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 Sauvez les chats.

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MessageSujet: Sauvez les chats.   Sam 30 Aoû - 1:47

Oh, et bien, si son père ne l’intéressait plus… Parfait, parfait. Elle n’avait plus qu’à prier pour que son frère ne devînt pas pirate à son tour, même si elle en doutait fortement. Cela représenterait un problème majeur, pour sûr, mais on n’y était pas encore, n’est-ce pas. Alors fuyons. Si fréquenter Geetali n’affectait en rien Guillaume la Sentinelle, autant l’avouer, la jeune femme n’espérait que ça. Qu’il restât, à certains niveaux, totalement maître de lui-même, ce qui était rassurant aussi bien pour lui que pour elle. Du reste, elle venait d’avoir sa confirmation. Il acceptait le risque ainsi que le fait de s’y plonger… Pouvait-on donc parler… d’adultes parfaitement consentants ? L’idée arracha à Geetali un rire intérieur, qu’elle crut bon de ne pas rendre sonore. Assez ri pour ce soir. Par conséquent, elle décroisa les bras, allait amorcer le geste de contourner le banc mais n’en fit rien car… et maintenant ? Elle embrassa les alentours du regard, avant d’intercepter celui de Guillaume. Elle manqua lâcher un « Quoi ? » peu engageant, mais le tout mourut prématurément dans sa gorge lorsqu’il lui proposa de… venir chez lui. Mouais. Elle n’avait pas très faim. Et c’était peut-être un piège… A son tour, elle le darda soupçonneusement, une moue sur les lèvres et un sourcil légèrement arqué. Oh, et puis… Qu’est-ce qui pouvait bien lui arriver, hein ? Plein de choses. Soupir résigné. Elle trouvait bête de le quitter alors qu’ils venaient de s’autoproclamer si courtoisement vils corrupteur et corrompu. De plus, il semblait avoir hésité avant de formuler sa demande, peut-être que l’idée l’avait aussi peu réjoui qu’elle dans un premier temps… A l’instar du Second, Geetali parvint à se décider sur cette pensée.

« Je n’ai pas faim, mais je vous suis. »

Guillaume Vollmer, tome premier, chapitre un : univers. Comment c’était, chez lui ? Elle se retrouva docilement sur ses pas, le suivant de près, mémorisant par ailleurs l’itinéraire afin de pouvoir s’y rendre seule si l’occasion se présentait. Le grondement sourd refit surface. Trop excitant. Un sourire empreint de malice voila le visage de la jeune femme. Désormais, ce n’était plus une question de frôler la mort. Un risque différent, mais tout aussi efficace, en un mot, elle adorait. Elle fut silencieuse durant tout le long du court trajet, se contentant d’observer attentivement ce qui l’entourait. Nez en l’air à détailler les immeubles d’un monde qu’elle n’avait jamais désiré fréquenter, la jeune femme regretta presque les petites ruelles particulièrement chaleureuses de son quartier – particulièrement car dangereuses une fois la nuit tombée. Enfin… Il devait y avoir moyen de s’y faire. Forcément, même, on ne s’obstinait pas à cracher sur le luxe, mais pour l’heure, jamais elle ne troquerait sa petite piaule pour ces monstres de pierre. Ses yeux sanguins rencontrèrent la silhouette du chat noir, avant de glisser sur celui qui la précédait. Un différend avec les chats ?, songea-t-elle en souriant narquoisement. Elle appréciait plutôt bien ces bestioles. Majestueuses, câlines quand ça leur chantait, en clair, cruellement ingrates. Après cette amusante constatation, Geetali pénétra à son tour dans l’appartement, referma délicatement la porte derrière elle et, s’avançant, tira une première conclusion : demeure presqu’impersonnelle. Demeure de Sentinelle ? S’était-elle attendue à autre chose ? Peut-être. Etrangement, elle n’osa pas s’installer, pour ne pas dire qu’elle ne voulait toucher à rien. Le luxe. Elle s’immobilisa à la limite du tapis, sans le frôler, mains sagement nouées derrière le dos, détaillant toujours religieusement les lieux. La lumière orangée la fit s’attarder davantage. Le Second n’avait actionné aucun interrupteur dans cette pièce… si ? Non. Dans ce cas, qu’était-ce ? Probablement un oubli, ou autre chose, qui lui donna l’envie de pousser la porte pour voir. Elle haussa au final les épaules et rejoignit distraitement son hôte – en contournant le tapis, laissant couler un regard méfiant sur la barre de chocolat.

« Euh… »

Qu’elle prit avec une légère hésitation, marmottant un remerciement avant de retirer partiellement l’emballage. Ne pas se salir les doigts. Geetali n’était pas très sucreries, mais tant qu’à faire… elle mordit dans la barre, mâchonna un instant, puis sembla prise d’une subite réflexion, au terme de laquelle sa mâchoire remua de nouveau, déglutition, et…

« Je préfère le poulet. Vous n’aviez pas faim ? »

La pauvre ne se doutait absolument pas du régime de Guillaume. Pour elle, quand un homme avait faim, il s’offrait un repas d’ogre. Ou alors il était simplement gourmand… Ce qui expliquait en partie le bol de dattes lors du tout premier interrogatoire. Il les avait gobées comme… comme… Il les avait gobées. Sur ce, un énième examen de l’appartement. Qui préparait les repas, ici ? Un domestique ? Est-ce qu’il vivait seul ? Sans doute inconvenant que de lui demander toutes ces informations, là, maintenant, mais ce ne fut pas la raison pour laquelle Geetali décida de se taire. Elle préférait savoir progressivement. Tant de choses à découvrir… Sans qu’elle ne s’en rendît compte, une expression enjouée investit ses traits. Emoustillée ? C’était peu dire. Elle désirait ne jamais venir au bout de l’étude.

« Depuis le début, je refuse de vous tutoyer car je croyais toujours que ce serait la dernière fois. », commença-t-elle sans prévenir. « En clair, ça n’en valait pas la peine. Maintenant, je pense que je peux oublier. »

Surtout que lui ne s’était pas fait attendre pour la tutoyer. Elle ne lui demandait aucune permission, puisque cela ne changerait rien aux faits.

« C’est quoi le film pourri que tu as vu ? »

Chapitre deux : les goûts de Guillaume Vollmer ? Ça l’intéressait franchement. Morsure au chocolat, impression qu’elle ne pourrait jamais le terminer, et la voilà qui gratifiait le Second d’un regard investigateur.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Sam 30 Aoû - 4:11

Après quelques bouchées rapidement avalées, à peine mâchées, Guillaume abandonna la demie barre de chocolat qu'il lui restait sur la table et se tourna vers l'armoire de nouveau, la rouvrant et s'y penchant une fois encore, farfouillant parmi ce qui sonnait comme des boîtes, des sacs, des... barres de chocolat, et en ressortit finalement un plat plein de dattes, qu'il ouvrit et posa sur la table après s'être emparé d'une poignée de fruits séchés, qu'il avala avec la même célérité que quoi que ce soit d'autre qui se mange, mais davantage dans un esprit de "manger vite pour vite manger" plutôt que de manger par appétit. Bouche pleine, il accueillit la question de Geetali à propos de sa faim comme il l'avait accueillie de nombreuses fois de la bouche de nombreux autres, c'est à dire avec cette réponse :

-Je mange pour ne plus avoir faim. Je n'aime pas manger, c'est long. Alors je mange ça.

Et bon, parfois, certains s'interrogeaient sur le chocolat et, Guillaume apprit à contrer la question qui suivait souvent par cette savante explication :

-J'aime le chocolat.

Les dattes disparurent rapidement de la surface de cette planète, du moins en apparence, et connurent le même sort que le chocolat, impatiemment avalé. Cela fait, Guillaume se fit couler un verre d'eau, et en fit couler un supplémentaire, tout en écoutant Geetali discourir sur le tutoiement qui, à l'écouter, devait être pour bientôt. En effet, il s'y était de son côté vite fait adonné, un peu trop naturellement peut-être, et bizarrement aussi, peut-être, vu le vouvoiement omniprésent à la Tour. Y'a des choses, comme ça...

Ca lui faisait bizarre, d'avoir Geetali chez lui comme ça, aussi semlait-il s'efforçer de tout faire pour ne pas pleinement en prendre conscience. Ce n'était pas comme d'habitude, rien ne l'était, parce que d'habitude, c'était plutôt lui, qui allait chez les autres, surtout chez elles, et quand c'était impossible, il s'efforçait de passer à la chambre le plus rapidement possible. Comme ça, il n'y avait que cette pièce qui était sacrifiée au regard vicié du grand extérieur. Mais là c'était fait, Geetali avait vu, et tacher de son regard les murs de l'appartement. Ça devait être l'un des prix à payer, pour s'offrir ce genre de risque...

Verres en main, dont un aux lèvres, il en laissa un sur le table, pour l'intrus qu'il avait délibérément invité à envahir son univers, aussi banal paraissait-il à première vue. Le turquoise de sa chevelure détonnait d'ailleurs vaguement avec l'ensemble. Passant à côté de Geetali, Guillaume vint s'échouer temporairement sur le canapé et, d'entre deux coussins, sortit une télécommande, sur laquelle son index trouva bouton rouge à enfoncer plus longtemps qu'il le fallait. Cette jubilatoire opération visait un but précis : forcer à l'éveil le gros oeil de la télévision, qui s'ouvrit sur un reportage sur les fourmis. L'excitation put se lire dans les yeux du Second, mais bien vite il changea d'expression, et laissa tomber la télécommande dans la même fente du meuble. Déjà vu.
Soupirant, se laissant glisser sur le dossier en adoptant une position difficilement plus avachie, il leva vers Geetali un regard ennuyé, alors qu'il se remémorait la représentation de tout à l'heure.

-Ça racontait l'histoire d'une idiote de la Haute société qui, par ennui ou quelque chose comme ça, décide de devenir pirate. Elle le devient et fait la rencontre d'une autre idiote, déjà pirate, qu'elle en vient à considérer comme une amie. Ensemble, elles pètent sérieusement des gueules puis, un beau jour, enfin, la bonne amie pas si bonne finalement la trahit et la tue, pour une histoire de pillage...

Il soupira une fois encore, cala son verre et l'abandonna, celui-là, sur la table basse de tout à l'heure, avant de se lever et d'aller vers la porte entrouverte près de l'entrée.

-Au moins, les actrices occupaient les yeux... fit-il d'un air moqueur.

Il poussa la porte à moitié et pénétra dans la pièce et indiqua à Geetali de le suivre, d'un signe de tête. À l'intérieur, il faisait plus chaud et humide qu'ailleurs dans l'appartement. C'était silencieux, sombre, et des tas de vitres renvoyait le reflet multiplié de quiconque mettait les pieds là. Des cages de verres bordaient les murs, petites et grandes, une très large et frôlant le plafond occupait le fond, une autre presque aussi longue mais renversée à l'horizontal se trouvait sur une table de ce côté et de l'autre, les uns à côtés des autres les habitacles étaient rangés. Du tiroir du meuble sous le long vivarium renversé, Guillaume sortit un petit contenant dans lequel frétillaient des petits insectes. Il indiqua du menton la cage sous laquelle il avait prit son précieux butin.

-Des chenilles. Y'en a un peu de toutes les sortes, j'attends qu'elles fassent leur cocon pour les transférer là. Il pointa la vitrine du fond, la plus grande. Avec les libelllules.

Il aimait les libellules. Beaucoup, aussi son regard s'éternisa-t-il quelque peu sur elles.

-Elles sont 13, pour l'instant. Et là, première cage sur l'autre mur, c'est Ju-... Un scorpion. À côté, un mille-pattes géant, puis une veuve, et un scarabé, les fourmis et, la dernière là, c'est Madame Mercure. Une mygale, je veux dire... Ça c'est pour elle. Le contenant d'insectes, évidemment... Les fourmis elles sont carnivores. Des fois j'ai envie de leur donner le chat noir pour bouffer.

Malgré son sourire en coin, il était aisé de sentir toute la cruelle vérité dans ses propos.

-T'es une fille à chats, toi, non? T'as l'air d'une fille à chats... Hein que t'es une fille à chats, Geetali...
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Sam 30 Aoû - 14:43

Quand Geetali disait que Guillaume était tout le contraire d’elle. Elle aimait bien manger. Pour ne pas dire qu’elle y prenait généralement plaisir – ce qui devait surtout être dû aux talents culinaires de sa mère. Peut-être que celle de Guillaume avait mal cuisiné durant sa jeunesse… Il en était ressorti traumatisé, et le voilà qui mangeait pour manger, sans plaisir, à se remplir la bouche aussi vite que possible. Pauvre garçon. En le voyant enfourner autant de dattes, la jeune femme suspendit son geste – à savoir prendre une autre bouchée de sa barre chocolatée, qu’elle posa aussitôt sur la table, comme l’avait fait le Second avant elle. Impossible de finir. Et lui, comment il faisait pour les dîners romantiques ? Ça devait être un supplice. Geetali alternait entre connexions à la réalité et interrogations intérieures à propos de môsieur. Plutôt original, d’ailleurs, elle n’avait, pour ainsi dire, jamais rencontré de personne avec un tel régime. Machinalement, elle se gratta l’arrière du crâne et jaugea un instant le verre d’eau sans pour autant s’en saisir : pas soif. Ou préférait-elle simplement ne pas boire. De ce fait, la jeune femme reprit son investigation, ses yeux accrochant une nouvelle fois la lumière orangée, pour dévier sur la manière qu’avait Guillaume de s’affaler sur son canapé, puis sur la télévision qui s’animait, et enfin sur l’image qu’elle ne tarda pas à renvoyer. Des fourmis. Une moue interrogatrice pour Geetali, cette fois, plus encore lorsqu’elle parvint à capter l’expression de la Sentinelle. Il aimait les fourmis ?! Chapitre trois : les passions de Guillaume. Décidément, elle allait de découverte en découverte, chacune plus étonnante que les autres, et elle s’en réjouissait tout à fait. Abandonnant là sa surprise sceptique, la jeune femme haussa les épaules, puis émit un faible « Peuh ! » méprisant à l’égard du film dont on venait de lui faire le résumé. Prêts à tout pour laisser filtrer leur propagande, hein… Par la même occasion, elle songea aux paroles de son père « Aujourd’hui, on devient pirate pour n’importe quoi. » Elle n’appréciait pas tellement l’idée, la trouvait ridicule. Devenir pirate par ennui avait pour elle quelque chose d’insultant vis-à-vis de la cause qu’ils défendaient à l’origine. Un phénomène d’oubli planait peut-être… Bande de crétins. Elle était bien contente d’avoir de quoi abhorrer les deux camps.

« Pourri, en effet. », déclara-t-elle, passablement irritée, avant de fourrer le papier de la barre chocolatée dans sa poche. Le soupir de Guillaume aurait pu être contagieux, tiens, mais inutile de s’étaler davantage : elle n’était pas là pour manifester le moindre signe de mécontentement. Il l’y aida d’ailleurs, d’abord en se dirigeant vers cette fameuse porte, puis ces mots, qui lui arrachèrent un sourire bien malgré elle.

« Pervers. », rétorqua-t-elle en le suivant sagement. Chapitre quatre : Guillaume et les femmes.

Généralement, c’était ça… Les actrices se complaisaient dans des daubes cinématographiques, mais il leur restait toujours la belle gueule. Triste. Ça devait être sacrément chiant, la vie de riche. Quoique. Tout dépendait du riche en question… S’il possédait toute une collection d’insectes, alors… Geetali en avait haussé les sourcils de surprise. Si elle s’était attendue à ça ! Aucun dégoût ou très peu, car la fascination prit bien vite le dessus, alors qu’elle étudiait avec les yeux d’un tout jeune entomologiste les insectes discernables de sa position. Elle ne put résister à l’envie de s’approcher, ce qu’elle fit lentement, sans rien toucher, tout en écoutant attentivement le propriétaire de ces merveilles. Ju… Un scorpion ? Il avait un nom ?? Pourquoi s’était-il interrompu ? Mille-pattes géant ! Madame Mercure !
La vache, pensa-t-elle. Ça, c’était vraiment chouette. Penser à leur donner le chat noir en guise de dîner, un peu moins, ce qu’elle lui fit comprendre en grimaçant. Il avait donc bien un différend avec ces pauvres bêtes.

« Arrête, c’est flippant cette manière de le répéter… », remarqua-t-elle en tordant légèrement les lèvres.

