment, et se plia en deux, tant il rit. Tant mieux, songea froidement Guillaume sans le regarder, il aurait un moment de répit et, s'il avait de la chance, Kris s'étoufferait peut-être avec sa trop pendante langue.

-Vous pouviez pas lui donner mon numéro, c'est ça...

Il répondit seul à sa question et, la réponse lui sembla évidente lorsqu'il la prononça. Ne se doutant nullement que Geetali était au près de l'infirmière et pouvait entendre chacun de ses mots, il reprit.

-Dites lui que je suis bien assis...

L'autre imbécile derrière reprit son fou rire, désormais agenouillé sur le sol.

-Et que... Je n'avais pas tout à fait terminé l'interrogatoire, l'autre jour. Mais, vous pourriez pas plutôt me dire où je peux la rejoindre? Je voudrais la remercier moi-même pour... il chercha une raison qu'il soupçonnait de plaire à l'infirmière, m'avoir tenu compagnie, l'autre jour...
-CHAUDEMENT COMPAGNIE TU VEUX DIRE HAHAAAAAAAAAAAAAAHAHAHAAAA!
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 28 Aoû - 4:41

Ah oui, cette voix n’était pas la sienne. Pas forcément une évidence, fort heureusement d’ailleurs. Elle ne désirait pas prétendre pouvoir reconnaître celle de Vollmer parmi mille. L’anxiété retomba quelque peu, puis redoubla vivement à l’entente des sous-entendus peu gratifiants. Ca n’arrêtait pas. Et l’infirmière avait souri de plus belle ! Geetali la transperça d’un regard tranchant, plissant légèrement les yeux sous l’effet de l’irritation. Qui laissa de nouveau place à une sourde inquiétude. Appeler elle-même ! Quelle idée ? Se rendait-il compte de l’indélicatesse qu’il demandait alors que lui-même ne devait plus vouloir entendre parler d’elle ?? Et cette conne qui riait. Pas mieux que l’autre imbécile dont elle se serait épargné les commentaires. Et Guillaume qui disait être assis. Elle tourna le visage à demi, de manière à apercevoir la porte à la soudaine et forte attraction. Pourtant, l’infirmière lui tira la manche, ne sachant pas quoi dire au Second. Impatientée, contrariée au plus haut point par la connerie de la situation, Geetali arracha à son tour le combiné des mains de la femme, et le porta à son oreille :

« Vous direz à votre crétin d’ami que je ne fais pas dans le réchauffement des jambes en toc. », la voix était foncièrement différente, plus du tout enjouée, mais bel et bien froide. L’interlocuteur venait de changer. « Et que vous avez dormi comme un bébé jusqu’à quatre heures du matin. »

Elle n’en montrait rien mais fulminait littéralement. Elle désirait plus que tout mettre les choses au clair, gardait pourtant l’impression qu’elle ne saurait s’expliquer de façon précise sans paraître affectée par ce qui arrivait. Parce qu’affectée, elle l’était. Presqu’humiliée de voir qu’une fausse donnée semblait pour certains évidente, alors qu’elle-même ne voyait rien. Et elle était curieuse de savoir ce que pensait Guillaume de tout ça. Il n’avait pas l’air tellement en colère qu’elle eût refait surface dans sa vie, avait même demandé à la rejoindre quelque part pour ce même motif bidon, plus un deuxième. Achèvement d’interrogatoire et remerciements. A d’autres. Elle avait bien conscience de se voiler la face, se demandait en conséquence si ce n’était pas également le cas pour lui.

« Du reste, j’accepte vos remerciements, et je veux vous voir, pour cette même pseudo-raison d’interrogatoire inachevé. J’en ai un peu assez de feindre une amourette de gamine, j’ai d’ailleurs cru entendre qu’il y avait le même genre de bêtise de votre côté. »

L’infirmière se mordit la lèvre, embarrassée car ayant compris qu’elle se trouvait dans le lot de « bêtise ». Sa collègue aussi, d’ailleurs, avec qui elle avait partagé quelques potins.

« Alors il n’y a rien entre vous… ?, risqua-t-elle timidement.
Donc quand v… Non mais vous nous avez vus ?!!, s’interrompit brusquement Geetali en se retournant vers la femme qui rentra une tête contrite dans ses épaules. »

Pas croyable.

« Alors, je disais… Quand et où vous voulez, ça m’est égal, sauf dans mon quartier car on ne doit surtout pas m’apercevoir avec vous – ma mère ne sait pas qui vous êtes. »

Et après ? Avait-elle peur que cela se terminât définitivement ? Honnêtement, elle n’en savait rien. Elle ne parvenait pas vraiment à déterminer ses impressions à ce niveau, sans doute car elle n’y était pas encore. Elle se disait surtout que tout ceci serait une histoire ancienne si ce maudit médecin n’avait pas imposé de calmant à Guillaume, malgré que, répétons-le, l’issue de la conversation fût totalement incertaine. Au fur et à mesure des jours qui étaient passés, durant lesquels elle avait ressenti ce manque infernal, une envie de répondre à la question « Pourquoi ça me bloque beaucoup » l’avait impitoyablement envahie, devenant presque une obsession. Une vérité qu’elle devait absolument lui avouer, parce que c’était « la moindre des choses ». Oui, les besoins changeaient. Elle avait d'abord voulu cacher le pourquoi du comment, puis là, maintenant, désirait par-dessus tout se montrer claire avec lui.

En attendant, elle espérait une – dernière ? – rencontre dans pas longtemps. Elle semblait, présentement, plutôt compromise puisque Guillaume avait visiblement des projets. Et quels projets. Comment faisait-il pour fréquenter une grande gueule pareille ? Même elle pouvait s’en rendre compte en se trouvant à l’autre bout du fil. Sur cette pensée attentionnée envers le dénommé Kris, Geetali patienta tranquillement, guetta toute prise de voix, attentive à la réponse qui suivrait. Elle n’accordait plus aucune attention à l’infirmière qui s’appuya sur le coin du meuble où était disposé le téléphone, ne pouvant laisser seule une femme qui n’appartenait pas au personnel. Même lui permettre de venir ici pour une telle raison ne faisait pas partie de ses droits. Dire qu’elle avait pensé aider à la création d’un couple… Sa collègue serait très déçue de l’apprendre.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Jeu 28 Aoû - 21:39

Crétin, ça, c'était loin d'être faux... Le crétin en question, d'ailleurs, faisait dans le grandiose régulièrement. Guillaume en avait acquis une certaine immunité, à force de l'entendre parler plus fort que les autres, rire plus fort que les autres et même péter plus fort que les autres. Kris Rheo faisait dans le bruyant, c'était connu, mais sa jolie gueule l'excusait apparemment pour tout. C'est, du moins, ce que le comportement des jeunes dames laissait sous-entendre. Mais qu'importe Kris Rheo, c'est désormais dans la salle de bain, qu'il laissait s'exprimer toute l'ampleur de son égo, en chantant devant le miroir, tout en replaçant, mèche par mèche, sa brune et soyeuse chevelure. Oui c'est que, une fois son dernier rire explosé dans l'atmosphère, il s'en était lentement allé, sifflotant, comme disparu sur une autre planète. Il avait bien rit mais, peu importe la situation, dès que cette pensée venait à l'esprit de Kris : "De quoi j'ai l'air?" et bien il était impératif qu'une inspection s'imposait. Du coup, Guillaume se retrouva enfin seul avec le téléphone et, alors que son ami s'était éloigner, il lui avait fait un doigt d'honneur dans le dos, d'abord sérieux, mais trouva rapidement au geste quelque chose de franchement absurde, surtout que l'autre n'en vit carrément rien.

