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 Tout près du grand bleu

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MessageSujet: Tout près du grand bleu   Jeu 20 Nov - 2:27

-C'est quand qu'il arrive, le sous-sef ?

Jeune rouquin roux jusqu'aux oreilles, c'était un petit nouveau. Quand il ouvrait la bouche pour dire quelque chose, tout ce qui en sortait sonnait si singulièrement, c'était semblable au zézaiement supposer d'un serpent s'exprimant. Et plutôt que d'affirmer quoi que ce soit, il faut dire qu'il avait une très forte tendance à décorer toute phrase d'un point d'interrogation et donc, de demander, toujours et encore. Rien n'était à l'épreuve de son ignorance.

-D'ici dix minutes. Ses retards ne dépassent habituellement jamais quinze minutes et ça en fait déjà cinq.

Les chasseurs étaient sagement enlignés les uns à côté des autres dans le hangar et, la large porte ouverte sur le ciel laissait pénétrer quelques rayons du soleil, juste pour dire qu'ils venaient rehausser de leur brillant éclat les carcasses mortes des machines volantes. Le rouquin était un étudiant et l'autre, il s'appelait Rambo, pour vrai.

-Pourquoi ze peux pas mettre d'uniforme?
-Pour augmenter tes chances de survie. Les pirates auront peut-être pitié de toi en voyant que t'es qu'un étudiant.
-Vraiment?
-Puisque je te le dis... Pas vrai, Peinamps?

Sacré Rambo. C'était tout qu'un gaillard, ce type. Il avait les épaules trois fois larges comme celles de poil de carotte et ses biceps gonflés à bloc étiraient à son maximum le tissu de son uniforme. Il avait des pectoraux terribles, des mains gigantesques, et une tête taillée dans le roc, parfaitement carrée. Il savait faire les pires sales gueules de la Tour, un vrai bouledogue en rogne, mais tout le monde aimait Rambo quand même, parce qu'il était, en plus du monsieur muscle national, un gros sac à blagues, de bonnes comme de mauvaises, mais vu le rire que son coffre pouvait faire tonner, on les trouvait toujours au moins un peu drôles, ses blagues... C'était l'effet de surprise, en fait.
Cela dit, à la mention du nom de Gaëlle, le rouquin rougit jusque dans les cheveux. Loin de la trouver laide, il lui avait accordé au contraire un air électrisant de femme fatale, et ce, dès le premier regard. C'est d'ailleurs avec peine qu'il arrivait à lever sur elle un regard qui durait plus d'une seconde.

Non loin, mais suffisamment proche pour entendre sans être vu, Guillaume était assis sur le rebord d'une large fenêtre dans un couloir perpendiculaire à celui qui débouchait sur le hangar. En fait, on aurait pu dire qu'il était au coin de l'entrée du hangar, mais pour ça, il aurait fallut être en mesure de le voir et, vu la manière dont il s'était soigneusement disposé, la chose était difficilement possible. Adossé contre le cadre de la fenêtre, il avait ses genoux relevés près de lui et, le dos légèrement courbé, il était penché sur ses doigts, qu'il portait à sa bouche l'un après l'autre dans le but d'en ingérer les restes de la barre de chocolat qu'il venait tout juste de terminer. L'affaire conclue, il jeta un coup d'oeil sur le ciel que lui dévoilait la fenêtre, un ciel bleu clair parsemé d'épais nuages blanc ou gris pâle de toutes les grosseurs. Il les trancherait en deux d'ici quelques minutes, se dit Guillaume en bondissant parterre. Il attrapa son casque laissé sur le rebord et le porta sous son bras, s'engageant vers le hangar dans une démarche nonchalante. Cependant, plutôt que l'air sérieux et résolu qu'on lui trouvait normalement à la Tour, c'est une attitude davantage renfermée qui traduisait le Second Vollmer en cet après-midi. Il semblait dans sa bulle, dans sa tête, pleine de chocolat et de nuages qu'elle était. Il ne leva la tête vers le petit groupe que lorsqu'il les eut rejoint et, s'apprêtant à parler, il fut devancé par l'étudiant.

-Bonzour ze suis staziaire, Benzamin, mais vous pouvez m'appeler Ben, si vous voulez...?

Brièvement déstabilisé, Guillaume en vint finalement en serrer la main qu'on lui tendait. Sur la fiche, ça disait pourtant Benjamin, songea-t-il en fronçant les sourcils et en se tournant vers Gelli, puis Rambo. La dernière fois qu'il avait vu Gelli, elle était enveloppée dans une serviette de bain et très proche. C'était tombé dans le silence, mais absolument pas dans l'oubli. Comment oublier une chose pareille? Il avait brisé quelque chose d'impossible à reconstruire, il le savait, mais y penser lui donnait les pires migraines au monde. Et la voir maintenant, c'était dur, parce que ça faisait avaler difficilement, ça rendait les mots amers et ça donnait envie de retourner sur le rebord de la fenêtre pour s'envoyer une troisième barre de chocolat dans le gosier. Il aurait dut dire qu'il était malade, qu'une de ses jambes s'était pris de la rouille, n'importe quoi pour éviter de se retrouver ici et maintenant. Mais non, il s'était levé, avait pris sa douche, s'était habillé et se retrouvait là, alors il fallait assumer.

Ah quel con! Il s'appelait bel et bien Benjamin seulement, le pauvre gamin, il zozotait! La pensée fit sourire Guillaume et le délesta subitement de ses soucis de... relations sociales. Question d'entretenir ce confortable et fragile état d'esprit, son subconscient lui intima de ne point regarder Gaëlle Peinamps pour les secondes, minutes et heures s'il le fallait, à venir.

-Content de t'avoir avec nous, Ben.

Il s'adressa par la suite à Rambo, sous l'avide regard du stagiaire, dans lequel l'on devinait aisément une craintive excitation.

-Il s'agit d'escorter un aérostat marchand qui doit passer par une zone trouble, soit directement au-dessus de la cité pirate d'Arhem, dans le but de se rendre dans une mine de cobalt dans les montagnes du Nord, à l'extrême ouest de la forêt. À cette heure, l'aérostat surplombe Anthélima et donc, on le retrouve par radar, on le rejoint et on continue avec lui.
-C'est simple.
-En principe.

Sans plus attendre, Rambo prit le chemin de son chasseur et, voyant que le stagiaire ne le suivait pas, se retourna pour le héler.

-T'embarques avec moi, le jeune! La demoiselle, elle a pris son permis de pilote dans une boîte de céréales! Hihihi!

Il riait vraiment comme ça, « hihihihihihi », et en riant, il s'enfuyait à petits pas rapides, grimpant vite fait dans son chasseur, suivi par le roux, auquel on venait d'affliger un dur sort aux beaux rêves de Super-Peinamps mais, visiblement, il s'en remettait bien, son sourire en coin et son regard étonné-amusé pour le prouver.
Guillaume ne dit mot, retrouvant à son tour son chasseur. Il évita de penser au commentaire de Rambo et se concentra sur la panoplie de cadrans et de boutons qu'il avait autour de lui. Son casque sur la tête, avec automatisme il réveilla la machine, enfonçant cependant avec son habituelle et douteuse lenteur les boutons.

[à vous madame P. comme péteuse. What a Face ]
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Jeu 20 Nov - 9:20

[Un grand bleu ? Où ça, où ça ?]

- Non mais quelle idée de foutre un stagiaire à des sentinelles en mission dangereuse ?


Elle parlait toute seule, Gaëlle, mais c’était parce qu’il n’y avait pas d’interlocuteur disponible. Elle tempêtait même.

- Vrai quoi, quand c’était moi on avait juste droit au simulateur ! Et il marchait une fois sur deux !

Elle ouvrit en grand la porte du hangar et y retrouva ses collègues, tous en tenue comme elle. Ils avaient vraiment la classe. Il y avait un grand maigre à l’air stupide, roux, bien sûr, qui attendait avec eux. Elle lui jeta un regard bizarre. Ce devait être lui, le stagiaire. Et Guillaume ? Elle effectua un tour complet sur elle-même pour voir si il n’était pas dissimulé sous une roue d’engin, mais non. Bof, comme d’habitude. Comme le fit remarquer Rambo, ça ne faisait que cinq minutes de retard, rien d’extraordinaire. Alors elle s’assit sur un escabeau d’embarquement et sortit son paquet de cigarettes.


- Merde.

On tourna la tête vers elle, sans vraiment s’inquiéter parce que ça arrivait souvent.

- Quelqu’un a une cigarette ?

Elle avait oublié qu’elle avait fumé la dernière ce matin à la place du petit déjeuner. Bordel, depuis quand ça lui arrivait d’oublier quelque chose ? Pas depuis très longtemps en tout cas… Un gars dont elle avait oublié le prénom – encore ? - mais dont elle se souvenait du nom –Aschter, ou quelque chose comme ça… - sortit de sa poche un paquet qui avait l’air bien plus rempli que le sien. Il en sortit une providentielle cigarette, toute droite, toute fière, adorablement fumable. Gaëlle se leva et s’approcha du type pour récupérer la friandise, mais cet enfoiré recula sa main avec l’air de beaucoup d’amuser.

- Allez, file moi ça…
- Attend Gaëlle, tu crois que c’est gratuit ce genre de choses ?

Elle fronça les sourcils, prête à mordre. On ne pouvait pas lui faire miroiter une cigarette sous le nez et la lui ravir ET s’en sortir indemne. Apparemment, cet imbécile ne l’avait pas capté.

- Aschter, pauvre con, tu me dois un bon petit paquet de Myrs depuis le temps, et je t’ai jamais emmerdé avec ça. Alors si tu me donnes pas tout de suite cette putain de cigarette, je te jure que je te fais racler le fond de ton porte monnaie jusqu’à ce que t’en abîmes le cuir.

Il s’apprêtait à dire quelque chose, mais à réflexion, il la ferma et lui tendit bien gentiment l’objet du litige, dont elle s’empara d’un air furieux. Alors qu’elle faisait demi tout pour aller se rasseoir sur sa petite échelle, il se décida quand même à lui faire remarquer cette chose qui le turlupinait.


- Hm, c’est Aschton, pas Aschter, mon nom…

- Rien à foutre.

Trop occupée à farfouiller dans son sac de mission, à la recherche de son fabuleux briquet, Gaëlle ne se retourna même pas. Quelques secondes plus tard, le gros tigre plein de griffes était redevenu un tout aussi gros chat ronronnant qui tirait sur sa clope d’un air satisfait.

Les autres bavassaient un peu. Elle ne les écoutait pas, trop contente de pouvoir pauser un peu avant l’adrénaline qui l’attendait là haut. Elle releva juste la tête quand l’autre tas de muscles cita son nom, tout en faisant tomber un peu de cendre sur le sol.


- … Pas vrai Peinamps ?
- Ouais. Silence. Ouais, jsuis d’accord avec Brutasse.

Guillaume arrivait. Comme d’habitude ça faisait dix bonnes minutes qu’on l’attendait. Comme d’habitude, la poitrine de Gaëlle fit un petit saut virtuel. Pas comme d’habitude, ce saut ressemblait plus à un looping de montagne russe qu’à l’ordinaire salto. La baffe virtuelle ne tarda pas à arriver elle aussi, parce que Gaëlle avait une conscience, quand même. A force de se baffer comme ça, elle n’avait virtuellement plus de joues.

Aujourd’hui, c’était comme d’habitude, il n’y avait aucune raison que ça change. Elle se leva et balança le reste de sa cigarette dans un coin. Comme d’habitude ? Il ne la regarda qu’un quart de seconde, comme si il la connaissait à peine. Quoi ? Elle ne comprit tout d’abord pas. Puis ça revint… Voilà pourquoi ça buggait en ce moment dans sa tête, c’était elle-même qui avait bloqué quelques synapses pour pouvoir oublier complètement l’incident de la salle de bain. Ca faisait un peu trop mal pour y penser continuellement, comme c’était le cas jusqu’à ce qu’elle prenne cette mesure radicale. Sauf que l’attitude du bleu venait de dégager toutes les synapses d’un coup, c’était comme si il était venu lui souffler dans le nez après avoir mangé l’un de ces affreux bonbons à la menthe glaciale.

Glacial, il l’était. Il s’adressa à Brutasse, Gaëlle n’existait pas. Vexée, elle posa ses deux mains sur ses hanches d’un air irrité. Rien a faire, il était du genre buté. Comme elle, d’ailleurs… Il partit bien vite se réfugier dans son cockpit, et Gaëlle fut limite de lui balancer quelque chose du genre « c’est ça, casse toi ! », sauf que Brutasse sauva l’honneur en lui envoyant une sale vanne. Vanne qu’elle méritait, au demeurant, mais qui n’empêcha pas son auteur de se recevoir violemment un paquet de cigarettes vide sur le crâne.


- Moi au moins j’ai mon permis !


Elle escalada l’échelle de son appareil avec irritation, tout comme la colère escaladait l’échelle de sa tête. Grommelle, grommelle. Elle était profondément vexée par l’attitude de son ami, même si, au fond, elle comprenait. Ou pas. Ca n’allait pas se passer comme ça. Qu’il le veuille ou non, il lui accorderait l’attention qu’elle réclamait ! Parce que ça avait toujours été clean entre eux, et qu’elle ne voulait pas devenir n’importe qui à ses yeux.

Sa petite tête en ébullition fut bientôt couverte du casque règlementaire. Un à un, Gaëlle effectua les réglages nécessaires et fit ainsi démarrer son engin. Ca tombait bien, aujourd’hui elle était seule aux commandes. Normalement Guillaume lui proposait de monter avec lui, sachant qu’elle n’aimait pas piloter ces caisses à savon, mais là… Grommelle, grommelle. Il ne voulait pas la prendre avec lui ? Bien, il le regretterait. Elle ne se laisserait pas faire, ça non.

Les réacteurs se mirent en route, et chacun son tour les membres du groupe de l’escorte quittèrent le hangar. Pour le moment c’est facile, Gaëlle gérait assez. C’était en l’air que ça allait déjà moins bien… Elle suivit donc sagement ses collègues, une grosse boule toute triste faisant pression sur sa gorge. C’était pas très agréable.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Jeu 20 Nov - 23:43

Le dernier bouton à enfoncer retrouvait sa position normale alors que le doigt ganté se repliait lentement. La machine ronronnait. Une main sur la commande de gouverne, pieds en place sur le palonnier, Guillaume était prêt, mais le chasseur n'en demeura pas moins immobile un instant, le temps que le pilote ne voit son habituelle navigatrice prendre place dans un appareil autre que le sien. Il n'avait rien dit et visiblement, elle en avait déduit ce qu'il y avait à déduire, rien de bien invitant, si on songe à l'attitude fermée qu'il avait adoptée à son égard. Mais en bon Guillaume qu'il était, il se refusa au regret et prit la voie du grand bleu en chef de ligne. Aussitôt tombé dans les bras du ciel, c'est sans réfléchir qu'il se prêta au jeu auquel il s'adonnait à chaque fois, soit une suite improvisée d'acrobaties aériennes. C'est sans grand plaisir qu'il le fit, cependant. L'adrénaline y était, lorsque le chasseur se perdit dans un nuage après une suite de tonneaux, mais encourageait une forme de frustration plutôt qu'un sentiment d'enthousiasme ou d'exaltation. Retrouvant la tête de la formation, tombant littéralement du ciel, un coup d'oeil au radar suffit à confirmer ses instructions. Le géant volait non loin devant, ils le rattraperaient en moins de deux. En plus d'indiquer la position de l'aérostat, le radar affichait quatre autres points lumineux, un pour Guillaume, deux autres pour Rambo et Aschton et un dernier pour Gelli. Elle était à l'arrière, un peu trop à l'arrière, car le quatuor n'avait pas la parfaite position à laquelle le Sous-chef s'attendait normalement. Il n'était pas uniquement question des caprices pointilleux de Guillaume, mais bien de sécurité. Les rejets ne faisaient pas long feu, en temps troubles, l'expérience le prouvait, mais il suffisait de faire montre de logique pour le comprendre. Gelli avait l'esprit le plus organisé qu'il n'avait jamais eut à subir et donc, lui en vouloir était inutile, car Guillaume savait comme elle était nulle, en vol. Malgré les cours privés, malgré sa flagrante intelligence, un truc bloquait. Du coup, il fallait faire avec, se montrer compréhensif, réagir en conséquences, s'adapter, être conciliant...

-Gaëlle rapproche-toi.

