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 Caféine

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MessageSujet: Caféine   Jeu 11 Sep - 9:07

-Un café, s’vous plait.

Le dogue apathique la considéra quelques interminables secondes avec une indifférence exaspérante. Il était vraiment crade ce type. Sa chemise d’une couleur douteuse, oscillant entre le beige et le brun, était trouée par endroits, et tâchée par d’autres. Il était mal rasé, ou du moins inégalement. En plus, il puait comme un porc. Ses joues affaissées flageolaient sous son menton, on aurait dit un peu de cette gelée dégueulasse à la fraise artificielle que les mômes font acheter à leur mère dans les superettes des bas quartiers – pour se la lancer dessus après.

Indifférente à tant de pathétisme, Gaëlle soutint son regard torve jusqu’à ce que l’attente soit assez grande pour lui fournir une bonne raison de s’énerver. Elle serra son poing sur le comptoir.


-Un café, merde !

Enfin, le lent personnage se mit en mouvement. Il s’affaira avec mauvaise volonté, faisant durer chaque mouvement délibérément. Gaëlle le regardait faire avec férocité. Ce type ne devait sûrement pas recevoir de pourboire très souvent. A vrai dire, il ne devait pas souvent avoir affaire à des clients de la trempe de la jeune femme. Son pub pourri était désert à première vue, pourtant il y avait des gens. Ils étaient dissimulés dans les coins sombres de la salle, camouflés derrière d’opaques nuages de fumée âcre. On devinait les entretiens chuchotés, les magouilles murmurées… Les échanges illégaux.

En attendant son café, Gaëlle s’était accoudée au bar. Son homme était sur sa droite, pourtant elle se tenait résolument tournée vers la gauche, apparemment absorbée par l’observation d’un jeune crétin qui discutait avec un autre jeune crétin devant un verre vide. Ils avaient remarqué la jeune femme dès son entrée dans l’établissement, et lui jetaient de fréquents regards, de plus en plus nerveux. C’est ça… Qu’ils s’imaginent qu’elle cherchait un gigolo.

-Café.

L’autre imbécile avait enfin fini de remplir la tasse. Il la jeta presque sur le comptoir, renversant un peu de liquide brun. Irritée, Gaëlle fut tentée de lui balancer sa pièce à la figure, mais s’en abstint. Au lieu de cela, elle la posa avec une délicatesse doucereuse à coté de la tasse. Il ne fallait pas attirer l’attention. Tournant les talons avec son précieux café, elle se traîna vers une table du fond, visible depuis l’entrée. Il ne fallait pas qu’il la loupe si jamais il décidait d’être à l’heure, pour une fois.

A ce moment, les deux jeunes crétins de tout à l’heure se levèrent.


*Ils ne vont quand même pas…*
-On peut ?
-Non.

Il ne l’écoutèrent pas et s’assirent de part et d’autre d’elle, bloquant toute issue, si il lui prenait l’intelligent désir de soulever ses fesses pour gicler de là. Que voulaient-ils exactement ? Elle n’allait pas tarder à le savoir. D’un regard dénué de crainte, elle les jaugea en silence, notant de fait quelques détails intéressants. Le plus âgé semblait être celui de gauche, bien que sa voix sonnât assez aigu. L’autre jetait de fréquents coups d’œil à son compagnon, comme si il attendait des ordres donnés par signes. Il avait vraiment l’air d’un crétin.

-On n’a pas l’habitude de croiser ici des gens comme vous.

-Des gens comme moi ? Un sourcil haussé.
-Des femmes. Des jolies femmes.

Elle ne répondit pas, portant la tasse à ses lèvres pour boire une gorgée de café. Elle en prit peu, il était infect. Le plus âgé reprit.

-Qu’est-ce que vous faites ici ?
-Je bois un café.


Il tordit la bouche, agacé. Il semblait avoir l’habitude d’imposer facilement sa loi de petit chef, et la résistance de Gaëlle avait l’air de le rendre un peu plus agité. Il se rapprocha, faisant sentir à la jeune femme son haleine fétide, aux relents d’alcool.

-C’est tout ce que vous voulez, vous êtes sûre ?
-Ce qu’il y a de sûr, c’est que je ne cherchais pas la compagnie de deux putains d’emmerdeurs comme vous.


Grondants, ils échangèrent un regard. Ils n’allaient sûrement pas se laisser faire par cette petite bourge qui cherchait visiblement des sensations fortes. Gaëlle passa une main sur son front pour faire glisser sa frange de l’autre coté, dans un geste tout à fait décontracté. L’autre, elle la tendit de nouveau vers sa tasse, mais l’un des deux l’attrapa au vol et serra son poignet entre ses doigts crasseux. Elle leva les yeux vers lui, parfaitement calme.

-Lâchez-moi.

La porte du pub s’ouvrit à cet instant sur un Guillaume qui avait eu l’excellente idée de dissimuler sa chevelure turquoise. Gaëlle lui jeta un coup d’œil rapide, avant de le reporter sur les deux autres. Et merde, elle aurait très bien pu se débrouiller seule… Maintenant il allait encore se croire indispensable.


Dernière édition par Gaëlle Peinamps le Lun 15 Sep - 5:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Caféine   Ven 12 Sep - 0:50

Il avait presque oublié. C'est terrible, d'oublier, quand on y pense. Oublier, c'est laisser partir dans le vent, ou pire dans le rien pantoute, une petite fraction de soi. Et Guillaume avait tranché hors de sa mémoire, sûrement involontairement, sûrement, un tronçon important qui définissait la complexe personne qu'il était devenue avec le temps, ayant accumulé ici et là quelques bribes de tout et de rien pour se gaver la mémoire. Du coup, à force de pousser, les fonds de tiroirs se vidaient. Logique, non? Terriblement.
Et donc le voici qui s'auscultait, face à lui-même, planté devant la glace au-dessus de l'évier de la salle de bain. La tête vers l'avant, de ses doigts il écartait ici et là des mèches de cheveux, exposant alors les intrus à la pleine lumière, intrus nombreux, ah ça oui, des milliers, et impossibles de s'en défaire maintenant, comme ça, simplement. Les intrus avaient une couleur, tous la même, et ils devaient faire en moyenne trois millimètres chaque, genre.
Guillaume grimaçait de dégoût et d'indignation à la fois, outré devant ce spectacle. Depuis quand les cheveux changeaient-ils de couleur!? Depuis que l'homme vieillissait, et depuis qu'il se teignait les cheveux, lui répondit son intelligence. Difficile à admettre mais, le turquoise, il était artificiel. Écoeuré devant tant de vérités, le Sous-chef de la Brigade anti-piraterie ouvrit d'un geste brusque la porte qu'était le miroir, afin de découvrir sur les tablettes de l'armoire : aucun tube de teinture turquoise. Dans un geste désespéré, se prenant d'abord à deux mains le visage, question que l'idée de ce geste lui vienne, il s'empara du tube de dentifrice sur le rebord de l'évier, l'ouvrit et pointa l'orifice sur le dessus de son crâne.
Moment d'hésitation...
Sans reboucher le tube, Guillaume referma l'armoire et quitta vite fait le lieu maudit qu'était devenu sa salle de bain. Les minutes suivantes, il les passa à enfiler la totalité du contenu du dernier tiroir de sa commode, dans sa chambre. Le casque de bain, le foulard, le casque d'aviateur de son père, la casquette, la chose, le machin, tous aussi inutilisés qu'ils avaient été, il les essaya, l'un après l'autre, jusqu'à finalement arrêter son choix sur une tuque, ou un bonnet, comme vous voudrez, un truc banal, noir, qui s'enfonçait parfaitement sur sa caboche nouvellement bicolore.
Parfait, on n'y voyait que du noir. Du reste, pour couvrir la partielle nudité du sujet, un pantalon sobre et un sweat-shirt à capuchon firent l'affaire, au cas où la tuque rendrait l'âme, sait-on jamais... Faut dire que, se cacher les cheveux pour se cacher lui, la Sentinelle, ne passait qu'extrêmement rarement à l'esprit du pourtant très vaillant Second. C'est que le turquoise, c'était devenu comme... le blond, le brun, le noir, le roux même! Et ouais.

*Même pas en retard.*

Il avait chaud, suait et avait vraiment envie de retirer son couvre-chef mais, n'en fit rien. Même pas en retard! Et sans même se dépêcher! Enfin, il avait couru, mais il aurait couru, retard ou pas.
Bref, après s'être subtilement gratter le cuir chevelu en glissant sa main sous le truc qui lui chauffait le crâne, Guillaume tira la porte, mit le pied devant, et l'autre, et s'avança vers le comptoir, balayant du regard les lieux. Sans peine, il repéra sa collègue, ainsi que les deux gentlemen qui lui tenaient compagnie. Quand même, difficile de ne pas sourire. Il pouvait se le permettre, sachant exactement ce qui allait suivre. Il ne se croyait pas seulement indispensable, il l'était, visiblement. Pauvre Gelli en détresse, quelle chance que son généreux supérieur ait choisi ce moment précis pour faire sa tant attendue entrée!

D'une démarche presque aussi cool que son look du jour (on peut rêver), Guillaume s'approcha de la table où siégaient les méchants et l'objet de sa quête présente, sérieux. Sa présence fit tourner les deux têtes d'abruptis et sa requête, adressée au plus insignifiant des deux, d'une voix grave, sûre, tellement plus virile que ce qu'ils n'auraient tous deux jamais, suffit à venir partiellement à bout des plans de Guillaume.

-Excuse-moi...

Tellement simple! Tout est dans l'attitude. Le type, après avoir jeté un regard inquiet à son compagnon de pêche, se leva sans traîner afin de céder sa place à Guillaume, qui la prit, puis qui se pencha vers Gelli pour l'embrasser sur la nuque. Il ne l'avait jamais fait avant, c'était pour les besoins de la cause, tellement noble, en plus. Du reste, il fit comme il l'aurait fait normalement, c'est-à-dire sans ces deux sangsues, et bu une gorgée du café de Gelli. Beurk. Visiblement « de trop », l'autre cave se décida à faire de l'air sans trop se faire attendre par l'insignifiant qui s'était réfugié près du bar, prêt à disparaître.

-Il goûte la pisse de chat, ton café. Je suis certain que c'est ce que ça goûte, de la pisse de chat. Tout ce qui sort d'un chat, tout ce qui est d'une manière ou d'une autre associé au chat est infect.

Bras croisés, il jetait sur le café en question un regard de haine subtile, de haine féline, et canine, et de maints autres. La crise fut brève, il se décrispa un peu dans un :

-Je déteste les chats... soufflé dans un soupir de découragement. Et dans un même élan, quoiqu'un brin plus sérieux que désespéré, il poursuivit. J'ai les cheveux qui poussent. J'avais oublié leur couleur. ... C'est terrible.
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MessageSujet: Re: Caféine   Dim 14 Sep - 3:12

Un bonnet ? Un bonnet noir. Seules quelques mèches bleues s’échappaient de cet original couvre-chef, peu visibles dans l’obscurité, véritables traîtres quant à l’identité de leur propriétaire. Contrairement à ce que ce dernier pouvait penser, ils étaient rares les illuminés à oser s’afficher en tant qu’humains à chevelure turquoise. Et puis Guillaume Vollmer, ce n’était pas n’importe qui. On connaissait cette sentinelle, à Anthélima, bien assez pour la reconnaître lorsqu’elle marchait dans la rue de sa démarche robotisée. Gaëlle le lui avait répété des dizaines de fois : en mission discrète, il fallait… être discret. Et il s’en foutait. Le voir avec un bonnet la fit sourire à demi. Elle était très contente d’elle, il avait plié. Remarque, elle n’allait pas tarder à déchanter. De toute façon c’était presque trop beau pour être vrai, les doutes assaillaient son esprit mais elle les repoussait fermement avec ses chers boucliers mentaux pour continuer de croire qu’il avait bel et bien suivit l’un de ses conseils.

La pression autour de son poignet s’estompa avant de n’être plus qu’un mauvais souvenir. Le gars avait filé, laissant son collègue sur place. Gaëlle ramena ses mains sur ses genoux et lança un regard furieux à Guillaume lorsqu’il se permit de l’embrasser sur la nuque. Allons. Elle le considéra une seconde, semblant réfléchir. Non, elle ne profiterait pas de l’occasion, le travail passait avant tout. Un tel geste l’avait déstabilisé, elle lui en voulait de s’amusait ainsi alors que l’enjeu de la journée était capital. Des semaines qu’elle planchait sur cette foutue enquête… Le type était là, à trois mètres, elle en bouillonnait ! L’autre jeune crétin décampa à son tour, et Gaëlle se retrouva seule à table avec le bleu, comme elle se plaisait à l’appeler. Enfin, le noir en l’occurrence, mais qu’importe.


-J’aurais fait plus discret.

L’arrivée de Vollmer avait levé quelques têtes, mais fort heureusement personne ne semblait l’avoir reconnu. Gaëlle était stressée… Elle ne le montrait pas, mais ses talons s’entrechoquaient à intervalles réguliers, et ses doigts crissaient sur le tissu de son jean délavé. Elle n’osait tourner la tête vers l’objet de sa chasse, de peur de l’alarmer.

-Il goûte la pisse de chat, ton café. Je suis certain que c'est ce que ça goûte, de la pisse de chat. Tout ce qui sort d'un chat, tout ce qui est d'une manière ou d'une autre associé au chat est infect.

-M’étonnerait pas que cet enfoiré de tenancier m’ait servi le café de la semaine dernière. Tu peux finir si tu veux.

Elle huma l’air. Il y flottait une odeur… nouvelle. Etrange. Elle regarda de nouveau Guillaume, sans sourire. Une fille, ouais. Ca lui passerait. C’est ce qu’elle se disait à chaque fois, et à chaque fois ça lui passait. Et à chaque fois il en trouvait une autre. Non pas qu’il était du genre tombeur, auquel cas les choses auraient été catastrophique, non, mais il semblait que les femmes se retrouvaient nues dans son lit sans qu’il n’ait à trop en faire. Pourquoi, alors, ne pas en profiter ? Dégueulasse.

-Tes haines félines et tes déboires capillaires à la con ne m’intéressent pas, Guillaume. Regarde plutôt qui est là… Derrière moi, table du fond. Moche, avec un début de barbe ridicule. Et sois discret.

Ca lui plaisait de donner des ordres, un peu. Surtout à Guillaume. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû, mais elle le connaissait assez pour se le permettre. En plus c’était son affaire à elle. Il était juste là pour jouer les muscles, aujourd’hui.

Humpf, elle venait de se rendre compte. Ben voilà, ce bonnet merdique, c’était juste pour ses racines. Elle l’aurait frappé. Pour la peine, elle reprit un peu de café, par automatisme, et l’avala avec des difficultés visibles, se rendant compte un peu tard de ce qu’elle venait de faire. Peut-être qu’elle finirait par se vider, cette tasse. La pénible déglutition accomplie, elle attrapa le menton de Guillaume pour l’inciter à tourner la tête vers elle. Vu de l’extérieur, c’était un geste tendre entre deux amants qui se retrouvent. Officieusement, c’était juste pour que le bleu ne s’attarde pas trop dans la contemplation du suspect, qui n’était déjà pas tranquille et donc sur ses gardes. N’avait-elle pas décidé de ne pas en profiter ?


-Tu penses que tes gros bras seront suffisants pour mettre ce type hors d’état de nuire ? L’est ptêtre armé. Elle haussa les épaules. Au pire tu lui balances un coup de pied façon Henry Joe, et l’est bon pour la casse. Le type, pas ton pied. Silence. Ou alors tu enlèves ton bonnet, même effet, et encore plus spectaculaire.


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MessageSujet: Re: Caféine   Dim 14 Sep - 17:18



-...

-Joue pas au malin, j'ai une unité derrière cette baraque prêts à te faire parler.
-Et alors ? J'ai le droit d...