Dans son oreille, ce fut la voix de Geetali, qui s'adressa à lui. Il n'en fit pas de cas, comme si c'était naturel que ce soit elle qui lui parla à ce moment, comme si, depuis longtemps, la conversation avait été engagée. C'était un peu le cas, de toute façon... Mais à l'écouter, Guillaume se fit un peu moins agréable qu'il ne l'avait d'abord été envers l'infirmière. Personne ne l'avait obligée à rester à ses côtés jusqu'à quatre heures du matin. Pourquoi n'était-elle simplement pas partie, quand il s'était endormi? Qu'elle le lui remette sur le nez, Guillaume n'apprécia pas particulièrement. Est-ce qu'il avait demandé à être aussi stupidement interrompu par ce stupide médecin? Non. Est-ce qu'il avait demandé à rêver à ce stupide héros de stupide bandes dessinées de Bionik Man? Non. Son attitude, à son tour, trouva une certaine froideur. C'était peut-être mieux comme ça, non, après tout?
Il s'en contre-fichait! Il se fichait que Geetali soit ou pas froide avec lui, qu'elle le rappelle ou pas, qu'elle veuille le voir ou pas. Qu'est-ce que ca pouvait lui faire, hein! Il était en compagnie de Kris, ils allaient sortir avec deux charmantes demoiselles, passer une bonne soirée dans leur milieu, celui auquel il était habitué, où richesses et noms connus se mariaient sur les tapis rouges. Alors Geetali Anavi... Qu'était-elle à côté de tout ça...? Pas grand chose. Pas grand chose, non...

-D'accord.

Bras gauche coincé sous le droit, dont la main était crispée sur l'appareil, Guillaume avait craché ce mot comme pour s'en débarrasser. Il avait beau être petit, il avait été lourd de conflits intérieurs. En vérité, il ne représentait que le bouchon d'une filée d'autres mots qui n'attendaient qu'à être crachés à leur tour. Guillaume tenta de se retenir, mâchoire crispée, en respirant le plus normalement possible, ce qui s'avérait plutôt difficile dans sa condition de petit garçon brimé dans son besoin d'évacuer des excuses, et ce seulement et uniquement pour évacuer des excuses. Ajoutons à cela que Kris avait laissé la porte de salle de bain ouverte, et qu'il s'adonnait au même moment à une tirade chuchotée -avec force- sur ce ton de crooner débile qu'il prenait hélas trop souvent. "Mademoiselle Shirley... Mademoiselle... Permettez-moi de... de... baiser votre main. ... Hmm... que de douceur, que de douceur! Quel est donc cette odeur- euh, parfum? Votre parfum, hm?" Et il avait beau user de tout son pouvoir de concentration pour ignorer tout ce qui était extérieur au combiné, Guillaume sentait sa patience se rapprocher de ses limites.

-22 heures dans le parc près du théâtre. Et... Il hésita une seconde, mais le ton de sa voix prit soudainement, d'un certain détachement, un accent plus contrarié. Personne t'as obligée à rester à l'hôpital jusqu'à quatre heures du matin! Et si tu crois que j'avais envie de passer la nuit avec Bionik Man alors tu crois n'importe quoi! Salut.

Il alla pour raccrocher mais rapidement se reprit, se penchant, et amenant un peu trop durement le combiné à son oreille une fois encore.

-À tout à l'heure.

Et raccrocha vivement, s'éloignant aussitôt d'un pas du téléphone et dardant sur l'objet un regard malveillant et suspicieux, tout en massant sa douloureuse oreille droite.

-Yo la Libellule, tu choisis quoi!?!

Faisant volte-face, Guillaume fit face à Kris qui, dans une main, tenait l'uniforme que les Sentinelles portaient lors de sorties officielles, et de l'autre, un complet noir. Quant à ce que lui portait désormais, il s'agissait de la combinaison de vol de Guillaume.

-Enlève ça, imbécile!

Le Second lui enleva des mains les deux ensembles et s'enferma dans sa chambre, pendant que de l'autre côté, Kris Rheo retirait la trop ajustée combinaison en ricanant. Ils quittèrent les lieux une fois fin prêts, et prirent le Speeder chic de Kris, qui se mit au volant, en direction de l'appartement où ils devaient prendre les deux accompagnatrices de la soirée...

-Janice, Rebekah, je vous présente mon pote Guillaume, il pose dans les magazines réservés aux femmes. Ah et il bosse pour la Brigade, dans ses heures libres.

L'une était blonde, l'autre brune, et c'est la prénommée Rebekah, la blonde, qui monta derrière avec la Sentinelle. Elle tenait l'un des rôles principal dans le film auxquel ils allaient assister, une grosse production qui racontait l'histoire d'une fille de la Haute qui joignait les rangs des pirates et qui finissait par mourir, trahie par une pirate (Rebekah), qu'elle croyait être son amie. Évidemment, la morale était celle-ci : Les pirates sont des traîtres dans l'âme, si vous leur faites confiance, vous finirez par en crever. Un mauvais classique, en bref. Mais avant la représentation, les deux duos dînèrent, écoutèrent Kris parler et placèrent à l'occasion quelques mots.
Rebekah était belle, souriante, drôle, et visiblement ravie d'être accompagnée du Sous-chef, ne lui lâchant le bras que lorsqu'ils se retrouvèrent assis dans l'amphithéâtre, après la parade devant les médias. Guillaume s'était montré complaisant tout au long de la soirée, mais avait visionné le film avec une inébranlable indifférence. Rebekah s'en montra d'ailleurs inquiète, à la sortie, dehors devant la bâtisse.

-T'as apprécié, Guillaume?
-Je sais pas, encore.
-Il paraît qu'avant de véritablement goûter la saveur d'une oeuvre cinématographique, il faut la digérer. C'est un grand cinéaste qui me la personnellement dit, lors d'une première il y a quelques mois. Je me suis dit : ce gars a raison. Mais oui! Combien de fois visionne-t-on un film, disons l'aimer et puis, le regardons de nouveau et pensons : bon sang, je n'aime pas ce film! Combien de fois, hein!
Janice acquiesçait vivement, Rebekah fronçait les sourcils, et Guillaume souriait.
-Jamais.
-Exactement! Jamais! Aller, en voiture les enfants, l'alcool, la musique et la piste de danse nous attendent!
Ils embarquèrent, Guillaume ouvrit la portière à Rebekah et la referma derrière elle.
-J'y vais pas, on m'attend.
-Comme tu veux mon chéri! À bientôt!
-On s'appelle! s'écria Rebekah alors que le Speeder reprenait les airs.