Clair, net et concis. Efficace? Ça reste à voir... Il aurait souhaité emprunter un ton plus doux, qu'il en aurait été incapable, de toute façon. C'était sorti comme ça, de la bouche du Second Vollmer et non de Guillaume. Ça avait beau être justifiable, vu la situation, reste que le fait qu'ils sachent, tous, lui comme les autres Sentinelles, que jamais, au grand jamais, le Sous-chef n'appelait Gelli par son véritable prénom, prêtait à l'ordre un rare niveau de roideur et de distance. Seul dans son cockpit, Guillaume crispait ses doigts autour de la commande de gouverne et, une démangeante envie de la pousser bien loin vers l'avant l'avait pris. Heureusement, une grosse distraction pointa à l'horizon. L'aérostat marchand, doré sous le soleil, traînait son gros ventre vide au-dessus d'Anthélima qui touchait à sa fin. Rambo vint se positionner sur le flanc gauche du navire volant, Aschton prit la droite et Guillaume les devants. Ainsi, le voyage débuta simplement. Vinrent par contre les minutes plus angoissantes, celles où l'on estima se trouver dans les proches environs de la cité pirate redoutée. Au nord-ouest, de sombres et rocailleuses silhouettes se découvraient, au nord, une épaisse et haute forêt s'élevait comme un barrage et à l'est, les plaines interminables s'étendaient à l'horizon. C'est là, précisément, que retentit la première détonation. Avertissement? Possiblement. Personne ne fut touché.
Maintenant, il était question de savoir d'où était venu le coup de feu. Vu la grosseur des nuages qui flottaient dans le ciel aujourd'hui, l'on pouvait supposer qu'une des machines de guerre des pirates en émerge à tout moment. Les possibilités étaient trop nombreuses, il lui manquait une paire de yeux. Un coup d'oeil sur le radar ne le rassura d'ailleurs pas. Anxieux, le pilote de l'aérostat marchand demanda plus d'une fois, par le biais de sa radio, à reçevoir des instructions. Concentré, mais surtout, embourbé dans le dilemme qu'une idée venait de lui imposer, Guillaume ne répondit qu'au bout du quatrième appel, et à l'adresse de tous.

-Faites demi-tour. 13 km et vous revenez. Maintenez votre vitesse. Gelli, tu me suis, on descend.

Sans plus d'explications, il quitta la formation qui, comme il lui avait été demandé, fit demi-tour dans un large virage à l'ouest, pendant que le chasseur de Guillaume virait à l'est en piquant vers les plaines. Il atterrit dans de hautes herbes et rapidement, sauta en bas de l'engin et attendit qu'elle le rejoigne. Il avait trois minutes, vu la vitesse à laquelle allait l'aérostat, une et demie pour partir et une et demie pour revenir, plus ou moins précisément, à cause du virage. Bref, il s'était donné un certain lapse de temps, un moment en suspend. Planté dans le sol, casque sous le bras, l'agitation qui surexploitait ses neurones lui vola le sourire qu'il aurait, en temps normal, ouvertement arboré à la vue de l'atterrissage de Gaëlle, enfin, Gelli. Avant même que les moteurs ne soient éteints, il s'approcha au pas de course.
Les mots trébuchèrent dans sa bouche lorsqu'il se retrouva devant elle. C'était stupide et immature, carrément lui, au fond, et impossible de contourner ces pensées qui, lorsqu'il s'agissait des autres, avaient l'habitude de disparaître, ou de se fondre dans le banal.
Il baissa les yeux, esclave de son ingénuité mais, l'aplomb du chef de mission reprenait toujours rapidement le contrôle du pion qui lui était confié.

-Tu montes avec moi. Tu seras plus utile.

Déjà, le compliment était loin d'y être, au contraire, mais comme si ce n'était pas assez, il en rajouta une tranche, juste pour dire qu'on se comprenait bien.

-J'croyais que tu l'avais compris.

Comme si c'était évident. Gelli le boulet, tant qu'à y être... Et bien il y était, presque, mais s'arrêta là, et fit volte-face, retournant vers son chasseur. C'était déjà assez, non?

[Miss P, j'espère que c'est OK, si y'a des trucs qui collent pas avec les déplacements et patati, dis moi.]
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Ven 21 Nov - 12:56

[Heu... Pareil. Je te laisse gérer les pirouettes, c'est un truc de mec ça.]

Voilà, c’était viscéral. Elle détestait être ainsi seule aux commandes de ce truc. C’était trop de responsabilités qu’elle n’assumait pas. Il fallait faire gaffe à plein de trucs, et si normalement elle y arrivait, en l’air c’était tout autre chose. En fait elle avait peur, même si elle ne se l’avouait pas. Elle savait qu’elle était nulle, alors elle appréhendait chaque mouvement. Là, il aurait fallu qu’elle se rapproche des deux appareils qui suivaient le Capitaine côte à côte, mais elle ne s’y décidait pas. D’une, avancer revenait à augmenter les risques de collision avec les su-cités camarades, de deux ça aurait fait trop plaisir à Guillaume que tout se passe absolument bien. Où était-il d’ailleurs ? Sans doute dans ce nuage. Ou dans celui-là. Il faisait le con, comme à chaque fois. Le plus souvent elle était avec lui, et se cramponnait à son siège avec une incroyable envie de rendre son déjeuner. Dans ces moments, elle rêvait d’être ailleurs, pourtant aujourd’hui, elle regardait ses pitreries avec un léger goût de jalousie dans la bouche. Allez comprendre, la femme est compliquée…

Son appareil ne tarda pas à rejoindre les trois autres, juste devant, et la voix du second grésilla dans le casque de Gaëlle. Profondément désagréable, l’enfoiré. Elle fit une grimace que, bien sûr, il ne vit pas, et accéléra un peu. Conciliants, les autres s’écartèrent un peu pour lui laisser une plus grande marge d’erreur. Si elle avait pu, elle leur aurait adressé un signe grossier de la main. Elle était en colère, ils faisaient chier. Heureusement, la grosse baleine qu’ils devaient escorter imposa bientôt sa grosse carcasse toute bidonnante devant eux. Comme toujours, ils l’encerclèrent, et Gaëlle se retrouva à l’arrière. Son engin ne paraissait pas très stable, elle avait du mal à lutter contre le vent qui la déportait sur la droite. C’était un peu piteux, pour une sentinelle, mais ça lui passait au dessus de la tête. A vrai dire elle était tourmentée par autre chose…

Ca se passa comme ça. Les plaisanteries qui fusaient d’ordinaire sur la radio de groupe avaient foutu le camp. Les autres devaient bien sentir qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Gaëlle était en sueur, concentrée sur ses commandes, très mal à l’aise. Bon sang, qu’est ce qu’il était chiant ce vent ! Lors d’une embardée plus violente de son chasseur, Rambo s’autorisa une intervention.


- Tout va bien Gaëlle ?
- Je survivrai. Regarde plutôt de ton coté, je crois qu’y’a un nuage qu’a une forme bizarre.

Après ça ce fut le silence radio. Il y avait à faire de toute façon, on arrivait dans la zone dangereuse… La tension monta d’un cran sous le casque de Gaëlle, il fallait maintenant qu’elle gère sa colère envers Guillaume et la crainte de l’attaque. A la détonation, elle sursauta et son chasseur fit pareil. Ca n’allait pas être de la tarte si combat aérien il y avait. Elle jura, sans appuyer sur le bouton de transmission pour ne pas qu’on l’entende.


- Faites demi-tour. 13 km et vous revenez. Maintenez votre vitesse. Gelli, tu me suis, on descend.

Tout de même ! Pilotant plus ou moins bien au dessus de l’aérostat, elle suivit son supérieur en piquant vers la terre, tandis que les autres faisaient demi tour. Elle ne savait pas vraiment ce qu’il lui voulait, mais ça lui faisait plaisir qu’il se soit souvenu de son surnom. Parce qu’il fallait pas pousser, quand même.

Mais… Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il se pose ? Interloquée, Gaëlle engagea la même manoeuvre. Elle pensait qu’ils partaient en reconnaissance devant, ou quelque chose du genre ! Mais de toute évidence il avait autre chose en tête. Et à l’allure du gros pachyderme là haut, ça allait être bref. Après un atterrissage maladroit, elle actionna la commande d’ouverture de la capsule de pilotage et s’extirpa de la machine en s’aidant de ses bras. Sautant à terre, elle enleva le lourd casque de navigation et fit quelques pas pour rejoindre Guillaume.


- Tu montes avec moi. Tu seras plus utile.
- …
- J'croyais que tu l'avais compris.

Interdite, elle le considéra une seconde ou deux. C’était la première fois qu’ils se retrouvaient face à face depuis l’autre fois. Ca lui faisait bizarre. Elle ne pouvait s’empêcher de l’imaginer beaucoup, beaucoup plus près, mais en même temps son attitude la blessait plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Il ne la traitait jamais de cette façon. Où était passée leur complicité ? La colère empêcha cependant Gaëlle de réaliser pleinement cet état de fait, elle serra son poing libre et fronça les sourcils d’un air menaçant. Tandis qu’il se retournait vers son chasseur, elle le rattrapa par le bras pour le forcer à la regarder. Croyait-il s’en tirer ainsi ?

- Va te faire foutre. T’as besoin de moi maintenant, alors tu ferais mieux d’être moins con si tu veux pas que je te laisse dans ta merde.

C’était dit. Fallait pas la prendre pour la dernière des idiotes aussi… Qu’il se la ferme, sa saloperie de mauvaise humeur, parce que ça commençait à la chauffer sérieusement. Et une Gaëlle qui chauffe, c’était jamais très agréable. D’un geste furieux, elle lâcha son bras et le devança pour rejoindre sa caisse à savon à lui. Bien sûr que non, il l’insulterait autant qu’il voulait qu’elle ne le laisserait pas se démerder seul face aux pirates. Elle tenait trop à lui pour ça… Cependant ça la rassurait d’avoir une certaine emprise sur les choses. Second ou pas, il restait Guillaume, et elle pouvait tout à fait se permettre de dire à Guillaume d’aller se faire foutre. Surtout quand il le méritait.

Elle grimpa dans le cockpit de navigation. C’était petit, étroit et inconfortable, mais c’était sa place à elle. Et au moins elle pouvait réfléchir sans avoir à se concentrer sur le pilotage. Guillaume monta devant. Elle espérait que le message était passé, et qu’il allait rapidement redevenir le bleu qu’elle connaissait. Si ça ne suffisait pas… Hey ben elle lui rentrerait dedans un peu plus violemment, ça finirait bien par rentrer. C’était juste un baiser, quoi ! Elle l’avait embrassé des milliers de fois dans ses élucubrations mentales, alors… Elle semblait être bien moins atteinte que lui par ce petit écart de conduite. Bien sûr, elle se posait des tas de question sur le pourquoi de l’incident, mais finalement ça ne la troublait pas au point de le traiter comme un inconnu. Elle aurait plutôt été partisane du « on fait comme si rien ne s’était passé… jusqu’à la prochaine fois », plus que de… ça. Une manière de se comporter qu’elle condamnait. Et elle comptait bien lui imposer sa vision des choses, à cette cruche masculine.

Rapidement, ils abandonnèrent le chasseur de Gelli à terre pour rejoindre les autres, qui étaient déjà revenus à leur point de demi-tour. Si Gaëlle savait faire quelque chose d’exceptionnel, c’était bien de regarder le soleil droit dans les mirettes. C’était son don à elle, parce que sa mère, aussi pouilleuse, crade et indigente qu’elle était, priait tous les jours la déesse de la lumière avec toute la dévotion d’une croyante sincère. Récompense, ou pas, la petite chose remuante qui fut sa fille hérita de ce don particulier que celui de ne jamais être éblouie. Pratique, quand on est sentinelle, et que son petit camarade a autre chose à foutre que de s’abîmer les yeux sur des choses qui leur font mal.


- A gauche, juste dans la lumière.


En effet, une grosse mouche toute noire venait d’émerger du gros cumulus, tous canons pointés vers l’aérostat et son escorte. Gaëlle fit marcher sa tête. Quel intérêt de les attaquer maintenant, alors que les soutes étaient encore vides de marchandise ? Il y avait plusieurs possibilités… Soit nuire au propriétaire de la compagnie d’exploitation du cobalt d’Anthélima en neutralisant ses aérostats de transport, soit en profiter pour descendre quelques sentinelles – ça faisait toujours ça de moins – ou bien faire chuter la baleine pour récupérer ensuite sur sa carcasse les composants utiles pour le bricolage de vaisseaux pirates. Ou bien les trois à la fois. Dans tous les cas, il fallait les empêcher de s’approcher.


- Des resquilleurs d’Arhen. Deux petits viennent de passer là dessous, ils vont nous prendre à revers. Il faut dire au commandant de prendre de la hauteur, leurs machines s’essoufflent quand on les fait monter.

Professionnelle maintenant qu’on y était, Gaëlle faisait son boulot avec son efficacité coutumière. Mais ça s’arrêtait là, maintenant c’était aux autres de faire le leur.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Jeu 27 Nov - 20:56

Ça l'énervait profondément. Elle l'énervait profondément. Et telle était la frustration que nul mot n'y ferait, c'était prédit d'avance, il le savait mieux que n'importe qui, étant pris avec son propre et enrageant mutisme contre lequel il ne pouvait pas grand chose. Lui dire qu'il n'avait pas besoin d'elle aurait été stupide pour maintes raisons, mais principalement parce qu'il aurait risqué se retrouver seul pour la suite. Lui dire d'aller se faire foutre elle-même n'aurait pas été beaucoup moins risqué, pour la même raison. Le devoir aurait-il été plus fort que le caractère de Gelli? Guillaume préférait ne pas en faire l'expérience, au cas où... Et donc, les lèvres pinçées par un fol envie de crier toutes les insultes possibles et imaginables, il demeura planté sur place un moment, s'étant arrêté pendant l'amère réplique de sa tendre amie. Si seulement il avait eu un mur à sa disposition, pour y envoyer cogner son casque dans un geste porteur de tous ses démons de l'instant. Mais non, mais non, tout avait décidé d'aller mal, aujourd'hui, sauf l'épisode de la barre de chocolat, et donc, avec le monstre de lui-même Guillaume se retrouva-t-il prisonnier dans l'étroite cellule que représentait la très ajustée combinaison de vol. Cela dit, pendant que lui étranglait mentalement Gelli, le temps poursuivait son périple dans l'espace et les rapprochaient du point de rendez-vous: trois minutes.
Finalement, malgré la paralysante crispation de sa carcasse accidentée par l'incident Gelli, il parvint à commander à ces jambes qui se prêtaient siennes d'avancer, mais l'émotion fut plus forte que lui et, atteignant son point d'ébullition le cocktail de mauvaises pensées se concentra dans un plus petit format qui, des tripes, passa à la gorge, jusqu'à la bouche et fiiiiooouuuuuu boum!

-C'est toi qui est conne!

S'aurait été suffisant, en temps normal, mais la normalité, c'est un peu ennuyant, quand même, et Guillaume, on sait bien qu'il n'est pas tout à fait normal, alors... Mais avant de laisser parler l'anormalité, il eut le temps de se rendre au chasseur et de s'y installer partiellement. Son casque durement enfoncé sur sa petite tête bleue, la visière demeura cependant relevée, de sorte que les mots à venir furent sans aucun doute bien entendus.

-C'est toi!

Et comment, et comment... Visière baissée, boutons enfoncés un peu plus rudement qu'à l'habitude, paré au décollage, Guillaume était prêt, mais juste avant...

-Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelli Gelliiii...

Bogue de cerveau... Il soupira bruyamment, fit gronder le moteur et le chasseur décolla sans trop s'attarder dans les hautes herbes, fendant l'air à toute vitesse. L'avion devenu projectile vint tracer un cercle serré autour du trio de revenants avant de retrouver sa place à l'avant.

-Maintenez la formation. S'ils tirent, s'ils attaquent, Rambo et Aschton vous défendez l'aérostat. On continue, on va passer.

C'était dit, et pas question de faire demi-tour, ce serait céder la place que trop aisément aux pirates. Malgré tout, ils ne s'en sortiraient pas sans quelquels « bang bang ». D'ailleurs, ces derniers ne se feraient assurément point tarder, les canons émergeant tout d'un coup d'un nuage noir le confirmèrent. Sur ce, Gelli parla. C'était devenu un réflexe, chez Guillaume, de réagir instantanément à cette voix qui retentissait dans son casque, qu'il savait tout juste derrière lui, coincée quelque part entre son siège et le squelette du véhicule. Ce qui était bien, c'est qu'il en était venu à ne plus remettre en question ce qu'il entendait, jamais, alors c'était se soulager des choix à faire avant d'agir. Mais ça, c'est un secret, il n'y avait que Guillaume, et Gelli sans doute, qui savaient. Du coup, les bons coups du Sous-chef, ils les co-signaients, en quelque sorte...