Son attention se porta sur le scorpion, attirée par l’aiguillon immobile. Tout petit, mais terrifiant. Elle resta un instant à le contempler sans rien dire puis, finalement, daigna reprendre la parole :

« Je suis plus une fille à chats qu’une fille à insectes, oui. Mais je n’aime pas les chats car ils sont mignons et qu’ils ont une truffe à papouiller. J’aime les chats car ils prennent tous les gens pour des cons par défaut. Puis ils s’assument totalement, tantôt en réclamant des tendresses, tantôt en feignant l’indifférence. Quelle importance, puisqu’ils savent que leur maître sera trop content d’être l’objet de leur attention. Je trouve leur ingratitude très amusante. »

Enfin, il existait différentes catégories de chats. Certains se montraient toujours complaisants, comme d’autres fuyaient toute compagnie malgré leur domesticité. Néanmoins, elle ne se voyait pas s’occuper de l’un deux. Elle serait plutôt du genre à jouer stupidement le jeu et à n’accorder aucune faveur au chat en question, pas de caresse, ni de regard tendre, simplement le remplissage indifférent du bol de nourriture, jusqu’à ce qu’il s’avouât vaincu. Non, elle n’était pas faite pour s’occuper d’un animal. Ni même pour s’occuper de quoi que ce fût, en fait.

« Je ne m’attendais pas à trouver ça chez toi. », déclara-t-elle en détournant le visage vers Guillaume. « Plutôt fascinant. Ça fait combien de temps que tu collectionnes les insectes ? Et… », elle en revint à ce qu’elle regardait précédemment, « Le scorpion, il a un nom ? »
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Sam 30 Aoû - 20:19

Pervers? Oui, sans le moindre doute. Ses ardeurs douteuses s’étaient apaisées avec le temps mais, un pervers en demeure toujours un dans l’âme, c’est connu. Précisons cependant, que le cas présent en est un de type « pervers civilisé ». De plus, il assumait sa condition. Aussi ne releva-t-il la remarque de Geetali que par un sourire tout aussi moqueur, mais ô combien porteur de vérité, que le commentaire sur les actrices l’avait été.
Maintenant, en ce qui a trait aux chats, Guillaume découvrit bien vite que Geetali n’était pas une amatrice de chats stupide. Elle connaissait mieux le sujet que toutes les filles à chats qu’il avait connues avant. Et il avait pourtant essayé de leur expliquer la bêtise du chat, cet imposteur, fourbe et profiteur animal satanique! Il avait même souvenir de regards effrayés en l’écoutant discourir comme un illuminé, et ensuite élaborer sur ses théories pour contrer la présence féline…
Il acquiesça donc de nombreuses fois, l’air de dire : OUI, OUI LES CHATS SONT INGRATS! –mais pas amusants-, tout en s’adonnant à l’une de ses tâches favorites, c’est à dire sacrifier quelques vies au profit d’une autre, soit pas n’importe laquelle, mais bien celle de Madame Mercure, la seule et l’unique. Guillaume avait déplacé le couvercle du vivarium et avait posé le petit contenant sur la grille des fourmis. Son premier choix s’était arrêté sur un gros criquet, qu’il avait attrapé par le thorax, avant de lui arracher une patte et de le jeté devant la grosse mygale, qui ne cilla pas. En fait, il n’avait nul besoin d’ainsi amputer le pauvre condamné mais, allez savoir, il aimait ça presque autant qu’appuyer sur des boutons. Au prochain insecte, qui était une grosse blatte, il arracha les antennes avant de le larguer chez la dame.

Refaisant face à Geetali, Guillaume hésita à lui révéler le nom du scorpion. En était-elle digne? Réflexion stupide. Les insectes le rendaient stupide. Feignant un regard méfiant, il laissa passer quelques secondes, le temps de se faire bourreau d’un autre criquet, qu’il soulagea de sa tête, et de refermer le contenant de victimes.

-J’aime les insectes depuis que je suis enfant. Mon jeu préféré c’était de tuer ou blesser des insectes et de les donner aux fourmis. Après, je me suis dit que je pourrais étendre mon champ d’action et agrandir ma clientèle, alors j’ai aussi fait bouffer des insectes à ma mère. Elle aime beaucoup les céréales fibreuses avec fruits séchés et tout…

Ses premiers moments d’extases, il les avait passés dans la salle à manger, nez sur la table, mains agrippées de chaque côté de sa tête, les yeux rivés à sa mère qui mangeait tout près de lui ses céréales avec appétit, préalablement enrichis de têtes « désantennées » et d’abdomens tranchés ou encore, de poudre de… divers morceaux de diverses choses.
D’ailleurs, en se remémorant ces moments de gloire, Guillaume retrouva ce diable sourire dont madame Vollmer ne s’était jamais doutée, soupçonnant plutôt un défaut musculaire au niveau de la bouche. Son mari avait répondu que ce n’était rien, le nez dans son journal, alors elle avait tourné la page, et manger ses céréales.

-Manger des insectes, c’est pas la fin du monde mais, si tu connaissais ma mère, tu comprendrais à quel point ça pouvait être excitant de savoir qu’à chaque bouchée, elle risquait la crise cardiaque. Si elle avait eut le malheur de savoir…

Il soupira. Cette époque était révolue.
Replaçant le couvercle sur l’endormie Madame Mercure, Guillaume alla vers le scorpion, s’inclina pour le voir de près et se demanda, pour la énième fois, pourquoi il n’avait pas changer son nom avant qu’il ne soit trop tard et qu’il n’y arrive plus, comme aujourd’hui.

-Justaucorps. C’est son nom.

Le pauvre insecte ainsi baptisé ne semblait cependant pas en être affecté le moins du monde, vaquant à ses occupations habituelles, consistant à faire le guet, au cas où un repas se présenterait.

-Mais y’a une raison à ça. Kris Rheo, l’imbécile qui a répondu au téléphone tout à l’heure, s’est retrouvé avec Justaucorps dans le justaucorps. Va savoir pourquoi il portait un justaucorps, je me souviens plus très bien…

La soirée avait été bien arrosée, non…?

-Reste que, le scorpion, que je venais tout juste d’avoir, s’est retrouvé là. S’aurait put être dangereux, mais il ne s’est rien passé, si ce n’est une crise d’hystérie de la part de Kris… Mais ça… Enfin, voilà, Justaucorps. Et le mille-pattes, c’est Carmen. Les fourmis, j’arrive pas à toutes les reconnaître alors je les ai toutes appelées Fred. Les libellules sont leur numéro prononcé à l’envers : nu, xued, siort, excepté numéro quatre, qui s’appelle Guillaume Vollmer. Je trouvais qu’on avait un petit air de famille. Qinc, Xis, Tpes, Tiuh, Fuen, Xid, Ezno, Ezuod et Eziert.

Certains noms nécessitaient une certaine gymnastique buccale, mais Guillaume se débrouillait plutôt bien, maintenant.
Le numéro quatre en question avait une couleur presque identique à celle des cheveux du Second.

-Et les papillons je sais pas encore, t’as une idée peut-être? Je sais plus nommer, je me suis trop donné par le passé et, tu vois ce que ça donne…
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Sam 30 Aoû - 22:42

Qu’est-ce qu’il avait à la regarder avec méfiance à chaque fois ? Sujet intime ? Il n’appréciait peut-être pas trop d’ainsi dévoiler son univers, mais ne fallait-il pas qu’il assumât sa décision, désormais ? Geetali ne se modèrerait pas en matière de questions. Il y en avait tellement à poser, elles affluaient à mesure des découvertes, des gestes de Guillaume qu’elle guettait avec une attention sans doute trop minutieuse pour ne pas être douteuse. Elle se demandait d’ailleurs pourquoi il martyrisait les insectes avant de les abandonner à Madame Mercure. La jubilation, Geetali ne parvint pas à la deviner, tout comme pour le fait – pourtant simple – de pousser un bouton. A cette allure, rien ne serait plus étrange de la part du Second qui, enfin, entreprenait de faire la lumière aux différents étages de la cervelle de l’intruse. Et en effet, elle comprit. Guillaume était sadique. Conclusion qui rendit la jeune femme on ne peut plus perplexe, tout en pensant qu’il éprouverait certainement une joie intense à démembrer un chat. Brève grimace. Progressivement, le portrait du sous-chef de Brigade, autoritaire, arrogant, assuré, irréprochable et tout à fait normal se brisait en tout un tas de morceaux. Et vous savez quoi ? Elle s’en amusait, aimait ce qu’elle découvrait. Une légère appréhension d’abord, puis un contentement particulier qui finissait toujours par la faire sourire sans qu’elle ne pût contrôler l’ourlet de ses lèvres. Il avait fait manger des insectes à sa mère. Dégoûtant, mais extraordinaire, inattendu. A cette annonce, Geetali l’avait longtemps considéré, sceptique, avant de sourire de toutes ses dents, baissant la tête, yeux à demi-clos et riant. Un sale gosse. Guillaume n’avait rien été d’autre qu’un sale gosse, à trouver amusant d’enrichir généreusement les repas de sa mère avec des insectes. Et aujourd’hui, il semblait encore s’en réjouir, devina-t-elle plus ou moins aisément en apercevant le rictus « diabolique » pour la première fois. Si elle n’avait pas été ce qu’elle était, la jeune femme aurait sûrement pris peur, serait partie d’ici pour ne plus jamais revenir. Qui donc pouvait être excité à l’idée que sa mère risquât d’avoir une crise cardiaque ? Eh bien… Guillaume Vollmer. Et il y avait là encore de quoi se poser des questions. Chapitre cinq : Guillaume et ses relations familiales. Il n’aimait peut-être pas ses parents… des riches. Or, les riches constituaient généralement en des personnes qui suivaient un mode de conduite précis et commun, tels des moutons. On en venait donc à la conclusion que la plupart des Suriens étaient des moutons. Magnifique, non ? Geetali n’en avait jamais douté. Il lui était par ailleurs très agréable de constater que l’homme, le vrai, et pas la Sentinelle, ne paraissait en rien affecté par les codes qu’imposaient le faste et le luxe. Elle pouvait parier n’importe quoi que la majorité de son entourage n’approuvait ou ne comprenait pas la présence de cette collection. Des obtus d’esprit.

« En fait… Tu n’as rien d’un mec réglo. », déduit-elle à l’improviste. « Pour ne pas dire que tu es complètement frappé. »

Mais il était facile de s’apercevoir que cela ne la dérangeait en rien, au contraire. Il avait une belle longueur d’avance sur elle en matière d’originalité, de secrets, de trésors à ne pas partager avec le premier venu – ou presque, dans la mesure du possible. D’ailleurs, le prénom du scorpion, allait-il le lui dire ? Ou alors c’était vraiment trop tabou. Geetali en eut en quelque sorte la confirmation. Elle s’exclama doucement :

« Justaucorps ! »

Après quoi elle détailla une énième fois l’insecte, comme pour lui trouver une ressemblance avec le vêtement dont il portait le nom, ceci tout en écoutant l’explication automatiquement offerte par le Second.

« Ah oui… », fit-elle dans un souffle. « Dommage. C’est précisément le genre d’homme qui mériterait de se faire piquer. Seuls les cons sont capables d’avoir une telle chance. »

Tout bien réfléchi, elle aurait peut-être dû éviter la dernière phrase. Elle leva un très bref regard sur Guillaume, vaguement inquiet, avant de l’abaisser de nouveau vers le scorpion. Puis sur les autres insectes, avec qui elle faisait connaissance. Carmen le mille-pattes. Les fourmis qui s’appelaient Fred. Cette fois, Geetali passa une main sur sa bouche pour masquer la moquerie l’ayant accaparée, mais se reprit bien vite, puisqu’il fut question d’un autre Guillaume Vollmer. Elle se tourna un instant vers les libellules, tout en réfléchissant à une façon de nommer les papillons.

« Reivnaj, Reiv… Reirvef, Sram, Lirva, Iam, Niuj, Telliuj, Tûoa, Erbm… On oublie celui-ci… Erbotco, Erbmevon… mouais, pas terrible… Erbmeced… Hm… Désolée, je ne me suis pas foulée. »

Les mois dits à l’envers. C’avait été long de tous les retrouver sur l’instant, avec de grandes hésitations entre chaque.

« Il y a combien de papillons ? », elle ne se souvenait plus s’il l’avait précisé. « Et il faudrait appeler l’un de tes insectes Tête de cochon… Voire Bionik Man. »

Sur ce, un sourire taquin, rempli de sous-entendus.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mar 2 Sep - 0:03

Complètement frappé! Ah ouais ça devait être ça, le truc qui clochait, avec lui. Ce truc qui faisait qu'on aimait bien Guillaume Vollmer, mais qu'on arrivait jamais à vraiment bien le cerner, à pouvoir dire : ouais moi, je le connais bien, le Second de la Brigade il est... Bref, Geetali pénétrait en des territoires qui rarement avaient été explorés et qui, avec le temps, en étaient venus à redouter quelque peu l'invasion extérieure. Mais! Il y a toujours exception à la règle et, la compagnie de Geetali n'avait rien d'étouffant, de menaçant ou de dérangeant, Guillaume se surprenait lui-même à se voir aussi peu concerné, aussi peu refroidi par l'incursion dans son, son, son, son univers.

Il approuvait la conclusion à laquelle était venue miss Anavi depuis quelques années déjà. À force de devoir l'assumer, on finit par l'accepter, notre statut de mec pas réglo, d'énergumène fonctionnelle mais pas moins hétéroclite. C'est ce qui était arrivé. Le Sous-chef trouvait un peu surprenant de voir que quelqu'un s'accordait si bien avec le peu conventionnel, comme elle. Le vivre c'était quelque chose mais, se faire spectateur actant... Enfin, chapeau Geetali, peut-être batterait-elle des records d'endurance.

Conscient d'avoir pour ami rien de moins qu'un imbécile, clown, crétin, fou, excentrique, égoïste, immoral, exhibitionniste, menteur, tricheur, voyeur, cochon, vulgaire chanteur idolâtré de plus d'un Surien, Guillaume ne se fit nullement le défenseur de Kris lorsque Geetali le décora d'un nouveau qualificatif pour décrire sa complexe personnalité. Non seulement il en avait entendu des pires, mais en plus, il avait lui-même songé pire, et avait régulièrement exprimé sa pensée au principal concerné pourtant fort peu concerné.

Bras croisé, il accueillit les propositions de Geetali d'abord avec un air amusé, alors qu'elle s'était tournée vers ses chéries, incluant Guillaume Vollmer. Il se montra ensuite sérieux, rejoignant la jeune femme près du vivarium, observant à son tour les insectes. Quelques-uns volaient, se posant d'une branche à l'autre. Guillaume Vollmer la libellule était, quant à lui, occupé à ne rien faire sur une feuille. Les éléments de décor étaient par ailleurs nombreux, simulant un environnement naturel de manière assez réaliste. C'est qu'il tenait davantage à l'équilibre mental de ses insectes qu'au sien, ce cher propriétaire, protecteur, aimant des petites bestioles.

L'illusion à la Tête de cochon et à son compagnon de rêve et de mésaventures fit sourire Guillaume également, qui tourna la tête vers Geetali. Qu'est-ce qu'il y avait, dans ce sourire? Il ne sut dire, et n'eut pas beaucoup de temps pour y songer, parce qu'on l'interrompit presque aussitôt dans son intense réflexion, presque aussi intense que le regard qu'il avait jeté dans les yeux de Geetali, question de faire un peu de lumière dans ce méandre de bout de femme.

-Ils devraient être seize. Plutôt originaux, tes pré-

Toc. Toc. Toc toc toc toc toc toc toc.

Ça ressembla à ça, les coups qui furent donnés à la pauvre porte snob de Guillaume. Dès qu'il entendu, il sut, levant les yeux vers le plafond, se plaquant une main sur le front en poussant un lourd soupir.

-C'est lui... lâcha Guillaume en regardant vers la porte d'un air découragé, Il a dut boire et a peur d'abîmer son speeder dans un accident... T'as qu'à rester ici, il n'entre jamais, depuis Justaucorps... Je vais voir ce qu'il veut, fit-il à l'adresse de Geetali avant de quitter la pièce en prenant soin de ne laisser la porte que légèrement entrouverte.

On cogna de nouveau, on cria « Heeeeey ooooooh petit pouleeeeet » et autres imbécilités du genre avant que la porte ne soit ouverte, découvrant un Guillaume fort ennuyé face à un Kris souriant de toutes ses dents, dangereusement appuyé dans le cadre de la porte.

-Guillaume! Je croyais que tu ouvrirais jamais! Écoute, mon Guillaume, c'est... important. Très, très trèsss eempotantt. Mon speeder, tu comprends? Mon speeder! Je vais le péter. J'ai faillis déjà, en passant à un cheveux et demi de frapper une conne qui passait... Là-bas... j'sais plus. Tu vois!??!?! Alors je dois rester avec toi, le temps de... De dégriser, tu vois? Tu vois!!?!??!?
-T'es con, Kris.
-Merci petit frère. Je vais mettre le système d'alarme sur mon bébé et je reviens...