Guillaume soupira, rangea ses mains dans ses poches et traversa vers le parc à la marche, qui se trouvait non loin. Il prit place sur le premier banc qu'il vit et s'y laissa glisser, nuque appuyée sur le dossier, yeux levées vers le ciel. Il était un peu à l'avance.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 29 Aoû - 2:20

Ce n’était pas… un reproche. Comme il l’avait dit, personne ne l’avait obligée à rien, et elle ne devait s’en prendre qu’à elle-même d’être restée si longtemps auprès de lui pour, en plus, finalement partir sans attendre son réveil. Elle se crispa brutalement à l’entente du « Salut. », crut qu’il allait lui raccrocher au nez, mais lorsqu’il reprit plus tranquillement la parole, son soulagement la rendit paradoxalement incapable d’aligner plusieurs mots à la suite de façon claire.

« D’a… »

Bip, bip, bip…

« D’accord. », fit-elle tout de même, bien que dans le vent. Elle était revenue sur son jugement, compte tenu de cette subite contrariété chez le Second. Elle se sentait étrange d’avoir ainsi provoqué sa colère, penaude, peut-être… Et puis zut, il pouvait bien réagir comme il le voulait, elle s’en fichait royalement. Voilà. Les lèvres pincées, elle raccrocha et se retourna vers l’infirmière, qui arborait toujours une mine contrite. Elle tenta un sourire, auquel Geetali rendit un haussement d’épaules résigné.

« Merci de m’avoir aidée. Je ne vous dérangerai plus. »

La femme se contenta d’hocher la tête avant de l’escorter jusque dans le couloir de réception.
Mains fourrées dans les poches, elle partit en traînant du pied, ayant constaté à l’aide de la pendule qu’il lui restait pas mal de temps avant l’heure du rendez-vous. Elle qui pensait qu’il l’aurait fixé à demain… Tant mieux, après tout. Par mauvaise foi, elle voulait presque que cela se terminât rapidement, alors qu’elle savait très bien qu’au fond… Ah. Sottise. Inutile d’y penser, ce n’était rien d’autre que de la masturbation intellectuelle.
Maintenant, que faire pour s’occuper ? Marcher, encore et encore. Elle se voyait mal rentrer et ressortir tard dans la soirée, puisque cela signifiait affronter les regards soupçonneux de ses parents. Elle espérait que sa mère n’avait pas parlé de cet homme aux cheveux turquoise rencontré à l’hôpital. Peut-être qu’elle aussi se faisait des idées, comme tous ces imbéciles d’infirmiers, médecins et internes.
Plusieurs heures s’écoulèrent, et le soleil se couchait lorsqu’elle pensa : j’aurais dû demander à cette plaie ce qui l'a poussée à tirer de telles conclusions, tout en s’engouffrant dans le quartier voisin au sien – il lui fallait donc traverser pour l’atteindre. La jeune femme connaissait pas mal de gens, ici, davantage les commerçants que les habitants, et pas pour une raison de vol de pomme. Adrien l’avait souvent emmenée ici quand elle était encore petite, assez docile pour le suivre et ne pas s’égarer comme bon lui semblait.
Le hasard avait vraisemblablement décidé de frapper à plusieurs niveaux, aujourd’hui. Sur le perron de sa boutique, un vieillard malingre la héla. Oh ! Le même qu’elle avait croisé le jour de son arrestation !
Geetali trottina jusqu’à lui, put mieux voir ses yeux presqu’entièrement dissimulés sous des sourcils blancs broussailleux.

« Tu sais pas la nouvelle ? », commença-t-il avec malice. Elle l’interrogea du regard pour la forme, doutant que ce qu’il allait dire l’intéresserait vraiment. Pas de chance, plus encore que l’intéresser, cela lui arracha un hoquet de stupeur. « On aurait aperçu Raf’ pas loin d’ici. Le vieux Ginot qui a cru te voir en mauvaise posture. Le pauvre mioche était agenouillé, alors il a pas vraiment pu distinguer sa taille, mais il avait plus son capuchon. Et devine quoi ? Même gueule, mêmes yeux, mêmes cheveux !! Impossible de le détailler plus longtemps, qu’il a dit, le gamin a détalé comme un lapin ! »

Les paupières de la jeune femme papillonnèrent. Ca brûlait. Un bourdonnement infernal agaçait ses oreilles. Son frère, tout proche. Elle crut son cœur sur le point d’éclater, et déjà, ses jambes l’emportaient loin d’ici, sans lui demander son avis, alors que le vieillard renchérissait de sa voix nasillarde :

« Ton père est déjà sur le coup, hé ! »

Forcément. Il était toujours le premier au courant.
Geetali regagna son domicile en quelques minutes, manqua fracasser la porte pour tomber nez-à-nez avec sa mère qui s’était vivement levée de sa chaise. Elle avait cru son mari de retour.

« Tu sais ??, demanda-t-elle en écarquillant les yeux.
Je ne devrais pas ? Où est papa ?
— A… à Ysir… Il a appris qu’on lui avait caché des choses… »

En cavale ! Geetali ignora les cris de sa mère qui lui sommait de revenir. A Ysir… Des cachotteries… Les pirates. Ça devait bien arriver un jour, songea-t-elle à contrecœur. Sang bouillonnant dans ses veines, elle ne put s’empêcher d’accélérer sa course à l’extrême, sans prendre compte de la douleur qui vrillait dans ses genoux. Elle se râpa les mains à plusieurs reprises en gravissant des murs, mettait ses chevilles à rude épreuve en retombant de l’autre côté, mais qu’importait ? Il lui fallait arriver à temps, intercepter quelques bribes de la conversation, malheureusement, son cœur cria au désespoir lorsqu’elle aperçut son père adressant un signe de tête à un autre homme, entièrement dissimulé sous un voile sombre. Fini ! Déjà fini !! Sans la moindre hésitation, elle le rejoignit, prévoyant d’avance le regard réprobateur qu’il lui lança aussitôt.

« Qu’est-ce que tu fais là ?
Tu l’as retrouvé ??, esquiva-t-elle, encore essoufflée, le rouge de l’effort sur ses joues. »

Il parut convaincu par les yeux confus et remplis d’espoir de sa fille, puisqu’il ne se formalisa pas davantage de sa présence en ces lieux dangereux. Il eut en conséquence une expression embarrassée, lui intima de marcher à ses côtés. Il était temps de rentrer.

« Je ne sais pas où il est, mais il a sollicité l’aide de quelques pirates que je ne connais pas très bien.
Alors tu ne l’as pas su…
— C’est surtout que je ne suis plus l’un des leurs… A mon avis, ils ne savent pas si ça vaut vraiment la peine de sacrifier une recrue potentielle et prometteuse pour le soi-disant respect d’un ancien qui ne veut pas voir son fils intégrer leurs rangs. »

Interdite, Geetali baissa les yeux. Son père avait en quelque sorte perdu ses privilèges et, c’était officiel, Rafael désirait réellement devenir pirate… Le simple fait d’y penser lui pinça violemment le cœur.

« Il n’a rien compris à mon éducation… », souffla Adrien, tout à fait dépité, remarque qui fit à sa fille l’effet d’une électrocution.