Apparemment, il n'avait pas le droit de finir sa phrase, et il n'y avait personne pour l'en blâmer, dans une piaule où on impose sa loi comme on veut, Massiliya était balèze. Un coup de poing bien placé, quoiqu'un peu trop retenu, laissa une marque rouge sur la joue gauche d'une nana, depuis longtemps soupçonnée d'être soudoyée par les pirates pour du sabotage, seulement, aucune enquête sérieuse n'a été relevée, et ca avait le don d'agacer sérieusement Massiliya, la Reckless. Elle était assise, au fond de la pièce, près de la sortie de secours et de la cave à vins, en face de cette mercenaire qui ne voulait décidément pas cracher le morceau. Si elle voulait faire la maligne avec Reckless, elle comprendrait. Certes, Massiliya n'était pas une adepte de toutes les techniques de tortures, mais faire avouer les pirates, c'était relativement facile pour elle, même si, comme à chaque fois, elle s'énervait.

Encore une fois, elle opérait en solo, il n'y avait aucune unité derrière ce pub, et elle pensait bien être la seule Sentinelle dans ce café pourri. Elle posa ses coudes sur la table, sale, bien sur. La mâchoire entre les mains, elle fixa la mercenaire, souriante, qui se frottait la joue. Elle avait l'air d'une insouciante qui voulait jouer avec les nerfs de Massiliya. Les yeux plissés, elle planta son regard dans celui de la Sentinelle. Etant au fond de la salle, elles n'y voyaient pas grand chose, seule une lumière aveuglante qui sortait d'une couche grise aussi palpable que la tension de Massiliya. Une veine se dessina sur le côté de son front.

"Un compromis n'est pas possible. Soit tu passe aux aveux maintenant, soit je te présenterais au mur, derrière toi.
-Eh, du calme, ma vieille, j'ai 100 000 Myrs. Je t'en passe 25% et on en parle plus, ok ?
-Très bien..."

Une odeur familière vint se promener sous le nez de Massiliya. Elle s'en alerta, mais n'y prêta pas attention, elle avait d'abord quelque chose à régler. Elle se leva lentement, comme une femme qui contient sa colère, puis, d'une main, elle fit balancer la table loin sur le côté. Un pas en avant, elle saisi le cou de l'insolente et la plaqua violemment contre le mur. Elle entendit l'entrechoc de son crane avec la pierre, pourtant elle n'en tira aucune jouissance. Cette insolente en faisait trop. Massiliya lui laissa entendre par son regard qu'elle ne pouvait plus se rattraper, et qu'elle allait payer. Loin de la Reckless l'habitude de faire souffrir ses proies avant de les achever, elle se contenta de lui cracher sur l'épaule, puis de la plaquer au sol pour la neutraliser.

"Les 100 000 Myrs m'intéressent, manque de bol, ma vieille, on sait où tu te planque, et ce qu'on va en faire."

Mission accomplie, mais restait encore cette odeur familière que Massiliya devait éclaircir. Ca sentait comme... Un peu comme au boulot, à la Tour Mirage... Y'avait-il d'autres Sentinelles ici ? Non putain, c'était quand même pas... Un crétin de subordonné venu prendre des nouvelles ? A cette idée, Massiliya laissa échapper quelques injures et sortit de ce coin de fumée, désormais visible de... Presque tout le monde. Discrète, elle épia la salle à la recherche d'un de ces imbéciles de sous-fifres pas fichus de localiser un pirate... Seulement, elle tomba sur un plus gros poisson... Ce gars là... C'était un sous-chef ? Massiliya l'avait déjà croisé. Et si il la voyait seule avec une pirate agrippée par le col, elle aurait encore des explications à donner...

"Merde..."

La porte du fond ? C'était une bonne idée, seulement, la Reckless eut la malchance de remarquer l'air du sous-chef... Trop sérieux pour être ici en touriste. Une mission ? Voila là le principal défaut de Massiliya... Dès qu'il y a une mission qui promet, elle fonce. Oubliant soudainement sa situation fragile et qu'elle aggravait chaque jour. Inévitablement, le sous-chef aux cheveux bizarres remarqua Massiliya... Peut être qu'il ne la connaissait pas ? Impossible, on disait du mal d'elle partout à la tour mirage...
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MessageSujet: Re: Caféine   Mar 16 Sep - 2:55

Franchement, s'aurait été naïf d'attendre de Gelli une réaction normale, commune au reste des individus sur cette planète, à savoir une démonstration, même mensongère, de compassion. En plus, elle était bien placée pour comprendre à quel point la tête de Guillaume en était une unique et précieuse, de par sa couleur, évidemment. Mais bon, qu'importe, il s'agissait de Gelli, alors le Second ne releva pas l'inhumanité de la situation, lui-même plus ou moins convaincu par sa pseudo-panique. Aussi, il ne toucha plus le café, n'y voyant que les restes du soulagement d'un chat, sans doute caché dans la manche du barman et qui, à chaque café réclamé, y ajoutait fort probablement sa note.
Bien vite cependant, le boulot rattrapa l'imaginaire de Vollmer particulièrement productif en cette journée, ajouté au menu par nulle autre que miss Peinamps. Sans trop se presser, le menton appuyé dans sa main, accoudé sur la table, il tourna la tête vers le barbu en herbe, prenant d'abord soin, et plaisir, d'étirer son regard sur Gelli, qu'il gratifia d'un que trop aimable mais ô combien espiègle sourire. Ça faisait trop longtemps, qu'il avait joué avec ses humeurs. Et hélas, le moment n'était pas à la blague, il en prit vite fait conscience.

Ce type avait non seulement une sale gueule, mais il avait la réputation qui venait avec. Pauvre tache parmis tant d'autres qui surpeuplaient les fichiers à la Tour Mirage. Ce gars, avec sa barbichette et ses joues creuses, ses dents noires et ses doigts jaunes, il gagnait sa misérable vie à faire ami-ami avec les pirates. Non en fait, il en était un mais, il ne volait pas tellement, lui, non, il s'efforçait plutôt de faire voler tous les autres, en piratant les vaisseaux volés, en en faisant ces machines infernales qui salissaient le ciel d'Anthélima. Un voleur, et un charognard. Des carcasses échouées par la faute des siens, il récoltait les pièces récurables avec ses hommes et, des engins volés, il opérait d'impressionnantes métamorphoses.
Fronçant les sourcils et se penchant légèrement vers l'avant, Guillaume le détailla davantage. Ce visage, il lui était plus que familier par les dossiers, il l'avait vu ailleurs, il n'y avait pas si longtemps. Le type le vit, évidemment, difficile à manquer qu'il était, le Sous-chef, à le fixer comme il le fit. Gelli à la rescousse ramena « le bleu » à elle par le menton. C'est à peine s'il s'en rendit compte, soumis au geste sans le sentir, occupé à fouiller dans le bien rangé inventaire de sa mémoire.

Guillaume ne répondit pas à Gelli, parcourant les lieux des yeux sans vraiment voir quoi que ce soit si ce n'est les images qui déferlaient dans son esprit, plongé dans de lourdes réflexions. Des visages, des visages, la Tour, les dossiers, mais ce n'était pas là qu'il fallait chercher. Cette fois, Gelli et une autre Sentinelle lui vinrent en tête, sur fond de gris et d'orangé, dans un décor instable qui penchait anormalement vers la gauche, et qui chutait. Il chutait aussi. Ils chutaient tous. Il dit quelque chose, réplique dont il avait oublié les mots exacts, et l'instant d'après, il était seul dans ce paysage flou et mouvant. On coupe. On reprend plus loin. Il y a des arbres, hauts, tellement hauts, et le ciel dans lequel s'étire une longue et épaisse bavure de fumée noire. Il est cloué au sol, un homme passe à côté de lui, éveille une douleur indéfinissable en lui fichant un coup de pied dans les côtes et ricane, il a une barbe clairsemée et une tête de rat. C'est lui. Après ça, impossible de bouger. Guillaume sombre dans l'oubli.
À ce même instant, c'est sur une femme aux cheveux blancs que s'arrêta le regard du Sous-chef, de retour au moment présent. Qu'est-ce qu'elle faisait la, la Kalee? Il regarda Gelli, s'apprêtant à l'interroger, qui sait, s'aurait été surprenant mais, peut-être étaient-elles sur le même coup. Cependant il ne dit rien, alerté par le crissement de chaise venu de derrière. Le rat repartait? Non mais attendez une seconde, ils n'avaient même pas eu le temps de se dire bonjour.

Oubliant le sergent, oubliant Gelli, Guillaume se leva brusquement et tomba face à face avec le piteux pirate barbu, qui s'apprêtait à sortir, abandonnant à sa table deux types louches qui, voyant leur camarade bloqué par l'autre, se levèrent à leur tour, prêts à intervenir en cas de besoin. Mais Guillaume n'avait pas l'intention de les prévenir en disant quoi que ce soit. Il n'avait qu'une chose en tête, coffrer ce débile. Et il ne passerait pas par quatre chemins. Le rat tenta de passer, s'en vit empêché et, un peu brusquement, entreprit de faire comprendre à Guillaume qu'il désirait poursuivre son chemin, d'un coup d'épaule. De glace, mieux, de marbre, le Second ne se fit pas bousculer une deuxième fois, martelant de ses deux mains sur le torse de l'autre dans un geste violent et sans retenue, le forçant à reculer de plus d'un pas, manquant d'ailleurs de tomber par derrière. Il n'eut qu'à peine le temps de retrouver son équilibre qu'un coup l'atteignait à nouveau, en plein ventre celui-là, administré par les bons soins du Second, évidemment, et plus précisément encore, par sa jambe, plus dure encore que ne l'était sa résolution.

Les bagarres, dans les endroits comme celui-là, ça excite ou ça fait fuir. Chose certaine, les gros bras accompagnant le pirate, eux, s'excitèrent, la superbe tuque de Guillaume pourrait en témoigner, car elle fut sauvagement délogée de son trône par deux grosses mains qui s'en prirent à l'inestimable crâne qu'elle protégeait. Renversé vers l'arrière avec la totalité du corps qu'il surplombait, le crâne manqua de se fracasser, mais évita, de justesse, car ramené vers le haut par son propriétaire, qui retrouvait l'équilibre et retournait à son rongeur, laissant les deux pirates aux Sentinelles. Plié en deux, le gars s'appuyait contre un mur pour demeurer debout. D'une main, Guillaume le força à se redresser, le tenant fermement au collet, et de l'autre, il sortit son arme, enfonçant l'extrémité du pistolet dans l'abdomen de la victime de sa hargne. Tirer, il ne le fit pas, mais disons que l'envie ne manquait pas. Yeux rivés à ceux, fuyants, du prénommé Iltis, Guillaume le tenait, fermement, et il prit même la peine d'en faire par à son unique auditeur, au cas il ne le saurait toujours pas, qui sait.

-J'te tiens.

Et bon sang, c'était on ne peut plus vrai.
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MessageSujet: Re: Caféine   Mer 17 Sep - 10:54

Guillaume était parti, encore. Où donc ? Dans de sombres souvenirs sans doute, Gaëlle avait vu passer dans ses yeux une ombre caractéristique. Cela lui arrivait rarement. Avait-il reconnu en l’homme traqué une vieille connaissance ? Le cerveau fonctionnant à toute allure, la sentinelle s’agita un instant, et laissa son regard vagabonder sur les lieux. Il s’arrêta sur une fille à la peau sombre et aux cheveux blancs. Fallait-il croire que les délires capillaires étaient à la mode dans cette putain de ville ? De toute évidence, oui. Gaëlle grogna. Elle grogna comme… Comme une panthère. Une panthère penchée sur un cadavre sanguinolent et qui dévoile ses crocs en apercevant un congénère sans doute intéressé par la viande fraîche. Ses yeux s’étirèrent sans quitter la fille des yeux. Elle la connaissait, c’était une sentinelle comme eux. Et elle ne semblait pas être ici pour une dégustation de café. Gaëlle serra son poing sur la table, grognant de nouveau. C’était SON affaire, bon sang ! La sienne, celle qui occupait ses nuits depuis plus d’un mois ! Hors de question de se faire couper l’herbe sous le pied si près du but. Guillaume semblait aussi de cet avis. Il se leva brusquement, et Gaëlle n’eut que le temps de l’imiter, sans vraiment comprendre pourquoi l’action était lancée à cet instant précis. Lorsqu’elle vit le type qui s’était levé, elle comprit, et son cœur s’emballa. Le moment était crucial, le point final à tant de travail.

Le choc se produisit tout d’abord entre le bleu et l’autre. Gaëlle ne regrettait pas d’avoir fait appel à son estimé collègue, seule elle se serait sans doute faite déchiqueter. Les deux copains s’étaient avancés aussi. Ouille, elle n’avait pas pensé qu’ils seraient plusieurs… Lorsque l’un d’eux s’en prit au précieux bonnet de Guillaume, qui était déjà aux prises avec le truand, elle intervint. Son genou vint heurter se creux du ventre de l’homme, tandis que sa main volait à l’intérieur de sa veste, où était dissimulée un petit couteau. Enfin, plusieurs petits couteau, mais faut pas pousser, elle n’en prit qu’un. Lorsqu’il réagit, tendant une main vers son bras pour l’immobiliser, elle taillada sa paume d’un geste vif. Aussitôt, il se recroquevilla, surpris par une telle morsure de la part d’une fille à l’air si doux. Douce ? Gaëlle exprimait désormais la férocité. Profitant de la surprise de son adversaire courbé, elle lui envoya un autre coup de genou, dans le nez cette fois-ci, avant de se tourner vers le champ de bataille. Le bleu n’était pas à proprement parler quelqu’un de faible et de fragile, mais l’autre gars ? Il s’avéra qu’il avait fait les frais de la fureur de l’autre panthère, qui avait de toute évidence décidé de donner un coup de griffe. Gaëlle lui jeta un regard méfiant, sans pour autant faire le moindre commentaire. Il y avait plus urgent. Qu’elle s’avise seulement de revendiquer le mérite de cette escarmouche ! Elle aurait alors affaire à la Gelli, et ce ne serait pas de la tarte. La Gelli en avait assez vu dans sa scolarité pour se faire avoir de la sorte.

Gaëlle se pencha pour ramasser le bonnet noir, puis revint vivement vers la table où elle dénicha au fond de son sac deux paires de menottes. Elle n’avait pas pensé à en prendre plus, estimant que son homme serait seul. Donc, elle en avait prit deux. C’était bien Gaëlle. En passant devant l’homme dont elle cassé le nez et qui gémissait au sol en se tenant l’organe olfactif, elle ne ralentit pas. Bah, il resterait encore là un moment. D’un geste négligeant, elle balança une paire de menottes à l’autre sentinelle aux cheveux de neige avant de se diriger vers son Guillaume. Un Guillaume furieux, pour une raison qui lui échappait encore. Presque tendrement, elle lui enfonça son bonnet sur le crâne jusqu’aux oreilles, alors qu’il tenait toujours le méchant homme à la barbichette. Avec la rapidité de l’habitude, elle se saisit des poignets de l’adversaire vaincu, qui résista faiblement, avant de les lui ramener dans le dos. Les menottes cliquetèrent. Un soupir de satisfaction s’échappa des lèvres de Gaëlle, qui s’autorisa un bref répit. Ses yeux rencontrèrent ceux du bleu.


-Merci Guillaume. C’était cool.


L’ensemble des personnes présentes dans l’établissement observait la scène d’un œil ébahi. Même l’autre crapaud du bar, celui qui servait de la pisse de chat selon Guillaume. Gaëlle se racla la gorge, n’aimant pas particulièrement ce moment.


-Sentinelles d’Anthélima. Un dangereux criminel pirate et deux de ses acolytes viennent d’être arrêtés, il n’y a rien d’autre.