Guillaume referma la porte et revint à Geetali rapidement.

-Il va rester ici, je peux pas le laisser partir comme ça il risque de défoncer un toit. Seulement là, il est dehors... Tu veux... Tu veux rester là? Le temps qu'il s'endorme...

-HEY! GUILLAUME!

Guillaume ressortit précipitamment. Kris s'était échoué sur le canapé, une paupière close, une jambe sur le dossier, un bras derrière la tête, l'autre pendant, comme sa jambe, et il souriait bêtement. Sans écouter ce que l'autre allait dire, Guillaume retourna chez Madame Mercure, refermant cette fois complètement derrière lui. Gardant une main sur la poignée, tête baissée, il réfléchit. Quelques options s'offraient à eux, options qu'il décida de partager avec Geetali, revenant vers elle lentement.

-Je pourrais dire que t'es une fille que j'ai rencontrée... quelque part, ou encore, que t'es la fille de l'hôpital, mais ça le ferait parler pour rien. Ou... Tu pourrais rester...

L'entente avait beau avoir été entendue, les clauses n'en étaient pas moins imprécises. Guillaume avait en tête des choses que Geetali n'avaient peut-être pas, et peut-être se méprenait-il complètement sur les envies de la jeune femme. Sans doute cette incertitude explique-t-elle celle qu'il ressentit à ce moment.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mar 2 Sep - 3:01

Il ne répondait pas, se contentait de sourire. Il lui en accordait beaucoup, tout comme elle. Plutôt inattendu, mais pas désagréable pour autant. Au fond, peut-être n’avait-elle pas tant prévu pour un soir, gardant cette impression de connaître des choses de lui toutes particulières, si peu accessibles. Cette manière qu’elle avait d’aborder l’univers singulier de Guillaume venait sans doute de son statut ; pauvre fille insignifiante, elle devait concevoir davantage d’options que n’importe quel autre habitué de luxe. Pour cette simple et unique raison, Geetali ne regrettait absolument pas ce qu’elle était, se réjouissait même d’être née ainsi. Accepter et adapter son œil pouvait apporter bien des satisfactions, surtout lorsque cela permettait de découvrir plus précisément quelqu’un comme lui. Comment faisait-il, d’ailleurs ? Il fréquentait un entourage qui, dans l’absolu, ne lui ressemblait pas. Il s’y complaisait ? La jeune femme restait persuadée qu’elle n’en aurait jamais été capable. Enfin, cette fois, elle ne connaissait pas encore assez ceux qu’il fréquentait pour les juger. Subsistaient peut-être quelques exceptions. C’était même fort plausible, pour son bien-être, en quelque sorte. Ou alors, le Second était un éternel solitaire. Difficile à deviner, même en le regardant, là, comme ça. Il avait bien cet imbécile de Kris en guise d’ami…

Sur cette pensée, Geetali entreprit de soutenir le regard de la Sentinelle, une moue subite aux lèvres, boudeuse, l’air de dire « Pourquoi tu me fixes comme ça ? » Sauf qu’il ne devait pas s’en rendre compte. Autrement, elle ne se sentirait pas aussi tendue, elle n’aurait pas eu un imperceptible mouvement de recul, n’aurait pas été submergée par un autre grondement sourd avant de détourner le visage, comme si de rien n’était. Car il n’y avait rien. Ou peut-être que si. Elle commençait à adopter un comportement sérieusement douteux, dans le genre de ceux qu’elle ne devait surtout pas avoir avec lui.

Ahem, seize, donc…, fit-elle mine de reprendre intérieurement, afin de se sortir ces réflexions glauques de la tête. Il allait dire « plutôt originaux tes prénoms », néanmoins, on les interrompit encore une fois. Ah oui mais non. Elle ne désirait pas une fin foireuse semblable à celle de l’hôpital, très peu pour elle, aussi ses traits arborèrent instantanément une contrariété évidente, puis de l’inquiétude lorsqu’elle vit l’attitude du Second. C’est lui. Qui ça, lui ?? La jeune femme ne comprit qu’à l’évocation de Justaucorps, puis se permit un faible « Oh. » de lassitude. Alors il faisait dans la récupération de crétins trop éméchés. Geetali laissa Guillaume partir sans rien dire, bien que son expression en disait long sur sa pensée, à savoir : il aurait pu s’abstenir de venir. De quelques pas, elle s’approcha de la porte afin d’intercepter quelques bribes de paroles, qui suffirent à lui faire évaluer le degré d’ébriété du fameux Kris. Triste à entendre, elle se demanda encore comment il s’y prenait pour supporter un… un… oh, et puis, sans commentaire. Elle sourit cependant à l’entente du « T’es con, Kris. », en arrivant à la conclusion que le Second jouait franc jeu la plupart du temps. Ou peut-être profitait-il simplement de l’état de son ami pour lui dire ce qu’il pensait réellement, puisque de toute façon, il finirait par tout oublier. Inutile de préciser qu’elle préféra la première hypothèse.

Quand il fut question de système d’alarme, la jeune femme recula, dans le même mouvement que Guillaume pénétrait de nouveau dans la pièce où elle se trouvait. Elle n’eut pas le temps de formuler une réponse décente qu’il ressortait déjà. Si elle voulait rester ? Quelle question ! La compagnie des insectes ne la dérangeait pas, elle. A cette pensée, elle eut un rictus narquois, ainsi qu’un regard presque complice à l’adresse de Justaucorps. Brave bestiole.
Et enfin, il revint. Vite, en réalité, et il paraissait cette fois enclin à la laisser émettre une quelconque opinion. Bien, bien. Trois solutions.

« Parce que dire que je suis une fille que tu as rencontrée ne le ferait pas parler pour rien ? », railla-t-elle en souriant. « Je ne pense pas ressembler à l’une d’elles. Puis, il n’est pas sûr que je laisse passer des allusions peu saines, et tu as dû remarquer que ma langue peut parfois se montrer difficile. »

Elle avait parlé vite, à voix basse, ne perdait pas de temps malgré la tirade. L’expression qu’elle ne tarda pas à afficher offrit un contraste surprenant avec le sérieux de ses dernières phrases. De la malice, mais qui ne présageait rien de bon. Dangereusement, elle s’approcha de Guillaume et murmura plus bas encore :

« Néanmoins, j’aimerais bien t’accompagner. Il est ivre, donc il ne se souviendra de rien, n’est-ce pas ? Si j’en viens à dire quelque chose de très, très déplacé… », un éclat espiègle dans les yeux sanguins, « Seulement si ça ne te dérange pas de prendre le risque, bien sûr… Auquel cas je saurais parfaitement me contenter de tes précieux trésors. »

Elle désigna les divers insectes d’un bref signe du menton, puis en revint à Guillaume, qu’elle provoqua presque du regard. Elle n’avait sans doute pas les mêmes choses que lui en tête, n’y pensait pas forcément pour l’instant, mais passer provisoirement pour une « fille qu’il avait rencontrée » ne la dérangeait pas. Mauvaise idée ?
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Jeu 4 Sep - 2:56

Ô risque quand tu me tiens! Ô risque! Quand de ton ivresse à la gorge tu me serres! Risque! Achève-moi d'inconscience, délivre-moi de limites et couvre, couvre-moi de ta jeunesse.
C'est dur, de vieillir. Mais là n'est absolument pas la question. Avec l'incarnation de l'ivresse non loin dans son dos et la jeunesse en face, Guillaume se sentait un peu comme un acteur. Oui, comme l'une de ces machines à trac, tout juste avant d'entrer sur scène, avant le grand saut dans l'inconscience, pour adopter celle d'un autre plutôt, le grand saut dans la gueule du loup, possiblement puante, possiblement sans fond, possiblement chargée de dents pointues, possiblement inondée de salive, possiblement bien de terribles choses. Mais! Quand faut y aller, faut y aller, ce fut dit, et prouvé. Prouvé pour... Qui sait! Reste que, les vieux adages sont pleins de sagesse, et déesses savent que Guillaume Vollmer et un homme de bon sens.
Et qui a dit que profiter de l'entièrement délibérée ivresse était mal? Ni lui, ni Geetali, clairement, actrice née peut-être, qui elle, semblait tout sauf hésitante à l'idée d'entrer en scène. En plus, il l'avait bien fait auparavant. C'était quoi, feindre la parfaite discipline et jouer l'enfant modèle, si ce n'est de la pure mise en scène, de la pure interprétation d'un soi ma foi, inexistant, si ce n'est qu'immatériellement. Lalalalalala. Cela chantait, et chantait toujours, dans la tête de celui qui doutait peut-être encore un peu trop de ses actions, passées et à venir.

Il regarda ailleurs, vers Madame Mercure qui, du fin fond de son sommeil, le réprimanda durement. Prudence, prudence, il est si aisé de tomber et de se fracasser le nez contre un adversaire que l'on croyait, à tord, à sa taille! Guillaume, disait Madame Mercure dans son silence, serait surpris par ses propres tendances auto-destructrices.
Qu'il en soit ainsi.
Revenant à Geetali, revenant de loin, le Sous-chef de la Brigade anti-piraterie fit un choix. Il recula, jetant sur ses insectes un dernier regard, tout juste avant de poser la main sur la poignée de la porte, de l'ouvrir et de faire face à son public, prêt.

Il n'avait pas bougé d'un poil, figé dans cette plus que nonchalante position. Kris Rheo. Une photo de lui dans cet état aurait value une grosse somme. Guillaume n'y songea cependant pas un instant, et n'y avait par ailleurs jamais songé.

-Kris!

L'interpellé, malgré le fait qu'il regardait son ami, sursauta tout de même à l'appel de son prénom, tout en souriant. Et le locuteur n'avait ni crié, ni parlé autoritairement...

-Hey... Libellule de mon coeur...

Sa voix, bon sang, sa voix! Où était donc passé le « rockeur » viril qu'il avait jadis été!? Le ton de Kris était doux, voire mielleux, et sa voix frôlait l'aigu. Toujours souriant, son sourire, en fait, devait lui faire mal. Le lendemain, il aurait les joues endolories car anormalement sollicitées en une soirée.

-Kris!

De l'exacte même manière qu'il venait tout juste de le faire, au plus grand plaisir de Guillaume, Kris sursauta à l'entente de son prénom, sans que son immortel sourire ne le laisse, bien entendu.

-Kris, tu te souviens, tout à l'heure, après le film, que je ne suis pas parti avec vous? C'est évident que tu ne comprends qu'à moitié, si ce n'est le quart de ce que je raconte, ton prénom par exemple, mais bon, je tenais à te présenter l'objet de tous mes désirs et fantasmes, l'une des raisons pour laquelle je ne t'ai pas suivi. ... Une fille.

Le regard de Kris s'illumina. Fille. Voilà un mot qui lui était familier, avec son prénom. Kris. Fille. C'est un début... D'ailleurs, l'effet fut si efficace que le chanteur se redressa, s'appuyant sur son coude, mais incapable de redresser sa tête, couchée sur son épaule. Toute son attention alla vers Geetali, dont il ignorait tout, mais commença vite fait à connaître certains éléments cruciaux :

-L'est pas laide hein...

Guillaume se tourna vers Geetali, la regarda de haut en bas, jouant le jeu.

-Elle comprend, ce que je dis? Elle comprend, le Suryhna? C'est... Peut-être le dialecte, seulement... s'adressant à Geetali, Touss commprenndis cé qué j'ai ditès, à towé?

Et rit. Bizarrement, pathétiquement, sous les yeux rieurs de Guillaume, qui se tenait non loin du canapé, mains dans les poches. Kris était complètement vulnérable, complètement noyé, voué à une gueule de bois fatale. Et inventait des langues.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Jeu 4 Sep - 20:08

Est-ce qu’il hésitait ? Forcément qu’il hésitait. Mais Geetali ne s’en formalisa pas ; il lui avait permis une telle attitude « Tu peux jouer la vile corruptrice tant que tu veux. » et bien que trop rapidement peut-être, elle se complaisait entièrement dans cette acceptation, sans pour l’heure en mesurer véritablement les conséquences. Guillaume était un grand garçon – quel âge, d’ailleurs ? – comment alors s’en tenir rigueur, elle, toute jeune femme de dix-neuf ans. Il ne savait pas concrètement ce qu’il faisait, tant pis ; s’il venait prochainement à s’en mordre les doigts, ça ne serait pas de sa faute. Ou si peu.

Elle se surprenait à vouloir le croire totalement conscient par facilité, et même par lâcheté. A l’évidence, ils ne fonctionnaient pas de la même façon, et Geetali n’attendait pas de lui qu’il se calquât entièrement à cette manière qu’était la sienne d’aborder le risque, de s’y plonger indécemment, de s’y brûler puis d’en redemander. Pour l’heure, elle désirait rester aveugle, ne pas envisager une éventuelle prise de conscience de la part du Second qui devait sans doute la rejoindre dans cette fuite provisoire. Il affectionnait l’interdit, non ? L’instant présent n’en exigeait pas davantage.
Moyen comme un autre de se rassurer. De repousser à plus tard les réflexions sérieuses et précises.

Elle le contemplait toujours, provocation assumée. Que décidait-il, alors ? Aucun refus, elle en déduisait donc qu’elle pourrait bientôt s’inviter. Lorsqu’il sortit, la jeune femme ne bougea pas ou alors très sensiblement, jusqu’à ouïr un qualificatif qui attira son attention. Libellule de mon cœur. Encore une information à quérir. Doucement, elle fit quelques pas et s’appuya contre l’embrasure avec décontraction, bras croisés, lunettes légèrement abaissées sur son nez qui lui donnaient l’air encore plus implacable qu’à l’accoutumée. Puis elle secoua la tête de gauche à droite, dans un mouvement machinal de dénégation. Vraiment navrant… Quelle idée de boire au point de sombrer dans un état pareil ? Si elle parut d’abord tout à fait tranquille, elle tiqua instantanément aux mots qu’employa Guillaume. L’objet de tous mes désirs et fantasmes… Il n’aurait pas pu trouver plus subtil ? Ah non, on n’avait ici un homme ivre mort, la subtilité n’était pas de mise.

Elle laissa donc couler, non sans gratifier le Second d’un regard éloquent, avant d’en revenir à Kris qui, étrangement – et tristement – avait tout de suite réagi à la mention d’une fille. L’une des raisons. Il y en avait d’autres ? Le commentaire du chanteur ne la troubla pas, mais les yeux de Guillaume lui firent pincer les lèvres, après quoi elle leva les siens au plafond, qui redescendirent brutalement tandis que Kris était littéralement en train de la prendre pour une conne. Elle pouvait bien faire mine de ne pas comprendre… Ce serait amusant, mais cela la priverait d’une prise de parole éventuellement désagréable pour lui, et n’oublions pas, c’était la raison pour laquelle elle avait décidé d’accompagner la Sentinelle. Bref. Que fit-elle, alors ? Quelque chose de plutôt spontané, qu’elle aurait sans doute pu s’épargner. Impassible, nul sourire, la jeune femme se reposa un peu plus sur son épaule et s’arma d’un accent du plus bel effet :

« Keûment ! », elle désigna Guillaume d’un signe de tête, « Maaah ! Si yé lé comprrend loui yé té comprrend forrcément toué… »

... Gringo. Elle n’était pas amusée par sa bêtise, avait progressivement arboré un air tout à fait incrédule, tout en mimant l’accent avec une aisance particulière. Des fois, se donner ainsi en spectacle ne la dérangeait pas, tant qu’elle n’en riait pas. Ici, elle avait également entrepris de se moquer de Kris, juste un peu, car il était évident qu’elle ne garderait pas cette manière de s’exprimer pour la suite. Et non, ce n’est pas négociable.
Après un instant de silence, elle reprit plus posément, et surtout, normalement :

« D’ailleurs, vous l’avez trouvé comment, ce film ? Bien ? »

Histoire de s’amuser. Selon Guillaume, il était pourri, il ne restait donc plus qu’à voir ce qu’en avait pensé le chanteur. Autrement, elle ajouta pour la forme, posa cette fois ses yeux sur le Second, attestant qu’elle s’adressait à lui également :

« Et que deviez-vous faire, après ? »

N’avait-il pas dit « vous » ? Oh, elle se doutait parfaitement du genre d’occupation qui pouvait succéder à une séance de cinéma, mais se montrer sournois de temps en temps ne faisait jamais de mal, au contraire. Après tout, n'était-ce pas là une autre manière de jouer le jeu ? Attentive, elle guetta la moindre réponse, changeant parfois d’objet d’attention, un microscopique sourire ayant fleuri sur ses lèvres.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Ven 5 Sep - 2:02

Elle, peut-être ne trouva pas matière à rire de sa propre bêtise, mais Guillaume lui, ne retint pas le sourire, et le rire, que provoqua la convaincante reprise d'accent. Quant à Kris... Et bien, la bouche toujours tordue en sourire, c'est un air regard gravement perdu et vaseux qu'il afficha, avant de lever les yeux vers Guillaume, ou plutôt l'oeil, vu l'incapacité récente de sa paupière droite à se soulever. Et lui, semblait s'interroger le pauvre ivrogne, et lui, il a compris quelque chose? Ce regard « à l'aide » n'améliora en rien son cas, provoquant plutôt un nouvel éclat de rire de la part de celui qui se disait son ami.