Droit vers la lumière. Il n'y vit pas grand chose, malgré la visière, mais s'y engagea sans hésiter, sans rouspéter, suivi des trois autres vaisseaux. La manoeuvre inattendue prit par surprise les pirates qui, vivement, mirent en joue les Sentinelles et leur protégé.

-Rambo, Aschton, vous allez monter, avec le marchand.

Tel que prévu par la fine navigatrice que Guillaume avait derrière lui, les coups de feu vinrent de côté. Contrairement aux deux autres chasseurs, celui du bleu quitta sa position, nez vers les étoiles, avant de passer au-dessus du gros aérostat, renversé sur le dos. Difficile de ne pas se laisser aller à quelques pirouettes, pour mystifier l'ennemi, bien entendu. Ainsi le chasseur se retrouva-t-il face à deux petits véhicules du type dragonfly, et tira, à son tour, en réponse aux attaques antérieures. C'est avec les deux vaisseaux à ses trousses que Guillaume fonça vers le gros noir, duquel, plutôt que des projectiles, tel qu'attendu, surgirent d'autres véhicules. Ils tirèrent, manquèrent leur cible de nombreuses fois, cible qui, tournoyant dans les airs, évitant les coups du mieux qu'elle le pouvait, se mit à tirer à son tour, sans dévier de sa trajectoire qui avait toujours pour aboutissement le plus imposant.

-Rambo, vous avancez?

Ils avançaient, du haut du ciel, très haut, passant au-dessus de la zone trouble. Ralentis par quelques attaques, contre lesquelles les deux Sentinelles surent efficacement se défendre, il n'en demeurèrent pas moins enlignés vers la fameuse mine, sains et saufs pour l'instant. Ne restait plus qu'à se concentrer sur les assaillants, fausses libellules qui sillonnaient le ciel en quête de viande. Guillaume n'avait jamais digéré le fait que ces engins de malheurs avaient été baptisés « dragonfly ». Les libellules, ça le connaît, et ces gros machins bruyants n'avaient rien de la subtilité de l'insecte. Elles ne méritaient, bref, que de s'écraser, tels les vulgaires machins volants qu'elles étaient, et rien de plus!!!!! AAAAAARGH! Ça venait, enfin, ce pourquoi dans les yeux du Sous-chef il y avait parfois ces éclats de sang qui étincellaient. Cette incrontrôlable envie de tirer, pas seulement pour le fait d'appuyer sur des boutons, mais pour toucher, le prenait et, obéissant à ses bienfaitrices pulsions, Guillaume tira, comme on tira sur eux, mais en évitant d'abîmer le chasseur. Un coup ne les ferait pas nécessairement partir en fumée mais...

-Rambo?
-Tout est sous contrôle, ici. On a dut tirer quelques coups, mais ça va, on avance...

On s'éloigne, aussi. Un chasseur contre la grosse mouche noire et ses petits, ça rendait la défense un peu fragile... À cette allure, ils ne tiendraient pas des lustres, et retourner auprès du gros marchand, c'était risquer d'amener la troupe de pirates avec. Well, well, well... Watson aurait-il une idée? Guillaume lui, tirait toujours, zigzaguant dans les nuages, faisant littéralement danser le chasseur sur la piste du ciel. Mais pour combien de temps!?!?! Oserais-je demander à l'avenir. Combien de temps!?! Le temps qu'il les abatte une à une, les maudites, tant que maman n'oserait-pas partir à la chasse aussi, ou tirer sa grosse langue visqueuse pour pêcher un poisson... Ou plutôt, une vraie libellule. Tan tan taaaan.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mar 2 Déc - 7:45

Watson réfléchit. Il réfléchissait malgré les guignolades de la situation, malgré l’apesanteur qui s’amusait à se retourner de temps en temps, malgré les « Humpf ! » les « HAN ! » et les « Pan ! », malgré l’haletante respiration de Sherlock dans le casque. C’était son boulot, et Watson n’était bon qu’à ça. La grosse mouche avait emmené toute sa famille pour venir tirer sur les Sentinelles, il en sortait de partout. Pourquoi un tel acharnement pour un pauvre aérostat vide ? Allez savoir. Ce n’était pas la préoccupation de miss cerveau pour le moment, là il fallait plutôt songer à un moyen de s’en sortir sans trop de bobo. Guillaume n’était pas mauvais pilote – il était même du genre très bon, mais ça aurait arraché la gueule à Gelli ne serait-ce que de le penser, ça lui ferait trop plaisir – mais il ne tiendrait pas des lustres à ce rythme.

Observant de l’arrière le mouvement des petites bêtes qui tournoyaient autour d’eux, et leur maman toute grasse, elle finit par sourire. Personne ne le vit, cet étirement de lèvres, mais elle aimait bien s’encourager comme ça.


- Heille laisse tomber, tu lui feras pas mal à la grosse. Remonte ou on se fait tirer, y’en a trop.

Voyant qu’il continuait à tournicoter dans tous les sens pour faire son malin – ou parce qu’il n’avait pas le choix, mais rien à foutre – elle se pencha en avant comme pour donner plus d’autorité à sa voix.

- Remonte j’te dis, rejoins les autres. Ils ne pourront pas nous suivre là haut !


Ou pas. En fait, elle doutait, la Gelli, de ce qu’elle venait de dire. Mais si il y avait bien une chose dont elle était certaine, c’était qu’ils se mettaient trop en danger à vouloir se les farcir tout seuls. Rester là à faire front avec un seul appareil relevait du suicide. Ce n’était pas la première fois que la jeune femme devait réfréner les ardeurs de son compagnon de vol… Il se laissait souvent emporter, ce grand gamin, dans des délires de garçons violents. C’était ça, être sentinelle. Sentinelle ET second. Fallait s’y faire.

Il obéit, et redressa l’appareil vers la petite troupe qui continuait sa route là haut. Comme elle l’avait prévu, les petites choses les suivirent un instant puis rebroussèrent chemin. Ils n’étaient pas assez équipés pour piloter à aussi haute altitude. C’était des amateurs, visiblement.


- Tu vois, j’avais raison.

Alors que la navigatrice faisait cette réflexion d’un ton très satisfait, un atroce bruit de mitraillette retentit à ses oreilles. Rien de très anormal, direz-vous, dans pareille situation, cependant il était beaucoup trop près. On les aurait suivi, même aussi haut ? Levant les yeux, elle aperçut un bébé mouche hargneux juste à coté d’eux, tous canons pointés sur la cabine de pilotage. Depuis quand ces bouses étaient-elles équipées d’armes latérales ? Et pourquoi donc n’avait-elle pas remarqué ce petit bijou rutilant parmi les autres ?

Par réflexe, elle dégrafa sa ceinture, se recroquevilla en urgence et s’aplatit au maximum contre ses genoux alors que la rafale lui éraflait le dos. Saloperie de pirate de merde ! Un bruit d’explosion lui indiqua qu’Ashton venait de mettre fin à la misérable existence de la libellule qui avait osé les suivre jusque là, et qui leur avait tiré dessus. Lorsqu’elle se redressa quelques instants plus tard, certaine que c’était terminé pour cette fois-ci, ce fut pour constater le piteux état de sa capsule. Le verre était criblé, comme du gruyère. A vrai dire, c’était plus régulier que ça. Il s’agissait d’une ligne horizontale continue de petits trous qui partaient vers l’avant, vers… vers la cabine de Guillaume.


- Guillaume ! Guillaume, ça va ? T’as rien ?

D’ici elle ne voyait rien. Et elle n’entendait rien non plus. Bordel, ils auraient abîmé sa radio aussi ? Vérification : ouais. Toute grillée la petite chose. Et à un cheveu près, Gaëlle y passait aussi. Pourtant le plus alarmant ce n’était pas la radio, ni même Guillaume… A cette altitude, l’air était rare, y respirer sans cabines pressurisées était impossible. Or la série de petits trous dans le cockpit de Gaëlle compromettaient radicalement cette pressurisation. D’ailleurs, tout ceci était résumé par cette jolie petite ampoule qui clignotait sur son cadran. Biiip biiiip biiip ! Alerte mademoiselle Gelli, vous ne pourrez bientôt plus respirer ! Par automatisme, celle-ci farfouilla sur sa gauche et dégota le masque à oxygène d’urgence, qu’elle appliqua sur sa bouche. Elle avait effectué ces gestes des milliers de fois, pendant l’entraînement. Quelque chose clochait… La bouteille d’oxygène à laquelle était relié le masque était située à ses pieds. Rien de grave jusque ici, sauf que…

- Putains d’enflures !

En jetant un coup d’œil à la jauge, Gaëlle venait de s’apercevoir que celle-ci indiquait clairement que la bouteille était presque vide. Qui était censé s’occuper de les remplir après chaque mission, hein ? Ces salauds de mécaniciens merdiques ! Ceux qui la reluquaient quand elle se rendait aux hangars, qui fumaient sous les appareils alors que c’était interdit, ceux qui s’occupaient du bizutage des nouvelles sentinelles ! Ces connards de tire-au-flanc ! Ils allaient ramasser quand elle reviendrait. Du moins, si elle s’en sortait…

Parce que là c’était mal parti. Le cerveau de Gaëlle lui intima de ne pas céder à la panique, parce qu’elle consommerait trop du devenu précieux oxygène. Elle se força à respirer lentement dans le masque. Il fallait qu’elle répare la radio, pour demander à Guillaume de redescendre au plus vite. Elle ne se faisait plus trop de soucis pour lui, vu que la machine ne volait pas n’importe comment. A sa droite, loin, elle pouvait voir le chasseur de Rambo. C’était tellement stupide, si il s’était un peu rapproché, elle aurait pu lui faire des signes, pour qu’il retransmette tout ça à Guillaume.

Personne ne semblait se douter de quelque chose. Ca arrivait de péter sa radio… Et la mine n’était plus très loin. Ils devaient se dire qu’ils s’occuperaient de ça une fois là bas, quand ils auraient mis de la distance entre eux et leurs agresseurs. Et puis si on se doutait aussi de la dépressurisation, personne ne pouvait deviner que ces cons de mécanos avaient omis de vérifier l’oxygène de la cabine ! Gaëlle renonça à bidouiller sa radio lorsqu’elle sentit que ses maigres réserves commençaient à racler le fond de la bouteille. Elle se plia alors en deux, comme tout à l’heure, et posa la tête sur ses genoux. Elle était tentée de crier, d’insulter les pirates, les mécanos, Guillaume, d’appeler à l’aide, de hurler pour qu’on l’entende… Pourtant elle respirait toujours aussi calmement, les doigts crispés sur ses chevilles. Fallait plus qu’elle s’agite. En fermant les yeux, elle se dit qu’elle était vraiment dans la merde.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mer 10 Déc - 4:27

C'est vrai, c'est vrai, j'oubliais que derrière notre superbe héros se trouvait en effet un cerveau. Et fonctionnel, celui-là. Par fonctionnel j'entends plus précisément apte à réfléchir, parce que réfléchir, l'organe de la pensée de Guillaume, lui, n'en était pas vraiment capable, au moment où la tempête de moucheron frappait. Taratatata, la musique des balles se perdait dans ce ciel que trop bleu, que trop grand. Avec pour instrument de prédilection son chasseur, le soliste Vollmer se faisait virtuose du tir. Dans une symphonie de « prout » explosifs, dans un crescendo de violentes embrassades métalliques, persistait le puissant pétard du pétulant numéro 2.
Et la voix dans son casque qui lui disait d'en faire autrement qu'à sa tête, pire encore, de laisser tomber, il l'ignorait. On ne dit pas à monsieur de laisser tomber, parce que monsieur peut parfois avoir l'égo aussi gros et pimpant que sa fière machine. Maman en sait quelque chose, pour avoir maintes fois crier ses ordres en menaçant de se faire exploser les veines du cou et du front, oui, elle en sait quelque chose. Alors bon, sourd se fit le pilote aux conseils plutôt insistants de celle qu'il se plaisait à appeler jadis son amie. Mais le bruit vint hélas à bout de lui et martela de force ses tympans qui se la jouait « talk-to-my-hand-'cause-my-face-don't-give-a-damn ». C'est tellement plus percutant en anglais. D'abord, un instant, le chasseur poursuivit dans les airs son étourdissant manège, question de défier encore un peu la pseudo-autorité et la raison, mais finalement remonta pour rejoindre la formation autour de l'aérostat.
Mais le pire, de tout ce bref épisode, ce fut cette... espèce de morale bidon à la Gelli tout craché. Biensur qu'elle avait raison, maudite! Pas besoin de le souligner et resouligner reresouligner milles fois! Elle allait finir par lui faire se casser les dents à force de tendre aussi durement sa mâchoire. Cette dernière, d'ailleurs, ne résisterait pas longtemps au silence. C'est en plein au moment où, inspiration prise, lèvres entrouvertes, Guillaume s'apprêta à dire à Gelli ce qu'il pensait de ses petits commentaires à la noix, que l'autre imbécile se décida à tirer. Pas vu, le con. Et pas sentie, la balle. Dans la vitre, ça avait fait une jolie courbe de petit points tous de la même grosseur. La réaction d'Aschton fut plus rapide que celle du Second, qui dans les faits, ne réagit tout simplement pas, se contentant de garder l'appareil le plus stable possible. L'une de ses mains, automatiquement, était venue chercher le masque à oxygène. Ça allait, tout allait très bien. Ça pinçait, mais ça allait, hein que ça allait! Sûr, que ça allait.

-Gelli? ... Punaise.

La radio, la pauvre, toute explosée qu'elle était, elle ne servait plus à grand chose. Malgré tout, du silence des Sentinelles naquit un consensus. On suivrait le chef, on se poserait quand il se poserait, et là, seulement, on verrait ce qu'il en était. La mine de cobalt n'était plus bien loin et, les pirates n'oseraient pas attaquer là. Ils reviendraient, assurément, mais ils devaient éviter que pour quelque raison qui soit, la mine ne soit plus en opération. Un navire marchand leur aurait été fort utile, même vide, question de se procurer ce dont tout fabriquant d'engin volant a besoin pour la composition de ces superalliages sur lesquels reposent le principe de la turbine, le cobalt. La course, à ce stade, était gagnée d'avance par les Sentinelles et le ventru. D'ici quelques minutes ils se poseraient.
Dès que la piste d'atterrissage fut en vue, Guillaume s'empressa d'y engager son chasseur, entamant une brusque descente. Immobilisé au bout de la piste, le véhicule fut rapidement rejoint par le reste de la troupe et, les unes après les autres, les vitres se soulevèrent pour libérer pilotes et navigateurs. Guillaume ne bougea pas tout de suite, il retira d'abord son casque et le masque à oxygène, se détacha et respira. Encore ce pinçement. Et en bougeant, la douleur s'amplifia.

-Gelli?

Elle aurait dut répondre, maintenant, mais non, toujours pas. Rambo venait les rejoindre et Aschton s'occupait du stagiaire pendant que le pilote de l'aérostat rejoignait des gens de la mine venus à leur rencontre. Et Guillaume, s'efforçant d'ignorer ce qu'il se convainquait n'être qu'une ecchymose, se leva afin de voir ce qu'il en était de sa navigatrice. Coinçée dans son minuscule habitacle, inconsciente, cette vision de Gelli faillit faire perdre pied au bleu, mais la réaction fut plus rapide que l'émotion et, aussitôt, il se pencha pour l'agripper du mieux qu'il pouvait, se coinçant à son tour dans ce ridiculement réduit espace. Un bras sous les épaules et l'autre sous les genoux, il parvint ainsi à la hisser dans ses bras et, aidé de Rambo, put enfin descendre du chasseur.

-Laisse-moi la porter, Guillaume.
-Ça va.
-Guillaume...
-Prends... Prends ma...le... l'oxygène.

Bien qu'hésitant, voyant que Guillaume ne lâcherait pas prise, Rambo s'exécuta au pas de course pendant que son chef posait Gelli sur le sol, le visage rougi par l'effort et s'efforçant de maîtriser la grimace que l'élançement, tenace, tentait de lui tirer.
Elle ne respirait plus et n'avait plus de pouls. Sans attendre, Guillaume releva le menton et pinça les narines de sa Gelli, se pencha sur elle et, bien qu'essoufflé, parvint à lui insuffler son air à lui, ses lèvres couvrant les siennes pendant que dans sa tête, il y avait des chiffres, énormes, si énormes qu'il n'en vit plus le visage de Gaëlle. Des comptes et des gestes, c'est bientôt tout ce qu'il restât de Guillaume. Jusqu'à ce qu'une main ne s'accroche à son épaule et ne le tire vers l'arrière.