Non, il n’y avait rien d’autre. Les deux imbéciles de tout à l’heure étaient ceux qui avaient l’air le plus con, tous deux accoudés au bar. Elle ne leur adressa pas même un regard. Voilà un duo qui y réfléchirait dorénavant à deux fois avant de s’en prendre à une banale fille esseulée, de crainte de la voir se transformer en chose dangereuse, comme celle-ci. Profitant que Guillaume se soit rapproché, la chose dangereuse en question glissa une main sous sa ceinture pour en sortir son deuxième pistolet. Elle savait moins bien s’en servir que lui, mais pour ce qu’elle avait à faire ce serait suffisant. Collant le canon de l’arme dans le dos du type qui n’avait pas de menottes – et plus de nez – elle le força à se relever et à avancer vers la sortie. Une patrouille avait été prévenue, et les attendait à l’extérieur pour rapatrier les malfrats vers la prison de la ville.

Une affaire rondement menée. Gaëlle se dit qu’elle devrait dire quelques mots à sa compagne panthère, qui était finalement tombée à pic. Il faudrait aussi parler avec Guillaume. Elle ne s’expliquait pas son état bizarre lorsqu’il avait vu le type. Et quand Gaëlle ne s’expliquait pas quelque chose, cela ne durait jamais très longtemps.
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MessageSujet: Re: Caféine   Mer 17 Sep - 17:17



C'était pas vraiment Guillaume, cette odeur familière, mais plutôt cette odeur merdique qu'empestait la tour mirage. Pas étonnant de la part d'un Second, ce grade nécessitant une partie d'administration au QG. Par ailleurs ca réveillait en Massiliya tous les mauvais côtés de son boulot, et aussi quelques mauvais souvenirs, comme des convocations. Il est clair que si Massiliya se la jouait un peu plus discret, elle passerait un peu plus de temps dehors. Alors, la faute à qui ? Guillaume ne connaissait-il pas le mot "douche" ? ... A vrai dire, il n'en avait pas tellement l'air, justement. Certes, il fit preuve, pendant quelques secondes, il fit preuve de souplesse et de force, mais cela reste un prétexte insuffisant pour ramener l'odeur du travail sous le nez de Massiliya, qui assistait à la scène, totalement neutre. Quand cette bagarre -prions pour que d'autres malins ne se la ramènent pas- toucha à sa fin, la Reckless s'aperçut qu'une autre personne la regardait. Une jeune femme, presque gamine, à l'air arrogante et superieure. N'étant pas en tenue, comme Guillaume et Massiliya, cette dernière ne pensa pas un instant qu'elle était sentinelle. Peut-être, vu ses airs, une fifille à papa le procureur ou un monsieur "important". Mais c'est lorsqu'elle la vit poser la mocheté sur la tête de Guillaume qu'elle compris. La première chose qui vint à l'esprit de Massiliya fut

*Et ils y vont à deux, pour se farcir trois minables ?*

Les grands maux ne nécessitent pas toujours les grands moyens, et quant à ces petits moins-que-riens, une seule personne aurait fait l'affaire, non ? Même le gros balèze, qui avait un réservoir à bière à la place de l'estomac ne tiendrait pas deux minutes face à un simple sentinelle correctement entrainé. Devait-on déduire que Guillaume et sa partenaire étaient lamentables ? Massiliya se conforta largement dans ce préavis. Que la petite ait besoin d'aide, Massiliya, à la limite, pouvait comprendre, mais l'autre type était quand même un second ! Pff, qu'est ce qu'elle donnerait pour être à sa place... [...] La pirate évanouie pendant à la main de la Reckless par le col, cette dernière se dégagea un peu plus du coin de la pièce, dévoilant son mécontentement tourné vers les trois pirates, visiblement en sale état.

"Tout ce bruit pour ça ? Petite, tu devrais te démerder toute seule sans l'aide des grands. Avec tout le respect que je vous doit, sous chef Vollmer, une mission de cette dangerosité est plutôt adaptée à une simple sentinelle qu'à un sous chef."

Ou comment dire les choses méchantes sans qu'elles ne le paraissent. C'était là effectivement l'avis de Massiliya, selon quoi un sous-chef avait d'autres chats à fouetter que ces pauvres minous au nez cassé. Elle même n'y enverrait qu'une sentinelle. Seulement, ironie du sort, il pendait au bout de la main une pirate beaucoup moins solide que ces trois là. La gamine qu'elle venait d'arrêter n'était pas de taille contre Massiliya, et même pas contre l'autre arrogante. Tout en soulevant cette mercenaire pour la poser brusquement sur une épaule, la Reckless s'avança vers ses deux camarades. Grace à son œil bionique, elle put identifier le gros pirate -même avec le nez en moins- ainsi qu'une dénommée "Gaëlle", sentinelle d'Anthelima, 26 ans et... "compétences; +" que l'inventaire disait. Est ce qu'un seul "+" lui permettait d'avoir cette démarche et cet air là ?
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 18 Sep - 0:54

Certains pirates avaient le mérite de se montrer des adversaires... intéressants. D'autres, par contre, en dépit de l'image de gros bras et de durs qu'ils entretenaient, se retrouvaient que fort peu efficaces quand venait le temps de cogner. Ce n'est pas tout d'avoir l'arrogance de se dire et croire capable, faut l'être. Et Guillaume, devant ce déchet humain qu'il tenait d'une main, se vit dégoûté, même vaguement déçu, de découvrir cette face de rat si peu fière. Une Sentinelle ne se laisserait jamais abaisser aussi facilement. Enfin, lui ne se laisserait pas faire... Et croire que toutes en feraient de même, c'était se rassurer la conscience, et se donner raison. Ouais et alors...? Il a toujours raison, de toute façon...

Sans la moindre attention pour le prisonnier, il le forca à décoller de son mur et le fit avancer devant lui, question de le confier vite fait aux policiers. Une affaire de classée, une de plus, et grâce à la Sentinelle Gaëlle, qui avait eu la patience et l'initiative de suivre le cas de ces gars-là. Pas bête, l'idée de s'en prendre à celui qui était à l'origine de la résurrection de nombreuses machines échouées entre les mains des pirates. Sans vaisseaux, c'était plus difficile, de s'envoler... Logique.
Le pistolet entre les mains de Gelli, il n'en fit pas tellement de cas, quoique visiblement agacé, malgré la discrétion et retenue du regard qu'il eut pour sa main, à elle, enroulée autour de son arme, à lui. C'était temporaire. Mais ce qui agaça Guillaume, franchement, ce fut cette réplique, inutile à son avis, mais tellement typique de celle qui l'avait lancée. Cependant, de son sentiment véritable vis-à-vis l'impertinence du sergent Kalee il ne dévoila point, adoptant plutôt l'attitude du Second Vollmer, froide, insensible et droite, suivant la logique de la Tour Mirage. Une main sur les menottes du prisonnier, il fit face à Massiliya, sourcils froncés, et la constata un court instant sans parler. Son regard glissa vers la fille qu'elle tenait, puis revint à l'autre.

-Un sous-chef, ou un sergent, est avant tout une Sentinelle, je ne vous apprend rien, non? Cela dit, qui sait qui peut se cacher dans ce genre d'endroit...

Subtile, l'allusion...

-Plutôt que de risquer l'échec de cette opération en agissant seule, la Sentinelle Peinamps a cru plus avisé de me prévenir. Prendre des risques inutiles, c'est aussi mettre en jeu la sécurité du peuple. Une arrestation ratée ou boiteuse peut être coûteuse et, je vous rappelle que sans l'appui du peuple, nous ne serions pas ici. Mais bon, je doute vous apprendre quoi que ce soit, encore une fois...

Il alla pour continuer mais, s'interrompit une dernière fois pour s'adresser au sergent, dans la même attitude, dure mais posée, d'une certaine manière.

-J'admire franchement votre zèle et votre efficacité, Sergent Kalee, cependant, je vous prirais de traiter vos collègues, supérieurs ou pas, avec le respect qu'en effet, vous nous devez.

Pas de temps à perdre, la police attendait là dehors, le Second poussa d'ailleurs son prisonnier vers l'extérieur, et bien vite des hommes se chargèrent des pirates, libérant les Sentinelles. Guillaume, Second ou pas, pensait véritablement ce qu'il avait dit au sergent. Eux prônaient l'ordre et la justice, il était donc logique de l'appliquer à soi-même, et d'en faire preuve à l'égard des autres. Enfin, c'était sa façon de voir les choses. Et puis elle était sergent, tandis que Gaëlle était Sentinelle, une certaine disparité dans les capacités n'était-elle pas tout simplement normale? Ça, il ne le dirait pas à Gelli, mais bon, il ne put s'empêcher de le penser, en repassant la scène dans sa tête. S'écartant de l'entrée du pub, il observa les policiers faire leur travail, mains dans les poches, pistolet rangé sous son chandail, fixé à sa ceinture.
Ils travaillaient bien, organisés, solides, ils savaient ce qu'ils faisaient et parvinrent rapidement à asseoir les trois hommes à l'arrière de leurs véhicules, sécurisés pour ce type de transport.

Une rencontre qu'il n'aurait pas espérée si tôt, une petite altercation avec un collègue, et par-dessus, ses cheveux... C'était quoi, cette déveine impromptue? Lui qui, il n'y avait pas si longtemps, avait tout sauf le boulot et ses « déboires capillaires » en tête, et c'est peu dire... Bref, il attendit, quelque chose, quoi que ce soit, le retour de son pistolet peut-être, là devant les policiers qui devaient se demander pour qui il se prenait, à les fixer comme il le faisait, pour une police? Il n'avait rien d'une police, ben non c'est vrai, il était une Sentinelle.
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 18 Sep - 6:14

Alors qu’elle poussait devant elle l’homme gémissant à l’aide du pistolet de Guillaume, Gaëlle entendit la réplique de l’autre. Professionnelle jusqu’au bout des ongles, elle passa outre. Du moins pour le moment. L’air détaché, elle sorti du pub avec son trophée et le confia aux gros bras d’un policier. Petite… Bah, elle en avait vu d’autre, ce n’était pas la première fois qu’on la sous-estimait. Ni la dernière, elle s’en doutait. D’ailleurs, il valait mieux ça que l’inverse, selon elle. Et puis peut être que cette charmante dame aux cheveux blanc et aux manières si délicieuses était tout simplement jalouse du fait que le second soit venu l’aider, elle. Ah, cet optique lui plaisait bien ! Jalousée de cette relation privilégiée. C’était sûrement faux, mais il fallait avouer que l’idée avait un certain charme.

Quoi qu’il en soit, la mission était terminée. Il devait être aux alentours de dix-neuf heures, et les rues de ce quartiers bruissaient déjà d’une activité intense et sans doute très peu honnête. Enfin, pas grave. C’était pas son boulot, à Gaëlle, et elle en avait déjà assez à pourchasser les pirates de l’air. Guillaume sortit à son tour, juste derrière son trophée à lui, qu’il abandonna avec la même lassitude à un collègue urbain. Gelli avait entendu ce qu’il avait répondu à l’autre imbue d’elle-même, et avait souri. Faut dire qu’il savait se montrer aussi sec qu’un mur de béton quand ça lui pétait. Elle fit tourner pensivement le pistolet entre ses doigts avant de le lui fourrer dans la ceinture.


- Le voilà ton jouet. Faut pas faire la gueule…


Ayant un peu de mal à reprendre ses esprits après la lugubre pénombre de l’établissement, la sentinelle sortit de sa poche un paquet de cigarettes, dont elle délogea l’une des occupantes pour la porter à sa bouche. L’autre main approcha une petite flamme de briquet de l’extrémité de la cigarette pour l’allumer. La nicotine était une drogue dont Gaëlle ne se passait plus. Sa mère râlait souvent à ce sujet, marmonnant qu’elle avait fini par tomber dans le travers des jeunes délinquants. Elle répondait invariablement qu’elle n’en avait rien à foutre. Expirant un petit nuage de fumée blanchâtre, elle posa sur son collègue aux cheveux bleus un regard scrutateur. Hmm, hmm. Il avait deux-trois petites choses à lui expliquer. Du moins si il en avait envie. Gaëlle n’était pas du genre à insister. Si il ne voulait pas la mettre au parfum lui-même, qu’à cela ne tienne, elle chercherait et trouverait. Les policiers étaient partis. La blanche n’avait pas refait d’apparition. Fallait profiter de l’accalmie.

-C’était qui ce type ? J’veux dire, tu le connaissais avant ça ? J’pensais pas que ça te mettrait dans cet état de bousiller un petit truand.


Un sourire amusé fleurit alors sur les lèvres de Gaëlle qui, les yeux dans le vide, semblait se remémorer la scène.

-Faut dire, je regrette jamais de bosser avec toi. Y’a toujours du spectacle.

Ouais, parce que sinon… Gaëlle adorait son boulot, ce n’était pas le problème, mais il fallait avouer qu’elle se sentait parfois un peu seule. Le seul a avoir un peu de considération pour elle était Guillaume, les autres la traitaient avec autant de mépris que l’autre de tout à l’heure. D’accord, elle impressionnait moins, mais tous ces gens satisfaits d’eux-mêmes n’imaginaient pas un instant de quoi la jeune femme était capable. Petite souris discrète incapable de conduire convenablement un chasseur, faiblarde physiquement, s’exprimant par grossièretés. Elle puait la bouse de ses origines à des kilomètres. Ce qu’ils ne savaient pas, c’était que la plupart des grosses affaires avaient trouvé finalité grâce à elle et à ses méninges de malade. Elle n’appréciait pas la publicité, il n’y avait que ça. Et puis l’avis des autres lui importait peu, c’était là que ça glissait facile. Qu’ils la considèrent de la façon qui leur plaisait, elle savait ce qu’elle valait, et les bonnes personnes le savaient aussi. Qu’y avait-il de plus important ? La reconnaissance de la populace ? Le respect des collègues ? Bah, rien à foutre. Elle avait d’autres choses à faire que de se préoccuper de pareilles banalités.


-Pour tes cheveux, je crois que j’avais prévu le coup. Comme tu es très prévoyant, et que je le sais, il doit y avoir un flacon de teinture turquoise pour cheveux délicats au fond de mon armoire.

Bien sûr qu’il y était, le flacon, et ce depuis un petit moment déjà. En tirant pensivement sur sa cigarette, elle repensa au moment où elle l’y avait rangé. Elle se souvenait très bien avoir lancé à l’objet quelque chose du genre « jsuis pas fana du turquoise, mais tu pourrais bien finir par servir à quelque chose ». Ouais, un truc du genre. C’était idiot de parler à des choses telles que des flacons de teinture turquoise, mais Gaëlle était tellement seule dans son petit appart de célibataire occasionnelle qu’il lui arrivait de faire ce genre de choses.
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 25 Sep - 2:03

Automatiquement, sa main vint replacer convenablement le pistolet dans sa ceinture. Convenablement comme totalement inutilement, mais bien strictement pour le geste et surtout, l'effet psychologique qu'il avait, c'est-à-dire une impression de retrouver quelque chose d'important, de précieux, comme une partie de soi. Guillaume et ses pistolets, c'était beau à voir. Il se retint, de peu d'ailleurs, d'essuyer les traces de doigts que Gelli avait sans aucun doute laissées sur le reluisant matériau. Il le ferait plus tard, seul, à l'abri des regards et des moqueries qu'ils savaient cachées dans les yeux de sa collègue capable de faire usage de sa langue pour les traduire de manière exemplaire, il n'en doutait pas une seconde. Alors il se contenta de gentiment faire la gueule sans rien répliquer, abaissant posément son chandail pour recouvrir complètement les armes.

Petit truand, ouais, songea Guillaume en tiquant de l'oeil, croisant ses bras et détournant le regard. Le pire, c'est que c'est vraiment ce qu'il était et rien de mieux, rien de plus, un petit truand de pirate à la con. Le Second s'en voulait maintenant d'avoir autant vivement réagit, il n'aurait pas dut perdre son sang-froid, il aurait dut agir en plein contrôle de lui-même, s'aurait évité de perdre des secondes dans une pseudo-bagarre. Il aurait put l'éviter carrément, cette bagarre, s'il avait eut toute sa tête. Fichue tête mal chevelue. Ce devait être le ... enfin cette couleur terrible, qui lui affectait les neurones. Reste qu'il aurait put éviter. Comme il aurait put éviter de nombreuses fois auparavant. Gelli le lui rappela, sans le vouloir probablement, mais tout de même.
Du spectacle. Guillaume performait, il l'avait toujours fait, il savait le faire, ça lui venait tout seul, dès que le « déclic » se faisait, dans sa tête, c'était instantané, comme conduire un chasseur, aujourd'hui. Du posé supérieur surgissait un ardent bagarreur, parfois même apparemment motivé davantage par le simple fait de se battre ou de bouger plutôt que d'accomplir un quelconque devoir.