« Tu ne nous as jamais rien dit. », intervint-elle avec une pointe de reproche dans la voix, « Rien raconté sur ta vie de pirate, rien sur les Sentinelles, tu nous as juste défendu de les approcher… »

Son père la fixa intensément, tandis que l’erreur s’imposait progressivement à lui.

« On n’a jamais connu que tes valeurs, mais Rafael, lui, n’a rien retenu sinon l’admiration… Qu’est-ce que tu croyais, hein ? Qu’on allait rester bien sagement à la maison ? Ce serait tellement facile pour nous de devenir des pirates… Et… J’aurais terminé de la même façon si je n’avais pas eu peur pour lui. »

La jeune femme accéléra le pas, comme pour le semer, mais il la retint de justesse par le poignet.

« Peur pour lui ? Qu’est-ce que tu racontes ? Ou bien tu t’es enfin décidée à me dire ce qui s’est réellement passé ce jour là ? », elle hocha négativement la tête, alors il reprit de plus belle, « Les temps ont changés, Gee’… Aujourd’hui, on devient pirate pour n’importe quoi. On y trouve de tout, du plus sympathique au plus dangereux, alors oui, ce serait pour moi un cauchemar que de vous voir le devenir. »

Sauf qu’elle ne fut pas convaincue. Amère d’avoir perdu son frère, l’explication d’une crainte ne lui suffisait pas. Par conséquent, elle dégagea sans délicatesse son poignet de l’emprise paternelle et courut à toutes jambes, sans savoir où. Il ne chercha pas à la rattraper : le scénario se répétait, mécontente, insatisfaite, elle s’enfuyait, mais reviendrait une fois calmée.
Le vent nocturne fouettant son visage finit par lui raviver la mémoire. Guillaume. Quelle heure ?? Elle s’approcha d’une fenêtre éclairée, regarda à travers dans l’espoir de pouvoir lire sur une horloge, y parvint mais fut effarée de constater qu’il était… vingt-deux heures quinze.

« Merde ! », s’écria-t-elle en reprenant sa course de plus belle.

Geetali eut une demi-heure de retard. Elle déboucha dans le parc, adopta une allure plus lente, marcha finalement, en profitant pour reprendre son souffle. Elle ne mit pas bien longtemps à apercevoir la Sentinelle, ne put réprimer un long soupir de soulagement. Sans bruit, elle s’approcha et contourna le banc, se retrouvant ainsi derrière le dossier, sur lequel elle appuya ses mains, de part et d’autre de la tête de Guillaume qui… dormait.

« Encore sous calmant ? », s’enquit-elle, penchée sur lui, d’une voix bien claire afin qu’il se réveillât. Et on passerait outre le contentement qu’elle éprouvait à le revoir. Elle pensa plutôt que, plus tard, elle partirait officiellement à la recherche de son frère.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 29 Aoû - 3:57

Finalement, il aurait peut-être bien dût partir avec Kris et les actrices. C'est la pensée qui lui vint lorsqu'il redressa la tête et regarda sa montre pour la première fois. Six minutes passées l'heure fixée. Bon, d'accord, il n'avait pas prit le temps d'entendre quelque confirmation de la part de Geetali mais, elle l'aurait rappelé, si elle n'avait pas pu... Non? Sans doute, ouais, tentait de se convaincre Guillaume, bras croisés, le regard errant ici et là sur les rares passants à peupler le quartier à cette heure. Contrairement à l'habitude, c'est avec les yeux d'un simple habitant, un peu ennuyé et légèrement anxieux par contre, qu'il détailla les rares âmes qui eurent la bonté de parader devant lui. Une femme dans la quarantaine, d'une démarche pressée, alla sur le trottoir, bras chargés de deux sacs rouges, presque aussi rouge que sa robe. Elle rentrerait à la maison, rejoindrait son mari qui lui demanderait qu'est-ce qui avait prit tant de temps, et elle débiterait avec aisance une histoire toute montée à propos de complications dans tel magasin et d'un taxi qui n'arrivait pas, etc. Lui se désintéresserait bien vite d'elle et de ses histoires qu'il préférait ne pas entendre et lui annoncerait qu'il devait passer deux jours à Kélatolie, pour régler des affaires avec leur compagnie d'aéronefs marchands, campé là-bas. Elle lui dirait qu'elle comprenait, et qu'elle était fatiguée, alors elle irait se coucher.

Quant à ce jeune homme au chapeau, il devait sans doute se rendre à la discothèque du coin, et une fois à l'entrée, il se ferait refuser l'accès à l'endroit car son nom n'apparaîtrait pas sur la liste d'invités. Il demanderait : "Depuis quand il y a une liste d'invités!?" Et l'un de mastadonte planté devant la porte lui répondrait : "Depuis que des idiots de chanteurs font sien tout ce qui leur chante." C'est à peine si Guillaume ne le voyait pas, son idiot d'ami de chanteur, centre de la piste de danse, à se trémousser au beau milieu d'un amas de mannequins, actrices et autres, tant qu'elles sont jolies. C'était son principal critère, voire le seul. Il se l'imaginait, mais quelque chose lui disait que la réalité devait être pire que ce qu'il avait en tête. Aussi bien s'arrêter ici. De toute manière, plus personne ne passait. Après la vieille dame qui avait jeté un coup d'oeil à la poubelle devant le théâtre, c'était le silence. Les speeders passaient rapidement, laissant à peine le temps à Guillaume d'en identifier la marque. Une fois encore, il se risqua à jeter un coup d'oeil sur les aiguilles de sa montre.

-Elle a oublié! lâcha-t-il dans un soupir, laissant une fois encore doucement tomber sa nuque contre le dossier de bois.

En ville, il n'y a que les étoiles les plus fortes qui arrivent à briller. Les voir scotchées à leur ciel noir donna l'envie à Guillaume de déguerpir sur-le-champ, de s'immiscer dans la Tour, ce qui n'était jamais bien compliqué dans son cas, de sauter dans le premier chasseur sur son chemin et de voler jusqu'à ce que le carburant ne manque.
Ce serait irresponsable et inutile. Comme bien des choses. Cette rencontre, par exemple. Sans doute personne ne saurait jamais qu'il se serait trouvé en compagnie de la fille d'Adrien Anavi ce soir, enfin, si elle jamais elle venait... Et puis ils auraient beau parler, être ce qu'ils étaient ensemble, qu'est-ce que ça donnerait, en bout de ligne? Rien, comme bien des choses. Elle ne voulait pas que les gens sachent, il n'avait pas intérêt à ce que les gens sachent, alors ils seraient seuls au milieu de ce secret. Et alors? Existe-t-on pour soi ou pour les autres? Les deux? Guillaume se dit que la plupart du temps, c'est en fonction des autres, qu'il existait, ou qu'il agissait, plutôt. Le Sous-chef de Brigade s'efforçait de sauver ce monde, à sa façon, au moins un peu, au moins temporairement, et Guillaume, lui, parlait avec des insectes, côtoyait la fille d'un ex-pirate et avait des réflexions qui ne rimaient jamais à rien. Ça par contre, faut dire que même s'ils avaient su, les gens s'en seraient probablement foutu, et avec raison...
Un chat!