Cette fille était bizarre, finalement, se disait peut-être Kris. Peut-être parce que, franchement, il ne devait plus se passer grand chose, dans ce gros coco gonflé de néant. En retard, il tenta un rire à son tour, question de faire comme Guillaume et, idéalement, de se sauver la face, du moins, ce qu'il en restait de récupérable. Mais bon, pas de chance, encore une fois, parce qu'il arracha à sa « Libellule », encore, de quoi se payer une petite ronde de rire.

Guillaume se détourna à ce moment, contournant un fauteuil pour rejoindre la table et y reprendre le reste de barre de chocolat qu'il y avait laissé afin de poursuivre le festin là où il en était. Tout en revenant au salon il porta une oreille attentive à la critique qu'avait entamée Kris à propos du film. Déjà, avant qu'il ne commence son discours décousu, marmonné, saccadé, Guillaume avait une idée de l'opinion de Kris. Faut dire qu'il avait passé la moitié de la représentation à regarder ailleurs, profondément ailleurs.

-Bien, tu vois, mademoiselle... Moi, le film, je l'ai... a-do-ré. C'était! Le meilleur film... le meilleur, meilleur meilleur meilleur meilleur meilleur meilleur meilleur fiiiilm, de toute... ma... vie. Ma vie. C'était beau! Ah! ... C'était beau!

Le summum du aigu venait d'être atteint. On franchissait des limites, ce soir.

-Ah oui... vraiment, c'était beau, là-dedans.

Prochaine question! Vite! Vite! Moulin à paroles qu'il est, le radotage est l'un de ses hobbies favoris. Guillaume fut d'ailleurs plus rapide que l'autre pour répondre, tournant la tête vers Geetali et ignorant Kris qui marmonnait d'incompréhensibles inutilités (sans doute) en arrière-fond.

-Selon les plans de Kris, alcool, discothèque et demoiselles allaient suivre. Un classique. Les demoiselles déjà y étaient depuis la fin de l'après-midi, l'alcool, partiellement alors, ne restait plus que la discothèque. Regardant Kris, chiffonnant d'une main le papier qu'il lui restait de sa barre de chocolat, Guillaume reprit, Des fois je me demande s'il n'a pas passé l'âge de ce genre de mésaventure, hein Kris!

-Hein Kris!

Le pauvre se battit un moment avec la poche de son pantalon, les deux paupières closes désormais, avant de parvenir à en sortir un morceau de papier, qu'il laissa tomber parterre et que Guillaume ramassa. En grosses lettres moulées on pouvait y lire : Rebekah. Accompagné d'un numéro de téléphone.

-La 'tite blondinette, t'aimait bien... Moi aussi... l'aimait bien.

Et hahaha, qu'il se trouva drôle. Guillaume, quant à lui, ne sut trop que faire de la note et la fourra dans sa poche après un court instant de réflexion, se retournant vers Geetali, discret sourire aux lèvres, et s'éclipsant vers la cuisine afin d'y jeter le papier de la barre, sous l'évier. Kris ne rouvrit plus les yeux et son sourire se réduit à un aux lèvres soudées.

-Geetali! Viens voir!

Une fenêtre, dans la cuisine, donnait sur une cour extérieure que se partageaient les résidents de l'immeuble. Détail. Guillaume avait installé, juste devant cette fenêtre, une lampe halogène et, sur la vitre, un drap blanc qui, la nuit venue, servait de perchoir à de nombreux insectes, papillons inclus. De l'intérieur, on ne voyait que leur ombre. De tous ces papillons, Guillaume en choisissait parfois un, qu'il laissait repartir le lendemain, le plus souvent, question de l'avoir un peu sous les yeux, un peu à lui, rien que pour son plaisir. Jusqu'à présent, jamais il n'en avait empoisonné, congelé ou submergé un pour définitivement le faire sien.

Bref, changement de sujet ou réel intérêt? Que sais-je. Reste que, de sa cuisine, Guillaume portait sur le drap un regard attentif, détaillant les ailes, les grosseurs, tentant de dresser diverses listes de particularités afin de mettre un nom sur ces ombres, sur ces potentielles victimes de sa passion...
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Ven 5 Sep - 16:57

Triste. On l’avait déjà dit ? Eh bien la réaction du chanteur – encore – valait la peine qu’on le répétât plusieurs fois. Il demandait si elle le comprenait mais n’était pas capable d’en faire autant. Ironique et amusant, quoi de plus normal ? L’état l’imposait, ce qu’elle ne cessait de se préciser intérieurement. De son côté, Guillaume ne se montrait pas avare de moquerie, et cela faillit être le cas pour la jeune femme également lorsque Kris jugea bon, et allez savoir pourquoi, de rire comme on le faisait aux blagues ratées et/ou non comprises – dans ce cas là, la blague, qui n’en était même pas une, avait été non comprise. Inutile de préciser qu’ainsi, il ne se sauva nullement la face mais bien l’inverse aux yeux de Geetali qui s’efforçait de ne rien laisser paraître de plus que ce minuscule sourire. Etrangement, elle y parvint en tentant d’écouter attentivement le discours maladroit et d’en tirer une synthèse claire : le meilleur film. Toute la tirade lui parut tellement sommaire qu’elle se demanda, juste un instant, s’il ne parlait pas d’autre chose en réalité. Du reste, l’épisode la conforta une énième fois dans l’opinion première qu’elle s’était faite du chanteur, à savoir que sa place au côté de la Sentinelle arborait un aspect plutôt grossier, qu’il fût ivre ou non. L’avantage qu’offrait le moment présent restait indéniablement l’absence de paroles déplacées, et pour tout avouer, elle s’était attendue à bien pire que ce qu’elle avait entendu quelques jours auparavant par le biais du combiné.

Ou pas, en fait. Cette voix… Encore plus insupportable qu’un rire gras. Geetali ferma légèrement son œil gauche en conséquence et opta pour reporter définitivement son attention sur Guillaume, ignorant par ailleurs les commentaires confus de son « ami ». Elle ne fut pas étonnée. Des occupations mondaines d’hommes mondains, mais se surprit tout de même à sourire avec amusement en imaginant le Second perdu au milieu de corps dansant sur une piste. Elle se le représenta parallèlement à égarer ses mains sur lesdits corps, tout pervers qu’il était. Brièvement, elle retroussa le nez puis, ayant perdu de sa concentration suite à cette réflexion malvenue, ne put cette fois-ci s’empêcher de rire à l’entente du « Hein Kris ! » Pauvre tâche.

Une seconde pensée lui fit manquer la chute du papier : Guillaume aurait pu se joindre à Kris ainsi qu’à ces femmes ce soir là. Elle lui en parlerait… Bientôt. Après quoi, elle revint encore à la réalité, assez brutalement à la mention d’une blondinette. Il y avait quoi sur ce papier ? Peut-être ses coordonnées… sans doute, même. Ce fut ce moment que la jeune femme choisit pour regarder ailleurs, n’affichant par la suite aucune déception à l’abandon prématuré de Kris. Tant mieux, après tout, il ne s’était pas montré trop embêtant. Aucun sursaut affolé tandis que le Second la laissait seule, croyant qu’il reviendrait immédiatement et qu’ils reprendraient leur observation des insectes dans l’autre salle – par ailleurs juste derrière elle. Pourtant, l’examen se perpétuerait autre part. Dubitative, Geetali quitta son appui avec ce qui sembla être de l’hésitation, pour rejoindre Guillaume dans la cuisine, émettant un « Hn ? » interrogateur et, ma foi, fort élégant. Néanmoins, elle se répondit à elle-même en suivant simplement son regard ; le sien se porta alors sur la fenêtre, plus précisément sur les ombres qui la paraient.

« J’ai tendance à penser que si tu as décidé de sacrifier ta soirée pour me voir, c’est en partie parce que tu croyais en finir… en rester là – dans l'idéal. Mais peut-être aussi pour eux ? », ses yeux, sur les papillons, se firent plus insistants, « C’est comme ça que tu les captures ? »

Interrogation qui coulait de source. Il en possédait déjà une dizaine, peut-être s’amusait-il à les « chasser » lui-même plutôt que de se les procurer plus… convenablement ? Drôle de façon de se divertir, qui avait pourtant de quoi séduire, elle le reconnaissait volontiers. Elle considérait les ombres avec un intérêt grandissant, trouvant que l’intimité offerte par la pâle lueur de la lampe compensait admirablement bien l’invisibilité de la couleur des ailes, ainsi que de leurs motifs. Généralement, eux seuls assuraient une quelconque satisfaction chez le voyeur, lorsque celui-ci n’avait pas assez de connaissance que pour être capable d’apprécier d'autres aspects de l’insecte. Du reste, ce que Geetali trouvait drôle, c’était les trompes, et pas seulement chez les papillons, celle des mouches aussi ; sauf qu’elle s’abstint de tout commentaire à ce sujet.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Lun 8 Sep - 17:53

Les trompes, oui. Faut croire que ce n'était pas assez que d'en donner aux éléphants. Guillaume avait un jour eu cette profonde réflexion sur la fameuse trompe, assis dans un fauteuil, les yeux fixés au néant barbouillés de pensées éparses, une main sur l'appui-bras, l'autre enroulée autour d'un verre qui contenait un papillon décédé la veille, auquel il avait préalablement amputé la tête avant son observation. Et bref, la trompe. Il en était resté là, songeant plutôt bientôt aux cuisses d'une femme dont il avait oublié le prénom, évadées avec leur propriétaire avant même qu'il n'ouvre l'oeil cette journée-là.
Mais là n'est pas la question, car Guillaume ne songea pas une seconde aux trompes des papillons devant lui. Peut-être bien aux cuisses de Geetali, mais pas aux trompes, parce que cette question-là ne l'avait menée nulle part. Héhéhé.

Penché au-dessus de l'évier, sourcils froncés, il examinait avec attention les spécimens potentiellement victimes, mais s'en désintéressa un moment, alors que Geetali reprenait son interrogatoire. C'est vrai qu'elle en posait, des questions, non...? Mais Guillaume ne s'en offusquait pas, ni ne s'en lassait, parce que bon, c'est comme ça. Elle n'insistait pas, et en plus, il était d'humeur facile, pour l'instant, le genre d'humeur qui a pour conséquences la patience et une sorte de complaisance...
Ainsi, Guillaume fit dos à ses visiteurs d'un soir, adossé contre le rebord de l'évier, et croisa ses bras, regardant Geetali d'un air étonné-amusé, un sourcil haussé, un coin de bouche étiré, genre.

-Dans l'idéal?

Mouais, l'idéal. C'est quoi, l'idéal? L'idéal peut prendre plusieurs formes. Un silence total, une réponse à une question, une sieste, un rêve, une femme nue... Et encore, que sais-je! Guillaume avait un idéal en tête, Geetali avait peut-être bien un idéal en tête aussi, et plus d'un!
En d'autres termes, le Second semblait avoir envie de s'arrêter sur des détails.

-Cette soirée n'était pas un gros sacrifice, mais ce n'en était pas moins inhabituel et contre mes principes, de te retrouver. En fait, en allant te voir, c'est précisément l'idéal, que je convoitais. D'habitude, c'est le rationnel, le raisonnable et le réfléchi, que je vise. J'ai sacrifié des principes, au fond, et j'ai peut-être bien fait dans l'égoïsme et l'inconscient.

Il sourit de plus bel en se retournant vers les papillons. Il y avait quelque chose de confortable et de bizarrement agréable à se sentir, en quelques sortes, mauvais, ou contraire à soi-même. Non en fait, fidèle à soi-même, à une partie de soi muselée. Sans doute des fragments de libellule demeuraient en ce coeur de Sentinelle.

-Quant à eux...

Eux, tous! Beaux enfants de Dame Nature échoués dans la toile d'un maniaque décapiteur!

-Ce n'est pas pour les capturer définitivement, que je les attire ici. Je préfère aller les chercher directement chez eux, ceux que je garde. Seulement les papillons, y'en a tellement... Même si je les voudrais tous, je manquerais d'espace... Alors quand y'en a un que je n'ai jamais pu observer, je le prends pour une nuit, et je le libère le lendemain.

Sur ces belles paroles empestant la divine miséricorde, Guillaume fit volte-face une fois encore et quitta la cuisine, allant vers le couloir encore inexploré aux portes closes, abandonnant Geetali à la fenêtre, enfin, possiblement. Lui ouvrit plutôt la porte à sa gauche et la laissa ouverte une fois à l'intérieur.
Une lampe sur un bureau fut ouverte. La chambre de Guillaume. Toute aussi sans nom que le reste. Il retira sa veste, la laissa tomber sur une chaise, déboutonna sa chemise, lui imposa le même sort, et enfila un t-shirt blanc tiré hors d'un tiroir pêle-mêle.

-Geetali,

Guillaume se trouvait face au bureau disposé dans un coin de la pièce et farfouillait dans un tiroir rempli de papiers, de crayons, de carnets, de n'importe quoi.

-Toi c'était quoi ton idéal, en venant me rejoindre? Fit-il en trouvant ce qu'il cherchait, le tendant aussitôt à la demoiselle.

Il s'agissait d'un cahier brun, ordinaire, et même moins, mais dans lequel Guillaume avait réalisé des dessins de chaque papillon qu'il avait gardé le temps d'une nuit. De toutes les couleurs, de toutes les grosseurs, ils y étaient immortalisés sous forme de portraits passablement bien rendus par l'artiste improvisé que ce faisait le Second à l'occasion. D'une écriture maladroite, leur nom était également inscrit sur les pages.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Lun 8 Sep - 19:58

Oh. Elle sourit, rien qu’à l’idée que dans le cas de Guillaume, l’homme, elle confondait l’idéal alors qu’elle avait justement voulu parler du raisonnable imposé par quelque code parfois pénible à appliquer. L’idéal aurait pour la Sentinelle été de ne plus jamais la revoir, car c’était contraire à tout son enseignement, mais vraisemblablement, il comprenait là où elle avait voulu en venir. Inconscient, il l’était forcément, au moins un peu, autrement elle ne se trouverait pas ici à cet instant. Peut-être même n’aurait-elle pas quitté la tour Mirage aussi facilement – tout est relatif. Tous les deux aspiraient présentement la pulpe du même fruit, plus ou moins avidement, et elle savait d’ores et déjà qui rencontrerait le premier pépin.

Une énième fois, elle balaya intérieurement cette pensée malencontreuse qui ne servait qu’à tarir son euphorie, puis accrocha un regard faussement distrait sur les ombres momentanément prisonnières. Il observait les papillons. Alors c’était une véritable passion, qui allait jusqu’à un travail, plaisir pour lui, mais pouvant paraître fastidieux aux yeux de la majorité des gens. Quant à elle ? Aucun jugement, elle restait totalement neutre, se disait bien qu’elle n’irait jamais observer ainsi des insectes, mais ne considérait pas cela comme une perte de temps non plus. D’ailleurs, elle ne se voyait pas manipuler un papillon, quel que fût l’outil. Interdite, elle suivit attentivement la progression de Guillaume, hésita un instant à le suivre mais se souvint qu’il l’avait appelée quelques instants plus tôt ; resta donc là, bien sagement. Quelle heure ? Il devait être tard… Elle allait précisément partir en quête d’une horloge quelconque lorsqu’elle se ravisa à l’entente de son nom. S’il travaillait demain, il n’aurait qu’à la congédier, ce qui ne devait pas représenter une tâche trop difficile pour lui.

Goguenarde, elle sortit de la cuisine, eut un bref regard pour la masse endormie et alcoolisée de Kris, puis s’aventura dans le couloir qu’elle n’avait pas encore eu le loisir de souiller totalement, pénétra dans la chambre. Guillaume changé. Et qui lui présentait un cahier. Sans paraître prendre garde à la question qui lui fut posée, la jeune femme considéra un instant le petit dossier avant de s’en saisir, et d’abaisser légèrement ses lunettes afin d’y voir tout à fait. Elle tourna une page, puis deux, leva son regard vers Guillaume pour le reporter sur ses œuvres. Progressivement, un sourire – sans moquerie aucune – étira ses lèvres. Cette fois, était-ce simplement pour le plaisir ou s’agissait-il d’un garde-mémoire ? Peut-être les deux. Apparemment, les dessins apportaient à Geetali quelque satisfaction. Jolis, sans doute fidèles, elle n’avait malheureusement pas assez d’œil pour porter le moindre commentaire là-dessus. Ainsi, elle le félicita par le biais de son silence, et entreprit de passer une seconde fois en revue chaque papillon crayonné.