-C'est rien. Je l'avais peut-être bien déjà croisé, j'sais plus... J'aimais pas sa tête, c'est tout.

Évidemment que NON il n'allait pas revenir sur son souvenir de mauviette impotente... C'était déjà bien, de s'en être éloigner, gâcher sa naissante et fragile indifférence au ressouvenir de ses images aurait été stupide. Et puis ne pas aimer une tête était largement suffisant pour désirer la bousiller, surtout lorsqu'il s'agissait de celle d'un pirate. Il n'avait pas l'intention d'en dire plus maintenant. Il n'en dirait sûrement pas plus dans les jours, mois ou années à venir, c'est ce qu'il se disait, et en était convaincu. Son attitude fermée était pour l'illustrer. Et c'est précisément sur un Guillaume anormalement instable, qu'il se fermait, pour le cacher bien loin au fond de ses entrailles et n'en faire qu'un petit boulet de rien du tout, un poids qu'il sentirait à peine, comme d'habitude.
Mais du Guillaume replié dans sa petite caboche plongée dans le noir, Gelli sut faire revivre un intérêt capable de lui captivé tous les esprits et neurones disponibles. Ses cheveux. Enfin, quelque chose de vraiment important, de plus qu'important, en somme, de vital. Et vital, c'est très important...

-Délicats? Parfait...

Il semblait l'avoir pensé tout haut, regardant dans le vide, songeur. Sa mère lui avait toujours dit qu'il avait les cheveux délicats et que les teintures à répétition, c'était mauvais. Elle disait même que, enfin, elle avait osé le dire une fois seulement, que s'il continuait comme ça, un beau jour ses cheveux tomberaient, et alors il serait obligé de les laisser pousser sans masquer leur couleur. Haha. Débile, sa mère, vraiment débile. Pff... Mais bon, qu'importe. Si Gelli jugeait également que sa chevelure en était une capricieuse, alors ce devait être vrai... Au moins un peu. Et puis, avoir des cheveux délicats, c'était bien, non? Ça leur donnait une certaine forme de... surplus de valeur, mouais...
Bref, Guillaume tourna vivement la tête vers sa coiffeuse en herbe, se redressa et se planta devant elle.

-Qu'est-ce que t'attends, on y va!?

Il avait hâte, mais n'alla pas jusqu'en sourire, quand même... Faut dire que, si Gelli en parlait maintenant, c'est qu'elle n'était sûrement pas assez suicidaire pour ne pas avoir prévu le temps pour sauver Guillaume de sa repousse juste après. Pour lui c'était clair, il aurait de nouveau la crinière turquoise, et QUE turquoise, ce soir. Bientôt. Sans attendre, il prit de suite le chemin de l'appartement de Gelli d'un pas pressé, jetant tout de même un coup d'oeil derrière lui pour s'assurer qu'elle ne l'abandonnait pas à ses « problèmes capillaires ». Mais le chemin, il le connaissait, ce n'était pas la première fois, après tout, qu'il envahissait l'antre de la bête... Il avait même pas peur, en plus.
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 2 Oct - 10:13

Très bien, il ne voulait pas lui dire ? Elle saurait, monsieur le bleu, et tant pis si sa version était plus crue que celle qu’il aurait pu lui servir. Un peu vexée, Gaëlle croisa les bras, avant d’en remonter un demi pour porter de nouveau sa cigarette à ses lèvres. Si il s’imaginait qu’il pouvait garder des trucs pour lui, il avait tout faux. Tout était dénichable, tant qu’on savait chercher. Et Gaëlle savait chercher, ça oui. C’était même une bête de cherche, un véritable chien policier chercheur qui fouillait partout, fouinait jusque dans le slip des gens, et fourrait même son nez là où personne d’autre n’aurait osé le faire… Enfin, sauf dans les slips des gens tout de même, bande de dégueulasses. En fait, elle avait tellement découvert de choses crades que rien ne l’étonnait plus. Du moins presque rien…

Ah ? L’idée semblait lui plaire, bonne nouvelle. Elle n’habitait pas loin, on était dans les quartiers pourris. A vrai, c’était même à cinq petites minutes de marche, si on oubliait les quelques détours nécessaires à l’évitement de quelques zones à risque… Non, en fait, ce quartier était tout à fait sympathique. Une vraie banlieue de bourges comparé à celui dans lequel la jeune femme avait grandi. Avec un sourire, elle se souvint de Léon. Léon, c’était son premier amoureux. Enfin, amoureux… Disons gentil gilet pare balles. Elle avait à peine quatorze ans, la petite, que déjà elle avait saisi la plupart des astuces pour s’en tirer dans ce monde à part. Léon était le gendre idéal. Il avait dans la vingtaine, fumait, buvait, se droguait, dealait, il était grand, plutôt baraqué, et sentait très fort la chlorophylle. Allez savoir pourquoi… Mais Gelli s’en souvenait, de la chlorophylle. L’odeur avait bercé la nuit où elle avait découvert pourquoi les garçons s’intéressaient tant à la nudité des filles. Tout cela pour dire que, sans Léon, Gaëlle ne serait sans doute pas devenu ce poisson agile et heureux dans l’odeur nauséabonde des caniveaux bouchés. Elle l’avait choisi parce qu’elle savait qu’elle avait beaucoup à apprendre de lui, il l’avait choisi pour sa grande gueule. Ca s’était fini assez brutalement, quand on l’avait retrouvé mort d’overdose dans son lit, à coté d’une fille qui ne s’était pas relevée non plus. Gaëlle n’avait pas pleuré, elle était simplement retournée à l’Académie, comme à la fin de chaque été, et avait continué de travailler aussi sérieusement qu’auparavant. Il y en avait eu d’autres, après lui, mais jamais de la même…nature. Elle en avait assez appris comme ça, et ses envies réelles semblaient se trouver en des hommes plus… plus.

C’est dans ces souvenirs un peu flous qu’elle emboîta le pas au Bleu, bien pressé de retrouver une allure décente. Il savait où elle habitait, étant passé chez elle quelques fois, tout comme elle connaissait précisément l’emplacement de *son* appartement à lui. Les deux sentinelles sur le trottoir dessinaient des ombres en forme de silhouettes géantes sur les murs sales. Gaëlle s’amusa lever la main qui tenait la cigarette vers le haut tout en observant son reflet sombre, et considéra l’image un instant. Puis elle coinça l’objet fumant entre deux doigts et mima le pistolet. Pan ! Haha, un pistolet qui fume. Peut être que Guillaume avait remarqué ses pitreries, peut être pas… En tout cas, elle avait amusé quelques enfants, qui se mirent à courir derrière eux. Pan pan pan pan pan, faisaient leur petits pieds nus sur le bitume.


- Dis Gaëlle, dis, t’as pas une cigarette ?
- Si, pourquoi ?
- Allez, file une, file une !
- Ouais, file une !
- Tu trouveras de l’herbe au parc, Tom, t’en roule dans un bout de papier journal, et le tour est joué. Je peux te jurer que tu seras défoncé.
- Et ton briquet, Gaëlle, file ton briquet ! Il est vraiment *trop cool*.

Comme vaincue, Gaëlle sortit son merveilleux briquet de sa merveilleuse poche sans s’arrêter de marcher. Les enfants l’acclamèrent. Elle en souleva le capuchon.

- Vous savez quelle odeur ça a, les cheveux grillés ?

Et elle déclencha la longue flamme verte. Ils détalèrent dans de grands cris exagérés, et la jeune femme rangea l’objet. A Guillaume, elle adressa un sourire réellement amusé.

- Ouais, il est vraiment *trop cool* mon briquet.


Ils arrivèrent chez elle quelques minutes plus tard, alors que le crépuscule rendait les choses de moins en moins visibles. La cage d’escalier était relativement propre et agréable, Gaëlle était fière de son immeuble. Le néon clignota quelques instants avant de se stabiliser, et ils purent gravir les marches jusqu’au sixième étage sans se casser la gueule.

L’appart de Gelli, c’était un autre monde. Ce n’était pas qu’elle était très portée sur la déco, c’était qu’elle était très, vraiment très ordonnée… Bon, il fallait ça pour rendre le minuscule truc un peu agréable. Il y avait en tout et pour tout trois pièces : le salon-cuisine-sallamanger, la chambre, et la salle de bain. Deux fenêtres. Tout était propre, rangé, à sa place. Presque tout.

Elle le laissa se démerder et fila dans la salle de bain. De là bas, elle lui gueula deux-trois choses pendant qu’elle farfouillait dans son fameux placard.


- T’inquiète pas, Vollmer, tu vas retrouver figure humaine.

La minute d’après elle posait sur la table du salon le fantastique flacon turquoise. « BLEU SENSUEL » disait le papier. « Une couleur qui vous veut du bien » disait le slogan. Et Gaëlle d’opiner du chef. Elle regrettait sa gentille cigarette de tout à l’heure, dont elle avait négligemment balancé le cadavre sur la route tout à l’heure, et sorti son paquet pour en dénicher une jumelle.

- Va te laver les cheveux, c’est marqué là. Ils disent ‘Avant toute jouissive utilisation de BLEU SENSUEL, lavez votre terne chevelure avec un shampoing tendre qui respecte la délicatesse de votre cuir chevelu.’

Il y eut un silence. Gaëlle fixait bizarrement son flacon.

- Mais où est-ce que j’ai acheté cette connerie ? J’espère que ça ne te rendra pas trop crétin.
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 2 Oct - 21:52

Ce qu'il aimait, de son ombre, c'est qu'elle n'avait pas de couleur de cheveux. Rassurante, son ombre, c'est ce qu'elle était, et il l'apprécia pour ça, en silence, jusqu'à ce l'improvisé fusil de Gelli ne le déloge de sa contemplation et ne lui tire un sourire. Il tourna la tête vers elle, mais perdit vite fait toute trace d'amusement sur le visage. Des nains! Partout des nains! Petits et crottés comme autant de petits porcelets sans maman, des baveux, des parleux, des pleins de poux! ... Fumeurs, en plus. Guillaume tiqua du coin de l'oeil. DON'T TOUCH MY HAIR! Et fit un pas sur le côté pour les laisser envahir la bulle de Gelli plutôt que la sienne. Polluer chez le voisin, toujours efficace. Et l'autre qui en rajoutait, avec son fichu briquet! Les cheveux, les cheveux! Mais attention aux cheveux!

-Wooow... marmonna un Guillaume qui, dans son ennui, tentait de refouler sa crainte.

Enterré par la marmaille hurlante, il ne s'en offusqua pas et retrouva plutôt les côtés de Gelli, une fois qu'elle eut rangé son briquet, bien entendu.

-Ouais, comme tu dis... lâcha-t-il en regardant déguerpir les nains, déjà loin.

Il avait du mal à les cerner, les minus. Peut-être parce qu'il avait grandi sans avoir à trop les supporter. L'adolescence c'est différent, mais l'enfance... Les enfants, c'était pas son truc. Il avait toujours cette désagréable impression que, lorsqu'il leur parlait, ils ne comprenaient rien, et que quand il les regardait, il ne voyait qu'un gros trou béant dans leur tête. Des caboches vides, c'est ce qu'ils étaient, et ça avait quelque chose de bizarre, de louche, un complot contre l'humanité : les gosses. Faut dire que lui-même n'avait pas été ce qu'on pourrait qualifier d'enfant normal et sain d'esprit. Faut pas se fier aux apparences! Derrière le garçon obéissant s'était toujours caché un détraqué. Si ce n'était du « Alexandre » dans le nom « Guillaume Alexandre Vollmer », le sujet serait sans doute fou, aujourd'hui. Reste que les cheveux...enfin...

Enfin! Oui, enfin, l'appartement de Gelli! Guillaume s'y précipita en ouragan. Vu l'ordre qui régnait ici-haut, devenir ouragan n'avait rien de très difficile. Ils avaient beau vivre dans deux milieux totalement différents, le Second ne voyait rien d'offensant dans ce type de quartier, encore moins dans l'appartement lui-même, à l'image de l'esprit analytique de celle qu'il habitait. Peu concerné par tout ce qui a trait à la décoration, Guillaume était tout simplement confortable. Trop, peut-être. Autant Gelli pouvait être à son aise chez lui, autant lui, de son côté avait la fâcheuse(?) habitude de s'étendre ici comme dans sa chambre.
Son premier crime fut commis à l'aide de son couvre-chef, qu'il laissa choir parterre, ayant manqué d'au moins un demi-mètre la chaise la plus proche. Il n'avait pas pris la peine de regarder. Pourquoi faire. Gelli dans la salle de bain, il en profita pour se faire couler un verre d'eau, prenant soin de le laisser à demi-plein sur la table lorsqu'il en eut assez. Il alla pour rejoindre sa sauveuse mais elle revint avant, alors à son tour Guillaume empoigna le flacon, à deux mains, et le tint avec une excitation difficile à masquer. Ce qu'il y lu cependant le fit douter. Sourcils froncés, il examina de plus près la couleur. C'était bel et bien ça. Aisément convaincu, il ne prit pas le temps de lire davantage et s'empressa de retirer ses chaussures, suivant les directives de l'experte. Les bas y passèrent également, abandonnés sur le plancher de l'appartement, au beau milieu de la cuisine-salon-et autre, puis ce fut le tour du sweat-shirt, laissé sur le dossier d'une chaise. Striptease gratis! Le truc c'est que, il n'y avait jamais vu quoi que ce soit de douteux, avec Gelli. Elle avait sans doute bien d'autres gallants à admirer, mais ça il voulait pas savoir. Enfin, tout ça pour dire que, ben rien, justement. Il n'y avait "rien là".
Tout en allant vers la salle de bain, Guillaume commença à déboutonner son pantalon mais, avant de fermer la porte, il s'indigna de l'ignorance de Gelli.

-J'le suis déjà!

Non mais! Et pour l'appuyer, il lui fit la démonstration de son impressionnante capacité d'expression par l'exécution d'un gymnastique sourire de... détraqué. La seconde suivante il retrouvait un absolu sérieux. Le pantalon ouvert sur un superbe sous-vêtement parsemé de petits aéronefs, Guillaume claqua la porte et termina de se déshabiller avec presse. Après une halte pipi (oui, c'est le genre de chose qu'il est nécessaire de préciser), il se glissa sous la douche et fit comme indiqué, se lava les cheveux.
Quelques minutes plus tard, à moitié rhabillé, il se retrouva devant la glace à examiner la marque de Geetali. C'est comme ça qu'il l'avait appelé, le sanguin baiser qu'elle lui avait laissé à la base du cou. Il frotta du bout de ses doigts, en vain, mais peut-être bien qu'elle ne le remarquerait même pas, la Gelli... Finalement, il se décida à sortir, après avoir grimacé une dernière fois devant sa terrible repousse. Toujours aussi atroce, même mouillée.

-J'suis prêt, j'suis prêt, j'suis prêt.

Il prit place sur une chaise, mains sur les cuisses, et se montra, effectivement, on ne peut plus prêt.

-T'as du chocolat?

Ben quoi, il s'était tout de même avéré qu'elle avait chez elle, pour lui, de la teinture turquoise. Pourquoi pas du chocolat...
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MessageSujet: Re: Caféine   Dim 5 Oct - 15:11

- Et grouille-toi.