Sursautant, Guillaume, d'un coup de pied au derrière, fit fuir la bête en grimaçant de dégoût et d'horreur. Pauvre petite bête imbécile. Elle ne méritait que de finir dans son assiette. Et là encore, elle risquait de l'empoisonner. Retrouvant son calme, il se laissa de nouveau glisser, adoptant la position qu'il venait de quitter. Dommage, se dit-il, il ne pourrait pas faire fuir Geetali aussi simplement. En fait, il y avait un moyen, et sûrement plusieurs même, comme par exemple lui parler comme il l'avait fait de ce frère avec lequel elle n'avait apparemment plus du tout contact. Oui en fait, il pourrait faire fuir Geetali aussi simplement que ce chat, mais le truc c'est que, il ne le ferait pas, parce que... et ben ils n'avaient pas terminé leur conversation. Après, on verra...
De cette pensée suivit une suite de réflexions décousues qui eurent tôt raison de la conscience de Guillaume, le berçant tranquillement jusqu'à le paralyser dans le sommeil après l'avoir engourdi lentement. Ses bras pendants, sur le banc, de chaque côté de son corps, sa tête renversée, visage levé vers le ciel, tout aussi endormi que le reste de lui-même.

-Non... suis seulement.... euh... tombé...dans...

La marmite quand j'étais petit! Marmite de sable du marchand, genre...
Paupières toujours closes, il respira profondément, tenta de redresser sa tête, mais s'en découragea rapidement vu l'élancement qui le prit dans la nuque. Mauvaise posture pour dormir. Et quelle idée, de dormir, aussi... Finalement, Guillaume entrouvrit les paupières, n'y vit que du flou, les referma, les rouvrit ensuite complètement et malgré le fait qu'il se retrouva à l'envers, il reconnut le visage de Geetali. Il fronça les sourcils, l'air confus, mais ne l'était pas tant que ça, en vérité. Détournant les yeux, comme s'il cherchait des repères, il prit la parole d'une voix rauque. Et dire qu'il n'avait dormi que quelques minutes.

-Je commençais à douter... Je commençais à me dire que j'aurais dût aimer ce film pourri et aller tourner sur la musique... Hum....

Des arbres, du ciel, des étoiles, Geetali.

-Salut Geetali Anavi... Tu vois je me demandais, l'autre jour, qu'est-ce que tu voulais dire par... "ça me bloque beaucoup"?

Aussi bien en finir tout de suite, non? Même si là n'était pas réellement l'intention derrière la question. N'en étaient-ils pas précisément là, lorsque les progrès de la médecine étaient venus s'interposer entre eux? Gratifiant la question, et la réponse, de ce dangereux criminel qu'est le temps.
Calme, Guillaume fixait sans ciller Geetali, trop engourdi pour bouger, de toute façon, et aussi parce que c'était difficile de regarder ailleurs. ... Mais ouais, on se rappelle qu'autour de la barre de métal qu'il avait dans le cou, des muscles, des nerfs et leurs copains (?) souffraient encore le pénible éveil.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 29 Aoû - 4:55

Geetali arqua un sourcil. Tombé dans… ? Elle esquissa un faible sourire, amusée d’assister à l’éveil d’un homme tout à fait normal. Gardant pour l’heure la même posture, elle l’observa reprendre ses esprits. Lui fallait-il s’excuser pour son retard ? Non. Inutile. Alors elle garda le silence, attendant patiemment qu’il reprît la parole, peut-être pour lui annoncer quelque chose de plus instructif que des mots hachés et incompréhensibles. Au moins pouvait-elle, pour le moment, trouver drôle la position loufoque qu’ils avaient adoptée. De toute manière, elle ne se serait probablement pas assise, pas après avoir tant couru. Elle envisageait également que la conversation ne durât que quelques minutes, auquel cas, pas besoin de prendre ses aises, et elle aurait ainsi moins de mal à rentrer à la maison.
Ainsi, il commençait à douter… Et, de surcroît, aurait dû s’adonner à d’autres projets au lieu d’aller la voir. En voilà un qui semblait encore plus pressé qu’elle. Quant à savoir comment la jeune femme le prenait… Eh bien, ajoutons ceci à la liste des vérités passées sous silence.
Le surplombant silencieusement, elle faillit renchérir qu’elle voulait précisément répondre à cette fameuse question avant tout, mais à la place, parut réfléchir à ce qu’elle dirait, et comment. Vrai, ça. Comment le lui dire ? C’était déjà dur à admettre. Pas une amourette, non, plus subtil que ça, rien de sentimental, rien de vulgaire comme se plaisaient à l’imaginer certains débiles. Quelque chose qu’elle ne comprenait pas tout à fait alors qu’elle en était parfaitement témoin. Pour faire part de ses impressions, elle devrait parler beaucoup, n’omettre aucun détail, alors elle crut bon de prévenir :

« Ecoutez-moi sans m’interrompre. Et surtout, pas de conclusion stupide. »

Elle soutenait son regard sans scrupule, comme à son habitude, peu lui importait si elle se trouvait dans une situation délicate. Elle avait décidé d’être franche, elle le serait donc. Ainsi, le fait qu’il fût une Sentinelle, et par-dessus le marché, Second, avait pour effet de la bloquer. La bloquer ? Dans quel sens ? Une question d’approche, en quelque sorte. D’incompatibilité. Comme à l’hôpital, ses doigts se crispèrent sur le bois du banc. Après avoir calmement inspiré, elle daigna enfin s’expliquer.

« Vous êtes une Sentinelle, je suis la fille d’un ancien pirate. Le problème, c’est que je n’aurais jamais dû vous voir à l’hôpital. Vous m’avez laissé apercevoir Guillaume, et pas monsieur Vollmer. Un homme plutôt sympathique, en somme, qui est capable de parler, presque sans retenue. Sans vraiment le vouloir, je vous ai immédiatement trouvé un intérêt. Frustrant, non ? Surtout lorsque je me dis que vous êtes ce que vous êtes, et qu’en conséquence, étant ce que je suis, je ne pourrais jamais vous faire totalement confiance. C’est douloureux de se rendre compte qu’on sympathise avec quelqu’un dont on doit absolument se méfier. »

Une autre goulée d’air. C’était loin d’être terminé, encore tant de choses à dire, pour retrouver un cœur léger. Elle n’avait jamais été aussi claire de sa vie dans la retranscription orale de ses pensées. Pour les beaux yeux d’une Sentinelle. Ironique, hein ? Et histoire de pousser le vice un peu plus loin…