« Il y en a deux… », lâcha-t-elle subitement, comme si, par la suite, sa voix mourait prématurément. Elle ne prit pas la peine de continuer, et dut bien passer une minute avant qu’elle ne rendît son cahier à Guillaume, pour finalement réajuster ses verres et reprendre, dans un sourire. « Des idéaux. Il y en a deux. En ce qui me concerne, je prends le raisonnable pour un idéal, selon la partie de moi que ça affecte. Dans un premier temps, l’idéal aurait donc été de ne pas te recontacter suite à notre rencontre au sein de l’hôpital ; suivre une certaine logique, en outre, accepter notre incompatibilité. Mais puisque ça s’est étendu, mes idéaux ne pouvaient plus que passer par toi. Officiellement, j’ai ardemment espéré pour que tu me dises stop, ainsi que tout s’arrête là, et officieusement… », le sourire se mua en une douce ironie, comme navrée – juste d’apparence – de l’admettre. « … eh bien, j’ai sincèrement désiré que tu me donnes un feu vert. Ce que tu as fait, et on n’aura beau dire, dans l’absolu, c’est plutôt ennuyeux. »

Pour lui, bien évidemment. Mais peut-être un peu pour elle aussi ?

« Je ne me suis jamais accrochée à qui que ce soit en-dehors de ma famille. Disons que j’aurais pu choisir plus simple, une Sentinelle quelconque, par exemple. », elle eut un faible rire. « Mais je ne doute pas que tu finiras par prendre conscience de l’erreur que tu commets à cet instant, parce que tu le sais, ce n’est pas moi qui vais tenter de t’arrêter. »

Sans vraiment le vouloir, elle créait d’autres occasions pour lui de mettre un terme à l’interdit. Elle craignit également, comme la première fois qu'elle s'était exprimée franchement, qu’il mît un mauvais sens à ses paroles, à savoir qu’elle s’accrochait bel et bien à lui, mais pas de n’importe quelle façon. C’était toujours cette histoire d’intérêt, tout en essayant de lui faire éviter les conclusions stupides.
En attendant, commettait-il réellement une erreur selon elle ? Peu importait, au fond, puisque cette erreur, elle n'était pas en mesure de la lui reprocher.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mar 9 Sep - 2:21

Deux...
Une fois qu'il eut de nouveau en main son cahier, Guillaume ne se fit pas attendre pour retourner la ranger dans le fouillis de son tiroir de bureau, où il dut s'y reprendre à trois reprises pour parvenir à le refermer, écrasant, et écrasant encore à chaque nouvelle tentative, le tas de papiers, crayons, carnets, cahiers et trucs d'une main et poussant de l'autre. Dès que cela fut fait, il en revint à Geetali, qu'il avait écouter malgré tout, mains dans les poches, neutre. En fait, de tout ce blabla, ce qui accrocha sa pensée ivre de fatigue et son esprit occupé ailleurs malgré le regard qu'il s'efforçait d'accrocher, avec peut-être un peu trop d'insistance, sur Geetali, ce qui l'accrocha oui, ce fut le « c'est plutôt ennuyeux ». Merci, Geetali, merci, songea Guillaume.

Mais pourquoi donc cet ennui? Gêne? Gêne de quoi? De dire les choses? Quelles choses! Franchement, la raison de cette ennuyeuse situation, ou banale, Guillaume avait du mal à la cerner. C'était un peu comme si, du moins de son côté, le danger s'était légèrement éteint en venant ici et, du coup, tout l'interdit de la situation aussi. Alors que faire? Se jeter dans la foule et crier au curieux? Il n'en avait pas envie. En fait, Guillaume avait envie de choses, c'est certain, mais de choses, de choses... Tellement de choses... Dont certaines choses, entre autres choses, particulièrement... Hmm... Comment dire!? C'est impossible, sans se faire laver la bouche avec du savon, avant et après l'avoir dit. Ou se laver la bouche.

Elle disait s'être accrochée. C'était vrai? Fronçant un sourcil, et non le sourcil car il en a deux, le Second s'interrogea. Accrochée comment? On s'accroche à sa famille, en effet, parfois, on s'accroche à des amis, à de potentielles « douces moitiés », à des insectes, à de satanés chats ou même à ces choses baveuses canines, mais comment on s'accroche à une Sentinelle qui nous arrête, nous interroge, qu'on revoit dans un hôpital et à laquelle on avoue ressentir, quoi déjà? Ah ouais, de l'attirance.
Passe! La question demeurait sans réponse.

-Non je ne le sais pas, justement. Qu'est-ce que j'en sais, de ce que tu tenteras et ne tenteras pas de faire? Je te connais pas, à peine. Je sais que t'es la fille d'un ancien pirate, je sais que les limites sont éphémères, avec toi, je sais que t'es pas aussi froide que t'en a l'air...

Court instant de réflexion. Guillaume était sérieux. Ne l'était-il pas toujours! ... Mais encore, ne mesurait le risque qu'avec un jugement partiel, car possiblement pas à l'affût des réelles conséquences.

-En fait, je me le demande, si ça te laisserait réellement indifférente, que je me plante.

Hein que t'es une fille à chats, hein Geetali! À coups d'inconscience, ou d'ignorance, Guillaume retournerait les perches, possibilités de fuite hors de cette situation, à l'envoyeur, c'était, pour l'instant encore, clair. Aussi tenait-il ces propos sans même supposer que justement, le fait qu'il ne la connaisse pas beaucoup pourrait l'inciter à se libérer vite fait d'elle. Être aveugle aux risques, ça avait dicté sa conduite, un certain temps, à une certaine époque.

-Mais on s'en fiche, de toute façon, non?

On se fiche de bien des choses, finalement. Mains dans les poches, Guillaume s'était approché, et se tenait désormais tout près de Geetali. Il ne souriait pas, ni ne fronçait les sourcils, ni n'affichait une quelconque expression démonstrative.

-On a atteint un plateau. Long. Plat. Et on marche et c'est long, et ennuyeux. C'est toi qui l'as dit. Alors je vais te dire, depuis l'hôpital, j'ai envie de bien des choses, mais avec toi, ça va pas. J'ignore ce que tu veux. T'es pas comme les autres. Ça me dérange et c'est ce qui me plaît en même temps.

Il soupira, levant les yeux vers le plafond puis, se penchant, sa main gauche vint trouver la taille de Geetali et vlan swish winrrr, comme ça, comme rien, il l'embrassa, sans empressement, mais sans s'étendre non plus, il l'embrassa comme on sent une fleur, ou comme on mange une datte, mais sans mâcher. Il la lâcha et, la contournant, retourna à la cuisine, où il trouva refuge dans un sac de dattes, duquel il trouva de quoi se remplir la bouche. Distraction, distraction.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mar 9 Sep - 16:21

C’est plutôt ennuyeux. Dans la simple mesure où ils ne savaient absolument pas où ils allaient. Pour une autre raison, aussi, mais qu’elle avait encore trop de mal à admettre, et dont elle n’était pas vraiment certaine que pour la présenter au Second. Restait le problème de l’intérêt. Elle s’accrochait à lui pour cela, parce qu’elle trouvait à quelqu’un, pour une fois, un intérêt non-négligeable, une volonté de découverte qui dépassait totalement la moindre fonction, en outre celle de l’homme qu’il prenait soin de dissimuler aux yeux des autres. C’était juste ça, pour le moment. Et c’était précisément là que le bât blessait. L’intérêt, elle le savait pertinemment, pouvait évoluer de différentes manières, et la majorité d’entre elles ne la réjouissait pas. A bien y réfléchir, plus elle regardait Guillaume, plus elle l’écoutait parler, plus elle s’interrogeait sérieusement sur qui d’entre eux battait l’autre en matière de grand plongeon. Il ne pouvait pas être conscient, n’est-ce pas ? Et elle ? Elle avait progressivement l’impression de la perdre, sa si forte conscience. Ils se compliquaient sans doute la tâche, cherchaient trop loin ce qui pourtant se trouvait tout près, mais impossible pour elle de le reconnaître. Elle se surprit réellement à ressentir, juste un instant, une crainte singulière qu’elle ne parvint pas – ou ne voulut pas – identifier. Mais le pire était qu’elle n’en tira aucun contentement ; elle aimait la peur trop rare, sauf celle-ci, qu’elle ne connaissait pas, qu’elle avait très probablement déjà rencontrée dans son enfance, puis sagement enterrée lors de sa partielle métamorphose. Sournoise, elle revint à l’assaut, sans prévenir, alors que Guillaume lui posait une question à laquelle la jeune femme n’aurait normalement pas bronché.

« La seule chose que je me dis, c’est que je ne serais pas en faute. », déclara-t-elle dare-dare en manquant cependant de conviction, là où la froideur n’avait su remplacer la chaleur comme elle l’aurait dû.

Serait-elle indifférente ? Logiquement, oui. Mais plus rien n’était logique à ce stade. En réalité, elle aurait tout aussi bien pu lui demander, en guise de défense « Que veux-tu dire par là ? », mais allez savoir pourquoi, elle s’était abstenu et avait préféré trancher avec une maladresse qui ne lui ressemblait pas. De l’appréhension, voilà ce qui la submergeait à cet instant. Un sale et mauvais pressentiment lui nouait vicieusement le ventre, et elle détestait cordialement cette sensation, désira qu’elle cessât sur le champ. Elle ne fit que s’exacerber : on s’en fiche, de toute façon. Ses yeux criaient sans doute « Oui !!! », quelque chose en elle les contredisait. Une hésitation. Geetali n’hésitait jamais, c’était cette foutue appréhension qui la mettait dans un état qu’elle ne comprenait pas. Se serait-elle montrée naïve ? Elle avait voulu fréquenter Guillaume, une simple fréquentation, ça ne pouvait pas évoluer. Conne. Et recule. Non, c’est à lui de ne pas avancer, se dit-elle. En fait, inconsciemment, elle ne souhaitait endosser aucune responsabilité. Il ignorait ce qu’elle voulait et… prenait des risques en conséquence ? Ne s’agissait-il pas des règles du jeu ? Il les appliquait à merveille, tandis qu’elle… s’interrogeait stupidement, car elle ne pouvait tout simplement pas s’en remettre à son instinct, dans la présente situation. Trop tard cependant, car son instinct lui dicta de lever la tête, et de ne pas chasser farouchement cette main qui prit brièvement possession de sa taille, ni même ces lèvres qui se scellèrent aux siennes, sans être insistantes, avant de laisser là, cruellement, la chaleur qui avait délicatement enveloppé la jeune femme. Seulement quand il partit, un feu rougeâtre investit ses joues, visage qu’elle maudissait souvent d’être trop expressif. Un baiser. Le premier ? Non, elle en avait vu d’autres.

« Euh… Guillaume… »

D’une voix inaudible, impossible pour elle d’atteindre le Second déjà parti. Qu’avait-elle voulu dire ? Elle n’en savait rien. L’embrasser, puis la laisser là… Que devait-elle faire, maintenant ? Réaliser. Réaliser qu’elle s’était trompée sur toute la ligne ou non, pire, que ce qu’elle avait envisagé de mauvais venait de se produire. Mais que ce mauvais, justement, ne lui avait pas tant déplu que ce qu’elle aurait imaginé.

« Oh bon dieu… », souffla-t-elle faiblement en s’accroupissant, cachant son visage dans ses mains.
Inconcevable. Un torrent de réflexions submergeait son esprit sans lui laisser un répit, alors que dans son ventre se concrétisait la crainte qu’elle avait jusque-là vaguement ressentie. C’était un fait, elle avait peur, développait sans vraiment le savoir une paranoïa vis-à-vis de… qui ? de quoi ? Guillaume, peut-être. A n’en point douter, même. On ne pouvait plus parler de méfiance principielle.
Bourdonnement dans la tête, grondement sourd dans le cœur et boule au ventre, Geetali se redressa gauchement, patienta quelques instants, avant de détourner les talons et sortir de la chambre, rassemblant un courage qu’elle croyait plus ou moins évaporé. Elle y crut davantage en surgissant dans la cuisine, manqua même faire demi-tour le temps de retrouver un peu plus ses esprits, mais resta plantée là, comme toujours, contemplant Guillaume vaguement. La jeune femme le gratifierait d’une autre séance de franchise, assurément, mais celle-ci serait très pénible pour elle, beaucoup plus que toutes les autres. D’ailleurs, elle finit par le darder suspicieusement.

« Guillaume, tu… tu es tombé sur la tête ? »

Hm… Moyen, cette façon d’introduire. Geetali soupira à son tour, joignit ses mains derrière le dos pour se triturer les doigts discrètement.

« C’est normal que tu ne saches pas ce que je veux… », ajouta-t-elle avec inquiétude. « … parce qu’en réalité, je ne le sais pas vraiment non plus. Depuis le début, je me comporte comme j’en ai l’habitude, j’ignore les risques et j’en subis les conséquences avec plaisir, sauf que maintenant, avec toi… », elle inspira profondément, baissa les yeux. « Tu viens de t’engager là où il ne fallait pas. Je l’avais pressenti, mais j’ai fini par l’ignorer, et c’est justement ça qui est ennuyeux, en partie. Ça fait plusieurs années que j’entreprends de me connaître parfaitement, mais tu as dû comprendre qu’un terrain est jusque-là resté inexploré. Pourtant le repérage, la découverte, c’est tout à fait mon truc… Seulement, là, je ne peux pas en tirer la moindre excitation, juste de la peur. Par principe et sans doute peut-être par orgueil, je reste sans-attache, juste que cette fois, je crains de ne pas y arriver. Je ne connais strictement rien de moi à ce niveau, Guillaume, je ne sais pas exactement de quoi je suis capable, et la seule fois où j’ai eu le malheur de m’accrocher à quelqu’un, eh bien… je m’en mords encore les doigts aujourd’hui. M’accrocher, je le peux toujours… Tu me l’as fait sentir, et ça a le don, mais alors vraiment le don de m’énerver, autant que toi tu m’énerves. Impossible pour moi d’arrêter, je dois sans cesse m’en remettre à toi pour espérer un battement que je ne désire pourtant pas. C’est ridicule, non ? Je te propose un jeu, et je m’en disqualifie d’office. »

Voulait-elle le noyer sous un flot de paroles ? Sûrement. Avec un peu de chance, il n’en retiendrait même pas la moitié. Mais que disait-elle, au juste ? Qu’elle était dépendante ? Allons. Peut-être priait-elle pour qu’il ne prît pas à son tour le rôle du corrupteur… ou alors l’inverse. Bon…

« Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? », reprit-elle aussitôt. « J’ai besoin de savoir. Parce que tu en avais envie… ou bien parce que je ne suis pas comme les autres et que ça t’amuse toujours de jouer avec une minette – tu es un homme à femmes, hein ? – ou pire, parce que j’ai eu l’air de t’y inviter ? Non, impossible… Je n’ai pas pu t’inviter à faire une telle chose, même inconsciemment. »

Les yeux toujours baissés, elle attendit une réponse, croyant bon de préciser, un sourire douloureux aux lèvres :

« Je préfèrerais sincèrement que tu sois un collectionneur. Que ça ne veuille rien dire. »

Ah là là, les affres de l’attirance.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mer 10 Sep - 1:39

La bouche pleine à ras bord, Guillaume demeurait dos au couloir de sa chambre, désireux de ne pas faire face à la situation tout de suite. Reprendre des forces d'abord. Se bourrer la face d'abord. Mâcher, avaler, et jeter le sac au fond de l'armoire, avant de refermer l'armoire en avalant péniblement, grimaçant, et de se retourner, enfin, prêt, adossé contre le comptoir, les mains de chaque côté, empoignant le rebord dur, quelque chose de solide, quelque chose de vrai, de palpable, sur lequel s'appuyer, d'abord.
Ce serait sa faute, de toute façon, et pas la sienne à elle. Elle le savait, lui aussi? Il avait choisit, il avait foncé, il avait littéralement embrassé le risque, sans toujours en peser les conséquences, car incapable de le faire, et absolument pas intéressé en la chose.
Un moment de suspension. À quoi songeait Geetali? Et lui? Ouf... Fixant le couloir, il attendait, quelque chose, n'importe quoi, en se disant qu'il l'avait embrassée. C'était arrivé. Et un baiser, c'est banal, non? Il en avait embrassé, des filles, des femmes... Beaucoup! Maintenant, il avait embrassé Geetali. Et ça ne l'avait laissé ni froid, ni indifférent. Un autre?