Gaëlle l’observa. Macaque. Il faisait le singe. Cela l’amusait, mais elle ne le montrait pas, concentrée dans son rôle de sévère reteinteuse de choc. Blasée, elle attendit qu’il ai parsemé son pauvre appart de toutes les choses qui couvraient son corps – enfin, pas *toutes* - les mains sur les hanches. Elle se sentait bizarre quand il faisait ça. Le pire c’était qu’elle se sentait encore plus bizarre de se sentir bizarre, parce qu’elle savait très bien qu’elle ne devrait pas se sentir bizarre, et donc se sentait très bizarre. Bref, c’était bizarre. Une des choses qu’elle n’avait pas envie d’analyser. Lorsqu’il se retrouva en caleçon dans la salle de bain à lui confirmer qu’il était crétin, elle siffla comme un garçon qui voit passer une jolie nana dans la rue, le sifflement chantant qui fait froncer les sourcils de la fille et rigoler les copains. Ouais, il est sexy ton calbut, mais j’ai pas que ça à foutre, disait le souffle musical. Laisse la porte ouverte, disaient les yeux de Gaëlle. Heureusement qu’il l’avait fermée avant de voir le regard en question.

Une fois seule dans sa cuisine-salon-sallamanger, la reteinteuse de choc désoeuvrée se transforma en bourrasque de propreté. Ses bras musclés senteur lavande firent voltiger le bonnet de Guillaume vers le porte-manteau, vidèrent et lavèrent le verre en une demi seconde, puis butinèrent avec un entrain amusant tous les vêtement gisant au sol avant de les empiler magiquement sur l’accoudoir du vieux canapé en une pile impeccable de tissu plié au carré. Satisfaite, la bourrasque redevint Gaëlle. Une Gaëlle décaféinée qui récupéra demoiselle cigarette dans le cendrier dans lequel elle l’avait précédemment abandonnée avant de s’approcher sournoisement de la machine à café. Oui, à toute heure. Un vrai challenge pour Gaëlle que de satisfaire ses besoins. Il fallait savoir que la machine était réticente à lui cracher du café, mais que quand elle le faisait, il était bon. Ben ouais, pauvre Gelli n’avait pas bu celui de tout à l’heure…

Un coup sur le devant, un coup sur le derrière, et hop. Crrchrrchr, burp. Dans un soupir de bien-être, Gaëlle s’empara de la tasse fumante et lui sourit. Gentil petit café, tu vas venir me réchauffer les tripes. Et elle l’approcha de ses lèvres. Ce fut un mouvement ralenti, tout mou, comme si le temps venait de se tordre pour cet instant, s’écoulant plus lentement. Dix centimètres. Neuf. Huit, sept, six, cinq, quatre… Merde, il était prêt l’autre presque-bleu. Gaëlle faillit se brûler en sursautant, et renversa la moitié du précieux liquide sur son pull, qui se mit à fumer à son tour. Grognant, elle se retourna pour lancer un regard furieux à Guillaume. Tu ne perds rien pour attendre. La tasse fut vidée en une douloureuse gorgée déçue, puis lavée à la même vitesse que le verre. Sans succès, la recaféinée essaya même de décrasser sa pauvre laine désormais toute humide de chaud avant de soupirer, de frustration cette fois-ci. Le ventre brûlant, elle finit par l’enlever. Le pull, pas le ventre.


- Bien sûr que j’ai du chocolat. Je n’aime pas le chocolat. Non, je déteste ça. Je l’abomine. Je l’exècre. Mais je sais que tu aimes, j’en ai.

Désormais en petit t-shirt mauve à manches courtes, à peine suffisant pour supporter le froid de l’appartement non chauffé, Gaëlle se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre un tiroir au dessus de l’évier, duquel elle tira une plaquette de chocolat. CHOCOLAT CHOC AU LAIT. Ça lui plairait sans doute.

- Tiens.

Le noiraud fut balancé sur la table et glissa avec perfection jusque devant le coude du décoloré. Bien sûr que Gaëlle n’aimait pas le chocolat. Gaëlle n’aimait que la nicotine et la caféine. Et la chlorophylle. Le chocolat c’était sucré, c’était pâteux, ça vous restait entre les dents et ça étouffait. Et c’était sucré. Mais bon, comme Guillaume en était friand, une plaquette avait trouvé sa place entre le riz et la farine, tout comme la teinture turquoise avait trouvé la sienne entre le shampoing à la vanille, les pilules pour le mal de tête et la lotion hydratante pour le corps. Y’avait d’autres trucs comme ça dans l’appart qui ne servaient pas à Gaëlle mais qui n’avaient d’utilité que pour le second. Un rasoir, dans le tiroir sous le lavabo, une couverture spéciale avec des libellules dessus dans un coffre derrière le canapé, une serviette tout aussi spéciale qui devait traîner à cet instant sur le carrelage trempé à coté de la douche…

Gaëlle vint se planter devant Guillaume, et s’empara du flacon, duquel elle détacha les gants en plastique. Il fallait bien ça pour protéger sa pauvre peau sensible de l’horrible mixture colorante… Non pas que le turquoise lui déplaisait, mais avoir les mains de cette couleur pendant plus d’une semaine de l’enchantait pas vraiment. D’où les gants, qu’elle enfila avec un sourire sournois et plein de perversité. Le bruit de latex claquant contre sa peau était amusant… Et effrayant, pour celui qui se trouvait en face d’elle
.

- Attention Vollmer, ta vie ne sera plus jamais la même après ça.

L’air menaçant, elle s’empara une nouvelle fois du flacon, relu la notice et fit quelques pas pour se retrouver derrière lui. Alors qu’elle allait commencer à verser le terrible liquide, elle remarqua quelque chose.

- Attend voir, t’as un truc dans le cou, juste là…

Sur ces mots, elle frotta du bout des gants sur la peau du cou de Guillaume, avant de s’apercevoir que ça ne partait pas. Elle s’approcha de plus près. Ce n’était pas une tache, c’était… Baaaaah.

- Oh.

Le flacon régurgita enfin dans un peu élégant bruit de succion son contenu turquoise. Pour se donner une contenance, Gelli s’était dépêchée de se mettre au travail. On n’avait pas idée de se balader avec des trucs pareils sur la peau ! Elle devait sacrément conne, sa copine, pour lui faire des trucs pareils. Gaëlle était dégoûtée. Mais dégoûtée de quoi ?
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MessageSujet: Re: Caféine   Mar 7 Oct - 4:32

Ce qu'il y avait de bien, avec Gelli, c'est qu'elle était tout simplement Gelli. Du coup, Guillaume pouvait se permettre toutes sortes de trucs, comme être tout simplement le détestable égoïste qu'il savait si bien être, petit prince au château tout de chocolat et aux sujets tous de mandibules et d'ailes. Les bienfaits de la folie! Coupable de la belle gaffe que sa trop bien portante voix avait provoquée? Mais bien sur! Bien sur que non! Allons, c'est d'un prince, dont nous parlons... Et donc, comme si de rien, mais alors là vraiment rien, sieur Vollmer se montra tout à fait imperméable à l'épisode du chandail inondé, trop occupé à attendre son chocolat, qu'on lui devait un peu, au fond. Ce devait être pour s'assurer qu'il reviendrait. Étant satisfait lors de chacune de ses visites, soulagé de ses lourds caprices, le beau et tant aimé Guillaume se montrait ainsi un régulier visiteur et Gelli était heureuse. Et c'était bien, rendre la Peinamps heureuse, non? ... Naaaah... On s'en fiche, après tout, hein beau Guillaume, qu'elle soit heureuse ou pas. Pff.. Est-ce qu'il s'inquiétait du bonheur de Kris, d'abord? Évidemment que non! Non d'une fourmi volante... On ne pouvait cependant pas en dire autant d'elle. Avoir en sa possession du chocolat tout en le détestant, n'était-ce pas une preuve de considération incroyable?
Miam miam. Guillaume n'en avait que faire, de toutes ses futiles réflexions, parce qu'il avait devant lui une barre de chocolat extraordinaire, qu'il s'empressa d'ailleurs de déshabiller, d'humer, et de croquer. Il mâcha peu, avala vite, et jugea que ça, c'était du chocolat qui méritait d'être manger. Gelli avait l'oeil, ah ça oui, elle l'avait. D'ailleurs il l'en remercia, en invité exemplaire qu'il savait se montrer.

-Merci poupée.

Les cheveux, ça devenait grave. Tout sort de là, c'est évident, tout le monde le sait. C'est l'origine de l'homme, c'est la matière grise recyclée, c'est tout ça quoi, tout ça... Nouvelle bouchée, cochonne, gourmande, pressée, Guillaume sait manger le chocolat comme personne et, concentré sur son trésor fondant, il avait les yeux rivés vers la barre, les deux mains agrippées dessus, légèrement calé sur sa chaise, le confort avait volé la place de l'excitation de retrouver sa vraie nature : turquoise. Le ... enfin, vous savez, cette couleur « naturelle » c'était trop fou pour lui, trop instable, trop lubrique, euh, ludique. C'était trop, tout court. Ça faisait ressortir son côté... L'autre côté.

Des sons de claquement le sortirent de sa dégustation abruptement. Levant de grands yeux vers Gelli, Guillaume se rappela que le pire était à venir, le moment de vérité. Et pour toute réponse, il se contenta de mordre avec férocité dans sa barre de chocolat en jetant sur Gelli un regard de tueur à l'estomac défoncé. La bouche pleine, alors que la super coiffeuse prenait place derrière son oeuvre à venir, il ajouta, au fait que sa vie ne serait plus la même...

-Ouais, après, je vais être invincible. Et mes cheveux pousseront plus jamais.

N'importe quoi, y'a pas à dire. Et il s'en fichait. Avec Gelli, y'avait pas de gêne, c'était pas obligé, de penser avant de parler. Comme avec Kris. Seulement avec Kris, c'était même déconseillé de le faire. C'était un imbécile, mais Gelli n'était pas une imbécile, seulement... Une fille qui arrivait à être à son amie. Pas mal, non?
Ouais, pas mal, comme ce satané truc qui lui collait au cou. Ça rappelait de bons souvenirs, mais Guillaume ne tenait pas à ainsi les exposer, même à Gelli. Parler de ce genre de choses avec elle, de ses aventures et tout ça, c'était pas comme en parler avec un gars. Et puis en plus on aurait dit qu'elle comprenait jamais ces trucs-là, ça cassait l'ambiance à chaque fois. Alors Guillaume attendit un peu, grimaçant en sentant le gommeux liquide s'étendre sur sa tête. Et puis il soupira, après avoir avalé un carré de chocolat.

-Gelli?

Question inutile, c'était seulement pour passer le temps. Une transition bête, en outre.

-Tu me préfères de quelle couleur?

Question sérieuse. Gelli était l'une des rares à avoir côtoyé les deux teintes, mais surtout, l'une des rares dont l'opinion avait une quelconque valeur aux yeux de Guillaume et, l'une des très rares, enfin, à qui il osait s'exposer dans toute sa véritable coloration en toute confiance. Ça avait d'abord été une blague, l'histoire du turquoise, mais qui s'était étirée, à tel point qu'en se retrouvant --- de nouveau pour la première fois, Guillaume avait véritablement ressentit un malaise. De la blague l'on était passé à l'habitude, puis de l'habitude à une douteuse obsession. Guillaume Vollmer tel que lui-même le connaissait avait toujours eu les cheveux turquoise.

-C'est que, des fois je me dis que c'est peut-être malsain, tout ça. Je pense que je suis un peu fou.

Il était sérieux, et s'interrogeait vraiment, sourcils froncés, mains jointes sur la table devant le morceau de barre qu'il restait, le quart. Guillaume ne terminait que très rarement une barre de chocolat d'un coup.

-J'ai envie de frapper un pirate.

Et dans l'attente de cet ultime geste, il croqua dans sa barre, qu'il reposa aussi vite là où il l'avait prise.
Ressentiment? Envie de vengeance? Simple haine basée sur la propagande de valeurs injustes? Ca pouvait paraître flou, en fait, mais Guillaume était connu pour ses tendances un peu violentes, à l'occasion. Faut dire qu'il s'était calmé, ces derniers temps, mais la soif du sang, ça ne s'étanche jamais vraiment.
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MessageSujet: Re: Caféine   Ven 10 Oct - 12:42

Bien sûr. Le chocolat, c’était son appât. La petite carotte que la vilaine Gelli agitait devant le nez de l’adorable petit prince pour l’attirer dans ses filets démoniaques. Viens, viens petit poisson, que je t’écaille et que je te fasse frire ! Fish and chips tonight. Il se tenait là, tout frétillant sur sa chaise, à guetter la carotte, et c’était attendrissant. Sorcière. C’était une sorcière, Gaëlle, elle aurait dû se sentir honteuse de manipuler ainsi un pauvre naïf comme ce jeune gamin décoloré. Haha, mais elle avait bon goût ! Et il lui plaisait, le chocolat. Bien sûr, sinon il irait trouver une autre sorcière qui savait aussi faire les shampoings, et chez qui le chocolat était meilleur. Grogne, grogne. Impensable. Impossible. Si cette sorcière existait, eh bien… plus pour longtemps. Fallait pas croire, elle se débrouillait plutôt pas mal cette sorcière là, pas avec des baguettes magiques mais plutôt avec des couteaux. Des petits couteaux… Ca volait pas mal ces choses là.

Ce n’était ni un tueur de pirates ni un tueur d’ennui, Guillaume. C’était un tueur de plaquettes ! Pauvre petite plaquette tout mangée, toute croquée. Torturée par des dents sexy, il y avait pire remarquez. Les dents de Guillaume, ce n’étaient pas n’importe quelles dents. Gaëlle se demandait ce que ça ferait si elle se transformait en carreau de chocolat, là, tout de suite. Il la dévorerait. Oui, il la mangerait toute entière sans laisser le moindre petit bout. Curieusement, ce n’était pas une idée si désagréable. Avec une pensée perverse, elle songea qu’une fois mangée, elle ferait la folle dans son estomac et lui donnerait de terribles maux de ventre.

Pour le moment, il était question de bleu. Un bleu tellement bleu qu’il irradiait la pièce de son bleu, fluorescent. Ouais, le turquoise, c’est pas pour les débutants… Fallait être carrément malade pour oser l’arborer, et justement Guillaume était carrément malade. Gaëlle avait souvent eu l’occasion de le lui faire remarquer, et ne s’en était jamais privée. Il lui demanda un truc, mais la coloreuse était bien trop perdue dans ses explorations mentales pour formuler une réponse cohérente.

[color:b6f4="green"]- T’es carrément malade.

Du moins pas pour l’instant. Le neurone endormi qui avait zappé le contenu de la question se réveilla en sursaut et se dépêcha de gigoter comme un zigoto pour envoyer ses signaux électriques tout azimut. De quelle couleur le préférait-elle ?

[color:b6f4="SeaGreen"]- Hmm… Ca mérite réflexion, tu vois, parce que je t’ai connu brun, mais pas longtemps. Après t’es devenu bleu, tsais, et t’as pas changé depuis. Alors, faut bien que je me souvienne de comment t’étais à ce moment là. Ca fait loin. Je crois que t’étais con. Je veux dire, plus que maintenant. Mais on était tous cons. Surtout vous.

Il n’y avait qu’avec lui qu’elle se permettait de réfléchir à voix haute. Pouvait profiter, petit chanceux, c’était super dur de suivre les méandres de la pensée de Gaëlle.

[color:b6f4="SeaGreen"]- Le brun c’est banal, et toi t’es pas banal, pas trop. T’es plutôt du genre carrément malade, fou un peu, mais ça je te l’ai déjà dit. Non, le bleu c’est bien. Enfin, turquoise. C’est moche et ça fait mal aux yeux, mais c’est bien. Ca te va bien. Tu serais pas Guillaume si t’étais pas bleu.

Tout cela dit en malaxant pensivement le cuir chevelu de cette sardine couronnée. On vous avait dit que c’était une fortiche la Gelli !

[color:b6f4="SeaGreen"]- Et… Pas de Guillaume, c’est pas terrible. Vive le bleu.