« Vous m’attirez. Et j’ai dit : pas de conclusion stupide. Vous m’attirez dans la mesure où vous êtes tout le contraire de moi, alors l’intérêt va grandissant. L’autre soir, à l’hôpital, je ne suis pas partie par manque de place. J’ai d’abord ruminé contre cet imbécile de médecin qui n’a même pas pris la peine de savoir où nous en étions, puis je me suis offusquée de voir le Second ainsi livré à lui-même, si vulnérable, j’ai même pensé qu’il serait très facile de me débarrasser de vous. Puis je vous ai couvert d’un drap, et je suis sortie de la chambre, dans le but de partir et de ne plus jamais vous revoir. Dans le couloir, l’infirmière m’a demandé si je partais. Allez savoir pourquoi je lui ai répondu non, allez savoir pourquoi je suis revenue m’asseoir sur cette foutue chaise, à votre chevet, avec un prétexte ridicule de discussion inachevée. Je suis restée plusieurs heures les yeux grands ouverts, avant de m’endormir une petite demi-heure, comme vous l’avez fait en m’attendant. Et je me suis réveillée. Il était quatre heures. A cet instant, j’avais sans doute les idées claires, puisque j’ai pris conscience de mon idiotie et ai décidé de m’en aller pour de bon. Mais vous devinez la suite. Rebelote. J’ai demandé à l’infirmière de vous dire que j’étais partie contre mon gré, en espérant que vous viendriez peut-être me chercher pour terminer l’interrogatoire. Sauf que vous n’êtes pas venu. Je me suis dit que, comme moi, vous pensiez que toute cette histoire n’était pas raisonnable et qu’il valait mieux s’en tenir là. Je m’y suis fait, durant un jour, deux, puis trois… Une semaine. Et finalement, j’ai craqué, et je suis là, ce soir, à vous déballer mes impressions comme elles me viennent. Vous voyez jusqu’où me pousse cet intérêt ? Je trouve ça effrayant. »

Geetali déglutit difficilement, se redressa pour craquer sa nuque déjà engourdie, et se pencha de nouveau sur Guillaume.

« Mais n’allez pas croire à une obsession ou quelque chose dans le genre. J’arriverai bien à me passer de vous. »

Il valait mieux pour lui. Maintenant, la jeune femme se sentait réellement soulagée. Un poids en moins, et pour vous dire, elle ne craignait même pas sa réaction. D’ailleurs, qu’en pensait-il ?
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 29 Aoû - 7:28

...qu'il avait sous-estimé le poids de cette fortuite rencontre.
Il avait d'abord sourit, amusé par le sérieux de la jeune femme. Il attendait, ou plutôt espérait, un revirement dirigé par une réplique tranchante à la Geetali. Comme demandé il s'était tut et, bien vite, son sourire avait disparu, cédant sa place à un air attentif et quelque peu préoccupé, un rien, juste pour dire, parce que l'incertitude, l'inquiétude, étaient bel et bien là à l'écoute de son discours lorsqu'elle l'avait entamé. Guillaume sentait venir quelque chose de plus grand que ce que sa négligence avait tenté de masquer, au fur et à mesure que Geetali parlait, expliquait, avouait. S'il ne s'était pas sentit aussi raide et s'il avait été passsablement plus jeune, il se serait bouché les oreilles de ses deux mains et aurait hurlé pour ne rien entendre. Et pourtant! N'était-ce pas inévitable, prévisible, à ce point? Le simple fait d'y penser faisait surgir en Guillaume des réflexions qu'il avait eues, et avaient encore, mais qui pourtant, lorsqu'il se trouvait en présence de Geetali, quand il lui adressait la parole, perdaient subitement en importance et tombaient, tombèrent, souvent dans l'oubli, alors que c'était précisément elle qui devait tomber dans l'oubli.

Elle le lui remettait sur le nez : ils étaient différents, et la confiance n'avait pas sa place entre eux. Frustrant. Franchement frustrant, comme elle disait. Cloué sur son banc, Guillaume se crispait. Le goût de l'interdit, c'était un piège tellement facile, et pourtant tellement évident. Geetali avait cette manière de dire les choses, franche, construite, et elle édifiait la tour de leur vérité avec ses mots trop justes. Il avait beau chercher, le Second ne trouvait pas la faille pour y enfoncer, dans cette forteresse, le pied et tout faire s'écrouler, pour en revenir à cette naïve relation en laquelle il avait trouvé trêve à la performance de la Sentinelle. L'ordre, la justice, la cause de la Brigade, c'était tellement beau, tellement droit et politiquement correct, il avait trouvé en Geetali ce qu'elle disait avoir trouvé en lui, le contraire. Et se l'avouer donnait l'impression à Guillaume que tout était terminé. La trève avait assez durée, il retournerait à la vie qu'il avait choisie et, la prochaine fois, se retrouverait dans une discothèque avec des actrices à son bras.

Il n'en avait pas envie. Quelqu'un luttait en lui et criait plus fort que la logique, mais lutter contre ce "J'arriverai bien à me passer à vous.", ça, c'était moins évident. Guillaume regarda ailleurs un moment, fixement. Puis, portant sa main gauche à sa nuque, il entreprit de se redresser, grimaçant légèrement, et y parvint. Il tourna la tête de gauche à droite, de bas en haut, et regarda le sol, devant lui, dos courbé, avant-bras appuyés sur ses cuisses, ou ce qui en tenait le rôle. Contrairement à Geetali, il n'éprouvait nul soulagement à ce déluge de vérités. Il la découvrait plus attentionnée qu'il ne l'avait crue, mais d'un autre côté, désormais moins affectée, ou attachée, à cet inconvenant lien qui les unissait, ou les avait unis, plutôt. Difficile à assumer mais, c'était un peu de sa faute, en plus. S'il n'avait pas posé cette question... S'il ne l'avait pas posée, peut-être ne se seraient-ils pas revus, mais si ça avait été le cas, et bien peut-être Geetali n'aurait jamais avoué ces choses, pas aussi vite, en tous cas.

Un beau mariage de contradictions. Guillaume se perdait dans ses réflexions, désirs et intentions. De ses deux mains, il prit son visage et le massa en étirant ses traits, comme si le geste aurait le moindre effet sur ses esprits embrouillés. Peut-être bien, finalement. Il se releva et soupira longuement en laissant tomber ses épaules, tête toujours penchée vers l'avant. Il s'en voulait à lui et en voulait à elle, mais surtout à lui. Mais plutôt que d'accepter de suite son sort de Sentinelle et de retourner à ce pour quoi il avait toujours cru être au monde, laissant par la même occasion Geetali à sa paix d'esprit, il redressa plutôt la tête et, fit face à la jeune femme, s'armant de cette attitude dure dont il était capable, comme d'une carapace ou d'un bouclier.

-C'est tout?

Oui bon, c'était déjà assez, et trop même, à son humble avis, mais il n'allait pas se mettre à pleurer comme un gamin. Il valait mieux pour lui, consciemment ou inconsciemment, jouer cette carte un peu froide, un peu rude, qui en fait, était devenue un réflexe contre l'agresseur.

-Tu te sens mieux, maintenant que tu t'es vidé le coeur?

Et maintenant l'inattendu, l'incontrôlable, Guillaume entrouvrit les lèvres encore une fois, une fois de trop, et se risqua sans penser à ce à quoi il ne se risquait habituellement pas. Enfin, il avait déjà cédé avant, au téléphone par exemple, en parlant de Bionik Man, ou encore à l'hôpital, où ça, tout ça, avait réellement commencé. Parler de lui, mais vraiment de lui, et ni de son métier, de ses occupations et de ce qu'on lui avait apprit à répondre. Pas de "un peu" ou de "peut-être", du Guillaume tout cru bref, et peut-être un peu dur pour la digestion, ça reste à voir.
Visiblement, il n'avait pas l'habitude avec le genre de discours qu'il s'apprêtait à tenir car, hésitations et confusion furent au rendez-vous. Dire et penser ne trouvaient pas toujours leur accord en sa personne.