La voilà qui revenait, silencieuse. Il ne dit rien, se trouvant très bien là où il était, dans son mutisme.
Puis il acquiesça doucement, car être tombé sur la tête pourrait possiblement expliquer son comportement. Mais il ne prononça mot, pas tout de suite. Tout cela semblait si sérieux, rendus par les mots et la voix de Geetali. Tout ça, cette histoire. Ce baiser, on aurait dit qu'il avait débouché tout un flots d'inquiétudes. L'entendre ainsi se livrer à cette confession troublait quelque peu Guillaume. Avoir peur, ce n'est pas rien. Lui ce qu'il entendit, c'est qu'elle avait peur d'elle-même, de se faire mal peut-être bien, en laissant tout cela continuer. Mais il était seulement Guillaume, un membre de la Brigade anti-piraterie, personne d'important, dans sa vie. Il n'était pas son frère, il était... un hasard, quelque chose d'éphémère peut-être bien, sans doute, quelqu'un qu'elle pourrait effaçer de sa mémoire, de sa vie, si elle le voulait, mais non, ça ne semblait pas si simple, aux yeux de Geetali.
Il baissa les yeux. Ça devenait compliqué, tous ces mots, toutes ces pistes. Elle ne voulait plus? Peut-être, justement, parce que le jeu était difficile à jouer? Fallait pas y penser. Jusqu'à présent, ça fonctionnait très bien, avec lui, de ne pas y penser. Déçu? Il l'était peut-être bien un peu.

Il ne releva la tête que lorsqu'elle avoua préférer le découvrir collectionneur. Qu'est-ce que ça voulait vraiment dire, être collectionneur? Il ne s'était que rarement considéré comme un collectionneur, de papillons du moins. Quant à ce qu'il était, en ce moment...

-Un collectionneur s'attache à ce qu'il collectionne, parce qu'il fait ce qu'il trouve et aime sien. Les papillons que je prends là dehors, je les laisse toujours repartir.

Est-ce que ça la soulagerait? Ce n'était pas le but de Guillaume, la soulager, enfin, pas de cette façon. C'est pourquoi il lâcha le comptoir et fit deux pas vers Geetali.

-Je t'ai embrassé, c'est tout, pourquoi toutes ces questions? lâcha-t-il abruptement, Si je te dis que c'est parce que j'en avais envie, tu vas penser quoi? Évidemment que j'en avais envie, et j'en ai encore envie, et j'en aurai encore envie. C'est comme ça. Et oui ça m'amusait. T'es pas comme les autres, tu m'y as pas invité. Pas vraiment, je crois. J'en sais rien... Peut-être sans le vouloir...?

Ouais peut-être. C'était elle qui l'avait retrouvé, après tout. Et elle l'avait suivi chez lui, et elle était toujours là, à laisser entendre que quelque chose n'allait pas. Elle pourrait partir et ne jamais revenir, elle aurait pu.

-Mais t'en as envie? Tu veux m'embrasser? Si t'en as envie alors je vois pas pourquoi tu le ferais pas. On était d'accord, non? T'es la corruptrice, t'as le droit de faire ces trucs-là. Profite de moi, un peu, Geetali. T'as l'occasion de le découvrir un peu mieux, ce terrain inexploré dont tu parles, ou je sais pas trop...

La vérité c'est qu'il n'avait peut-être bien pas tout saisit du discours de Geetali, mais bon, ce n'était pas de l'avouer, qui le gênait. Seulement Guillaume sentait que malgré ce qu'elle avait pu dire ou faire auparavant, pour les mener jusqu'ici, Geetali n'était toujours pas certaine de pouvoir ou vouloir prendre ce fameux risque. Peut-être pas prête à le lui laisser prendre, à lui? Non, sans doute pas. Ou encore, pas prête à s'aventurer en des lieux où elle n'avait pas cette parfaite maîtrise d'elle-même dont elle était habituellement capable...

-Perdre le contrôle, des fois, ça fait du bien.

Alors décide-toi. Lui visiblement, n'avait plus une once d'hésitation sur la conscience, plus un soupçon de remord ou de peur. Confiant, ou tout simplement aveugle aux doutes et aux questionnements, Guillaume fixait sur Geetali un regard insistant.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mer 10 Sep - 16:26

Eh bien, d’un certain point de vue, tout basculait. Ou alors elle perdait provisoirement son assurance. C’était ça, oui. Mais elle la retrouverait bientôt, n’est-ce pas ? Il n’y avait qu’à se faire une raison, se réjouir à la perspective des découvertes à venir, qu’importe ce qu’elles engendreraient. Découvrir, s’attacher, peut-être répétait-elle la même erreur qu’autrefois, seulement, puisque Guillaume prenait la peine de ne pas y penser, il était somme toute naturel d’accomplir le même effort. Somme toute. Ses premières paroles ne la soulagèrent en rien – elle ne voulait pas qu’il la laissât partir, mais elle leva un regard presque réprobateur lorsqu’il repartit, une moue légèrement capricieuse arrondissant sa bouche. A sa place, d’autres se seraient sûrement jetées sans réfléchir, vrai, il y avait de quoi, et dans sa nature suicidaire, elle aurait dû se comporter ainsi également. Un tel revirement de sa part la contrariait au plus haut point, mais il était probablement nécessaire afin d’avoir le moins de regrets possible en cas de… tiens, justement, en cas de pépin.

A mesure qu’il parlait, Geetali sentait ses joues chauffer, essaya de détourner la tête mais revint aussitôt sur le Second, incapable de l’ignorer, même infimement. Tout ça, là… Qu’il en avait eu envie, que c’était encore le cas et… bon dieu, qu’elle avait le droit de faire ces « trucs ». Un regard digne d’une vierge effarouchée cette fois-ci ; vierge peut-être, effarouchée, non, définitivement pas. Réaction expliquée par le fait que, précisément, en l’invitant au jeu, elle n’avait pas pensé à ces « trucs » dans un premier temps. Mais à quoi, alors ? Juste une compagnie interdite, et à partir de ce moment, la naïveté l’avait emporté en lui flouant la possibilité, l’évidence, même, d’une évolution. Du reste, en avait-elle envie ? Je dois rougir comme pas permis, songea-t-elle.
Elle fuyait encore. Comment réagir autrement à cette manière qu’il avait de la tenter ? En fait, oui, tout basculait bel et bien. Elle aurait dû garder ce rôle, ne pas le lui céder comme c’était présentement le cas. Une impression de vivre une situation familière la tiraillait, elle, indécise, et l’autre, déterminé, qui la poussait à le suivre. Parfois de cette manière, elle avait franchi les limites, penser représentait son frein. Voilà, elle pensait plus qu’elle n’agissait, se montrait prudente alors que c’était tout à fait contraire à la majorité de ses actes. Cependant, selon la jeune femme, danser avec le danger restait un art subtil, foncer dedans sans réfléchir, bien que charmant et excitant, restait beaucoup trop incertain. L’incertitude était à consommer avec modération. Guillaume était à consommer avec modération.

« Très bien. Enfin tant pis. »

Geetali, toujours boudeuse, délia ses mains et se frotta l’arrière du crâne.

« J’ai conscience de compliquer les choses énormément, mais tu ne pourras pas dire que je ne t’ai pas prévenu, hein. Je pense trop, c’est barbant et souvent inutile, plus fort que moi, aussi. Il ne faut pas m’en vouloir pour ça, car c’est en quelque sorte un moyen de me rappeler que je suis encore jeune. D’ailleurs, tu le vois bien, tu réussis parfaitement à me sortir de ma carapace. C’est le réflexe typique de la gamine à convaincre, non ? Je n’ose pas dire séduire. Enfin, bref. », elle secoua la tête avec agacement, se rendant compte qu’elle se perdait encore dans de vaines élucubrations.

Et maintenant ? Elle allait arrêter de penser, imiter le Second dans son imprudence totale. Tant pis s’ils se plantaient, ils s’en remettraient, plus ou moins bien et, et, et… Stop. Plus de masturbation intellectuelle.

« Je vais me montrer raisonnable… à ma façon. »

Geetali avança à son tour, mais interrompit son mouvement, pour finalement exécuter un pas en arrière. Probablement indécise, elle sembla chercher quoi faire, mais ne réclama aucune aide. Se montrer raisonnable.

« Tu es sûrement fatigué. Je vais y aller, histoire de te laisser dormir un peu. »

Comment ! La jeune femme se retournait vraisemblablement pour quitter la cuisine. Et quoi ? Rien d’autre ? Ah, si. Soulagement. Dans l’encadrement de la porte, elle fit une énième fois face à Guillaume et eut ce qui ressemblait à un sourire railleur.

« Mais j’aimerais pouvoir retrouver ta trace, alors… Donne-moi ton numéro de téléphone. »

Catégorique. Aspect qui s’estompa aussitôt qu’elle eût rejoint la Sentinelle, là, tout près, devant lever le menton pour le regarder dans les yeux, murmurant un « Tu veux bien ? » avec une candeur trompeuse qu’elle sut parfaitement feindre. Suite à quoi, sa main glissa sur la nuque de Guillaume, lentement, pour l’attirer à elle avec douceur, dans un même mouvement que sa bouche allait trouver la sienne. Seulement, ce baiser avait quelque chose d’impérieux, puisque, l’embrassant avec fièvre, elle ne tarda pas à vouloir franchir le rempart de ses lèvres. Joues brûlantes – et pas que, lui semblait-il – Geetali rabattit son autre bras autour des épaules de l'homme, s’élevant légèrement, songeant qu’après cet instant réjouissant qu’elle désirait certainement – malgré tout ce qu’elle eût pu penser, elle s’en irait. Hein qu’elle s’en irait…
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Mer 10 Sep - 23:55

S'aurait été bien, vraiment bien, si elle se serait contenté de l'embrasser, tout de suite, là, juste après qu'il eut lâché sa belle réplique. S'aurait été... Exactement comme dans ces films pourris qui le faisaient pleurer de rire, ou d'exaspération. Ouais pourquoi pas! Les filles aiment ces situations stupides, pseudo-romantiques, pseudo-magiques... Qui ne sont en fait que des préliminaires un peu écourtées, moins ennuyantes.
Mais non, évidemment. Geetali n'est pas de ces filles à films à l'eau de rose. Rien n'allait comme d'habitude, avec elle, faudrait s'y faire. Guillaume détourna le regard, ayant un subtil et vif comme l'éclair coup d'oeil de découragement vers le plafond, filet de tous ces silencieux soupirs découragés.
Elle s'y remettait, à monologuer. Tu parles trop aussi, eut-il envie de lui répondre en s'efforçant de l'écouter, se tapotant distraitement le menton d'une main. Au fond, elle essayait de se convaincre, se disait Guillaume, parce que bon, elle jouait celle qui n'avait pas froid aux yeux, mais dans les faits...
Elle-même était consciente de son acharnement mental, de son abus d'explications inutiles, plus ou moins, et Guillaume tira de cette scène un sourire amusé. Il n'osa rien dire, n'ayant rien à dire de toute façon. Elle s'était plongée dans cette stupide réflexion toute seule et s'en sortirait toute seule. De toute manière, il sentait venir la fin, en la voyant avancer. Cela bouillait dans son ventre, depuis un moment déjà, depuis longtemps, peut-être même, et à chaque pas...

Fausse alerte. Il se retint cette fois de lever les yeux vers le ciel et garda plutôt ces lèvres pincées en fixant sur Geetali un regard interrogateur. C'était quoi, « à sa façon »?

Ah ça! Se dit Guillaume en souriant cette fois franchement, mais davantage d'exaspération qu'autre chose, alors qu'elle se retournait, prête à le laisser en paix. Tellement aimable, cette Geetali, tellement... Sourcils légèrement froncés, il la regarda s'en aller sans bouger, parce qu'il avait du mal à le croire. Geetali la tête de cochon devenue petite poulette peureuse. Heureusement, ou pas, elle revint. Mais pourquoi? Peut-être n'en avait-elle pas terminé de son abondant verbiage.

Et puis non, il ne le lui donnerait pas, son fichu numéro de téléphone, non, Guillaume en avait décidé ainsi et entreprit d'ailleurs de le démontrer à Geetali en remuant la tête de gauche à droite mais, une main s'était posée sur sa nuque. Étrangement faible, il ne trouva pas la force de résister à cette main qui l'attira vers le visage de Geetali, sur lequel il fixa son regard tant qu'il le put, jusqu'à ce que la proximité l'en empêche. Soumis à ce baiser, il s'y laissa entraîner sans retenue, l'embrassant à son tour de tout son corps, trouvant à sa taille, à ses hanches, où abandonner ses mains. D'abord doucement, la fièvre en vint à le gagner à son tour, insufflant à ses gestes une ardeur presque pressée.

Et Kris. Faut pas l'oublier, quand même, qui dormait, dans l'ombre, en souriant comme un illuminé, en bavant sur le canapé, sans rien voir ni entendre, rêvait de filles à lunettes, miniatures, à cheval sur des libellules, au-dessus d'un étang d'alcool, sur lequel il flottait, nu comme un vers, blanc comme un vers, et confortable comme rarement il ne l'avait été auparavant, malgré une petite raideur au niveau de la nuque, et du dos, et peut-être aussi du bras droit... La suite au réveil.

Guillaume ne lâchait pas prise, entraînant dans une danse piétinée, improvisée et malabile Geetali d'où ils revenaient tous deux, dans sa chambre. Plus besoin de penser à rien. Il n'avait qu'à se laisser sombrer dans l'enivrement, celui de la tenir dans ses bras, d'avoir ses lèvres cousues aux siennes, et de s'échouer, littéralement, sur le matelas.
Il ne s'arrêterait pas. Pas maintenant du moins, dans cet état d'esprit déjà bien loin de toute raison. Ses mains d'ailleurs ne tardèrent pas à se faire éclaireuses de son appétit, en quête de Geetali, toujours et toujours plus encore, en quête de peau.

Et puis, plus rien. On rouvre les yeux, on constate, on se redresse. Guillaume s'interrompit. Interrompu? Et éloigna son visage de celui de Geetali, cessant ses audacieuses explorations et la regarda. Où est-ce que ça s'en allait, tout ça? Trop loin? Il n'y songeait pas une seconde, dardant à intervalles irréguliers sur les lèvres de miss Anavi un regard on ne peut plus explicite. Une question dans le silence peut-être : et toi?
Ce jeu-là, sans aucun doute, se joue à deux, et les mains de Guillaume avaient beau en faire fi, sa conscience n'en demeurait pas moins impliquée, outrepassant le désir qui lui brûlait le corps.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Jeu 11 Sep - 0:58

Oui, elle s’en irait. Ou pas, en fait. C’était trop facile pour Guillaume de lui faire perdre pied, elle ne mesurait que maintenant toute l’étendue de son pouvoir sur elle. Il ne voulait pas lui céder son numéro de téléphone ? Tant pis. Il accepterait peut-être suite à ce baiser. Mais justement, quelle serait la suite ? Geetali se sentit tiraillée entre la certitude et l’incertitude, un conflit entre corps et esprit, entre chaleur et froideur, réfléchi et irréfléchi. Sur l’instant, alors qu’il se contentait juste de l’embrasser en lui témoignant de particuliers égards par le biais de ses mains, la jeune femme ne sut pas immédiatement qu’elle s’était déjà abandonnée depuis longtemps. Il l’enlaçait, et elle ne trouvait pas le moyen de se dérober, de jouer à l’anguille comme elle savait si bien le faire. Tout simplement parce qu’aucune envie de fuir ne l’animait, c’était trop tard, c’était trop bon pour être laissé là, et qu’avait-elle à perdre sinon une forme singulière de pudeur à laquelle elle n’accordait qu’une infime importance ? Alors oui, chacun de ses membres se détendit, et son corps se laissa aller contre celui de Guillaume, en proie aux mains assurées, tandis qu’elle dévorait toujours ses lèvres, tantôt avec douce gourmandise, tantôt avec vorace avidité.

Ses pas furent maladroits ; tentative de ne pas s’empêtrer, il s’agissait également de ne rien laisser échapper – gardons cette bouche, et lorsque cela avait le malheur d’arriver, la mâchoire de la Sentinelle, à son tour, devenait victime des baisers empressés de Geetali, en en retraçant aveuglément le contour. Pas longtemps, heureusement, puisque l’objet premier du désir était très vite retrouvé. Ses mains, elles, n’avaient peut-être pas tant d’ardeur, ayant sans doute moins pratiqué, plus accoutumées aux rudesses qu’aux caresses. Elles se perdaient parfois dans la chevelure turquoise, puis glissaient le long des bras qui l’entouraient, encerclaient de nouveau la nuque inclinée.