-C'est bon, elle respire.

Elle respire. Oui, c'est ça, elle respire... De nouveau sur ses deux pieds, une fois que les taches noires envahissant son champ de vision se disperçèrent, il put à son tour constater qu'en effet, sous le masque que Rambo tenait sur son visage, Gelli respirait. À son tour, il se devait de respirer, et c'est ce qu'il fit, en marchant, s'éloignant quelque peu du groupe qui s'était formé autour d'eux. Le stagiaire allait bien, Aschton aussi, et déjà, on transportait Gelli sur une civière, vers un bâtiment qui ressemblait à rien de moins qu'un très gros chalet en bois rond. Ils étaient une dizaine, suivis des Sentinelles, suivies de Guillaume, à marcher derrière la civière. Une fois dans la bâtisse dont, soi-disant passant, l'intérieur avait, à l'image de l'extérieur, un style dans le genre « sympathiquement rustique », ceux qui portaient Gelli se dirigèrent vers une chambre, accompagnés d'une femme à large chapeau et à lunettes, alors que le reste du groupe, mineurs et Sentinelles, prirent place dans le salon. Sauf Guillaume qui, ayant dès son entrée repéré la salle de bain, s'empressa de s'y enfermer.
Sa combinaison à demi retirée, il put enfin constater l'ecchymose, ou plutôt la plaie qui, salement, déchirait la peau et traversait la chair. Tout juste au-dessus de la hanche, la balle avait pénétrée, avait broyé, et était ressortie en frôlant peut-être bien une côte, ni vue ni connue, pour terminer sa course dans le banc de pilote, cachée dans le rembourrage. Ce n'était pas la fin du monde, se dit Guillaume en soupirant. Il suffisait d'arrêter le saignement, pour l'instant et, plus tard... plus tard, il n'aurait qu'à désinfecter et... Ça irait.Ça allait toujours. Il mouilla une poignée de papier de toilette et l'étendit sur la blessure, s'improvisa une ceinture de papier sec pour tout faire tenir puis renfila le haut de sa combinaison et enfin, ressortit. Rambo l'attendait de l'autre côté de la porte.

-Ca va?
-C'est à Gelli qu'y faut demander ça.

Il avait l'intention de le faire et ne se fit pas attendre, camouflant son mal de façon plutôt réussie, tant par sa démarche qui se voulait naturelle, son attitude et sa main droite qu'il s'obstinait à garder plaquée près de sa hanche.

-Alors Gelli! Toujours pas morte!? Lança-t-il en s'échouant avec soulagement dans un fauteuil près du lit dans lequel on avait installé la rescapée.

Bras croisés, Guillaume posait sur Gelli, malgré le sourire qu'il s'était cloué au coin des lèvres, un regard soucieux, voire légèrement obsédé. Il guettait les signes, aussi discrets soient-ils, pour s'apaiser la conscience, mais plus que tout, pour définitivement chasser de son esprit la peur qui le hantait, celle de perdre définitivement sa sienne d'amie à lui.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mer 10 Déc - 15:43

Ce fut comme si elle s’éveillait d’un très long et profond sommeil. Tout d’abord elle vit le plafond en bois, se demanda où elle était, se redressa légèrement, constata qu’elle avait autant de forces qu’un nouveau né puis retomba mollement sur l’oreiller. Son cerveau peinait à se remettre en marche. Une chose lui paraissait très importante, une chose qui lui rappela tout ce qui était arrivé…

-Je vais les tuer…

Les mécanos de la tour Mirage, aussi bien roulés qu’ils soient, avaient du souci à se faire quant à leur intégrité physique. La folle furieuse que serait Gaëlle au retour allait leur en faire voir des belles avant de s’estimer vengée. Bon sang, elle avait frôlé le désastre ! Ils apprendraient bien vite à s’occuper correctement des appareils avant les missions…

Et Guillaume ? Guillaume avait essuyé la rafale lui aussi ! Elle regarda autour d’elle, nerveuse autant qu’elle pouvait l’être dans son état, et n’aperçu aucun autre lit, ce qui la soulagea à moitié. Elle devait se trouver aux mines. Comment avait-elle tenu sans oxygène jusque là ? De la chance, sans doute, beaucoup de chance. Et ces mécaniciens de malheur ! Grognant, elle se tortilla dans ses draps sans parvenir à s’en extirper complètement. Il fallait qu’elle aille voir les autres.

L’autre entra à ce moment là, suivi par le colosse aux gros muscles qu’elle adorait. Guillaume avait une drôle de démarche.


- Alors Gelli ! Toujours pas morte !?

- Crétin…

Elle lui sourit, et sourit à Rambo aussi. Décidément, les missions ces derniers temps se soldaient souvent par une catastrophe, pour elle. La dernière fois, c’était à l’épaule qu’elle s’était blessée. Là, c’était la faute de Guillaume. Et cette fois-ci… C’était la faute des mécanos ! Gelli grogna.


- Dis, Brutasse, tu m’aideras à faire la peau aux salopettes du hangar douze ? Je peux très bien me démerder seule, mais je suis sûre que ça t’amusera aussi.

Il la regarda, perplexe.

- Tout ce que tu veux, mais…

- C’est à cause d’eux ! Ma bouteille d’oxygène était vide !

Elle toussa, ayant présumé de ses capacités. Elle n’aurait même pas eu la force de soulever un bras, tellement elle était vidée !

- Du calme, hein. Si tu veux leur péter la gueule, je veux bien en être, mais tu récupères d’abord. Quand t’arriveras à me surprendre, je considèrerai que t’es remise. Pas avant !

Gaëlle fit la moue. Il ne perdait rien pour attendre… Mais c’était pas con ce qu’il disait. Elle jeta alors un coup d’œil à Guillaume, calé dans son fauteuil, et croisa son regard. Cela l’embarrassa. Elle l’avait rarement connu aussi sérieux. Il ne fallait pas qu’il se fasse du souci pour elle, chaque seconde qui passait lui rendait un peu de vitalité. Dans quelques minutes, elle pourrait sûrement se lever… En étant optimiste.


- Rambo ! Viens voir !

La voix d’Aschton paraissait étouffée, du salon. Brutasse fit un signe de tête aux deux sentinelles avant de quitter la pièce. Gaëlle se risqua alors à regarder encore une fois Guillaume. Quelque chose n’allait pas, elle le connaissait trop bien pour ne pas s’en rendre compte. La tête tournée vers lui, bien emmitouflée dans l’édredon, elle l’observa
.

- T’as pris du ventre…

Du bout du nez, elle désigna un bourrelet suspect qui saillait sur son petit bidon de beau mec bien foutu, et fronça les sourcils. Il y eut un moment de flottement. Elle releva brusquement les yeux sur son visage, le sien prenant soudain une expression horrifiée.


- Guillaume !

Faisant preuve d’abnégation quant à son propre état, elle se jeta littéralement hors du lit et atterrit à genoux juste devant lui. Avec des gestes désordonnés, elle essaya d’atteindre la fermeture éclair de son uniforme, avant de se rendre compte que c’était stupide. Ses mains se posèrent alors sur ses deux genoux bioniques. Rattrapée par sa faiblesse, son menton vint bientôt les rejoindre. Pourquoi s’affolait-elle ainsi ? Il était encore capable de coller un sourire niais sur son visage, c’était que tout allait bien ! Mais curieusement, depuis qu’il avait eu cet accident qui lui avait coûté ses jambes, elle ne pouvait plus supporter de l’imaginer souffrir. Avec des gestes tremblants, elle passa deux doigts sur le bourrelet suspect et les mena à sa bouche. Du sang… Elle ne s’était pas trompée. Presque suppliante, elle imposa son regard au sien. Il n’était plus question de rire.


- Qu’est ce que tu as ? Laisse moi voir… S’il te plait.

Pas question de le laisser s’en tirer. Gaëlle savait très bien qu’il refuserait de se laisser examiner. C’est un vrai garçon, du genre fier et intouchable. Pour l’empêcher de fuir, elle se hissa sur ses genoux. Il ne sentait rien, c’était du métal tout ça. A vrai dire, il aurait très bien pu se lever quand même, mais en la laissant tomber au sol. Et elle pensait bien que cette seule idée l’empêcherait de n’en faire qu’à sa tête. Du moins elle l’espérait…

Pour accélérer les choses, et tant l’inquiétude l’emplissait de panique, elle tira un peu sur la fermeture éclair et tenta de dégager l’une de ses épaules. Cependant ses doigts glissaient sur le tissu sans parvenir à le faire bouger d’un pauvre centimètre, elle ne faisait que le griffer. C’était terrible d’être ainsi impuissante, de se sentir si démunie… Surtout dans cette situation. Incapable de se tenir plus longtemps, elle s’appuya complètement sur lui, le plus délicatement possible pour ne pas lui faire mal. Elle ne pesait pas bien lourd, la Gelli, c’est à peine si il devait la sentir, tout son poids alors concentré sur ses bioniques de jambes. Fermant les yeux, elle posa la tête sur son épaule.


- J’aurais dû te dire de remonter plus tôt…
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Lun 15 Déc - 6:07

Tout de même, se disait Guillaume derrière son masque d'imperturbabilité en disséquant chaque mouvement de Gelli, la parole avait beau être le signe le plus hypocrite qui soit, le fait que la miss s'y adonnait de nouveau avec autant d'humeur était quelque peu rassurant. Malgré tout, les longues heures accumulées du Second à ainsi déshabiller les gens de leur carapace lui avaient appris que la parole, c'était la pire imposteure qui soit, trop facile, en plus, elle se justifiait pour tout le reste, pour protéger, comme un genre de réflexe de survie, peut-être. Ça par contre, il faut dire qu'il n'y avait pas tellement songé, s'étant contenté d'observer, de noter, mais pas tant d'analyser en profondeur. C'était pas son travail, de réfléchir autant... Heureusement, sinon il aurait fait livreur de pizza. Ou alors, dompteur de libellules.
Cependant, s'il avait, tout au long de ses années d'existence, pris la peine de penser davantage, peut-être n'aurait-il pas été aussi susceptible et peut-être, en cette journée très pécise, ne se serait-il pas imaginer entrain d'étrangler de ses propres mains une de ces salopettes, comme les appelait gentiment Gelli, question de leur faire comprendre ce que ça faisait de manquer d'air. Une simple leçon, au fond... Mais les images dignes de films d'horreur dans la tête de Guillaume furent bien vite chassées par la toux de Gelli. Parce que oui, elle toussait! Elle toussait! Le sérieux du bleu se fit alors encore plus sérieux., son regard encore plus aiguisé car, devenu rayon X, il s'infiltrait, fouillait, mémorisait, accumulait les preuves du crime.
Alors que Rambo rejoignait Aschton et les mineurs, Guillaume pas une fois ne détourna le regard, moins que curieux de savoir ce qui se passait de l'autre côté du mur. Lui il était ici et n'en sortirait pas avant d'être sûr de ne pas se retrouver soi-disant « seul au monde » dans les minutes à venir. Oui, oui, ça faisait un peu dans l'égoisme, son truc, d'une certaine manière, mais pour avoir si peur de la perdre, la brunette, fallait qu'il y tienne quand même un peu, non... Si concentré qu'il était qu'il ne vit pas venir le gros oeil observateur de Gelli, et ne vit rien d'autre à songer que « Punaise » lorsqu'elle remarqua l'enflure dans sa jadis si sexy combinaison. Heureusement pour lui, il trouva autre chose à répliquer.

-Non.

Il n'avait pas pris de ventre, le Guillaume, elle délirait, elle était presque morte, alors rien de plus normal. Sur ce, il s'empressait de verrouiller les cadenas sur son masque de fer. Pourvu que ça marche, se dit-il pendant les quelques secondes perdues dans l'espace qui le séparèrent du mauvais quart-d'heure à venir pour son superbe masque, car oui, l'assaut repris. La neutralité céda cependant sa place à un petit sourire accroché au coin de la bouche, précédé d'un regard résigné à l'adresse des étoiles. La seconde d'après, il reçevait sa Gelli à ses pieds, plutôt à ses genoux, sur ses genoux, appuyée dessus. Parce qu'en plus elle se faisait tragédienne, maintenant. La belle scène... Elle irait bien, sa grande-gueule d'amie, fallait seulement laisser le temps à l'oxygène de se rendre à tous les neurones de son cerveau extra-large.

Bizarrement, Guillaume se surprit à ne répondre rien du tout lorsque Gelli lui demanda de lui laisser voir sa blessure. Il ignorait s'il voulait qu'elle voit ou pas. Normalement, il aurait clairement dit non, se serait peut-être même fâché, se serait sans doute levé et aurait remis la curieuse dans son lit sans plus de cérémonie, mais là, non. Il avait la plaie pour le calmer, c'est certain, mais quand même. Au fond de lui (mais pas si profondément...) il savait qu'il y avait quelque chose d'agréablement charnel à se sentir déshabiller par les fines et faibles mains de Gelli. En fait, plutôt que de le savoir, il le ressentait tout simplement, réduit à le vivre par la langueur à laquelle il se voyait forcé petit à petit, goutte à goutte. Si ce n'avait été de la regarder à son oeuvre, luttant contre le tissu de la combinaison, il se serait laisser aller à l'étourdissement et aurait cesser de lutter contre la gravité qui tirait sur ses paupières. Sorcière.

-J'aurais dû atterrir avant.

Il tint bon et garda ses yeux bien ouverts tandis qu'il sentait sur son épaule le poids de la faiblesse de Gelli. Ses bras, sans qu'il n'y réfléchisse, vinrent glisser contre le dos de celle que Guillaume croyait presque endormie. Une main trouva appui dans le creux des reins et l'autre sur la courbe de la taille. C'était plus que doux, c'était agréable, physiologiquement agréable, mais avant de glisser sur la pente de la lascivité, il céderait à l'abattement, évidemment... Il aurait tout juste le temps de laisser couler ses mains sur elle, de contracter les muscles de ses bras dans un dernier effort, pour la sentir plus près, il aurait tout juste le temps d'appuyer sa tête contre la sienne, et de songer à abandonner la lutte contre l'envie de fermer les yeux, lui aussi.

-Ah non!

La femme au chapeau venait de refaire apparition dans la pièce, mais sans son chapeau, et croyait, d'après ce qu'elle voyait que, s'étant levée, Gelli s'était évanouie et donc, c'est avec empressement qu'elle s'approcha, sous le regard désormais bien alerte de Guillaume.

-Vous voulez bien la remettre sur le lit!

Ce n'était pas une question. Aussi le Second rassembla-t-il ses forces, une fois encore, pour se hisser sur ses deux jambes avec un poids en plus dans les bras. La femme tenait l'édredon et, lorsque Gelli fut déposée sur le matelas, la recouvrit avec.

-Voilà. Vous pouvez rejoindre vos collègues, je veillerai sur elle.

L'offre, bien qu'autoritaire, se voulait sans doute aimable, mais Guillaume n'avait pas l'intention de se priver du confort et de l'intimité de cette chambre. Il souffrirait en paix, en d'autres mots.

-Non, ça va, merci.
-Vous devez être fatigué, vous devriez aller manger et vous reposer avec les autres.
-Non.
-Ils doivent avoir besoin d'aide, pour décharger l'aérostat...
-Je ne crois pas, non.
-Vraiment?
-Non. Euh, oui, oui.
-Ah... Bon... Dans ce cas... Si jamais il y a quoi que ce soit, vous m'appelez, je serai dans le salon. Je suis Jazmine.
-Merci.

Enfin. Elle repartit en manquant de se coincer le nez en fermant la porte. De nouveau seul avec Gelli, Guillaume se laissa tomber assis à ses côtés sur le matelas en soupirant. Ses jambes avaient beau être plus solides que sa volonté, la fatigue savait venir à bout du reste. Se croyant unique individu conscient dans la pièce, il entreprit de se défaire du haut de sa combinaison de nouveau, pour refaire, ou du moins replacer, le faux bandage qu'il s'était improvisé et qu'il devinait à l'avance plus ou moins récupérable, même si peu de temps après l'avoir appliqué. La fermeture éclaire se fit docile sous ses doigts et s'abaissa jusqu'au bas de son ventre. Du mieux qu'il le put, il défroissa le papier, replaca, resserra...
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mar 16 Déc - 10:43

La main de Gaëlle se fit serpent. Ondulant sous les draps de manière à provoquer le moins de plis possible, elle se dirigeait lentement mais sûrement vers Guillaume. Vers les fesses de Guillaume en l’occurrence, puisqu’il était assis. Kssss… Gaëlle avait feint l’inconscience tout à l’heure, certaine qu’elle trouverait alors l’occasion de tirer les vers du nez de son ami. Et son plan génialissime avait marché… Quoique, elle avait été à deux doigts de s’endormir pour de vrai, ainsi blottie contre ce corps si chaud. Elle avait senti les bras de Guillaume la serrer contre lui et n’avait pu s’empêcher de ressentir une profonde émotion, comme lorsque l’on regarde un film très triste mais très beau à la fois. Heureusement, son self-control légendaire l’était bel et bien, elle avait parfaitement bien joué les endormies.