Ceci dit, elle se la ferma, vite, avant de sortir d’autres conneries. Les cheveux de Guillaume étaient tout poisseux de produit, et donc malléables. D’humeur artistique, comme tout à l’heure, Gaëlle s’échina à rassembler ces quelques poils dans une poignée, et tira tout en tournoyant follement le poignet. Zaaam, Zguiyaumze l’extraterrestre de la planète… de la planète Zgorgz. Cette hilarante expérience prit fin dans l’anonymat le plus total – car absence de miroir en face du cobaye – et ne laissa de souvenir que dans le sourire de Gaëlle. Prestement, les cheveux en pointe d’extraterrestre furent rabattus sur le crâne du petit prince et laissés pour compte tel quel. L’auteur de ce chef d’œuvre fit une sorte de bond en arrière, les deux mains gantées en l’air, loin du t-shirt. Elle contourna la chaise et vint se planter en face, l’air satisfait, l’air toujours aussi conne avec ses mains sur les cotés comme si elle voulait embrasser quelqu’un pour un gros câlin. Tout bleu, le câlin, du coup.

[color:b6f4="SeaGreen"]- Faut laisser reposer quinze minutes avant de faire cuire. C’est marqué sur le flacon, mais je t’épargne la lecture. Sont vraiment crétins... Pour le pirate je veux bien, mais seulement demain. Ce soir c'est repos.

Avec la concentration d’un collectionneur de papillons – morts – Gaëlle s’attacha à enlever proprement les gants de latex, en attrapant tout d’abord le bout de l’index de la main gauche avec la droite, tirant sur le gant pour l’enlever, puis coinçant deux doigts dans le latex désormais libre du premier gant pour pincer alors l’index de l’autre main et tirer pour enlever le deuxième. C’était super important, l’enlèvement des gants, parce que si on ne faisait pas gaffe on s’en mettait partout et ça ne partait pas. Les deux choses de plastique au bout des doigts, comme si elle tenait un cafard par les antennes, la choc-choc turquoiseuse vola vers la poubelle et se dépêcha de les y jeter. Allez brûler en enfer, crades choses pleines de… de bleu !

Guillaume. Encore lui. Avec ses cheveux tous luisants plaqués sur la boite crânienne, le haut de son front aussi turquoise que le reste, le coin des lèvres encore noir de chocolat fondu, le regard gamin de celui qui est heureux… Gaëlle, faisant preuve d’une volonté hors du commun, parvint à garder un air parfaitement neutre et calme, les deux bras désoeuvrés pendant lamentablement le long de son corps.

[color:b6f4="SeaGreen"]- Guillaume, sérieux, t’es vraiment… Vraiment, mais alors vraiment trop craquant.

Une bouche qui tremble, une étincelle de folie dans l’œil. Découvrirait-il l’affreuse traîtrise ? Elle se moquait de lui… un peu.

[J’ai l’impression d’avoir fait honneur aux lettres bizarres et aux expressions redondantes dans ce message. Dieu me pardonne, ma puce à antennes.]
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MessageSujet: Re: Caféine   Sam 11 Oct - 0:30

[Je te pardonne. Ben enfin, Dieu, qu'importe, c'est du pareil au même. Haha, que je suis drôle. Bref, m'accordez-vous cette danse, très chère gelée? Cool ]

Excellent, oui, excellent, se répétait Guillaume. Carrément malade, c'était exactement ce qu'il était. Quand on est malade, on se bat contre quelque chose qui nous envahit de l'intérieur, mais contre lequel notre volonté ne peut rien. En tant que malade, il n'y pouvait donc rien, s'il était comme ça. Pas de sa faute alors, il n'avait pas su lutter contre la folie qui l'avait pris, grugeant le brun jusqu'à la moelle, pour le taché tout entier de bleu. Le bleu. Ça sonne bien. Le brun, ça sonne con. Et dire que c'était brun, pour vrai, c'était vraiment cette couleur-là qui lui polluait la tête. Pas drôle, d'être brun. Existe-t-il plus banal au monde? Bien sur que non, sinon l'histoire ne serait pas aussi tragique, mais de la banalité notre héros avait sut se tirer jadis. Con parmi les cons, brun parmi les bruns, il était devenu bleu, le virus s'était répandu et avait lavé du brun sa matière grise fuyante pour la teindre dans le plus terrible des bleus, le turquoise.

Elle le traitait de con. C'est sûr que, dans sa position, elle aurait pu en profiter et l'écraser bien comme il faut, mais Guillaume savait très bien qu'il avait été con, très con, et en était même fier. Il prit le commentaire de Gelli pour un compliment et sourit, croisant ses doigts sous son menton dans un instant de délice.
Kris à ses côtés, plus beau que beau, aussi drôle que bête, et d'autres suiveux qui aujourd'hui traînaient à la Tour Mirage en combinaison de vol, Guillaume, l'apparent sympathique étudiant, bizarrement original à ses heures, s'était attiré l'admiration de ses pairs avec sa dangereuse audace. Con? Ah oui, con comme celui qui aurait fait des compétitions de chocolat du type « le premier qui dégueule gagne », ou encore comme celui qui emprunterait des chasseurs sans vraiment le pouvoir, pour soi-disant impressionner les jolies filles pêchées par Kris, et plus encore. Mais la vérité, c'est qu'il n'était pas con comme ça. Le con qu'il était n'avait pas de raison « valable », comme impressionner les jolies filles pêchées par Kris, il avait plutôt le genre de raison qui faisait sourciller la future rock star. Voler pour voler, dire des trucs « cool » parce qu'on les pense vraiment, devenir Sentinelle parce qu'on y croit, etc. Con comme ça.
Le moment de nostalgie passé, Guillaume repoussa la barre de chocolat plus loin devant lui et posa ses mains sur ses cuisses, sage. C'était pas désagréable, se faire faire une teinture, même pour moins d'un centimètre de repousse. Il aima bien le malaxage de cuir chevelu, ça avait quelque chose de rassurant, de sentir l'odeur de la teinture et l'épaisse texture lui couler sur la nuque, sur le front, dans la tête, et en plus c'était trop sensuel comme scène, si on s'imaginait du chocolat plutôt que de la teinture. Fermant les paupières pour mieux voir ce qu'il avait en tête, il sourit, doublement contenté, l'image chocolatée mariée à l'inspirée déclaration de Gelli.Qu'est-ce qu'ils feraient tous, sans lui? Il était tellement important, tellement nécessaire pour la survie de l'espèce humaine.

-Vive le bleu. Vive moi.

Rouvrant les yeux, il découvrit Gelli devant lui. Bientôt, il serait tout bleu, tout turquoise, pour de bon, encore. Comment ne pas s'étirer le coin de bouche à cette pensée? Elle en tous cas, elle y arrivait, mais pas question pour Guillaume de s'empêcher d'apprécier ce moment ouvertement. Croisant ses bras sur la table, se penchant vers l'avant, il fixa Gelli. Elle devait se trouver drôle, en plus, à le traiter de craquant.

-Oh arrête, Gellibean, je sais ce que tu penses, en vérité. C'est tellement évident, si tu savais! Si tu savais, en fait, tu retiendrais ta grosse langue visqueuse dans ta grande gueule. Mais ça fait longtemps que je le sais... J'ai deviné, rien qu'à te regarder, rien qu'à t'écouter. Depuis le temps, tu devais bien te douter un peu que je savais...

Et il était là à la regarder avec le sourire espiègle de celui qui sait absolument tout. Il se leva, alla vers elle, décroisant ses bras.

-Tu me trouves tellement viril, faut pas le cacher, Gelli. Je sais que t'es folle de mes cheveux délicats et de mes supers tatouages de mauvais garçon, et que tu rêves de voir mes jambes bioniques... au complet. Fit-il en haussant explicitement les sourcils pour appuyer son cochon de regard.

Changeant d'attitude en un clin d'oeil, il alla trouver, sur le comptoir de cuisine, une petite radio et l'ouvrit. Il changea le poste des informations pour trouver, au bout de quelques secondes de grinçement, un poste de musique. Et quelle musique. La chanson débutait tout juste, on entendait une sirène, trop cool. Guillaume monta le son, reposa la petite machine et s'approcha de Gelli dans une démarche de top modèle au ralenti. Quel tueur. Electro, pop, qu'importe, un truc dans le genre, avec le « poum pac » à répétition et le clavier qui fait des trucs louches. Cela dit, Guillaume le con avait, parmi toutes ses activités étrangement justifiées d'antan, la danse à sa liste. Et quand la chanson lui plaisait, alors qu'importe les fesses qui se frottaient aux siennes et les tailles qui roulaient sous ses doigts. Mais pourquoi! Pourquoi! Sétait souvent indigné le pauvre Kris. Il était resté sans réponse.
Bref, Guillaume en était à se trémousser devant Gelli, étonnament habilement pour quiconque ignorait le boy dans l'homme. Il connaissait les paroles, en plus. Et il avait choisi sa cavalière, qu'importe ce qu'elle en dirait. C'est ce qui arrive, quand on a quinze minutes à assassiner, on les achève comme ça. De force, les mains du diable vinrent trouver celles de Gelli, la très heureuse élue, espérons-le, dans le but de l'attirer sur la piste de danse improvisée. Là. De toute façon il se fichait bien qu'elle en n'ait pas envie, lui il en avait envie, ça réglait la question. Et tout était prévu en cas de contre-attaque : elle tenterait de fuir? I Il lui prendrait la taille sans hésiter une seconde. Elle se plaindrait? Il chanterait plus fort. C'est beau, l'amitié.
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MessageSujet: Re: Caféine   Lun 13 Oct - 22:42

Elle faisait moins la maligne, Gaëlle. Qu’est ce que c’était que cette discussion merdique ? Houuuloulou ça allait traîner d’un coté qu’elle n’aimait pas trop. Et puis, cet air de seigneur ? Quoi, il était sérieux ? Non, non, bien sûr que non Gelli. Il ne savait rien du tout – savoir quoi en fait ? – et ne faisait ça que pour l’embêter. Parce que c’était un fait, beaucoup de choses que faisait Guillaume étaient dirigées contre la tranquillité d’esprit de son amie. A croire que le fait d’être fou lui-même l’obligeait à rendre son entourage dans le même état. Et il y arrivait assez bien.

La pauvre torturée se tenait coite en face de lui, respirant comme un poisson hors de l’eau. Mais non, pas sérieux Gellinette. Elle se força à avaler sa salive, ce qui donna un bruit peu ragoûtant et une grimace bizarre, mais au moins elle avait repris contenance et entra derechef dans son jeu. Encore. Gaëlle aimait bien les jeux de Guillaume au final, mais elle avait toujours besoin d’un temps d’adaptation pour vraiment s’y amuser. Lui, il avait l’incroyable capacité de changer de peau d’un claquement d’aisselle, comme si c’était un grand cirque. Allons, le lion, saute dans le cerceau ! L’appart de Gelli n’avait rien d’un cirque pourtant, c’était « le-très-propre ». Bah. Oui. Oooh oui. Ses cheveux délicats, ses tatouages de mauvais garçon, ses jambes bioniques dénudées. Ne me tente pas, petit imprudent ! Gaëlle fit les gros yeux. Les énormes yeux même, c’était une caricature de gigantisme oculaire. Elle faisait le grand méchant loup.


- A poil, alors.
Sourire mutin. Il fallait bien marquer le coup. On ne la mouchait pas si facilement, la hyène ! Et puis, quelle proposition alléchante. Un strip-tease… Un strip-tease, en musique le bleu ! Rien que l’image du second se délestant sensuellement de ce qu’il restait de ses habits en la fixant sauvagement dans les yeux fit frissonner Gaëlle de sa tête bien remplie à ses petits pieds nus. Elle devrait se fouetter d’avoir de telles pensées.

Que faisait-il encore, l’animal ? La radio. Ne me dites pas que… Si. Musique. Marche robotisée vers sa personne. Ooohouiouiouiouioui. Cependant les rêveries érotiques de la Gelli n’allaient pas tarder à voler en éclats – et quels éclats ! – car il était certain que Guillaume avait tout sauf envie de lui offrir la vision de son corps nu se trémoussant en rythme sur ce truc de merde. Il lui prit les mains, et tira. Machine Gaëlle fut secouée. Le ton naturellement autoritaire de sa voix devrait suffire, pas vrai ?


- Non.

Non, ça ne suffirait pas. C’était lui le chef… Hey, mais c’était SON appart ! Elle décidait ! Grrr, graoum ! Le cheval se cabra, les deux sabots appuyant sur le torse de l’horrible strip-teaseur. Non, non, non et re-non. Sauf que même ça, ça n’avait aucun effet. Sa taille se vit cerclée de deux bras tatoués – mmm vous avez dit tatoués ? – et les braillages s’intensifièrent.


- J’ai dis non, Guillaume ! Tu sais très bien que j’aime pas ça !

Ca non, elle n’aimait pas, même pas du tout. Gaëlle n’avait jamais apprécié le fait de tortiller son corps sur de la musique, contrairement à lui qui était passé maître dans cet art pour le moins grotesque. A vrai dire, elle éprouvait une certaine gène à s’exposer ainsi, c’était comme si vous criiez « hey les gens, regardez moi, je danse, voyez comme je bouge bien, voyez comme je suis sexy ! » chose qu’elle… abominait au moins autant que le chocolat. Il y avait bien eu quelques occasions, à chaque fois c’était parce qu’elle avait forcé sur la bouteille. Ce soir, elle n’avait rien bu, lui non plus, et elle n’était sûrement pas d’humeur à bouger son corps de la sorte. Même si c’était Guillaume qui tentait de la faire plier, c’était pour dire. Il n’aurait pas toujours le dernier mot, il fallait bien que ce soit Gaëlle de temps en temps. Et là, elle freinait. Des quatre fers.

Raide comme une planche, elle s’échinait à détacher les doigts de ce sale type de ses hanches, mais c’était peine perdue. Ils lui avaient greffé des doigts bioniques aussi ? La bande de salauds. C’était insupportable de le sentir contre elle, tout remuant. Cela lui donnait encore de mauvaises pensées, et il faudrait encore qu’elle se flagelle.

Pour donner le change, elle le regarda. Non pas dans son entier car c’était impossible dans telle position, mais au moins son visage. Il y eut quelque chose de bizarre, comme une grande euphorie subite. Il avait l’air si content, là, à danser comme le malade qu’il était, tout robotisé, tout rythmé. Deux grosses mains de pierre prirent le cœur de Gaëlle pour une poire, et se mirent à le presser fortement, lui arrachant un sourire ému. C’était tellement con, de vouloir arrêter ce moment, alors que tout était si parfait. Cette musique aussi, c’était quelque chose. C’était comique. Et l’autre qui s’y croyait. Cessant toute protestation vaine ou râlage intempestif, la jeune femme éclata de rire, comme si c’était la plus naturelle des choses, et consentit enfin à entamer ce qui ressemblait à de la danse. Elle se calqua sur lui, singeant ses mouvements parce qu’ils étaient trop drôles.