Enfin, un soupir lorsqu’elle se sentit choir, et par fortune, Guillaume prit conscience de la réalité des choses. Le souffle court, Geetali ouvrit les yeux à contrecœur, cligna des paupières à plusieurs reprises en considérant le Second, alors que sa poitrine s’élevait et s’abaissait frénétiquement. Elle semblait analyser la situation, du moins essayer. Dans sa position, impossible d’examiner correctement ses vêtements froissés par les mains ayant précédemment tenté l’infiltration. Ça ne servait à rien, elle était fichue. Si lui considérait sa conscience comme impliquée, il n’en était pas de même pour elle. Etait-ce seulement possible d’arrêter maintenant ? Alors que, brûlante, tout son corps hurlait quelque chose qu’elle ne comprenait pas tout à fait. Sa conscience pouvait bien vociférer une multitude de refus, Geetali n’était plus apte à les formuler concrètement. Une faible plainte, presqu’inaudible, franchit la limite de ses lèvres alors qu’elle retirait ses lunettes pour se passer une main sur le visage. Les verres furent posés sur le matelas, sans précaution ; elle se préparait à émettre une précision non négligeable, peut-être humiliante dans l’absolu, mais elle n’y pensait pas. Elle ne pensait pas non plus au fait que Guillaume était un homme expérimenté, qu’ici passaient toute une série de femmes, mais qu’importe, elle aurait considéré cela comme préférable. Inutile de donner la moindre signification à ce qui se passait, elle désirait le Second – dans la suite logique de l’attirance qu’elle avait premièrement ressentie – et c’était déjà ça d’admis. Par conséquent, elle eut dans le regard une lueur d’envie, d’acceptation, pas pour autant dénuée d’anxiété cependant.

« C’est la première fois, mais tu ne m’en voudras pas, hein ? »

Cela le rebuterait peut-être. Eh, non, il ne pouvait pas : quel homme ne se réjouissait pas de s’approprier la virginité d’une toute jeune femme ? Guillaume n’était probablement pas le meilleur pour elle, mais c’était son choix, elle savait qu’elle ne le regretterait pas. En quelque sorte, elle se fichait trop de cet aspect de sa féminité que pour avoir des remords le concernant, aucune idée de gâchis, ni de perte d’un bien précieux. Cela se vit parfaitement, car elle ne songea même pas à lui demander d’aller doucement. Elle ne savait pas quel genre de douleur il s’agissait, et tant pis, elle la ressentirait sur le moment, ça passerait, comme tout passe.
S’appuyant sur ses coudes, la jeune femme étira le cou pour capturer encore une fois les lèvres du Second, plus modérée, cette fois, tel le calme avant la tempête, un « Je te veux. » douloureusement contenu mais que son attitude ne trahissait que trop bien. Sous ce toit, tout le monde était ivre.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Jeu 11 Sep - 20:46

Vierge?
Elle? Pourquoi s'en étonner? Sa simple présence ne prouvait-elle pas toute la contradiction dont elle était capable? Geetali la corruptrice, l'audacieuse Geetali qui venait d'elle-même au danger, lui tourner autour, flirter, pour jouer, et qui se surprenait de le voir l'embrasser, la prendre toute.
Alors... vierge? Pour toute réponse, Guillaume se tut, une fois encore, surpris par ce qui pouvait sortir de cette bouche, qu'il tardait à retrouver. Il ne se fit pas attendre, reprenant là où il en était avant de laisser ses dernières bribes de conscience tenter, pour une ultime fois, d'éviter le pire, pire que le risque, l'abîme même. En fait, sans trop hésiter, il poursuivit dans la même idée que Geetali lui avait tendue, en l'embrassant.

Cependant, quelque chose dans ses gestes tantôt empressés, dans ses baisers qui s'étaient faits insistants, avait changé. Guillaume respirait, mais surtout, prenait le temps de le faire, et avec tout son corps. Ses mains poursuivirent leur exploration avec lenteur, et il embrassa Geetali, avide de goûter, plutôt que dévorer avec impatience.
Il découvrit un ventre, sur lequel il vint poser ses lèvres, respirant cette peau qu'il avait préalablement devinée bien avant, mais qu'il s'était imaginée seulement. Et il l'embrassa, ce ventre chaud et doux, repoussant d'un main les limites, toujours un peu plus, et explorant de l'autre, avec une habile et fine convoitise.
Limites de tissus, paysage de chair, Guillaume se faisait le prospecteur d'un nouveau monde. Abandonné aux pulsions que lui infligeait son désir grandissant, il n'en demeurait pas moins prudent, ou attentif plutôt, à ce qu'il éveillait de ses effleurements, de ses baisers, de ses caresses.

Revenir sur ses pas, il y avait peut-être bien songer l'espace d'un instant, vu les circonstances, mais se sentir coupable, il n'en avait ni l'envie, ni la disposition. Et puis elle semblait sûre d'elle, voire même un peu trop. Par contre, en amant éclairé qu'il était aujourd'hui, sans être nécessairement toujours pratiquant de son bagage, Guillaume choisit tout de même d'opter pour une forme de... développement. C'est son instinct qui le fit pour lui, motivé par les conséquences des minutes à venir possiblement. Et pourtant, l'attachement dont ils avaient parlé, il s'en serait déclaré, là tout de suite, sans hésiter, indifférent.
Ce n'était qu'une soirée comme bien d'autres s'étaient terminées, théoriquement, pour Guillaume, mais dans les faits, il n'en était rien, il fallait l'avouer. Il ne se l'avouait pas.
De toute manière, le temps n'était pas aux réflexions, tout sauf ça.

Soudainement redressé, le Second retira en un tour de bras son t-shirt et le laissa tomber plus loin, quelque part parterre. Une main sur le ventre de Geetali, il remonta lentement, sans détacher sa peau de la sienne, le regard rivé aux iris rouge qu'il avait sous les yeux, devant lui.
Puis ce fut elle entière qu'il regarda, ses épaules, ses bras, sa poitrine... Geetali n'avait rien de l'imposante jeune femme qu'elle personnifiait, qu'elle était, au fond. Là, ce qu'il voyait, lui semblait presque fragile. Quel âge pouvait-elle avoir? Il aurait pu savoir, mais n'avait pas fait attention. Chose exceptionnelle chez lui. Peut-être n'avait-il pas voulut savoir. À coup d'inconscience, effectivement, il avait fermé les yeux sur de nombreux éléments qui auraient pu le sauver de cette situation, en le forçant au découragement ou à la prise de conscience.
Mais Guillaume ne voulait pour rien au monde être sauvé présentement. Il se noyait et le faisait avec délectation. D'ailleurs, une fois encore, il se pencha vers la source de son plaisir, et vint trouver de ses lèvres la nuque de Geetali,tout près d'une oreille.

-C'est toi qui m'en voudras.

Un murmure, précédé et poursuivi de baisers. Lui en voudrait-elle?
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Jeu 11 Sep - 23:00

Geetali tenta de passer outre cette absence de réponse, de ne pas l’interpréter afin de n’en pas sortir plus soucieuse qu’elle ne l’était déjà. Etait-elle responsable de sa position ? Un peu, évidemment, voire même beaucoup, mais encore s’agissait-il de s’en rendre compte, ce qui n’était pas tellement le cas. Puis inutile, désormais. Aussitôt, elle se sentait rassurée suite à cette simple constatation : il l’embrassait comme il l’avait fait juste avant, sans réticence aucune, ce qui pour elle représentait l’essentiel. Loin, très loin alors se trouvait le reste. Une main épousant l’ovale de son visage, la jeune femme s’était de nouveau allongée correctement tout en tâchant de le garder contre ses lèvres, puis de le libérer afin qu’il explorât à sa guise ce qu’elle lui offrait sans hésiter. Les réactions, surtout intérieures, se succédaient, plus parce qu’elle ne savait pas quelle attitude adopter réellement que par surprise. Devait-elle le guider ? Il lui sembla que réprimer les manifestations de son plaisir n’était pas la meilleure façon de le faire. Qu’est-ce que son orgueil venait donc ficher là… Même son ventre paraissait vouloir fuir cette bouche étrangère, au moment de l’expiration, mais ne tarda pas à être conquis par les tendresses dont il fut l’objet, en témoignèrent les lèvres entrouvertes de Geetali d’où filtrait une respiration irrégulière.

Les paupières luttaient contre la fermeture, regarder le plafond, ressentir, subir… C’était donc ça, l’inconvénient. La jeune femme ne s’était jamais sentie aussi passive de sa vie. La prenait parfois l’envie d’agripper Guillaume, avec une brutalité significative de son désir, lui témoigner précisément ce qu’il suscitait en elle, mais après venait ce blanc, cette image floue… que ferait-elle ? Elle n’en savait rien, et ce simple aspect donnait épisodiquement à l’instant des allures de supplice. Cette vive contrariété de ne rien pouvoir accomplir tout en étant assurée que « ce serait bien » en vint à lui faire ravaler son orgueil ; le feu dans son bas ventre se ravivait à chaque fois plus, et le tracé brûlant des lèvres de Guillaume sur son ventre lui arracha de nombreux soupirs tandis que, mains sur ses épaules, elle l’encourageait à poursuivre. Elle fut presqu’honteuse des gestes qu’elle esquissa par la suite, impuissante, comme s’ils n’étaient que des automatismes. Plus sensible à ses lèvres qu’à ses mains, là, trois centimètres, peut-être quatre, au-dessus du nombril puis, sans prévenir, une ondulation que pour en redemander. Cette ondulation qui relatait d’une sensualité inaccoutumée lui fit froncer les sourcils, rougir de plus belle, alors qu’elle risquait un regard vers le Second, l’air de dire avec une moue presqu’adorable « Pas fait exprès. » Et pour sûr, elle ne faisait rien à dessein, pour son plus grand malheur. C’est nul d’être vierge. Une brève pensée qui s’évapora très vite, puisqu’il fallait subir, recevoir le désir et l’attirance comme elle aurait reçu une claque, vive, tranchante, marquante.

C’était dans ces moments là que l’on se fixait plus ou moins sur notre rôle, songea-t-elle de sa propre et nouvelle expérience. Elle savait d’ores et déjà qu’elle préférait donner plutôt que recevoir, bien qu’il fallût pour cela oser agir, avancer sur un terrain qui lui était parfaitement inconnu. Et elle se dit qu’inspirée par lui, il serait impossible d’avoir du mal à agir.
Les yeux de Geetali furent aimantés sur le torse découvert. Et ce geste. L’ensemble débordait d’assurance, trop, au point que c’en fut effrayant. Il se moquait peut-être d’elle… Il devait dégrafer les soutiens-gorges avec ou sans lumière comme il venait de retirer son t-shirt, c’était ancré dans le personnage, et la différence d’expérience ainsi ressentie lui fit détourner le regard, au moment même où il décida de la considérer dans son entièreté. Le corps de Geetali. Ainsi que Guillaume l’avait remarqué, il allait à l’encontre du caractère de cochon qu’elle possédait et de son absence presque totale de craintes. Le vêtement, généralement, dissimulait l’arrondi trop frêle des épaules, le galbe généreusement épanoui de la poitrine, un ventre délicat aux muscles masqués bien que puissants, même les bras n’avaient pas l’épaisseur qu’ils auraient dû avoir suite à tant d’efforts inconsidérés. Une jeune femme ordinaire, mais qui ne prenait pas son physique pour atout en ces circonstances. Il s’agissait bel et bien d’une arme, toujours contre les autres, son complice, celui qui ne devait jamais la trahir et qui, justement, tâchait peut-être de remplir son rôle en offrant à autrui cette vision agréable, fine, dépourvue de soupçons, trompeuse, en outre.

Elle ne chercha même pas à déceler chez la Sentinelle un éventuel jugement qu’il porterait quant à ce qu’il avait sous les yeux, mais elle revint volontiers à lui lorsqu’elle sentit sa proximité, frissonna, nota qu’elle aimait sa présence à cet endroit là. Lui en voudrait-elle ? Geetali se surprit à sourire, avant de susurrer tout bas :

« Te répondre oui serait reconnaître que j’attends quelque chose de toi. Or… »

Guidée par la flamme qui l’animait, la jeune femme laissa glisser ses mains de part et d’autre du torse de Guillaume, lentement, avec un léger tremblement tout juste perceptible, descendit le long des reins, heurta le tissu du pantalon et revint effleurer les omoplates tout en parsemant l’épaule de baisers, libérant de temps à autre un mot.

« … Ce que j’attends de toi, là, maintenant, c’est que tu me voles ce à quoi d’autres fillettes auraient attaché énormément d’importance. »

En clair que oui, elle lui en voudrait s’il ne s’exécutait pas. Elle ne voulut pas connaître le motif du Second concernant cette interrogation. Pour quelle raison lui en voudrait-elle ? Qu’importait.
Cette fois, un bruit sourd au bout du lit. Geetali s’était débattue avec ses chaussures et, pieds nus, petits, à la mesure de son corps, elle entoura celui de Guillaume à l’aide de ses jambes, réduisant l’espace entre eux, se frottant à lui dans le but de s’octroyer un contact qui lui était étrangement indispensable.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Ven 12 Sep - 7:06

Or... elle ne pouvait se permettre un tel aveu, non? Après avoir détaillé le corps frêle sur lequel il était étendu, après cette réplique, Guillaume eut le sentiment de retrouver la Geetali Anavi qu'il avait embarquée dans son chasseur, sans vraiment savoir pourquoi il l'avait fait, avant de se donner une raison en apprenant son nom. Ça pouvait remonter à si loin? Franchement il n'en savait rien, et n'y avait pas pensé avant. Ce sentiment de reconnaissance se concrétisa d'ailleurs par les manoeuvres qu'entreprit Geetali. Toujours occupé près de son oreille, le nez dans l'abondante chevelure noire, Guillaume sentit un frisson éveiller chaque parcelle de peau de son dos alors qu'elle laissait aller ses mains, à son tour, à une errance guidée par la soif qu'ils partageaient.

S'était-il accoutumé trop vite à son rôle de vil libertin, prédateur d'une présumée innocence? Probablement. Il ne masqua pas sa surprise, ne put le faire non plus, secoué par l'écho de ses baisers, laissant s'échapper, sur la nuque de Geetali, son souffle, paupières closes, son corps un moment tendu vers quelque chose d'invisible, mais qu'il savait tout autour, tout près.
Cette fois ça y était, plus de doute, aveuglément, Guillaume fonçait. Le temps viendrait plus tard, mais pour l'heure, il n'y avait qu'elle. Le reste s'effaçait lentement dans un brouillard épais, une masse unique et confuse.
Une secousse, encore, gronda en lui comme un séisme alors qu'il sentait l'étreinte des jambes de Geetali le prendre et l'attirer contre elle. Le souffle court, son visage toujours près de l'oreille, de la joue, Guillaume fit glisser ses mains sous eux, afin de se frayer un chemin jusqu'à cette fameuse attache dont était composé le soutien-gorge. Comme de fait, c'est sans trop éprouver de difficultés qu'il parvint à ses fins, libérant ainsi un dos sur lequel il laissa se perdre quelques secondes ses mains, jusqu'à ce que ces dernières ne partent en quête de ce qu'elles étaient précisément venues soulager de ce vêtement, qui ne tarda pas à se retrouver sur le lit, plus loin. D'autres le rejoindraient, Guillaume se portait volontaire pour la tâche. Il aimait bien cette tâche, en fait. Après avoir activé ses méninges à imaginer, voir, enfin, c'était comme déballer des cadeaux, mais en mieux.

Se redressant légèrement, il posa ses mains sur la taille de Geetali, tout en remontant vers sa tête, et il empoigna tout tissu qui lui passa sous les doigts, qu'il tira vers le haut, jusqu'à ce que le tout lui retombe dans les mains, avant qu'il ne s'en débarrasse comme il l'avait fait du sous-vêtement. Mais dès qu'il eut découvert la poitrine de Geetali, c'est précisément dans cette direction que s'orienta son regard, et le mouvement qui s'en suivit. Les mains de nouveau sur la taille qu'il avait désormais entièrement sous les yeux, Guillaume vint tapisser de baisers le haut du corps de Geetali. Et tout en s'adonnant à cette oeuvre, se mirent à descendre ses mains, fidèles à leur impatience et au bouillonnement dans leurs veines et, avant d'exposer quoique ce soit, franchissant la limite du pantalon, elles se glissèrent entre la peau et les vêtements, et dansèrent.

Les vagues de plus en plus prenantes, les frissons de plus en plus mordants, Guillaume ne résista pas longtemps, et vint trouver l'ouverture du pantalon, qu'il ne tarda pas à agrandir, afin de faire connaître le même sort aux vêtements du bas qu'à ceux du haut. Cependant, tout en tirant le linge vers les pieds de Geetali, Guillaume s'éloigna aussi, jusqu'à finalement se retrouver au pied du lit, debout, juste devant elle. À nouveau, son regard contempla, cette fois le corps mis à nu, plus vulnérable encore. Baissant la tête, le Second retira ses chaussures à son tour, appuyant du bout de ses pieds, à tour de rôle, sur ses talons. Mais après il s'arrêta, les bras pendants de chaque côté de son corps. Il fit un pas vers l'avant, se rapprochant du lit et, tapotant distraitement d'une main l'une des chevilles qu'il avait devant lui, il s'efforça de sourire, ni parvint que faiblement et, relevant la tête, regarda Geetali.