Maintenant le bleu était tombé dans son piège. De là où était sa tête, Gelli avait une parfaite vision de son dos. Un beau dos tout musclé… Mais il n’était plus question de gourmandise, la folle était véritablement inquiète. Comme elle l’avait deviné tout à l’heure, l’imbécile avait bandé son torse avec du papier toilette. Il s’était pris une balle, c’était évident.

Le serpent s’immobilisa à quelques centimètres de sa proie. Statique une seconde ou deux comme pour analyser la situation, il finit par frapper soudainement. L’instant d’après, il maintenait ferment dans sa gueule aux crocs acérés le haut de la combinaison de Guillaume, qui était maintenant en bas. Faudrait pas que l’autre ait l’idée de remonter ça pour cacher encore une fois sa blessure.

Gelli ne dit rien. Elle se redressa péniblement et s’assit derrière Guillaume afin de faire le moins d’efforts possible. Elle avait beau faire la bravache, les forces lui manquaient toujours. La main toujours serrée sur sa combi enroulée, elle se mit à genoux puis posa l’autre main sur l’épaule de Guillaume. Elle grogna en apercevant le sang, qui maculait déjà le rudimentaire bandage, par-dessus l’épaule du bleu.


- Foutue fierté masculine !


Posant ses deux mains de part et d’autre de sa nuque, elle le tira doucement vers l’arrière pour l’enjoindre à s’allonger sur le lit. C’était lui le malade, pas elle. Il ne laissait rien transparaître, mais il souffrait, et cela lui faisait mal à elle aussi. Tout ce sang, déjà… Avec mille précautions, elle souleva le papier imbibé pour découvrir la plaie. Sa bouche se tordit en une grimace.

Gaëlle réfléchit. Elle allait s’occuper de lui, bien sûr, mais où trouver le matériel nécessaire ? Avisant la porte d’un petit réduit, juste à coté du lit, elle pensa qu’elle y trouverait sans doute de quoi soigner son Guillaume. Elle se pencha vers la cause de son inquiétude, arrêtant le mouvement juste quand leurs deux nez allaient se toucher. Là, elle l’avait bien en face des mirettes.


- Ecoute-moi bien, Guillaume, je vais aller chercher des trucs là dedans. Si tu bouges, ou même si t’essayes de bouger, je vais alerter la gentille dame de tout à l’heure, je suis sûre qu’elle sera ravie de te tripoter le bide.

Hors de question de laisser une autre femme toucher Guillaume maintenant, bien sûr, mais celui-ci n’était pas censé connaître le point de vue de Gelli sur la question.

Une fois sûre de s’être bien fait comprendre, elle se redressa en s’aidant de ses bras et se leva. Comme tout à l’heure, la pièce tangua dangereusement, mais c’était déjà moins pire. Elle parvint à se maintenir à l’état vertical grâce à de silencieux efforts, puis tourna la tête d’un air furieux vers son malade, pour s’assurer qu’il ne bougeait pas. Bien ? La porte ne se laissa pas ouvrir facilement, la jeune femme dû appuyer dessus de tout son petit poids faiblard pour qu’elle ne daigne enfin ouvrir sa grande bouche. Le truc derrière, c’était bien un réduit, un réduit tout poussiéreux. Gaëlle toussa encore, s’enfonçant dedans. Il y avait des choses un peu partout, mais ça se voyait que le bâtiment était une infirmerie. L’exploratrice découvrit des bandages dans un tiroir, mais aucune trace de désinfectant. Il y avait des pansements aussi, et elle sourit en imaginant Guillaume, le grand et sexy Guillaume, avec un gros pansement sur le ventre.

De retour auprès de lui, les bras chargés de ses trouvailles, elle s’affala sur le lit et dû secouer la tête pour reprendre un peu ses esprits. C’était comme si elle avait bu, à ceci près qu’elle avait déjà envie de vomir. Toujours silencieuse car très concentrée sur sa tâche, elle se saisit une nouvelle fois des épaules de Guillaume et le releva en position assise. Sans lui demander son avis, elle se mit à lui enrouler les bandages autour du ventre en serrant un peu. Ses gestes étaient tremblants et maladroits, mais rien n’aurait pu l’arrêter à cet instant. Elle s’occupait de son bleu, et tentait de soulager sa douleur. Il n’y avait qu’elle qui pouvait s’en occuper à cet instant, pas vrai ? Mais c’était piteux. Son truc ne ressemblait à rien. Dès qu’elle eu fini, et qu’elle se recula pour admirer son œuvre, le tout s’effondra pour aller pitoyablement s’enrouler autour des reins de Guillaume. Le coton déjà écarlate tomba même au bas du lit.

Alors Gaëlle fondit en larmes. Elle eu juste le temps d’enfouir sa tête entre ses mains. Les épaules secouées de sanglots irrépressibles, elle sentit les barrières céder unes à unes. Toute la tension retombait maintenant, sans toutefois disparaître complètement. Stupides bandages ! Tout à l’heure, dans le minuscule cockpit, toute recroquevillée sur elle-même, elle avait eu le temps de faire une prière adressée à la déesse de la lumière avant de perdre connaissance. Et elle avait pensé très fort à sa mère aussi. A sa mère et à sa tante. Lorsqu’elle avait fermé les yeux, elle était certaine de ne jamais plus pouvoir les ouvrir de nouveau… Ce n’était pas comme si elle s’était résignée à mourir, mais son esprit analytique avait déduit de toutes les informations qui lui étaient tombées dessus comme une avalanche que les chances qu’elle avait de survivre étaient trop minces pour se faire des illusions. Se réveiller ainsi dans cette pièce, Guillaume à ses cotés, avait été comme une renaissance. Elle n’en prenait conscience que maintenant, en même temps que sa nullité en matière de premiers soins. Et ce gros con était blessé !


- Je suis… désolée, Guillaume. Pardonne moi, je n’arrive même pas à… te soigner correctement…


Et elle pleurait, en ayant l’impression qu’elle ne pourrait jamais s’arrêter de le faire. C’était plus fort qu’elle, elle se sentait bien, mais aussi très mal, elle était soulagée à l’extrême d’être toujours vivante et bien vivante, et inquiète comme jamais en imaginant la douleur de Guillaume.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mer 17 Déc - 3:18

Il y avait cru. Non seulement il avait cru au sommeil de Gelli, mais aussi, lorsqu'elle fut « réveillée », il crut que le repos qu'il n'osait que timidement espérer viendrait enfin. Que Rambo ou Aschton s'occupent de lui, que cette Jazmine s'occupe de lui, ou encore que n'importe qui d'autre en prenne la responsabilité, il ne conçevait pas. Guillaume, on le récupérait quand il constatait qu'il n'était plus fonctionnel, c'est comme ça qu'il voyait les choses. Tant qu'il pouvait opérer correctement, ou presque, il ne voyait pas l'intérêt à s'abaisser à l'état de malade, ou blessé, ou qu'importe, de façon selon lui prématurée ou encore possiblement inutile.
Et donc, ayant crut en la bonne volonté et capacité de sa Gelli qui semblait plutôt remise, en tous cas de son point de vue, Guillaume, étonnament docilement, s'était laissé guider par ces mains que sa perverse mémoire avait à jamais emprisonnées en elle, et plus précisément ces mains occupées à défaire des fermetures éclaires. Pour l'instant par contre, il n'était plus question de déshabillage et de lubriques pensées, car de toute façon, le bleu doutait qu'il serait en état de les accomplir. Sa Gelli, il la regardait parler sans vraiment l'écouter, il savait rien que par l'expression sur son visage qu'il ferait très bien s'il se contentait de rester là. Bref, tantôt assis, tantôt couché, sa confiance était placée entre les mains de Gelli, qu'il ne sentit d'abord pas malhabiles. La réalité s'avéra différente, il le vit bien, lorsque de nouveau assis, le bandage qu'il avait à la taille tomba mollement. Tête baissée, il regarda les taches de sang sur la longue bande blanche sans ciller, comme surpris, mais sans plus. Il allait relever la tête pour lui dire, pour qu'elle revienne placer le bandage, pour qu'elle se penche peut-être encore une fois sur lui, pour qu'elle l'aide, elle, et personne d'autre, mais il ne dit rien, parce qu'elle pleurait, maintenant.
Gelli pleurait, le visage enfoui dans ses mains, et elle pleurait à cause de lui. Si seulement il avait évité cette fichue balle, elle aurait pu se reposer en paix. Y'en avait toujours que pour lui, même le destin se mettait de la partie.

Devant les sanglots, il ne savait pas quoi faire. D'abord, il figeait, parce que l'instinct de consoler, de réconforter, Guillaume ne le possédait pas. C'était lui, qu'on avait toujours consolé, mais surtout, le fait qu'il s'agisse de Gelli rendait les choses plus complexes encore pour ses méninges qui se débattaient dans un océan de résolutions pour ce problème précis. Peut-être qu'il devrait se lever, la rejoindre, la prendre dans ses bras et lui dire que ce n'était pas sa faute, qu'elle était faible et que c'était normal, qu'il aurait dut demander à Rambo ou... Jazmine de le soigner, peut-être bien. Mais tout ça, le dire et le faire surtout, c'était s'avouer en tort et agir comme quelqu'un qu'il n'était pas. Et puis, dans l'état où Gelli était, il était clair qu'elle n'était pas en mesure de l'aider. Elle lui avait dit qu'elle s'occuperait de cette maudite blessure, et maintenant elle lui démontrait qu'elle en était incapable. Elle l'obligeait à aller voir ailleurs, à piler sur son orgueil et à quémander l'aide d'autrui.

-Mais arrête, Gelli! Arrête de pleurer! Fit Guillaume, impatient.

Aussi, il ne comprenait pas vraiment pourquoi elle pleurait. C'était bébé, de pleurer juste parce que le bandage n'avait pas tenu. Elle ne pleurerait jamais pour ça... Non? Et puis, on finirait par l'entendre, l'autre côté. D'ailleurs, en y pensant, Guillaume s'efforça de remettre rapidement sa combinaison, ignorant le sang qui reprenait sa fuite. Cependant, en se tournant pour enfiler sa manche gauche, le tiraillement fut à tel point pénible qu'il laissa s'échapper une plainte bien audible. À peine le temps d'en prendre conscience et Rambo débarquait.

-J'le savais. Lâcha-t-il aussitôt.

Il avait beau apprécier le Second, il lui avait toujours trouvé de désagréables comportements d'enfant gâté et de trop fier inconscient. Il était égoïste. Parce qu'il savait que Gelli ne dirait rien s'il lui demandait de ne rien dire, il devait avoir insisté pour qu'elle le soigne. Ainsi allait la logique de Rambo. Il n'alla d'ailleurs pas vers Guillaume, mais vers Gelli, dont il entoura les épaules d'un de ses gros bras.

-JAZMINE, Y'A
-Ferme-la Rambo.

Sa combinaison presque correctement renfilée, Guillaume s'était levé, boitant désormais ouvertement, et s'était arrêté, le visage à quelques centimètres de celui de la Sentinelle, pour sèchement lui siffler ces trois mots, avant de poursuivre son chemin en remontant la fermeture éclaire de son vêtement, croisant au passage la Jazmine qui revenait au trot.

-Qu'est-ce qu'elle a!?
-Ça va, je peux m'occuper d'elle, c'est Guillaume.
-Je vois.

En fait, elle voyait vraiment, parce qu'en passant, le bleu avait semé des gouttelettes rouge sur le plancher de bois. Il n'eut d'ailleurs pas le temps d'aller bien loin que la poigne de fer de la dame lui serrait l'épaule.

-Hum...Guillaume, c'est ça?

Il ne savait plus trop ce qu'elle avait dit après, ni ce qu'il avait grommelé en réponse, mais il l'avait suivie jusque dans une pièce, s'était assis là où elle lui dit de s'asseoir, et avait détaché, encore, sa combinaison, tel que demandé, ou plutôt ordonné. Elle était revenue avec des trucs, il avait grimacé, parce que ça avait chauffé, mais après, tout s'était apaisé, et il avait laissé sa tête aller contre le dossier, avait fermé les yeux, enfin, pendant que Jazmine terminait d'appliquer un bandage en parlant d'il ne savait trop quoi. Tout ça, c'était trop... Rambo et son « j'le savais » de merde, Gelli qui s'était mise à brailler, son trouble total devant la scène, et cette blessure, du sang qu'elle lui tirait lui volait ses forces, et cet endroit, de monts de terre et de gris, c'était trop. Une fois remis, Guillaume retrouverait son chasseur, ses hommes et son ciel. Là, tout le reste serait voué à demeurer sur la terre ferme, il ne resterait plus que les Sentinelles et les Pirates. Et quand il redescenderait, alors il y aurait sa Tour, sa Madame Mercure, son ami Kris, sa grosse porte sévère, son chocolat et... ben sa Gelli.

-Ah non!

Elle était encore là, elle!? De son index elle l'avait poussé à reposer ses fesses dans le fauteuil alors qu'il avait entrepris de tenter de se relever.

-Faut j'vois si elle pleure encore...
-Elle pleure encore.
-Menteuse.
-C'est vrai, elle a dut cesser de pleurer, maintenant...

Peut-être, qu'est-ce qu'il en savait. Et qu'est-ce qu'elle en savait, surtout.

-Qu'est-ce que vous en savez!?
-Rien.
-Rien.

Bon.

-Bon. Je vous laisse, j'ai une soupe sur le feu. Et vous, vous restez ici, vous gardez vos yeux fermés et vous arrêtez de saigner.

Deux petites minutes et il irait voir, juste pour être sûr, se dit Guillaume en se calant dans le fauteuil, paupières closes, juste deux minutes...
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mer 17 Déc - 16:45

Heureusement qu’il y avait Rambo. Autant il pouvait faire le mur – au sens propre – quand les circonstances l’exigeaient, autant il pouvait se montrer délicat et tout doux. Gaëlle se blottit dans ses bras comme on se blottit dans son lit quand il fait froid et que les draps sont chauds. C’était tout dur, mais très agréable quand même. Il posa ses deux grosses mains dans son dos et l’attira contre lui dans un geste consolateur tandis qu’elle continuait de sangloter sans pouvoir s’arrêter. Du coin de l’œil – humide – elle vit Guillaume qui sortait en compagnie de la guérisseuse ou un truc comme ça. Ca la rassura un peu. Au moins il était entre les mains de quelqu’un qui savait y faire, pas d’une grosse empotée maladroite et geignarde.

Ce n’était pas son genre de pleurer comme ça, à la Gaëlle. Mais là… c’était plus fort qu’elle, un de ces moments où on craque et où plus rien ne peut stopper ces larmes et ces sanglots. Ca faisait du bien, elle avait l’impression de se vider petit à petit. Normalement elle ne le faisait jamais. La seule fois où elle avait pleuré devant Guillaume c’était quand elle l’avait vu à l’hôpital, juste après l’accident qui lui avait coûté les jambes. Elle se souvenait l’avoir insulté pour la forme, avoir sorti une blague très nulle du genre « t’aurais pu trouver autre chose pour te faire offrir une chirurgie plastique des mollets », lui avoir pris la main et avoir fondu en larme, comme aujourd’hui. Et comme aujourd’hui, il n’avait pas sû quoi faire, quoi dire. Il lui avait demandé d’arrêter, sans doute parce que ça le mettait mal à l’aise, elle avait tenté de retrouver son calme, mais n’y était pas parvenue. Le point commun entre ces deux situations ? Les blessures de Guillaume. Même dans cet état, elle fit le rapprochement. Il n’y avait qu’à espérer que lui ne le fasse pas…


- J’ai eu peur…
- Je sais.

Il la berçait doucement.

- J’ai cru que je vous reverrai pas…
- … Dur.
- Comment vous avez fait pour me sortir de là ? J’aurais dû y rester.