Ce n’était pas grand-chose, et cela aurait dû lui demander un énorme effort, mais curieusement c’était venu tout seul. Désir inattendu de partager ce moment avec lui, de ne pas faire la grognon pour une fois. Elle avait l’impression de retourner à l’Académie, plus précisément dans les dortoirs, où ils avaient fait les cons. Y’en avait marre d’être adulte et responsable, des fois, et retrouver la folie était très… Nom de, c’était très jouissif. Gaëlle rit encore. C’était quelque chose de spécial, le rire de Gaëlle, comme un chat enroué qui n’a pas miaulé depuis des lustres. Elle le gardait pour les occasions spéciales. Etait-ce une occasion spéciale ? Sans aucun doute.
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MessageSujet: Re: Caféine   Ven 17 Oct - 6:34

Si elle était le grand méchant loup, alors Guillaume devait être un genre de petit chaperon turquoise. À quand le festin du méchant? Innocent qu'il était en tant que pauvre petit chaperon égaré dans la bien ordonnée forêt qu'était l'appartement de Gelli, il ne pouvait savoir, et n'y songeait nullement, puisqu'on ne peut plus ignorant du danger qui le guettait. C'était dans l'air, pourtant, et depuis longtemps, pourtant! Mais trop occupé à fouetter d'autres cuisses, il en avait oublié celles qu'il avait à bout de bras, pas les siennes à lui, les siennes à elle, des vraies cuisses. Précisons cependant qu'il savait jouer les pseudo-loups, lui aussi, quand il partait en chasse sur les pistes de danse, à la recherche de cuisses qui sauraient garder le rythme. De la musique, bien entendu. Des cuisses et des fesses, des hanches et des tailles, il en avait passé des dizaines sous ses mains devenues expertes dans l'art de tâter le potentiel féminin. Que de bons souvenirs. Il n'en était cependant aucunement question ce soir-là, parce qu'avoir Gaëlle Peinamps entre les griffes, dans une danse endiablée, ce n'était pas n'importe quoi. Ils avaient déjà fait les cons, pour sûr, mais ça faisait un bail. Et dans le temps, on n'avait pas toujours toute sa tête, du moins pas Guillaume, et on était plus jeune, moins conscient, on partait à la découverte du monde dans tous ses recoins à chaque jour. Ses souvenirs de ce temps-là étaient plus flous et se reliaient par coupures aléatoires. Des lèvres embrassées, mais il ignorait lesquelles, une caresse, une danse... Avec qui? Sait pas. Mais qu'importe, il avait Gelli, aujourd'hui, et en était bel et bien conscient. C'était bon de savoir qu'on s'en souviendrait, le lendemain. Malgré les protestations, il ne démoralisa pas et tint bon, tel qu'il se l'était promis, sourire aux lèvres, sans remords de la tenir aussi fermement, l'obligeant littéralement à danser avec lui. Peut-être que ça la dégoûtait, d'être aussi près, se surprit-il à se demander. Ça ne dura qu'une seconde heureusement parce que, celle d'après, il surprenait une Gelli à le regarder sans ses grands méchants yeux de méchant loup. Alors que le coeur de Peinamps se serrait, celui de Guillaume se mit à battre très fort. Si le coeur pourrait sourire, le sien l'aurait fait. Il retrouvait dans ce sourire une amie dont il avait oublié la grandeur de l'affection qu'il lui portait. Ça faisait tout bizarre rien que d'y penser et ça donnait envie de rire. Il rit avec elle mais pas autant, gardant les yeux rivés à son visage où, pour l'une des rares fois, on pouvait y lire quelque chose qui ressemblait bien au bonheur.

N'y tenant plus, car en plus on en arrivait au super solo de clavier (ou machin truc électronique...), Guillaume reprit du poil de la bête, comme qui dirait, et enchaîna sur des pas de danse animés par une attitude particulièrement cool. Faisant tourner Gelli, il alla d'un côté à l'autre, puis tourna autour d'elle en la faisant tourner sur elle-même, ramena sa partenaire à lui, céda au sourire, laissant derrière lui sa cool attitude de danseur qui se croit et laissa le pauvre Guillaume en lui se réjouir fort simplement de cet instant partagé, comme ça lui venait, tout de sourire et de rire qu'il fut en en venant à la conclusion de cette routine improvisée. Gardant Gelli près de lui, juste un peu, de peur que la grincheuse en elle ne revienne trop vite, le bleu de plus en plus bleu, désormais debout et immobile, immortalisa ces yeux verts et rieurs dans sa tête. Ses mains toujours en place, son sourire au coin de ses lèvres, il laissa planer le silence un court moment, puis se pencha vers elle pour semer sur son front un candide baiser.

S'éloignant rapidement au son d'une ballade endormante, il s'empressa de faire taire la radio et la laissa choir près de l'évier. Du bout de l'index, il se gratta le fond de la tête en grimaçant.

-C'est pour bientôt, quinze minutes?

Soulagé de sa démangeaison, il cessa de se gratter et se servit un nouveau verre d'eau, après avoir essuyé son doigt sur son torse. Verre d'eau d'ailleurs qu'il ne termina pas, et laissa, encore, sur la table. Retrouvant un air amusé, il s'adressa à Gelli en oubliant sa précédente question aussitôt, dont la raison d'être visait davantage le remplissage de silence qu'autre chose.

-T'es pas trop mauvaise danseuse... J'avais oublié, tant ça faisait longtemps que j'avais vu ça, ma Gelli à l'oeuvre.

Il haussa prestement à deux reprises les sourcils, moqueur, en croisant ses bras.

-Maintenant, t'auras plus aucune raison de ne pas venir avec nous, quand on sort, Kris et moi. Je l'ai bien vu que t'as pas complètement détesté... Et puis, je suis sûr que, de tous les types qui se pointent dans ce genre d'endroit, y'en a quelques-uns de potables. Y'a bien moi. Il se trouva drôle, un peu stupidement, dans un rire las et bête, mais quand même. Ouais au pire y'a moi... Après un soupir dans lequel s'éteignit son rire, il reprit. Tu devrais t'amuser plus souvent, c'est bien quand tu t'amuses, moi j'aime rire avec toi.

Sur ce, une petite réflexion s'impose au sujet des types potables, dont Guillaume avait laissé sous-entendre faire partie. Il avait eu un instant de doute, dans l'hésitation. Il était du genre à fuir tout rapprochement qui dépassait ce pour quoi il rentrait avec une fille habituellement, le sexe. Du reste, il savait se montrer totalement sans coeur pour éviter les catastrophes, pour se protéger. Mais bon, n'empêche, il était potable si par potable on entendait pas trop mal physiquement et censé. Alors, tout dépendait des critères de Gelli. De toute manière, il avait un peu dit ça pour plaisanter... Quand même...
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 23 Oct - 22:45

Wahou. C’était trop génial. Quel instant ! Il se trémoussait à quelques millimètres d’elle, parfois même à son contact. Gaëlle en profitait, honteusement. Malgré elle, bien sûr, ses mains se posaient ici et là, s’agitant sur le torse du danseur émérite comme deux petite souris indécises. Ici, là ? Oui, mais à cet endroit c’est mieux, c’est plus ferme. Nooon ici on sent des trucs bouger sous la peau. Oh, et là ! Là c’est splendide, superbe, formidable. Exceptionnelle explosion tactile, même grisante à vrai dire. La pauvre Gaëlle était sur le point de s’oublier, de l’envoyer valser contre le frigo, de le serrer à l’étouffer et de coincer sa tête entre la surface dure et froide et son visage à elle pour lui voler toutes les petites attentions qu’il ne lui donnait pas. Vrai quoi, un tel mâle entre les doigts, et on n’en profite même pas ? Sauf que là c’était Guillaume. Et à Guillaume, elle ne lui faisait pas les mêmes trucs qu’aux autres. Elle ne pouvait pas. C’était pas aussi facile. Y’avait tout le reste, tout ce qu’ils avaient vécu tous les deux en tant que potes, toutes les conneries qu’ils avaient fait en tant que potes, toutes les soirées à mater des navets en tant que potes, tous ces aéronefs sauvés en tant que potes. Potes, et collègues. Rien qui n’arrangeait ses affaires, rien rien. Et puis, voulait-elle vraiment que cela change ? Non, jamais. C’était tellement cool comme ça, comme maintenant. Ce sourire échangé, ces éclats de rires. Elle adorait ! Guillaume était son ami, elle pouvait l’emmerder, se foutre de sa gueule, lui faire des mauvais coups, jouer avec lui comme une gamine.

Alors pourquoi ne pouvait-elle pas s’empêcher de frémir à chaque contact, hm ? Elle pouvait très bien se voiler la face et se contenter de l’excuse « j’ai froid » mais au fond c’était certain, son corps réclamait plus qu’un chaste baiser frontal. Non mais, quel provocateur. Son innocence présumée le rendait plus désirable que jamais. Il ne se doutait de rien, pauvre crétin joyeux. En observant sa bouille réjouie et fatiguée, Gaëlle pensa que, au final, et faisant fi de toute autre interprétation troublante, elle l’adorait. Il était son Bleu, et elle était sa Gelli, ça avait toujours été comme ça. Ils s’étaient trouvés à l’Académie, véritables contraires. Tout le monde pensait que le majestueux Vollmer renverrait chier l’Emmerdeuse si celle-ci se risquait un jour à s’approcher de lui, pourtant ça ne s’était pas passé ainsi. Jeunes et cons, oui, mais seuls juges de ce qui leur passait par la tête. Et sur le coup, ils s’étaient vraiment très bien trouvés. Lui le téméraire, le magnifique, le lumineux, le badboy Guillaume et elle la grincheuse, la butée, la rabat-joie, l’insupportable Gaëlle. La très grossière Gaëlle, et le grand gamin Guillaume. Ca avait bien marché finalement. Elle n’avait pas eu les mêmes intentions que les autres gourdes en s’approchant de lui, c’était peut être ça qui avait fait la différence. Et quelle différence ! Si les autres, il les baisait, avec elle il s’amusait. Ca l’avait toujours soulagée, elle, de ne pas être perçue comme n’importe quelle fille déshabillable. Elle se savait du monde du bas et l’avait toujours assumé, il se savait du monde du haut mais l’avait toujours boycotté. Elle le cerveau, et lui les muscles, et il détestait quand elle disait ça. Pour sûr, fierté masculine oblige. Elle se souvenait encore d’une répartie de celui-là même : « Nan, t’as rien compris. Moi je suis les muscles ET le cerveau, et toi t’es juste la petite étincelle qui fait fonctionner mon cerveau ». Ca remontait à loin, mais ça ne loupait jamais. Elle souriait invariablement lorsqu’elle y repensait. Elle avait râlé, mais pas trop, ça lui plaisait bien d’être une petite étincelle finalement. Comme une flamme de briquet. Comme une flamme *verte* de briquet. Un truc sidérant, captivant, dégageant une aura de puissance, mais aussi fragile, tremblant et prêt à s’éteindre au moindre souffle de vent un peu trop fort. C’était ça, Gelli, en fait.

Des souvenirs pleins les yeux, elle lui ébouriffa les cheveux alors qu’il s’apprêtait à repartir, à lâcher ses hanches pour son plus grand malheur. Non, tout ça ne changerait pas, elle n’en avait pas envie, et lui non plus c’était sûr. Si il devait y avoir quelque chose d’autre, quelque chose de plus intime, il n’y aurait plus rien. Ce serait balayé, pfiout. Eteint plutôt. Fini la petite flamme verte, il ne resterait que quelques trucs bidons et gâchés. Quelle perte énorme ce serait ! Gaëlle ne pouvait s’y résoudre. Il était beau Guillaume, super sexy, désirable à souhait, adorablement baisable, et c’était son pote. Faudrait s’y faire. Et si possible éviter de danser une nouvelle fois comme ça, parce qu’elle n’était pas sûre d’arriver à faire durer son self-control aussi longtemps la prochaine fois.

- Patience, chose Presque-Bleue. Il reste très exactement huit minutes et vingt-trois secondes avant ta résurrection.

Un coup d’œil à la montre pour rapide vérification : ah, non, vingt-deux secondes. Vingt et un… Pratique ces trucs digitaux. Le verre fut, comme son heureux prédécesseur, prestement ramassé, rincé, essuyé, rangé. Gaëlle faisait ça par automatisme désormais, elle n’y pensait même plus. Si c’était comme ça qu’il comptait la faire chier, ben y’avait encore du boulot…

- Tu parles. Ta Gelli déteste bouger son cul, et tu le sais parfaitement.

Grincheuse était revenue. Fallait pas rêver, toutes les bonnes choses ont une fin, aussi douloureuse soit-elle. Et puis il disait des conneries aussi, fallait bien qu’il se rentre dans le crâne que Gaëlle n’avait pas la même conception de l’amusement que lui. Du moins, pas *exactement* la même.

- Je sortirai pas avec vous, j’aime pas ça. Y’a des gens de partout qui sautent comme des déments, des gars pas nets qui prennent mes miches pour un essuie-mains, des pétasses quasiment à poils qui viennent se trémousser juste devant ton nez en remuant leur graisse de façon crade comme les grosses putes qu’elles sont… Non, vraiment, ça me plait pas du tout.

Un soupir. C’était pas faux, ce qu’elle disait. A sa dernière remarque, elle répondit en haussant le sourcil droit.

- Toi, un mec potable ? Fais-moi rire. Pour ça faudrait déjà que tu ressembles à autre chose qu’un aliéné tombant tout droit du centre de Jaka !

Sur ces mots, elle lui balança joyeusement son t-shirt, qu’elle avait récolté dans la salle de bain. Une provoc’, pour éviter toute discussion se rapprochant trop près de sa propre vision concernant la potabilité de Guillaume. Se connaissant, elle risquait de faire une bourde regrettable qui aurait traduit son état d’intense conflit mental. Sa dernière phrase à lui, surtout, l’avait émue au point qu’elle cherchait un point de fuite.
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MessageSujet: Re: Caféine   Mer 29 Oct - 1:02

Entre nous, aux trop évidentes avances qu'on lui faisaient, explicites et majoritairement réservées à un public d'un certain âge, il n'avait jamais vraiment compris les fondements véritables de ces comportements, tous de machinations féminines inutilement complexes. Une simplification se faisait à chaque fois d'elle-même. Elle veut? Ok, il veut aussi. L'addition était facile, la résolution de calcul habituellement satisfaisante, soulageante tout au moins, et il n'était jamais question de résultat élaboré. La première fois qu'il avait compris que certaines, en plus de vouloir, voulaient plus, il avait réduit le problème à une unique possibilité de calcul. 27 années dans le corps, qu'il avait, et pas une complète passée avec un boulet de femme à la cheville. Ou pire, au doigt. Plutôt le couper, avant que ça arrive. Jeune, et donc, moins mature encore qu'il ne l'était actuellement, il avait compris qu'avoir une copine, c'était chiant parce que quand tu avais envie de rentrer avec une autre, parce que tu en avais tout simplement envie, c'était pas simple. Les règles, courantes du moins, disaient que tu ne pouvais pas, il l'avait finalement compris, parce qu'on avait finalement daigné lui expliquer clairement. Une chouette fille avec qui il était sorti une semaine, juste avant de le quitter, s'était faite l'heureuse porteuse de cette révélation, prenant sans doute en pitié le pauvre garçon pleins d'hormones qu'il était jadis. Tu peux pas essayer avec une autre, même si c'est juste pour voir, quand t'as déjà une copine. Il avait oublié son prénom, n'avait jamais sut son nom... Mais bon, qu'importe, il avait en effet, à cette même époque, trouvé Gelli, qui l'avait trouvé lui, et s'en était fait non pas un boulet de femme, mais un pote de femme. En même temps, elle lui apportait la stabilité que lui n'avait pas, et elle était demeurée là, contrairement aux autres. Inconsciemment, c'est en faisant de Gelli l'exception à sa règle qu'il était parvenu à la garder avec lui toutes ces années. Elle ne ferait jamais parti du fameux calcul. Cette sentence avait guidé sa relation avec elle sans même qu'il n'ai à la réfléchir, elle s'était imposée d'elle-même. Et maintenant, après tout ce temps, elle était un peu devenue à lui, la Gelli...Sa Gelli... Ça aussi, c'était venu tout seul, ce sentiment possessif à son égard, et même s'il ne se l'avouait pas, il n'hésitait pas à indirectement l'exprimer. Elle travaillait avec lui et était son amie depuis plus longtemps que quiconque prétendait être l'ami de Gelli, c'était obligé.

Ne sachant plus où se jeter, il tourna plus ou moins en rond quelques instants, errant dans l'appartement de Gelli à la recherche de distractions tout en l'écoutant d'une oreille. C'était pas amusant, chez Gelli, heureusement qu'elle y était, d'ailleurs, sinon... Guillaume dans un appartement comme celui de Peinamps, c'était comme un gamin dans un musée seulement, dans son cas, il se permettait de toucher et de démolir, s'il le fallait. Et ouais des fois, il le fallait. Mais ici, il n'y avait plus grand chose à découvrir, il avait déjà touché, ouvert et briser bien assez pour connaître les trésors de presque tous les recoins. Son tour de piste complété et peu convaincant, il se laissa tomber dans le canapé. Il baîlla. La patience, ça endormait, des fois. C'est comme un effet secondaire.