-Moi, non. ... En fait, depuis notre rencontre, je ne me sens pas bien, pas normal, pas... moi. Ou plutôt oui... J'en sais rien... Mais ça tu vois, c'est bien, ou enfin je sais pas mais, c'est moi. Il sembla chercher ses mots un moment, baissa la tête, sourcils froncés, se redressa. La vérité c'est que je sais pas vraiment... parler sans retenue. C'est facile, dire les choses, mais les penser, et les dire... Punaise. On s'en fiche.

Fallait pas essayer, il avait peine à comprendre lui-même ce qu'il avait débité.

-Tu m'attires. Tu m'énerves. Et si je t'ai pas recontactée après l'hôpital, c'était pour mon propre bien, en tant que Sentinelle. Voilà. Et puis tu vois je me demande, maintenant, tu pourrais bien te passer de moi mais, est-ce que t'en as envie? Parce que franchement, en ce qui me concerne, ça me le dit pas.

Et tout cela dit avec un sérieux un peu brusque. Avec fermeté, il fourra ses mains dans ses poches.

-Me passer de toi, je veux dire... En être capables, c'est évident qu'on l'est! On se passe de tas de gens, dans la vie, contre notre gré ou volontairement, on le fait, et on y survie, bien ou moins bien, mais tout de même. Pour nous, le choix s'impose. Il regarda Geetali un moment, et reprit plus calme. À toi de voir.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Ven 29 Aoû - 19:33

Même si elle ne craignait pas sa réaction, elle aurait sans doute aimé le voir retourner à ses paroles une contre-attaque digne de ce nom. Ce fameux coup de pied, par exemple, qui ébranlerait la forteresse solidement bâtie. Elle désirait savoir s’il partageait son avis sur tout ce qui leur arrivait, mais ne serait pas surprise de le voir se cabrer, se cacher derrière sa couverture de Sentinelle. Ainsi, il ne ferait pas preuve de négligence, lui montrerait l’aspect raisonnable dont elle était elle-même incapable. La jeune femme guettait donc ses réactions, les traits de son visage, n’y vit rien d’autre que ce qu’engendrait généralement une révélation en quelque sorte cruelle. Sauf qu’elle ne pouvait rien en tirer, alors elle attendit, se redressa afin de lui laisser un espace vital. Pas à un seul instant elle ne regretta ce qu’elle venait de lui dire. La franchise. N’était-ce pas merveilleux ? Seulement pour elle, ce qui s’avérait suffisant.
Geetali préféra ne donner aucun sens au soupir qu’elle finit par entendre. Il allait s’exprimer. Enfin. Alors de nouveau, une fois qu’il se fût retourné, elle chercha son regard, curieuse, et se sentit désarçonnée à la prononciation de ces quelques mots. C’est tout. En voulait-il encore ? Elle possédait encore tout un tas d’anecdotes bien plus indélicates que ce qu’elle avait dit jusque-là, mais s’abstint de lui en faire part, lorsqu’il enchaîna. Elle crut à un reproche. S’était-elle montrée trop franche ? Aux dépens de Guillaume. Un battement de paupières en guise de réponse, avant de se pendre littéralement à ses lèvres, buvant chaque mot, le décortiquant minutieusement pour ne rien laisser échapper. Elle l’avait envisagé. Qu’il pensât la même chose qu’elle, Geetali l’avait envisagé, mais l’entendre… en avoir la confirmation par le concerné c’était… incroyable. Surréaliste. L’ironie s’abattit sur eux plus violemment encore. Tellement que la jeune femme faillit en rire à gorge déployée. Malheureusement pour elle et pour Guillaume, lorsqu’il termina, elle ne put réprimer les sanglots qui secouèrent ses épaules, se cacha le visage d’une main pour masquer sa brève hystérie, tout en essayant de rassurer le Second.

« Ne vous en faites pas… Je ne me moque pas, je ris juste… jaune. Très jaune. »

Le pire était qu’elle avait ressenti, très rapidement, un grondement sourd dans tout son corps. Comment l’interpréter ? Elle n’en avait aucune idée.

« Forcément… Ça ne pouvait qu’être réciproque… », murmura-t-elle, la voix étouffée par la paume de sa main.

Il ne l’avait pas contactée pour sa propre sécurité. Quoi de plus normal ? Elle-même était décidée, quelques jours plus tôt, à faire la même chose. L’idéal aurait été qu’elle ne le vît plus, qu’elle n’y pensât plus, et qu’elle reprît le cours normal de sa vie. Mais là… Etait-ce simplement possible d’imaginer une telle conduite ? Il ne voulait pas arrêter, lui, qui avait le plus à perdre dans l’histoire. Qui était-elle, à côté ? Qui était-elle pour refuser ? Elle aimait tellement l’interdit.
Lentement, Geetali reprit contenance, et abaissa la main qui avait couvert son visage. Elle ferma un instant les yeux, les rouvrit. Est-ce qu’elle en avait envie ? Jusque-là, elle s’était un peu contentée de fuir la question, n’y avait jamais concrètement répondu. Fuir jusqu’à ce que vînt l’obligation. Désormais, elle était venue, alors elle devait répondre. Besoin de réfléchir ? Oh, non. Juste d’admettre intérieurement afin de pouvoir le dire.

« C’est vrai que… je n’ai pas envie de me passer de vous. Mais c’est incomparable, j’ai même l’impression de n’être qu’une vile corruptrice… », railla-t-elle avec l’ombre d’un sourire sur les lèvres. « J’ai l’habitude de prendre des risques, j’adore ça dès lors que je considère que je n’ai rien à perdre. Et c’est présentement le cas. En vous fréquentant, je n’ai rien à perdre, au contraire, j’ai la possibilité d’apprécier l’excitation qu’offre le fait de braver l’interdit. Mais vous… C’est bien plus compliqué. Si vous êtes certain de ce que vous faites, si vous vous sentez prêt à tout arrêter lorsque cela s’imposera… Alors je n’ai aucun refus à émettre. »

Il y avait plutôt de quoi avoir peur, non ? Guillaume se rendait-il vraiment compte de ce qu’il… faisait ? Des risques qu’il prenait peut-être inutilement ? Et que pour l’heure, tout cela arborait presque l'aspect d'un jeu… intéressant, mais jeu tout de même. Elle ne voulait pas s’en priver sous prétexte qu’elle ne pouvait lui faire confiance. Il lui suffirait simplement d’être prudente, de ne pas dire un mot de trop – elle commençait à se méfier un peu d'elle-même à ce niveau-là. Alors, elle pourrait le connaître et l’observer à sa guise lorsqu’il serait là, étudier un contraire avec fascination… Mais avant, petit sourire en coin, éternel plaisantin.