-Ça ne fait pas un carton, auprès des femmes.

Il n'était pas revenu sur ce détail avant, qui pourtant, lui était demeuré en tête. Il aurait voulu avoir l'assurance dont il s'était cru capable et ne pas hésiter, comme il le faisait avant, à le déboutonner, ce fichu pantalon, mais ce n'était plus pareil. Geetali avait beau avoir vu, en partie, le contexte n'était pas le même qu'à l'hôpital. Guillaume bloquait là où il s'était sentit minable dans les secondes qui avaient suivies ce moment, les deux seules fois précédentes. L'une avait préféré l'absence de lumière, l'autre la couverture. Bref, la réalité le rattrapait, armée de deux jambes métalliques.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Ven 12 Sep - 17:15

Ce simple contact suffisait à lui faire manquer plusieurs battements, qu’il pût être si proche, alors qu’il avait jusque-là été si loin. Il lui parut en conséquence compréhensible qu’elle ne se fût rien imaginé de ce genre, clairement. C’était forcément ça quelque part, dans l’inconscient ou non. Poitrine contre poitrine, bassin contre bassin, l’éloignement désormais révolu s’avérait extrêmement grisant et, ainsi plaquée à lui, elle se mouvait tout contre, humant avec volupté leur plaisirs emmêlés.

Sans surprise, et comme plus tôt pensé, elle se sentit aisément délestée de son sous-vêtement, et plus tard buste entièrement nu. Ses jambes desserrèrent sensiblement leur étreinte, cédant à Guillaume une liberté éphémère, tandis que ses mains cajoleuses venaient farfouiller entre les mèches turquoise encadrant le visage descendant. La poitrine gonflée sous l’effet du plaisir cessait parfois de s’élever, et le regard feutré derrière les cils suivait de temps à autre la progression des caresses, non sans des gémissements, fausses protestations, une fois le rempart de son pantalon surmonté. Elle remua pour faciliter le départ du tissu, et se redressa légèrement en constatant qu’une chaleur extérieure s’en était allée, bien qu’elle bouillonnât littéralement de l’intérieur. Nullement gênée d’être totalement nue devant lui – tant qu’il ne la regardait pas avec insistance, épisode qu’elle venait tout juste de manquer, la jeune femme se posta sur ses mains suite à une manifestation sur sa cheville, pour contempler la Sentinelle d’un regard indéfinissable. Il hésitait ? Les traits de Geetali se détendirent, alors qu’elle émettait un « Oh. » de compréhension. Sans tarder, elle lui rendit son sourire, singulièrement touchée de voir un autre aspect de l’homme d’apparence si sûr de lui. Cela créait de puissantes pulsions, des envies qu’elle aurait en temps normal démenties. Agir, le satisfaire, le rassurer, devenir active comme elle aimait l’être dans n’importe quel domaine. Pauvre petite, elle ne savait pas encore que tout homme, sous ses grands airs, demeurait un éternel anxieux, plus encore que ne pouvait l’être une femme.

Doucement, Geetali glissa à son tour au pied du lit afin de s’y asseoir, levant des yeux taquins sur Guillaume dont elle enserra les hanches de ses deux bras, menton sur le bas de son ventre, à le regarder comme le ferait un… chaton passant un œil au travers d’un drap. Le silence qu’elle tâcha de garder durant un petit moment donna à celui-ci un caractère intime auquel on se serait sans doute difficilement attendu, pourtant, c’était bel et bien là, particulier, proche et sensuel. Puis elle baissa la tête à son tour, venant coller sa joue tout contre le ventre de Guillaume, redessina le haut de ses jambes pour venir éprouver de ses mains la sensation du métal à travers le pantalon. Qu’en pensait-elle ? Comme dit à l’hôpital, que ce n’était pas lui, mais elle ne se permit pas ce commentaire une nouvelle fois.

« Disons que ça casse le mythe des jambes qui s’entrelacent… », plaisanta-t-elle en l’étreignant un peu plus. « Je suis très frileuse, tu sais ? Mais ça ne me choque pas… »

Si l’excitation ne la submergeait pas, Geetali serait à ce moment même en train de grelotter.

« Et puis, compte tenu de l’endurance que tu as dû acquérir avec ça… Ces femmes sont quand même reparties satisfaites, non ? » Sitôt terminé, elle haussa les sourcils et eut un hoquet de stupeur. « Merde… C’est vraiment cochon ce que je dis. »

Même dans les situations inhabituelles, la spontanéité de Geetali frappait. Peut-être aurait-elle dû s’abstenir de toute parole à ce sujet, ça ne devait pas être évident pour lui. De ce fait, elle crut bon de poursuivre vraisemblablement dans la même lignée, tout en s’éloignant de l’indélicat.

« Dis… Qu’est-ce qui fait carton auprès des hommes ? De toi ? » Loin de la maîtrise dont le Second avait fait preuve, la jeune femme parvint tout de même à déboutonner son pantalon, et le fit glisser le long de ses jambes, suivi du sous-vêtement. Nu, juste là, le geste suivant n’était-il pas évident ? Il s’était montré hésitant, alors elle l’aidait. La froide morsure du métal sur ses mains ne l’effraya pas, mais elle fut comme suspendue dans le temps. Elle craignait visiblement de mal faire, quoi de plus normal ? Néanmoins, elle en avait terriblement envie. Cette suspension écoulée, Geetali leva de nouveau les yeux pour accrocher ceux de Guillaume.

« Guide-moi. » Un saut dans sa poitrine, inutile de réaliser ce qu’elle s’apprêtait à faire, tandis que sa main glissait doucement sur l’aine de la Sentinelle. « Mais ne me regarde pas trop. »

N’était-elle pas en train de lui accorder ce qui nécessitait une confiance totale ? Selon elle, du moins. Mais la confiance totale, elle ne pouvait pas la lui accorder. Et toujours selon elle, ce qui présentement se déroulait n’avait rien d’une partie de jambes en l’air ordinaire. Geetali agissait comme si c’était la dernière fois, elle ne comptait rien laisser échapper. Sur cette pensée décisive, les lèvres de la jeune femme plongèrent délicatement, presqu’instinctivement, sur la virilité de Guillaume, se refermèrent dessus précautionneusement, si bien que cela donna au geste une décence paradoxale. Elle avait peur de lui faire mal, c’était évident, et son cœur battait à n’en plus pouvoir, en proie à l’excitation ainsi qu’à l’humilité qu’engendrait une telle situation, se mouvant autour de lui, le gratifiant de tendres caresses.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Sam 13 Sep - 19:33

C’était inhabituel, de se sentir aussi exposé, pour Guillaume. Nu, ça, il l’avait été de nombreuses fois, sous les yeux de plus d’une, mais aussi pénétrable et ouvert, comme un livre dont on peut aisément outrepasser les secrets, non. Il s’était toujours efforcé d’éviter l’exercice, en se murant derrière la force de caractère et le sang-froid. Geetali franchissait les barrières, Guillaume devenait brûlant et se sentait disparaître partiellement, laissant aller des fragments de mur avec malaise.

Un douloureux soupir brava la forteresse alors que le visage de la jeune femme rencontrait le ventre du Second. Il leva les yeux, les ferma un court moment avant d’abaisser la tête et de regarder Geetali, devenue… chaton? Lui n’y vit heureusement point de moustaches ni de grands yeux injectés de sang, mais plutôt de quoi abandonner toute tentative de riposte face à l’envahisseur. Ses mains paralysées continuèrent à dormir de chaque côté de lui, alors qu’il vibrait irrésistiblement de sentir le visage de Geetali contre le bas de son ventre.

C’est fou mais il l’aurait presque remerciée. Remercier c’est nul, quand c’est sincère, tout le monde sait ça, Guillaume le sait très bien. Remercier sa mère parce qu’elle le lui obligeait, ce n’était rien, il savait que dans sa tête, il lui souhaitait sincèrement de s’étouffer avec une tête de criquet, mais remercier parce qu’on le sent vraiment… Et pourquoi la remercier, elle? Parce qu’elle savait être là et elle-même comme personne ne l’avait été avant pour lui. Personne?

Geetali ne représentait plus cette aventure risquée mais sans engagement émotif signifiant. En prendre conscience avait quelque chose d’effrayant et d’enivrant à la fois. Parce qu’il la voulait, chaque parcelle de son corps, avec un désir qui dépassait le raisonnable ou le courant, et qu’il aimait la déstabiliser comme elle le faisait avec lui, et découvrir une Geetali inconnue, comme il aimait qu’elle lui cracha au visage sa franchise plus d’une fois.

Du reste… À savoir si les femmes passées avant elles étaient reparties satisfaites… Disons que dans son silence, Guillaume tira malgré tout de la réplique un sourire, proche du rire, mais ne céda nulle information. De toute façon, elle risquait d’être bien placée pour en tirer elle-même une réponse, éventuellement.

Le regard fixé au visage de Geetali, il sentit ses mains se débattre un moment avec son pantalon, encore partagé entre l’envie qu’elle renonce ou pas à l’exhibition qu’elle s’apprêtait à lui faire subir. Trop tard pour s’échapper. Pas qu’il en avait envie, mais sa raison affolée, sa respiration nerveuse, ses jambes si dures et pourtant molles à la fois, tout ça, le plaçait dans une position à laquelle il se sentait étranger. Et pourtant, impossible de changer de rôle. Il était Guillaume, et tellement ancré dans lui-même que s’en était bouleversant. Mais il suffisait qu’il ne baisse les yeux vers elle pour trouver repère à ce tourbillon, remède au vertige.

Devina-t-elle sa réponse dans son regard, où l’hésitation avait subitement cédé toute sa place à ce désir mis à nu, évident et ardent? Une main, retrouvant sa volonté égarée, vint caresser le côté du visage de Geetali, avant de venir se loger entre la nuque et l’oreille. La poussant, sans véritablement avoir à le faire vue l’initiative qu’elle prenait, Guillaume accueillit le contact des lèvres de Geetali contre l’une des parties les plus sensibles de son anatomie avec un gémissement rauque, paupières closes un instant, sourcils froncés, envahi par le plaisir. Il rouvrit les yeux, obéissant un instant aux indications de Geetali, évitant de baisser la tête vers elle, fixant un point dans le vide.
Laissant passer quelques instants ainsi, il finit par la regarder de nouveau et, de la main qu’il avait posée sur sa nuque, à l’inciter à accélérer la cadence, puis à ralentir, à intervalles irréguliers. Guidé par d’incontrôlés élans, il l’accompagnait, jusqu’à ce, véritablement libéré de son incertitude, il ne se détache de Geetali avant de la saisir par la taille et de la ramener étendue sur le matelas. Il retrouva ses lèvres avec fébrilité, l’embrassant avec fougue, avant de s’écarter, glissant lentement sur elle en semant ici et là baisers et caresses, atteignant finalement sa féminité, qu’il effleura d’une main, du bout des doigts, qu’il embrassa d’abord doucement, avant d’y livrer sa bouche.
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MessageSujet: Re: Sauvez les chats.   Sam 13 Sep - 21:26

Elle montait, la pression, elle montait. Logée dans son bas ventre, à rebondir insolemment contre les parois brûlantes, vrombissements de volupté au gré de ses lèvres qui glissaient sur Guillaume, de la manière même qu’il lui dictait. Fascinant pour elle que de le sentir réagir, s’exalter totalement sous ses suaves attentions. Impossible alors de penser à quoi que ce fût, d’être en proie à la moindre humiliation, car mystique, ça ne l’était pas pour rien, mystique et éphémère, de telle façon qu’on ne pût s’en souvenir avec parfaite exactitude le lendemain, quoi que l’on en dît. Ne fallait-il pas atteindre ensuite un certain recul et réaliser ? Présentement, il suffisait de plonger entièrement, ce qu’elle faisait avec une ardeur insoupçonnée. Elle ne savait pas s’il la regardait, espérait que non malgré sa conscience envolée loin, très loin d’ici – ou peut-être une seconde d’un tout autre genre avait-elle pris place – gardant les yeux fermés, comme si cela lui permettait de mieux s’abandonner à la tâche. Aurait-il ces images gravées dans la mémoire ? Ne serait-ce pas embêtant ? Geetali aurait ricané si elle s’était trouvée en mesure d’y songer concrètement.

Ses mains, à l’instar de sa bouche, se montraient attentionnées, voire même empressées, l’une agrippant la taille de la Sentinelle, l’autre se promenant hasardeusement sur son ventre, son aine, parfois sa jambe, narguant le métal glacé de sa chaleur plus intense encore. Puis elle revenait autour d’une concentration de plaisir, flattant une surface plus érogène, mais avant que ne lui vint l’idée d’user de cette même main pour accompagner ses lèvres, il lui fallut se retirer. Sans rechigner, elle ouvrit les yeux, reculant, puis se laissa manipuler avec une docilité déconcertante, accueillant le baiser de Guillaume en frissonnant, avant d’y répondre tout aussi fougueusement. Ainsi allongée, elle crut que le moment était arrivé, et preuve qu’elle se sentait davantage encline à donner qu’à recevoir, la stupeur l’immobilisa un instant lorsqu’il perpétua sa progression loin d’être anodine. Logique… Ou pas. Étrange la façon qu’elle eut de trouver cela dérangeant, mais dans les choses qui s’accomplissaient à deux se trouvait également ce sacrifice de soi ; alors, elle le regarda, d’abord sans trop y croire, son cœur cognant durement contre sa poitrine, avant de finalement songer qu’il était préférable de ne pas y assister. Erreur : elle fut tellement surprise par le contact qu’elle manqua refermer ses jambes sur la tête de Guillaume, simple réflexe mais qui pouvait devenir fort incommodant dans ce genre de situation.

Faible sursaut, mais facilement perceptible. C’était… indéfinissable en un mot. Ce qu’elle ressentait là, tout de suite, était une chaleur autre que la sienne, qui paraissait en conséquence gelée et lui donnait envie de se dérober, comme on cherchait à le faire lorsque victime de chatouilles. D’abord agréable, sans que la notion de plaisir ne fût réellement présente, concrète, palpable, quelque chose que l’on supporterait indéfiniment si seulement… un gémissement, traître, imprévu… si seulement ce qu’il lui faisait n’avait pas dans l’idée de prendre tant d’ampleur en si peu de temps. L’enfièvrement la submergeait par vagues, tantôt tout ce qu’il y avait de plus agréable, tantôt tout à fait insoutenables, déferlantes qui la forcèrent à planter ses ongles dans les draps, à se mordre la lèvre jusqu’au sang, et à fermer les paupières au point d’avoir l’impression d’un bourdonnement scintillant. Mais ce n’était pas tout. Le corps nouvellement animé prenait un vicieux plaisir à n’en faire qu’à sa tête ; la profondeur du bassin s’offrait tout entière au bourreau qu’était le Second, au gré d’ondoyances incontrôlées sans pour autant être brutales – au contraire – tandis que le buste de la jeune femme s’étirait, la laissant ainsi rejeter la tête en arrière, étouffant quelques manifestations de luxure importunes.

Pourquoi cette obstination à ne rien vouloir dévoiler trop bruyamment ? Elle n’en savait rien, n’y pensait que peu, différemment des minutes précédentes, considéra cela comme instinctif et ne le discuta donc pas. Cependant, encore une fois, son corps fut le plus fort et les traits empreints d’un désir trop grand, une plainte sonore franchit la limite de ses lèvres, parvenant à ses oreilles alors qu’elle fermait les yeux plus encore afin de ne rien voir et, vainement, de ne rien entendre. Électrisée à même les os, Geetali glissa son avant-bras sur le haut de son visage, serrant le poing, désirant se cacher tout en malmenant le drap qu’elle surplombait. L’impression de n’en plus pouvoir l’effraya, la vague de chaleur à l’intérieur de son entrejambe lui fit comprendre qu’elle était sur le point d’atteindre définitivement quelque chose qu’elle ne saurait nommer sans l’avoir vécu, ce que d’autres appelaient jouissance, point de non-retour, ce degré de pression extrême précédant la sensation de coton. Par conséquent, ses doigts jusqu’alors serres libérèrent le drap et vinrent se refermer délicatement sur l’épaule de Guillaume, nom qu’elle articula avec difficulté, menton relevé, avec dans les yeux une requête claire, plutôt un rappel : qu’elle le voulait lui avant toute chose.
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