Il soupira, comme si il réfléchissait à ce qu’il allait dire.


- Faut croire que t’as eu de la chance. C’est Guillaume qui s’est occupé de toi quand t’étais dans les vapes.

Elle hocha la tête, comme si elle savait.


- Et puis t’es pas du genre à te laisser crever comme ça.
- Non. Ca m’aurait fait chier de laisser les mécanos s’en tirer.

Elle séchait ses larmes, désormais plus ou moins calme. Toujours, à la tour Mirage, c’était lui qui rigolait quand elle faisait une blague pas drôle. Avec son rire « hihihihi » comme ça, tous les autres finissaient par rigoler aussi. Elle posa la tête juste à la base de son cou et se laissa aller. Il faisait ce que Guillaume n’était pas capable de faire, avec ses grands airs.

- On va leur faire leur fête, t’inquiète.

Elle ne répondit pas, visiblement préoccupée par quelque chose.


- Tu crois qu’il souffre ?

- Qui ça ?
- Guillaume.
- … Sans doute oui. Mais c’est pas ta faute, Gaëlle. Et puis il s’en remettra…
- Ca me fait mal aussi.

Il la serra plus fort, et elle eut encore envie de pleurer. Mais cette fois elle se retint, elle serra les dents et ravala ses larmes. C’était finit maintenant, elle ne gagnerait plus rien à s’abandonner encore.

La dame passa dans le couloir, Gaëlle la vit se faufiler à travers la porte entrouverte. Rambo desserra son étreinte, parce qu’il savait. La jeune femme se remit debout et constata que malgré sa fatigue, ça ne tanguait plus. Bonne nouvelle… Elle se pencha pour faire un bisou sur la joue de Brutasse, puis sortit de la pièce en sentant son regard peser sur son dos.

L’autre était partie vers la droite, alors Guillaume devait forcément être à gauche. Facile, il n’y avait qu’une porte. Sur une petite table collée au mur, Gaëlle trouva un paquet de cigarettes presque plein et un briquet. Effets d’un mineur sans doute, ou alors…


- C’est bien ce que je me disais, c’est la maison du père Noël…

Vérifiant que personne ne pouvait la surprendre, elle s’empara de ses deux petits cadeaux, puis poussa la porte de gauche. Elle savait qu’elle y trouverait son bleu, mais ne savait absolument pas ce qu’elle lui dirait. Tant pis, l’improvisation n’était pas si dégoûtante dans ce genre de situations… Sauf qu’elle n’en aurait pas besoin, il dormait. Elle le découvrit là, à demi allongé dans un fauteuil, la bouche entrouverte, les paupières closes, et la respiration régulière.

Sans rien dire, elle s’assit sur une banquette pas loin, et l’observa. Ce faisant, ses mains eurent tout de même la présence d’esprit –sacrées mains !- de sortir une cigarette du paquet, de la porter à sa bouche et de l’allumer à l’aide du briquet. Fumer était sans doute contre-indiqué pour une personne qui venait de vivre ce qu’avait vécu Gaëlle, Jazmine le lui aurait sûrement dit, mais Gaëlle avait envie de fumer et surtout elle emmerdait Jazmine.

Heureusement que ses mains avaient un esprit, parce que Gelli ne pouvait pas regarder autre chose que le visage endormi de Guillaume. Enfin, il n’y avait pas que son visage… Il y avait son torse dénudé aussi, ses épaules tatouées et joliment musclées, ses mains de pilote posées sur son bandage. Un bandage parfait, songea jalousement Gaëlle. Mais en fait, il y avait surtout son visage. Pour une fois qu’il avait l’air paisible. Prise d’une impulsion, la seconde du second se leva, cigarette à la main, et s’accroupit à coté de lui. Très tendrement et surtout très doucement, elle posa sa main qui tenait la clope sur sa joue et tourna sa tête vers la sienne. Elle se pencha alors un peu en avant et déposa ses lèvres aux commissures des siennes. C’était un demi baiser, comme si elle s’interdisait d’en voler plus.

Si elle n’avait pas été raisonnable, elle aurait continué à effleurer ainsi sa peau de la sienne, voire même aurait fait dévier la chose, mais Gelli était raisonnable. Et puis elle ne voulait pas tout gâcher en le réveillant. Tout aussi tendrement qu’au début, elle ôta sa main de la joue de Guillaume. Un peu de cendre de sa cigarette tomba sur la peau du second. Elle retourna sagement s’asseoir à la même place que tout à l’heure, et termina sa clope sans le lâcher des yeux, avec des gestes lents et mesurés, comme si elle profitait de chaque instant.

Lorsqu’il lui fut impossible de fumer ça plus longtemps, elle écrasa le filtre dans un pot de fleur et sortit de la pièce en faisant le moins de bruit possible. Dans le salon du chalet, ils jouaient aux cartes d’un air fatigué. Gaëlle jeta un coup d’œil par la fenêtre. La nuit était presque complètement tombée…


- On passe la nuit ici ?

Ils levèrent les yeux vers elle, surpris.

- Oui, c’était prévu qu’on reparte ce soir, mais faut réparer votre chasseur et pis… Ils sont à la bourre pour le chargement, ça les arrange qu’on reporte le départ.
- Je peux vous héberger ici, il y a quelque lits dans le dortoir, à l’étage, et des chambres séparées pour les malades.

Regard entendu. Gaëlle grogna.

- Jsuis pas malade.
- Pour les malades et pour la seule femme de l’expédition…

La seule femme de l’expédition secoua la tête, agacée. Elle n’aimait pas les traitements de faveur, mais si finalement ça lui permettait d’échapper aux ronflements de Brutasse, ce n’était pas si mal.


- Je vais chercher mes affaires dans le chasseur alors.


Elle se dirigea vers la porte d’entrée.

- Attend attend Gaëlle, tu sors pas toute seule, je viens avec toi !
- Oooh non Rambo, tu laisses tes grosses fesses musclées bien vissées à ton fauteuil ! Jte signale que je suis en train de gagner, et que t’es en train de perdre, alors t’as pas intérêt à filer d’ici !
- C’est bon, je vais pas faire un infarctus…

Rambo semblait tiraillé entre l’idée de laisser Gaëlle sortir sans lui et celle de perdre la partie.


- M… moi ze peux vous accompagner. Si vous voulez, bien sûr !


Le stagiaire… Elle l’avait oublié celui-là. Il frétillait littéralement, planté à coté d’elle. Rambo haussa les épaules, et Gaëlle savait très bien qu’on ne la laisserait pas tranquille ce soir. Elle haussa les épaules à son tour et ouvrit la porte d’entrée.

- Dépêche toi.

Il se précipita pour tenir la porte et sortit derrière elle au pas de course, alors qu’elle avait déjà fait la moitié du chemin.

Grandes silhouettes métalliques brillant sous les tout derniers éclats du soleil, les chasseurs étaient posés là. Ils étaient presque effrayants… Elle repéra le sien au bout de quelques instants et s’approcha. L’échelle était déjà en place, elle n’eut qu’à gravir une demi douzaine d’échelons pour attraper son sac derrière le siège du co-pilotage. Sur la vitre relevée, les petits trous réguliers attirèrent son attention une seconde…


- Tu attrapes ?

Elle regarda en bas et balança son sac au staziaire, qui l’attrapa et en tira une grande fierté.

- Ze l’ai !
- Zoli… Heu, joli coup !

Gaëlle entama la descente, pas vraiment prudente. Alors qu’il ne lui restait que trois barreaux, elle décida d’accélérer les choses et sauta au sol. La tête lui tourna, elle vacilla et… se retrouva dans les bras du rouquin.

Ils restèrent ainsi à se regarder bêtement quelques secondes, lui l’air de ne pas en croire ses yeux, elle interloquée et quelque peu dans les vapes.


- Faudrait que tu fasses gaffe où tu mets tes mains…
- Désolé ! Ze suis désolé !

Désolé, il l’était, mais il ne semblait pas décidé à la lâcher tout de suite.[color:e9cd="indigo"]
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Jeu 18 Déc - 0:55

Les deux petites minutes tombées dans une mer de secondes, elles s'y perdèrent, s'y diluèrent, avec rien pour leur en empêcher. C'en était assez des coups de têtes de Guillaume, un dernier pour l'achever rendit au silence son dût. Peut-être un coup de Bionik Man qui, désormais fantôme, ne faisait plus qu'abaisser le voile noir sur l'horizon bleu; on changeait de monde. Il dormit, le Second, assommé d'un comateux sommeil, il sombra avec abandon en se livrant corps et âme à l'inconscience. Si intensément se laissa-t-il porter par les bras d'une nuit précoce, qu'au moment où le cycle prit fin, la coupure le saisit par surprise et en sursaut il se réveilla, agrippant avec force les appuis-bras du fauteuil. Les yeux ronds, sous l'effet de choc la poitrine de Vollmer se souleva de nombreuses fois avec vigueur. L'impression était la même que celle d'une chute, longue et brutale à l'arrivée, mais pas douloureuse. Disons que ce n'était pas comme tombé d'un aérostat.

-Deux minutes... Deux minutes...

Se calmant, retrouvant ses esprits et reprenant conscience de lui-même comme de la situation dans laquelle il se trouvait, Guillaume se vit soudainement bombardé d'images éparses, épaves de ses rêves syncopés. Des femmes nues en chocolat ponctuaient de leurs danses obscènes les tableaux du film discontinu auquel s'étaient prêtés ses méninges rompus par la fatigue. Du spectacle rock de Kris Rheo devenu porc, à la séance de dissection de son propre corps par lui-même en version médecin, le tout, ne l'oublions pas, interrompu ici et là par les égrillardes demoiselles cacaotées, c'est sur une scène de strip-tease que s'acheva l'absurde épopée, et plus précisément sur celui d'une des danseuses enrobées qui, sous une douche de sang, se vit lavée du chocolat, dénudée du cacao, pour s'avérer être Gaëlle Peinamps.
Penché vers l'avant, Guillaume se prit la tête à deux mains et étira ses traits raidis par le réveil, dans l'espoir de chasser les embarrassantes oeuvres de son imagination aliénée. Rien ne sembla y faire, jusqu'à ce que le regard du bleu se fige sur un petit amas poudreux de gris et de noir, tombé semblait-il de lui-même. De la cendre de cigarette. Qui c'est qui l'avait pris pour un cendrier? Pas l'autre bonnefemme Jazmine? Faut dire que, ça ne l'aurait pas tellement étonné, elle était bizarre.

Au même moment, la binoclarde, désormais dans la cuisine, sortait d'une armoire des bols et d'un tiroir des cuillères en se disant que ce n'était pas une mauvaise chose que la bande de Sentinelles restent pour dormir. En fait, ça lui faisait du bien de ne pas être la seule femme sur le chantier. L'autre avait beau avoir des manières quelques peu divergentes des siennes, elle en n'était pas moins femme. Vulgaire, tête dure, mais femme. Ça méritait un petit sourire.

Et pendant que Jazmine s'affairait à la cuisine, les gars jouaient aux cartes et, dehors, le stagiaire se penchait sur la femme de ses rêves, ses lèvres baveuses étirées, contractées pour le baiser qui ferait de lui un homme heureux et accompli, enfin...

-GAËLLE, LE JEUNE, ON BOUFFE!
-Eeeuuuuh z'arrive!?!?!

Le visage aussi rouge qu'un homard, le stagiaire, dans des gestes robotiques, redressa la Gelli, prit le sac sur son dos et, d'une démarche de militaire, revint à la cabane. Il garda la porte ouverte pour la navigatrice et referma derrière lui avec un incontrôlé élan.

-Olà, on se calme, petit...
-Désolé. Le vent. Héhé. Hé. AaaAAAah... C'que ze peux avoir faim....

La table avait était mise, dans une salle à manger adjacente au salon, l'ensemble à ère ouverte. Jazmine versait le contenu d'une grosse marmite dans les bols, derrière lesquels les mineurs se dépêchèrent de venir s'installer.

Sa blessure le faisait moins souffrir. Ou plutôt, la souffrance était différente, la guérison faisait son oeuvre, déjà, semant ici là sur les chairs labourées son brûlant remède. Guillaume, toujours dans son fauteuil, se demandait s'il tiendrait le coup. Il n'avait plus sommeil. Il avait essayé, pourtant, refermant ses paupières, se concentrant pour penser à rien, faisant même appel, au bout de quelques minutes, aux dames en chocolat, mais rien n'y faisait. Il ne dormirait pas « grrrrr » le ventre vide. Alors, il tiendrait le coup? Y'avait pas trente-six milles façons de la savoir, il fallait essayer, alors il essaya, plaquant ses mains sur le tissu de cuir, usant de ses bras pour détacher ses fesses du siège, puis avec un élan, compta sur ses jambes infaillibles plus l'empêcher de tomber par devant. Il réussit avec une certaine aisance, qui le surprit, et remit sa combinaison dès qu'il fut debout, avant de quitter la pièce.

-Hum... Gaëlle, c'est ça? Si vous préférez, je peux vous apporter un plateau dans une chambre, vous pourrez vous allonger un peu... Vous savez, ce n'est pas... comment dire... évident de... et bien, de se remettre d'une perte de conscience aussi importante...

Elle faisait vraiment un effort, pour preuve, elle se forçait même à sourire pour avoir l'air aimable. C'est qu'elle avait du mal rien qu'à feindre la gentillesse, c'était pas naturel. Reste que, la volonté y était mais, esthétiquement parlant, ça ne l'a réussissait pas trop. Faut dire aussi que, c'était moyen, comme manière d'entamer la conversation autour d'une table. Mais bon, ce n'étaient pas les mineurs qui allaient chialer, trop occupés à vider le contenu de leur bol comme s'il s'agissait d'une course.
Guillaume aussi, faisait un effort, et se préparait mentalement à devoir en faire un d'autant plus important, un effort psychologique et non physique. C'était pas son truc... Il lâcha le mur lorsqu'il arriva au salon et, lentement mais sûrement, alla vers la table. À sa vue, Jazmine se leva.

-Restez dans votre chambre, je vous y apporte de quoi manger!
-Non, non... Je vais... Je vais m'asseoir avec vous. ... Merci.

N'osant pas se confronter au regard de quiconque autour de la table, Guillaume prit place à la seule chaise libre restante, au coin, à côté du stagiaire. Sentant que Rambo le mitraillait de ses gros yeux, il se décida finalement à lever la tête pour le regarder, un succinct sourire apparaissant et disparaissant aussi rapidement sur ses lèvres. En retour, Rambo lui sourit ouvertement, content de voir que son chef faisait un effort en faisant preuve d'un certain savoir-vivre. N'en pouvant plus de s'adonner à cette joute souriante, Guillaume détourna les yeux. En même temps, Jazmine venait poser devant lui un bol de soupe et une cuillère. Ouch. Ça flottait. Du orange, du vert, du blanc, des mottes, des cubes, des ronds... Tout ça, ça flottait sur le dessus du liquide dans lequel on pouvait voir, si on s'y penchait un peu, les gouttes de gras brillantes dont était composé le bouillon. En plus, ça puait terriblement les légumes.

-Ça va, Guillaume...?
-Hein? Euh, ouais, ouais...

Il prit la cuillère, la trempa dans le liquide et, faisant mine de brasser, fit plutôt la liste des trucs dégueulasses que le poison contenait, et qu'il devrait ingérer. Il était coincé, alors il brassa un peu plus longtemps, alors que des mineurs déjà se levaient pour aller porter leur bol à la cuisine, puis quitter la cabane. Il fallait s'y mettre, se dit Guillaume, ou alors il n'y arriverait jamais. Il choisit pour commencer de ne goûter qu'au liquide.

-Vous n'aimez pas?
-Ça va. ... Merci.

Il détestait. Ça goûtait chaud, ça goûtait santé, ça goûtait comme chez sa grand-mère quand il était petit et qu'il pétait ses crises. « J'EN VEUX PAAAS!!! » Mais ici, personne pour le défendre. « Il n'en mange jamais, à la maison, on peut pas l'obliger... » C'était pire que pire. Il trempa à nouveau sa cuillère dans la... soupe, et cette fois, attrapa une carotte dans une flaque de bouillon. AAAAAAAAAAAAAAAAARK. La texture! LA TEXTURE! Une larme lui monta au coin de l'oeil tant ce fut violent, le contact de la chair molle et fibreuse de la carotte cuite contre la langue capricieuse de Guillaume. Et son ventre qui hurlait de faim et de douleur à la fois, pauvre chose réduite à se nourrir de ses pires cauchemars.

-Excusez-moi.