« C’est vraiment mal, ce qu’on fait… »

Puis, histoire de donner le ton…

« D’ailleurs, les questions sur mon père, vous pouvez d’ores et déjà vous les carrer au cul. »

Geetali pouvait également faire preuve d’un raffinement sans égal. Elle croisa nonchalamment les bras, considéra Guillaume avec attention, comme si elle s’attendait à un revirement immédiat de sa part. En réalité, elle désirait une autre confirmation, quelle qu’elle fût, juste pour être certaine qu’il n’avait pas changé d’avis en cours de route.
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MessageSujet: Re: Leçon d'anatomie : Bionik Man   Sam 30 Aoû - 0:27

Était-ce vraiment une bonne idée? La question lui revint en tête, plus pour la forme que dans l'intention d'élaborer d'une quelconque et inutile réponse, rendu là, alors que Geetali... riait. Guillaume eut un éclair de regard pour les étoiles, avant de détourner le regard, feignant trouver intérêt au bout de la rue et, profitant de la position pour camoufler le sourire qui avait étiré le coin de sa bouche.

-Oh ça va... marmonna-t-il, rassurant à son tour, sans pour autant la regarder de suite, préférant la laisser à son rire en solo.

C'était propablement l'une des situations les plus absurdes dans lesquelles il s'était retrouvé. L'accord était entendu, et c'est justement cette franchise dans leur manière d'établir les choses qui rendait l'ensemble plus ou moins particulier, parce que des histoires comme la leur, il y en avait d'autres. Et puis, qui n'avait jamais désiré quelqu'un avec qui il lui était impossible de se retrouver? On désire les chanteurs comme Kris Rheo, on s'amourache des actrices à la Rebekah, on rêve d'individus qui ne savent même pas qu'on existe, on se fait souffrir à coups d'intérêts qui ne mèneront jamais à rien. La différence, c'est qu'ici, il était question de quelque chose de dit impossible par son caractère amoral.
Quoique, Guillaume et la morale... Il disait morales les valeurs pour lesquelles il disait se battre, la justice et tout le tralala, et si on lui demandait qu'est-ce que c'était la morale, alors il disait que c'était bien, forcément. C'était là la bonne addition pour se reposer les esprits, il l'avait tôt apprit et usait désormais de la recette en toute conscience d'abrutissement. Alors si on la reprenait ici, sans doute s'était-il passé quelque chose comme ça, dans sa tête : Est-ce que la présence de Geetali peut contrevenir aux valeurs pour lesquelles je travaille? Non. En plus, il était clair, enfin disons, qu'il n'était pas question de politique entre eux. Ils auraient beau en parler, Guillaume demeurerait une Sentinelle, c'était son travail, alors pas de soucis, petite conscience. Et entre nous, ce n'était pas tant l'opinion politique de Geetali, qui l'attirait. Du moins, pas en ce moment.

Une fois qu'elle s'eut calmée, il porta son attention vers elle à nouveau, même si au fond, elle ne l'avait jamais quittée que physiquement. L'idée de la vile corruptrice tira au Second un sourire. La corruption était partout, n'était-ce pas ce qu'on disait, de nos jours? En tous cas, se dit Guillaume, s'il ne s'était agit que du genre de corruption dans lequel il avait choisi de se mêler, le monde n'en serait pas là aujourd'hui.
La "morale" arriérée de Guillaume répliqua secrètement à Geetali que non, ce n'était pas mal, ce qu'ils faisaient, parce que ça ne freinait nullement les oeuvres du "bien". Ce type de discours moral est communément appelé : se faire une raison, ou mieux encore, se trouver des excuses.

-Ton père ne m'intéresse plus, Geetali. fit Guillaume en haussant les épaules.

Pour l'instant, du moins, c'était vrai. Le nom d'Adrien Anavi n'apparaissait plus nulle part dans les fiches actuelles de la Brigade anti-piraterie. Il faisait parti des archives. Certes, on les avait ressorties temporairement, en accueillant la charmante Geetali dans la Tour mais, qui s'intéressait aux Anavi, de nos jours, si ce n'était le libertin Sous-chef? Personne. Non?

-Et puis ne t'occupes pas de moi, je sais pas vraiment ce que je fais, mais je sais que je prends un risque énorme, et j'accepte de le prendre, je veux le prendre. Tu peux jouer la vile corruptrice tant que tu veux.

Qu'est-ce qu'un tel comportement pouvait engendrer, dans la Brigade? Le licenciement devait être une option mais, Guillaume était certain que la cause se défendait, et pas forcément inutilement. Mais qu'importe, il n'en était pas là et ne comptait pas y arriver, pas avant d'avoir profiter du risque, du moins.
Ils étaient dans les quartiers riches, les quartiers de Guillaume, et il avait faim. Alors il la plantait là et prétextait une obligation, la fatigue, quelque chose? Non seulement il n'était pas fatigué et était libre, mais en plus il n'avait pas envie de partir, comme ça, seul, et se retrouver seul une fois à destination, et, bon. Il regarda par-dessus son épaule. D'ici, c'est à peine si on voyait le bâtiment dans lequel était son appartement, mais emmener quelqu'un chez lui... Quelqu'un comme Geetali... Envahir son précieux et privé espace... Kris Rheo y avait bien droit lui, mais il faut dire qu'il cassait les oreilles de Guillaume depuis de nombreuses années. Se mordant la lèvre inférieure, il considéra Geetali d'un oeil suspicieux, hésitant. Et puis après, peut-être qu'elle ne voudrait même pas venir. Cette pensée décida Guillaume.

-J'ai faim. J'habite tout près d'ici et... Si tu veux venir... C'est comme tu veux. coupa-t-il avant de se mettre en chemin.

Un coin de rue et ça y était. Un immeuble à trois étages, de brique grise, avec balcons de fer forgé à tous les niveaux, lampadaires noirs stylisés, quelques marches en entonnoir à escalader, et la porte, noire, massive, Guillaume lui trouvait un air familier avec son père. Cette porte pétait plus haut que le trou, en d'autres termes. Dans la rue, c'était le calme plat. Les speeders luisaient sous la clarté de la lune, les portes étaient closes, les lumières éteintes et, c'est à peine si on n'entendait pas ronfler de quelques fenêtres. Et puis traversant la rue, un chat noir, celui de tout à l'heure. Il s'arrêta au beau milieu de la rue et regarda dans leur direction, plus précisément vers Guillaume, auquel il accorda un très antipathique crachement, avant de poursuivre son chemin en trottinant. C'est à peine si Guillaume ne lui renvoya pas sa grimace féline, épaule contre la porte, s'empressant d'ouvrir la porte et de s'engouffrer dans l'appartement. Les clés furent lancées sur une table basse à sa droite, elle voisine d'un canapé noir, lui face à un fauteuil noir, et entre eux, un tapis rouge foncé. À gauche, une porte entrouverte qui ne laissait qu'à peine filtrer une douce lumière orangée. Devant, adjacentes au salon, la cuisine et la salle à manger, et juste avant de les atteindre, un court couloir avec deux portes, l'une au fond, l'autre à gauche, toutes deux closes. Une lumière au-dessus de la table à manger s'alluma, Guillaume en était à la cuisine, le nez fourré dans une armoire. Du noir, du rouge, du beige. L'appartement de Guillaume était sobre, anonyme, dangereusement classique.

-T'en veux?

Du chocolat. Deux barres, dont une qu'il avait déjà déballée et commencée à manger.
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