-Non c'est vrai, je suis pas un mec potable. Je veux pas être un mec potable, de toute façon. Les grosses putes, faut juste qu'elles pensent que tu veuilles aussi, pas que tu veuilles plus et que tu sois bon à plus que ce que tu veux et que ce qu'elles veulent quand elles se brassent leurs machins.

Quel fin connaisseur. Il discourait comme s'il s'agissait d'évidences. Kris et lui avaient de passionnantes conversations de la sortes, difficiles à suivre, mais tellement claires et significatives, pour eux. Assis devant une bière, absolument absorbés par leurs sujets de prédilection : ça, vouloir, machins, cochonnes, cochons, fesses, « c'est », etc., il leur était arrivé d'en oublier les cochonnes qui brassaient leurs machins pour ça, là.
Son t-shirt dans ses mains, il en vint finalement à le remettre, mais retira presque aussitôt ses bras pour le tourner, l'ayant enfilé à l'envers. Rien de nouveau... Il se releva et s'étira.

-De toute façon... T'es pas une pétasse de bar. T'es ma Gelli. T'es...

Et là, un effort surhumain monopolisa toute l'activité cérébrale de Guillaume. Il se souvenait l'alcool plein la tête, les rires déments, et un instant de sérieux improvisé, nécessaire tout d'un coup, quand il l'avait pris par l'épaule et l'avait forcée à se retourner pour lui faire face. Il se souvenait la proximité inhabituelle, résultat d'une coordination altérée, et le sourire près de son oreille, ces mots, qu'il avait laissé mijoter, inconsciemment, encore une fois, quand elle lui avait dit, encore une fois, qu'elle était le cerveau et que lui, ben il était les muscles. Autour ça avait rit, et lui, agacé, avait grimacé son sourire, ne trouvant rien d'intelligent à répondre sur le coup. Il s'était fermé le clapet sur le goulot d'une bouteille, avait repris ses activités festives, jusqu'à ce que ça lui vienne, que ça lui tombe dans la tête sans prévenir.

-Ma petite étincelle.

Souriant, parvenu au bout de cette éprouvante fouille, il en fut visiblement content, pas seulement soulagé. Elle n'était pas seulement sa collègue et son amie, elle était sa petite étincelle.

-Tu te souvenais?

Retournant à la salle de bain, il laissa la porte ouverte, se pencha sur son reflet dans le miroir et s'examina la tête. C'était bien de se retrouver. Sortant d'une armoire une petite serviette blanche, il la passa sous l'eau et, avec grande et dangereuse application, il entreprit de se nettoyer le haut du front et des oreilles.
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 6 Nov - 11:48

Toi tu veux, elle croit que tu veux plus que tu ne veux vraiment mais tu veux ce qu’elle pense que tu veux aussi, sauf que tu es bon à plus qu’elle ne veut… Gaëlle faisait un blocage, c’était rigolo. Elle buggait, en fait. Sa lèvre inférieure pendait mollement tandis que ses yeux creux restaient ouverts sur le néant. Vil Guillaume. Il avait provoqué une erreur système à dire des choses qui n’en voulaient rien, à embrouiller l’esprit surdoué de sa copine. Il en fallait beaucoup pourtant, parce que justement elle était du genre surdoué la petite, mais là… Dès qu’il commençait à parler des femmes, elle tendait l’oreille ou bien la repliait, cela dépendait du contexte. Aujourd’hui, elle l’avait tendue, pour son plus grand malheur, et se retrouvait à patauger avec des veut, des elle, des aussi et des plus. Il y avait un nœud. Ca roulait, ça roulait de plus en vite sans trouver de sortie, de solution, de sens. Et c’était assez frustrant pour la Gelli. Elle sembla émerger d’un coup d’un seul, et sursauta. Ses yeux roulèrent de manière comique alors qu’elle les remettait en place. Inutile de se prendre la tête pour des conneries, parce que ça en était. Elle avait des choses plus dignes à penser, à imaginer, à réfléchir, à … waw. Les yeux en question venaient de se reposer sur Guillaume. A vrai dire elle ne savait pas vraiment quel était cet effet subit qui l’avait poussé à faire un pas en avant à cet instant. Une grosse main géante qui avait imposé sa poigne de fer dans son dos et qui l’avait bousculée vers l’avant. Accompagnée d’une grosse voix très virile : « avance ». Ce qu’elle fit, malgré elle, ce qu’on se tue à expliquer.

Il fallait qu’elle regarde ailleurs, ce qui finit par arriver avec quelques gros efforts de volonté. Et puis il disait des trucs, alors ça l’aidait un peu. Bien sûr que non, qu’elle n’était pas une pétasse de bar. Gaëlle valait mieux que ça. Elle allait le lui faire remarquer d’ailleurs, mais se retint : il avait très bien compris tout seul. Elle était sa Gelli, et ça valait bien n’importe quoi de sublime
.

- Bien sûr que je m’en souviens.


Elle sourit, regardant le sol. Si elle levait les yeux vers lui, c’était foutu. Gaëlle, l’air timide ? Ne pensez pas n’importe quoi, elle évitait juste le drame. C’était très héroïque de sa part, et elle se sentait très fière de savoir résister ainsi à la tentation de le provoquer, ce drame. Ca serait bon, pas vrai ? Mais non, elle avait déjà décidé que non. Une volonté de fer, la Gelli. Un vrai morceau de ferraille volontaire. Sa petite étincelle… Elle en aurait pleuré si ça ne faisait pas aussi cruche. Emue tout de même, elle pinça les lèvres et s’assit sans un regard pour cerveau/muscle dans son vieux sofa douillet. C’était pas mal, si elle fixait devant elle, elle parvenait à le voir sans le voir. Vous voyez ? Juste sa silhouette de grand garçon sur sa droite, silhouette gigotante et affamante. En tant que petite étincelle, elle était censée l’allumer. Saloperie de jeu de mot de merde.

- Donc j’t’allume
.

Pourquoi ne pouvait-elle pas s’empêcher de sortir ces bêtises quand elles lui venaient ? Ce soir, Gaëlle ne se sentait pas très sobre. Heureusement qu’elle s’était assise d’ailleurs, parce que tout vacillait autour d’elle. Elle lui jeta un coup d’œil. Il était reparti dans la salle de bain. Zut… Il savait que le bleu ne partait pas si on attendait trop longtemps… Elle aurait bien aimé l’avoir en shtroumf une petite semaine, ça aurait été si bon ! Mais non, il était trop malin pour elle. Déçue, la machiavélique posa sa tête dépitée contre le dossier du canapé pour continuer à le regarder en reposant sa nuque. Ca n’avait pas été facile aujourd’hui. L’incident du bar tout à l’heure… L’adrénaline troublait Gaëlle. Comme si elle n’était pas faite pour ça. Sur le moment ça l’excitait, elle en voulait plus, elle se jetait dans la bataille sans réfléchir, mais après… Son corps ressentait cette habituelle fatigue qui vient avec le soulagement. Des mois qu’elle planchait là-dessus, qu’elle ne dormait pas pour récolter toutes les informations, pour ficeler son truc, pour établir la stratégie, pour formuler des demandes d’autorisation d’arrestation à la tour Mirage etc… Du lourd, du très lourd, exactement ce que Guillaume n’aimait pas faire, et ce dont elle s’acquittait sans rechigner. Parce qu’au fond elle n’était bonne qu’à ça.

Boouh, ce mal de tête. Il venait de la prendre, subitement, sans prévenir. Elle ne l’avait pas senti venir, mais aurait pu le prévoir. Mollusque, elle se retourna sur le dos et se laissa complètement aller. … Plafond, tu es propre, c’est bien. Son bras se souleva avec des difficultés évidentes pour se maintenir et vint se poster devant ses yeux. Rotation… Petits chiffres
.

- Quatre… Trois… Deux… Un… Guillaume, vite vite vite vas-y, c’est bon, tu peux rincer !

Elle venait de décharger toute l’énergie qui lui restait pour faire à Guillaume cette annonce. Il fallait y mettre le ton, elle était censée être en forme. Elle détestait qu’il la voie comme ça, elle détestait se montrer faible devant lui. Lorsque la porte claqua sur une petite sentinelle bleue surexcitée, l’autre sentinelle poussa un soupir de soulagement. Quand cette porte se réouvrirait, dans quelques minutes, elle aurait récupéré ses points de vie. Mais pour l’instant, il fallait juste se reposer. Ne penser à rien, non, oublier tout ce qui faisait chier et tout ce qui ne le faisait pas. Oublier Guillaume nu sous la douche à peine à quelques mètres d’elle. Oublier le boulot. Oublier l’eau qui coule sur la nuque, qui descend sur les tatouages, qui s’égoutte sur la hanche métallique. Oublier l’odeur de la couleur bleue. Tout ce qui était omniprésent dans son espace ne l’était plus. Il y avait juste la danse robotique de toute à l’heure qui restait. Des petits réflexes dans les bras. Pom, pom, pom… La musique reprenait dans la tête de Gaëlle, elle se voyait encore danser et valser à coté de lui, mais c’était déjà trop tard, parce qu’elle dormait.
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MessageSujet: Re: Caféine   Jeu 13 Nov - 2:03

Guillaume sait se faire attendre des autres, mais pas de lui-même. Son reflet l'attendait, et il s'y était précipité, malgré la bouche de Gelli qui se rouvrait, qu'il n'avait pas vue, en s'agitant pour vomir genre deux mots mais plutôt quatre dans les faits, avec deux estropiés. Ouais c'est ça, tu l'allumes, Gelli. Dans tes rêves, genre. Genre que, il n'avait pas entendu, omnibulé par sa personne presque bleue. Et c'était tant mieux, parce que, quand on y pense, on ne veut peut-être pas vraiment entendre la réponse qu'il aurait dégueulée, lui. C'est que les possibilités sont infinies! Alors, pas la peine d'en énumérer.
Donc! À se décrotter le haut des oreilles et le front il en était, ainsi qu'éventuellement s'admirer le torse. Beau torse, sage torse, gonflable en plus! De côté comme de face, le résultat était concluant. Voyez-vous, Guillaume compte sur son éternelle jeunesse mariée à ses courses ponctuelles pour entretenir son corps d'éphèbe. Contenté dans ce moment intime, il admirait ses tatouages en se gonflant les biceps. Il avait du mal à se souvenir pourquoi il s'était fait tatouer et surtout, pourquoi ça. Malgré tout, il devait s'avouer que le petit genre que ça lui donnait, il ne détestait pas. En plus, ca faisait effet, quand il retirait sa chemise, le soir venu, face à la demoiselle étendue dans son lit...!

OUI! OUI! OUI! ENFIIIIIN! Quelle jouissance. Certains des petits Guillaume dans sa tête en crevèrent, tant ils en hurlèrent de joie. Gelli avait provoqué un presque obscène plaisir en son très cher ami en lui annonçant la bonne nouvelle, messie qu'elle se faisait en cet instant de plénitude. Avec énervement et empressement il claqua la porte de la chambre de bain, se déshabilla en panique et sauta dans la douche, qui n'aima point le contact du métal, et qui le fit entendre. Tant pis! Y'a pire! L'eau, l'eau, l'eau! Viiiiite! L'eau! Elle finit par venir, trop froide d'abord, puis trop chaude, et tiède enfin. Et là, enfin enfin enfin plus qu'enfin, le bleu, l'unique, laissa couler sur sa tête le stress, l'attente, l'impatience, bleu. Magnifiquement bleu, jusqu'à disparaître dans un trou noir, après une longue course sur sa peau, et ces jambes, dépendantes de lui, comme lui d'elles. Paupières closes, il oublia, lui aussi, l'espace de quelques minutes, tout le reste.
Lorsqu'il reprit conscience du monde, c'est à Gelli qu'il songea d'abord. Il faudrait la remercier. Cette pensée, aussi anodine puisse-t-elle sembler, mériterait toute une cérémonie rien que pour sa présence on ne peut plus surprenante en l'esprit de super Vollmer. Les choses étaient souvent dues à Guillaume. On lui faisait plaisir parce qu'il était lui, tout simplement, et que forcément, si on lui faisait plaisir ou lui rendait service, c'est qu'il le méritait, donc pourquoi remercier les gens, bref? Mais cette fois, une petite voix dans sa tête, voix qu'il entendait si peu souvent, trop timide peut-être, ou alors juste prise au beau milieu du néant, trop loin dans le désert, cette voix souvent appelée « conscience », c'est d'elle qu'il tenait cette subite intention. Et si étonnament autoritaire fut-elle qu'il en arrêta l'eau et sortit de la douche presque aussi rapidement qu'il y était entré. Il se sécha à l'aide d'une serviette quelconque attrapée sur un support, n'ayant pas pris le temps de prendre celle qui lui était réservée.

Le truc autour de la taille, il sortit de la salle de bain pour se retrouver face à une Gelli endormie. Pas drôle, la vie! Mais une Gelli qui dormait, ça avait quelque chose d'un peu touchant, quand même, quelque chose qui arrache un sourire, qui attire une main, qui la laisse rien qu'un tout petit minuscule instant se poser sur la joue, du bout des doigts, juste pour toucher, par curiosité. Toute fragile, la Gellibean, tout d'un coup. Cela dit, on allait quand même pas y passer la nuit. ...
Retrouvant pantalon et tout le reste, Guillaume s'efforça de laisser la chambre de bain juste un peu moins propre qu'il l'avait trouvée d'abord, ce qui nécessitait de sa part un effort extraordinaire. Aussi, après avoir bu deux gorgée dans le troisième verre d'eau qu'il s'était rempli, il le posa sur le comptoir plutôt que sur la table. Et puis, avant de quitter le temple de sa renaissance, devant la glace de la salle de bain, il se passa d'innombrables fois les mains dans les cheveux, question de les placer et déplacer et replacer. Contenté, il s'assit à la table pour rédiger quelques mots sur un carré de carton, qui s'avérait dans les faits une partie d'un contenant de cigarettes qu'il avait préalablement vidé de son contenu, dans son verre d'eau... Il n'eut aucunement conscience de son erreur. Stylo en main, langue sortie en coin de bouche, dos courbé, yeux rivés à son oeuvre, il entreprit sa dissertation.

Gelli. Tu verras que j'ai fait le ménage avant de partir. Soit la bienvenue, ça m'a presque fait plaisir. Je suis parti parce que tu dormais. En plus, tu ronflais. Aussi, je voulais que tu saches que la teinture est une réussite. Je suis de nouveau bleu, alors c'est bien. Je ne sais pas quoi écrire de plus. T'es une patate.
Ah. Y'a un truc que je voulais pas oublier et que j'allais oublier : Merci.

Guillaume.

P.S. Demain 7h aux chasseurs. T'embarques avec moi.


Le carton bien rempli, le stylo tout près, Guillaume se redressa, se relut, et souligna les mots « avec moi ». Une des Sentinelles qui allaient les accompagner avait le béguin pour Gelli, il l'avait dit à Guillaume, et quelle erreur. On lui piquait pas sa co-pilote comme ça. Il avait besoin d'un cerveau, après tout.
Satisfait, il quitta la table et sortit sans se faire attendre, par personne, en faisant l'effort de ne pas claquer la porte. Le chemin du retour fut assez rapide. Faut dire qu'il avait de quoi courir, avec ses nouveaux cheveux à jeter dans le vent! De retour à la maison, un message de Kris cloué sur sa porte l'attendait. Monsieur était sorti et avait besoin d'un acolyte, ou alors il pleurerait. Well no!

-Ah ha!

Ah que non non!

-Pleure!

Car il n'irait pas. Il opta plutôt pour le confort de son appartement, pour s'y endormir sur le canapé, après une barre de chocolat mangée à moitié. La caféine est une imposteure.

[je pense que c'est... terminé affraid ]
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