Il s'était levé d'un coup, comme ça, quand la troisième bouchée, si on peut appeler ça une bouchée, il avait faillit la vomir aussitôt. Assez de torture pour aujourd'hui, la faim passerait dans le sommeil, et le sommeil au moins, il lui fournissait le chocolat à volonté. Imaginaire, mais à volonté quand même... Sans se retourner, Guillaume était reparti dans le couloir des chambres, et s'était dirigé vers celle où Gelli s'était reposée plus tôt. Assis sur le lit défait, il se défit encore une fois du haut de sa combinaison, mais cette fois il la fit descendre jusqu'en bas, ou du moins le plus bas qu'il put, à mi-cuisse donc, parce que se pencher davantage c'était trop douloureux. Du coup, les libellules bleues sur son sous-vêtement voyaient enfin la lumière du jour, ou plutôt l'obscurité.

À table, Jazmine avait regardé le sous-chef partir en serrant les dents, elle s'était ensuite retournée vivement vers ses collègues en frappant la table de sa cuillère.

-Ah non! Ah non! Ah non! Il doit manger! Il doit dormir! Mais il doit manger! Sinon dormir, ça sert à rien! Il doit manger! Vous comprenez!? Il doit manger!

Et là, elle alla pour se lever, mais Rambo l'arrêta, élevant sa main comme pour l'inciter à attendre. Jazmine s'interrompit, et le Rambo, sans dire un mot, il tourna la tête vers la Gelli. Si quelqu'un ici devait forcer le bleu à avaler un truc, ils savaient tous les deux qu'elle avait de meilleures chances d'y parvenir que n'importe qui d'autre.

Assis seul dans la pièce plongée dans l'ombre, Guillaume luttait contre sa fichue combinaison en maugréant. Il avait faim. Il avait sommeil. Il avait mal. Il avait les plus beaux sous-vêtements au monde, mais en ce moment, il en n'avait rien à foutre.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Jeu 8 Jan - 21:49

Mais dégage, dégage ! pensait-elle. Rien à faire, cet imbécile heureux avait sans doute décidé que son heure avait sonné et qu’il était temps de prendre les choses en main. Au sens figuré… comme au sens propre. Impuissante, Gaëlle sentit l’une des deux patounes de l’agresseur descendre lentement le long de sa colonne vertébrale, destination… Ah non ! Elle ouvrit la bouche en grand, pour crier quelque chose, une insulte, des menaces, les deux à la fois, sauf que Rambo la prit de vitesse. Aussitôt le gus se redressa et déguerpit vers le chalet. Laissée sur place, Gaëlle secoua la tête pour se remettre les neurones dans le bon sens et lui emboîta le pas, avec l’envie furieuse de lui flanquer son pied au cul. Pour qui se prenait-il ? Pensait-il vraiment qu’elle pouvait s’intéresser à un gars aussi insignifiant que lui ? Il n’arrivait pas à la cheville de ses habituels amants, et ne tenait même pas la comparaison avec Guillaume. Quel con. Et ce petit sourire en coin alors qu’il lui tenait la porte… Aaaah elle l’aurait giflé ! Qu’est-ce qui l’en empêchait d’ailleurs ?

Séduite par l’idée de lui balancer une droite bien sentie, elle ne se rendit même pas compte qu’on l’emmenait dans une grande cuisine rustique où la table était dressée pour une douzaine de personnes.

L’odeur de la soupe fumante balaya toutes ces pensées violentes de sa tête. En tant qu’ex-végétarienne, Gaëlle appréciait autant les fruit que les légumes. Elle avait refusé de manger de la viande pendant deux ans, alors qu’elle étudiait à l’académie. Cela avait soulevé de nombreuses moqueries, car cette nouvelle lubie était apparue après une visite scolaire dans un abattoir. La vision de ces bêtes torturées avait coupé à l’étudiante toutes velléités carnivores… Il lui avait fallu deux années pour se remettre de ça, deux longues année à supporter les récriminations de sa tante – et celles moins agressives de sa mère… Depuis, elle avait repris un régime normal, ne rechignant plus à mordre dans un bon steak lorsque le menu en proposait. Cependant elle avait gardé ce goût certain pour la verdure…

La soupe de Jazmine ressemblait à celle de sa mère, de par l’odeur et l’aspect. Le goût ne la déçu pas non plus...


- Hum... Gaëlle, c'est ça? Si vous préférez, je peux vous apporter un plateau dans une chambre, vous pourrez vous allonger un peu... Vous savez, ce n'est pas... comment dire... évident de... et bien, de se remettre d'une perte de conscience aussi importante...

Gaëlle réfléchit une paire de secondes. L’idée de manger loin de ces gros tas de muscle malodorants – moins Brutasse, bien entendu – était très séduisante. Elle allait répondre par l’affirmative lorsque Guillaume fit son entrée dans la salle. Le début de sa phrase resta en suspend sur ses lèvres entrouvertes avant qu’elle change d’avis.

- Je… suis tout à fait capable de rester ici.


Elle pris une cuillère de soupe déterminée pour consolider ses propos, puis s’intéressa discrètement au second. Que fichait-il ici ? Il ne mangerait rien du tout, elle le savait très bien. Jazmine aussi aurait dû le savoir, quelle piètre guérisseuse ! Pourquoi cette cruche accourait-elle à chaque fois que Guillaume apparaissait dans son champ de vision ? Salope, pensa Gaëlle. Je sais très bien ce qui se passe ! Croisant les bras devant son assiette à demi vidée, elle toisa sa nouvelle rivale d’un œil mauvais. Le problème avec Guillaume, c’était que même si il était insupportable et capricieux, de mauvais poil ou silencieux, toutes se pâmaient devant lui. Ca devait être le charme, pas vrai ? Gaëlle haussa un sourcil. Jazmine ne faisait pas le poids, n’est-ce pas ? Avec un sourire mauvais, elle pensa que cette greluche venait de marquer un mauvais point en servant de la soupe à Guillaume.

- Amatrice…
- T’as dit quelque chose ?
- Hum ? Ouais, délicieuse cette soupe.

Il fallait au moins lui reconnaître ça. Satisfaite, Gaëlle but le bouillon à même l’assiette, au spectacle devant le pauvre Bleu qui semblait à l’agonie devant sa portion. C’était lui qui cuisait face à ces patates marinées, et sa cruelle collègue attendait qu’il soit bien à point pour aller le sauver avec mansuétude, héroïsme et abnégation. Superman pouvait voler, Gaëlle pouvait nourrir Guillaume. Comment ? Hey, chacun ses petits trucs !

En réalité, elle savait très bien ce qui allait se passer. C’est bien pour ça qu’elle ne se resservit pas... L’allure d’un rapace affamé, elle croisa les mains au dessus de l’assiette et attendit patiemment. Autour d’eux, la table se vidait lentement de ses convives…

Guillaume finit par se lever d’un bond et fuit vers la chambre. Bingo, jubila Gaëlle, il s’était dirigé tout droit vers sa chambre à elle. Trop facile… Jazmine se mit à hululer dans sa direction, furieuse de voir son petit jambon lui échapper, mais superRambo était là aussi, et si superRambo avait des gros muscles, ça ne voulait pas dire qu’il avait un petit cerveau. Il fit barrage de son corps pour empêcher la furieuse de bondir allègrement vers la chambre, et regarda Gaëlle.

Un air terriblement détaché fixé sur le visage, celle-ci fit comme si cela l’ennuyait. Elle haussa les épaules dans leur direction, s’empara du bol de soupe et sans un mot prit le chemin béni, sur lequel elle se sentait pousser des ailes. C’est elle qu’il allait bénir.

D’un coup d’épaule, elle ouvrit la porte et entra dans l’atmosphère confinée de la petite chambre à coucher. Ses fesses s’occupèrent de la refermer, avec précaution pour ne pas renverser du précieux liquide. Lorsqu’elle leva les yeux vers la silhouette assise, cependant, ses mains tremblèrent tellement que quelques gouttes s’écrasèrent au sol. Bon sang, il s’était déshabillé ! Ca, ce n’était pas tout à fait prévu… Gaëlle se rapprocha à petits pas mesurés en évitant de le regarder et déposa l’assiette sur la table de nuit.

Il fallait… Non, pas prendre les choses en mains, cela donnait lieu à trop d’interprétations déconcentrantes. Se concentrer, voilà, il fallait qu’elle se concentre. Sans dire quoi que ce soit, l’air très sérieux, elle s’agenouilla devant lui et entreprit de le défaire du bas de sa combinaison, les yeux résolument tournés vers ses mains et l’esprit vers ce que celles-ci faisaient. C’aurait été trop difficile sinon… Le tissu glissa sur la peau et le métal avec facilité, et rapidement ne fut plus qu’un petit tas abandonné au sol. En relevant les yeux, elle se trouva nez à nez avec… une petite libellule bleue qui semblait la narguer. Là, ce fut assez violent dans la carlingue Gellienne, ça remua dans tous les sens, ça mit le feu à quelques endroits importuns et ça fit le flou partout. D’un coup, la pauvre Gelli venait de se prendre une demi-bouteille de rhum dans le sang. Elle ne pensait plus qu’à se jeter en avant pour embrasser cette libellule à pleine bouche, la manger même, l’avaler avec toutes les autres, les faire disparaître dans son estomac, et puis tenir ces hanches… Non, non, non. Rien de tout ça, t’es conne ? Elle posa le front sur le genou de Guillaume et expira pour chasser de ça tête tous ces trucs.

Consciente que le fait de parler détruirait la concentration fragile qu’elle venait de retrouver, Gaëlle ne fit que sourire presque timidement à son collègue en appuyant doucement sur ses épaules pour l’allonger. Elle se releva et tira les couvertures sur lui, le couvrant jusqu’au torse. Puis elle recula et le regarda. Ils échangèrent un regard qui semblait demander « et maintenant ? » Encore un moment de flottement. Ca arrivait bien trop souvent ! Vilaine, vilaine. Ne fais surtout pas ce dont tu as envie, ne lui grimpe surtout pas dessus, noooon ne pense même pas à ça ! Sauve le ! Superman, tu te souviens ? Oui, Superman… Vole vole vole…

On avait déposé son gros sac dans la chambre, comme c’était elle qui était censée y dormir. Rompant le contact visuel, elle se retourna pour farfouiller dedans. Pas dans cette poche là, non, la suivante… Voilà. Victorieuse, elle revint vers lui armée d’une barre chocolatée extra large et d’un sachet de cacahuètes caramélisées, qu’elle lui tendit, le plus neutre possible. Puis elle s’assit dans le fauteuil, comme lui une ou deux heures auparavant, prit le bol de soupe entre ses mains et but lentement. Il fallait bien que Jazmine pense qu’il ai mangé ça, pas vrai ? Si elle savait qu’il était en train de se goinfrer de choc
olat…
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mar 13 Jan - 7:24

Des cuisses de métal. Une, en tous cas. Une cuisse de métal et une cuisse... Un peu en métal. Quand même. C'était métallique. Et donc, c'était froid, c'était dur, c'était faux. Le gars, enfin, le médecin, il avait dit que c'était « possible de les couvrir avec un matériel qui s'apparentait grandement à la texture de la peau ». Ouais, et alors? Des cuisse de métal, ça reste des cuisses de métal, alors... Pourquoi les recouvrir? « Bien, si on parle d'esthétisme.. » Au diable l'esthétisme, se disait Guillaume. Il serait laid. Et pourtant, malgré tout, il avait eu beau s'affirmer laid, ça venait toujours, dans son lit. C'était venu une fois en tous cas, depuis... Alors ça reviendrait, forcément. Dès qu'il aurait envie que ça revienne, les femmes, elles, tout ça.

Le dos rond, penché sur ses super gambettes, c'est ce qu'il se disait, jusqu'à ce qu'il en vienne à se dire qu'il s'en fichait, de ça aussi. Tout ça, même. Il aurait la liste la plus longue jamais vue auparavant des trucs dont il se fichait, mais il devrait continuer une autre fois parce que, la porte, elle s'était ouverte sur la silhouette de Gelli. Même dans le noir, il la reconnaîtrait toujours. Tout est dans les cuisses. Non mais, sans blagues, maintenant qu'il y avait porté attention, c'était dur de ne pas regarder avant de la regarder. Et dire qu'il y en avait qui s'étaient permis de mettre la main dessus, de la déshabiller, de la toucher, de violer l'intimité de sa Gelli, avec son consentement à elle, mais pas le sien à lui. Mieux valait ne pas y penser, ou alors les libellules s'élèveraient pour protester...

Quand il la vit du coin de l'oeil détourner le visage, il se permit de l'observer, de la voir se rapprocher. Mollusque, larve, las, il se laissa aider sans dire un mot, sans chercher à contraindre son regard qui glissait sur elle, remontait, insistait, fatigué mais toujours fidèle à son poste d'observateur. Sans ce métal, il aurait senti les doigts de son amie frôler sa peau, peut-être même qu'il aurait eu des frissons quand l'air ambiant serait venu le caresser de sa fraîcheur, mais il n'en fut rien, évidemment, c'était prévisible, contrairement au tête-à-tête de Gelli avec une de ses libellules. Un peu gênant, tout de même, comme moment qui, heureusement, ne s'éternisa pas. C'est que, ainsi épiée, l'insecte aurait pu, sous le poids de l'intimidation, s'insurger, surtout que, ça faisait un moment déjà, qu'il y avait eu manifestation...

Ils auraient pu expirer en choeur, mais Guillaume s'en tint, par manque d'air encaissé, probablement... Ou mieux encore, par souci de concentration, puisque ça lui arrivait, parfois, de devoir en faire appel à ce grand pouvoir ô combien utile en tant d'agitation imaginaire. Et tant fut l'énergie engagée à remettre les choses en ordre là-haut que sans en avoir vraiment conscience, le bleu se retrouva étendu, couvert, bien. Il resterait là jusqu'à sa mort. On le retrouvait vieux et ratatiné dans ce lit, puis il pourrirait, mais il resterait quand même ses jambes, alors on pourrait dire que là, il y avait eu Guillaume Vollmer. Mais non! On empêcherait ça, hein Gelli? ... Tant que ça flotte, ça ne coule pas. Trop fatigué pour voler, il s'ancra dans ce présent moment, incapable de penser à la suite, ni à ce qui s'était passé avant.

Chocolat, chocolat, chocolat, mmmmmmm chocolat. Sexy, grande, plantureuse, telle la désirable Sentinelle, la barre se dévoilait avec érotisme à travers son habit de papier. DONNE! DOOONNE! Elle donna, la bienveillante Gelli, et il ne sut remercier, car suffisamment il avait remercié ce soir, et aussi parce que les mots ne valaient rien face à une telle offrande. Du bout des doigts, non, avec une faim grossière, il déshabilla sa protégée et lui infligea la première fatale morsure sans vergogne. Il prit quoi, quatre ou cinq bouchées qu'il mâcha à peine avant d'avaler, puis remballa la gourgandine et la posa sur la table à chevet, repu, en s'imaginant que dès que le chocolat se retrouvait dans son estomac, il se dispersait par les pores du tissu de ses organes, se rendait aux veines et allait directement à sa blessure. Demain, il aurait de la croûte de chocolat à l'abdomen, ce serait incroyable. Et Gelli la boufferait comme une cochonne.

-Gelli! (couchée!)

Le ton dut baisser, par la suite, car la contraction trop abrupte des muscles qui bordaient ce qui lui servait de torse agressaient un peu trop douloureusement leurs congénères blessés au combat. Cela dit, dans cette barre de chocolat, on aurait dit qu'il y avait aussi des morceaux de Guillaume, des morceaux de libellule, des ailes peut-être, ou alors tout simplement du sucre... Il reste que, qu'importe ce qui en était l'origine, son humeur retrouvait son sourire perdu et, bien qu'il ne posséda pas le même éclat qu'à l'habitude, son naturel y était bel et bien.

-Tu m'as donné du chocolat!

C'était une joyeuse accusation, malgré le caractère rauque dans la voix et la fatigue dans les traits.

-Cette soupe, c'était comme manger du vomi de végétarien. Je hais ça. Je hais ces déchets de pirates. Je hais aussi remercier cette femme. Elle m'a soigné, punaise... De merde! Aïe... Alors je me suis dit : Guillaume, faut que tu dises merci, sinon... Punaise. Comment je sais, d'abord? Je suis blessé. On me doit obligeance et... dévotion inconditionnelle. Voilà.

Et merde, hein. Sacré vie! Dans sa tête, il y avait eu comme un bouchon, et il était descendu jusque dans sa bouche. Paf, c'était sorti. Plus précisément, c'était sorti un peu dans l'espoir de briser le silence, de retrouver l'aisance d'avant, parce qu'elle était un peu amochée, depuis l'épisode de la douche. Mais aussi, c'était sorti parce que, casser le sérieux, ça faisait du bien. Soupirer aussi, fort. Ensuite, Guillaume s'était tourné, sur le côté, dos à Gelli, mains près du corps, jambes repliées, paupières closes prêt à partir.

-Gelli, qu'est-ce tu vas faire? Tu vas monter dormir avec cette brute de Rambo et cette catin d'Aschton? Perdant de sa vivacité, il n'en demeurait pas moins fidèle au ton autoritaire que lui imposait le roi de gamin qu'il était. S'approchant du royaume des songes, il vacillait, perdait l'équilibre, se rattrapait de justesse, c'était une lutte contre l'inconscience qui lui montait à la tête, le sommeil. Je refuse. Obligeance et dévotion. Viens réchauffer ce fichu lit. ... De toute façon... C'est pas pire que y'a quoi... presque... quinze ans... À la différence près que...... j'avais pas des... des sous-vêtements aussi... Dans un ricanement mou de fatigue, il s'évanouit sous le poids de la poche de sable que venait de lui laisser tomber dessus ce dérangé de vieux barbu qui, de toute évidence, n'existe que métaphoriquement parlant...
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Ven 16 Jan - 16:54

Gaëlle sursauta sous l’appel de son timbré de collègue. Elle le pensait fatigué et aux portes du trépas, mais c’était sans compter le fabuleux pouvoir que le chocolat semblait posséder sur sa carcasse de sexy sentinelle. De fait, cette gifle sonore fit qu’elle s’ébouillanta avec ce qu’il restait de soupe.

- Merde. Quoi ?

Ca s’était renversé sur son uniforme. Rien de tel pour faire frémir d’horreur cette sainte droguée du travail. Il allait être crade pour leur retour… Pas si… Bah, il faudrait nettoyer ça avant de se coucher. Relevant les yeux vers l’agonisant, elle pris l’air féroce d’un chat mouillé – ça devenait une habitude – tout en posant l’assiette vide sur la table de nuit.

- Ouais je t’ai donné du chocolat, mais vu l’effet que ça te fait je commence à me demander si je n’aurais pas mieux fait de te gaver de soupe…

Grommelant, elle se leva et s’agenouilla au pied du lit pour mieux entendre ce qu’il disait. Parce que sucre ou pas, il avait quand même pas la puissance vocale d’un entraîneur de natation. Et si il y avait bien une chose qu’elle ne voulait pas laisser échapper, c’était bien le moindre de ses mots.

- Je suis blessé. On me doit obligeance et... dévotion inconditionnelle. Voilà.
- Conneries de môme gâté, Guillaume. Moi aussi jsuis blessée, et personne ne s’occupe de moi comme moi je m’occupe de toi. Regarde, je tousse.


Elle se força un peu à crachoter au creux de sa main, histoire de maintenir l’illusion, et entama un redressement acrobatique et incroyablement sexy, mais il la cloua au sol avec une autre ribambelle de mots immanquables. Bien sûr il y avait eu l’épisode de la douche, l’autre fois, mais ce n’était pas ça qui avait le plus marqué la Gelli. Ce quelle gardait en mémoire et qui l’égratignait un peu plus à chaque fois qu’elle y repensait, c’était l’attitude de son bleu le matin même, alors qu’ils avaient embarqué. Et même après, quand ils s’étaient posés pour changer de chasseur. Il avait été immonde, genre… genre un véritable second qui s’adresse à une véritable sentinelle de rang inférieur. Elle n’osait pas se l’avouer mais ça plus qu’autre chose la mettait plus ou moins mal à l’aise à cet instant, alors qu’ils discutaient comme avant, quand il n’y avait pas encore eu de contact labial. Gaëlle s’en souvenait très bien, de ce bref instant serrée toute collée contre lui, où armée seulement d’une petite culotte elle s’était laissée aller à ne pas le repousser alors qu’il l’embrassait. Oui, parce que c’était de sa faute à lui cet épisode, la Gelli avait vraisemblablement un plus grand self-control que lui de se coté là. La preuve, il n’avait eu qu’une seule occasion de faire ça et il l’avait fait. Elle en avait des dizaines et ne le faisait jamais. Ou presque jamais, oublions le petit écart de tout à l’heure…

Par exemple, là tout de suite c’était terriblement tentant de profiter du fait qu’il soit au bord de la nuitée et emberlificoté dans un drap pour se saisir de ces deux petits boudins roses. Boudins roses en pleine action d’ailleurs. Que disait-il ?


- Viens réchauffer ce fichu lit.

Ouch. Il aurait mieux valu continuer la contemplation béate de sa bouche plutôt que d’écouter les sons qu’elle s’acharnait à produire. Gaëlle s’immobilisa, électrisée.

- Quoi ?
-…
- Putain.


Il dormait, l’enfoiré. Elle s’assit sur les talons, le tissu mouillé de sa combi glissant désagréablement contre la peau de son ventre. Très chaude la peau, d’ailleurs. Un rapport avec la situation extérieure ? Peut être… Ou peut être pas, allez savoir. Bref, ça se cogitait. Elle ne voulait pas dormir avec lui, ça risquait de dégénérer gravement. Self-control, d’accord, mais fallait pas pousser. La forcer à s’allonger à coté de lui, c’était pousser. D’un autre coté… C’était un ordre de son supérieur, pas vrai ? Ah, ça… Ca avait bien sonné comme un ordre, même avec le mot « fichu » dedans, ce qui signifiait que c’était un ordre important. Et Gaëlle était quelqu’un de très professionnel. Ne pas obéir c’était manquer à son devoir. Ah ah petite salope, tu l’as ton prétexte !

- … C’est… un ordre ?
- Rrrmmm…
-Donc… J’ai pas le choix, c’est ça ?
- *Battement de cils*


Bon. Elle se leva, du coup, et éteignit la lampe de chevet, plongeant la pièce dans le noir. Ca serait plus facile si elle ne le voyait pas. Avec des gestes mesurés, elle fit glisser le zip de son uniforme jusque en bas et enleva un bras, puis l’autre. Dessous, elle n’avait absolument rien, tout simplement parce qu’elle n’en avait pas besoin. De toute façon tout éventuel observateur n’aurait rien vu, dans l’obscurité, à la limite ses courbes, mais ça n’était pas du tout quelque chose d’exceptionnel. Se débarrassant du bas de l’habit, découvrant un petite culotte – pas la même – Gaëlle se pencha pour récupérer dans son sac ce qui devait ressembler à une chemise trop grande, l’enfila, puis étendit religieusement sa combi humide sur le dossier du fauteuil.

Maintenant il s’agissait de feinter, on attaquait le plus difficile. Elle contourna le lit en tâtonnant, toute tendue comme rarement, et s’y glissa le plus lentement possible. Son cœur battait à toute allure, c’était comme si il avait décidé de s’entraîner pour le championnat du monde des cœurs qui battent vite. Elle s’était installée à la toute extrémité du lit, là où on peut basculer par terre si on n’y prend pas garde. Et puis elle se tenait toute raide toute droite, sur le dos, les bras collés au corps et les jambes tendues. Contractée, fallait surtout pas bouger. Et elle resta comme ça un bon moment, crispée dans cette position inconfortable, à penser à toutes sortes de choses interdites. En plus il faisait froid.

Lui, à coté, il roupillait comme un bienheureux, la respiration paisible. Celle de Gelli finit par se calmer, finalement. L’épuisement reprenait ses droits, et il n’y avait aucune arme pour lutter contre lui. Elle n’avait pas bougé d’un pouce lorsqu’elle s’endormit enfin.

Plus tard, dans la nuit, elle dû se réveiller à moitié. Il avait bougé, lui dans son sommeil, se rapprochant du milieu du lit. A travers le drap elle pouvait sentir la chaleur de son corps à lui qui s’éparpillait vers son coté à elle, chassant le froid glacial qui la faisait frissonner. Du coup, il y eu quelque chose qui ressembla à du lâcher-prise. Et puis merde, hein. Elle se retourna vers le coté, dos au mur, une position qui lui plaisait bien plus, et passa un bras par-dessus Guillaume pour se serrer contre lui. Là, voilà, elle avait chaud. Qu’importe, elle ne s’était même pas réveillée.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Dim 18 Jan - 19:34

Vieux barbu poilu! Vieux barbu poilu! L'insulte est, de toute évidence, des plus niaises et sans effets qui soit. Le barbu est indubitablement poilu, le terme « barbu » lui-même le laisse entendre, l'exige. Et qui dit vieux barbu dit homme (du moins espérons-le) et qui dit homme vieux dit poils. Poils dans le nez, poils dans les oreilles, poils, poils, poils, partout où ils le peuvent, ils se fraient un chemin pour voir le jour, au moins quelques années avant de pourrir, comme tous le reste... Mais ce qu'il y a de terrible, pour le vieux plein de sable, c'est qu'il ne pourrira pas tant qu'il y aura des gens pour raconter cette histoire de merde pour l'entretenir dans son âge d'or, alors du coup, les poils, faudra les endurer, dans toute leur abondance.

Guillaume rêva sans savoir à quoi. Il rêva peut-être de poils, ou alors de cheveux, il n'en sut rien à son réveil. L'unique chose dont il se rappela fut l'épisode du vieux barbu, auquel il infligea un super coup de pied une fraction de seconde avant d'ouvrir les yeux.
Non d'une déesse, elle était couchée à côté de lui. D'abord il se crut quinze ans plus tôt, à Anthélima, dans cette maison, dans cette chambre, dans ce lit, entre Kris Rheo qui lui bavait sur l'épaule et Gelli qui dormait paisiblement, suffisamment proche pour que rien qu'en tournant la cheville vers l'extérieur, ses orteils touchent les siennes. Il se rappelait aussi avoir profondément espéré qu'un chasseur, par hasard, passe par là, défonce la fenêtre et le mur et lui arrache la tête au passage tant elle lui était pénible à porter jadis. La dernière scène à laquelle il se souvenait avoir participer en ces temps passés, avant le grand saut vers le sommeil, s'était déroulée dans le salon, sur une table trop petite pour supporter les quatre ou cinq personnes qui s'y étaient perchées, l'incluant. Il avait bu, encore, avait mystérieusement perdu son t-shirt et manqué de perdre son pantalon aussi avant de chuter. Ensuite...

Il n'avait plus sommeil. Guillaume avait le sentiment qu'il avait dormi le plus qu'il le pouvait et se sentait prêt à affronter n'importe quoi. Un monstre apparaîtrait qu'il s'en réjouirait et le vaincrait à coups de pied et poings. Mais avant, il faudrait se défaire de Gelli, et vu l'étreinte qui le scotchait à elle, ce ne serait pas facile sans la réveiller. Elle avait pris sa mission au sérieux, c'était bien, très bien même, mais peut-être un peu trop bien. Encore une fois, l'impudente Gelli mettait en jeu le sérieux des libellules du sous-vêtement de Guillaume et cette fois, par le biais de son imprudente proximité. Petite poulette... En plus, se disait-il, elle ne devait même pas se rendre compte de son innocente lubricité... C'était comme si, en ce petit matin de bonne heure, le Second se voyait couché face et contre une rajeunie Gelli. La situation n'en était que plus saisissante. Lui, adulte blessé et elle, jeune fille pure.

-Ah! Pernicieux désir! Mais qu'est-ce que le mal de vivre si ce n'est ce trouble qui en ma chair s'enivre!

Si basse avait été la voix qu'à peine un murmure n'avait porté ce manifestement anormal élan de lyrisme douteux. D'ailleurs, Guillaume doutait être le véritable auteur de ces mots, malgré son étonnament très juste interprétation. N'était-ce pas l'un des amis de Kris, un poète étrange dont le prénom commençait par « J », qui avait un jour débarqué chez lui avec la rockstar pour s'adonner à l'improviste à un récital de poésie débile...? Guillaume n'avait rien compris sauf ça, et s'était dit que certaines filles lui tomberaient automatiquement dans les bras en entendant des bêtises pareilles. Mais là, c'était différent. Il était le vil rescapé de la guerre et elle la juvénile infirmière. C'était un fantasme que lui avait inspiré un film. Par souci d'esthétisme, il glissa sa main sur la taille de Gelli, sur sa chemise. Bon voilà, c'était presque beau. S'il l'embrassait chastement, la scène serait vraiment réussie et il pourrait cocher un fantasme de plus dans sa démesurée liste. Mais avant, il faudrait dire quelque chose, comme un genre d'adieu, pour qu'il soit clair que cet impossible amour ne persiste par la suite. Quelque chose comme...

-Euh... Pour une dernière fois... Euh... Non.

Ou plus comme...

-Ô petite poulette! ... Non.

C'était vraiment très difficile, de trouver la dernière phrase. Ce devait être dans le même ton que l'autre connerie du soi-disant poète, mais Guillaume et les phrases épicée au « cucu », c'était bof. Dernier et ultime essai, alors :

-Ô madame, si seulement... Si seulement je puis... Mais je ne puis... Puisque... Je... suis... hum... je... dois je... je...et vous... vous êtes... Oh salut, enchaîna simplement l'acteur d'une voix un peu plus forte.

Elle avait ouvert les yeux, l'égrillarde infirmière, et avait apporté avec son sommeil (si sommeil il était vraiment question...) tous les éléments de décor du fantasme de Guillaume. Meilleure chance la prochaine mais, à vrai dire, c'était quand même soulageant, en quelque part... Il demanderait au poète, pour la fin de son dialogue. Mais en attendant, la Gelli, elle avait les yeux ouverts. Est-ce qu'elle avait entendu? Biensur que non, elle n'avait pas entendu... Sinon il crèverait de honte.

-Je crois que je parle, dans mon sommeil.

Et que je pose mes mains sur la taille des gens, oublia-t-il d'ajouter en se tournant sur le dos. Naturellement, sa main endormie dans la petite valllée gellienne fut tirée à son tour hors de son sommeil et vint plutôt trouver repos derrière la tête bleue du bleu. Il soupira.

-T'as bien dormi? Moi j'ai bien dormi. J'ai rêvé du marchand de sable, je crois. Je lui ai envoyé un coup de pied dans le ventre en me réveillant.

Il toucha sa plaie. Ça faisait mal encore, mais déjà c'était moins pire que la veille. L'autre Jazmine viendrait sûrement lui changer son bandage... Étirant son bras, il agrippa sa barre de chocolat abandonnée la veille et la soulagea du haut de son emballage encore une fois avant de mordre dedans et de demander, la bouche pleine...

-T'en veux?

Il était certain plus qu'à cent pourcent qu'elle n'en voudrait pas, et c'était exactement la raison pour laquelle il avait demandé. Aussi, il n'avait visiblement pas l'intention de se lever le premier, ainsi confortablement installé. Elle serait la première à s'extirper hors des couvertures et il serait celui qui aurait le plaisir d'admirer les cuisses qu'il devinait sous ces draps.
Et ce baiser? Lequel...? Ce baiser, peu importe lequel, il était loin derrière et demeurerait là, parole de Vollmer.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Sam 24 Jan - 14:13

Grrmbl. Qu’est ce que c’était que ce bruit, bordel de merde ? Qui qu’en soit l’auteur, elle allait lui éclater la gueule, parole de Peinamps – parole qui valait sans doute beaucoup plus que celle de Vollmer. Ca, il allait en voir de belles, des vertes, des moins vertes, des mûres et même pas des pas mures. Dès qu’elle serait réveillée. Entrouvrant d’ailleurs un œil, la bête vérifia qu’il n’y avait aucun danger à ouvrir l’autre. Un danger, non, un truc mou, oui. Et quelque chose de chaud. Ca ressemblait à… Oh ma déesse favorite, on aurait dit du Guillaume. Vous avez dit Guillaume ? Bon sang ! Gaëlle fit quelque chose qui ressembla à un sursaut, en pire, et se redressa d’un coup en inspirant de la même manière. Ca fit : « Han ! ». Qu’est-ce qu’il fichait là ce type ? Elle le considéra un instant, alors que lui-même faisait pareil avec sa petite tête d’innocent. Il croyait qu’il parlait dans son sommeil. Bien vu l’hurluberlu… Tout revint alors dans la petite caboche de l’autre surdouée, et ses épaules s’affaissèrent dans un soupir soulagé. Non, le fait qu’elle se réveille ainsi accrochée à lui n’était pas dû au fait qu’ils avaient sauvagement fait l’amour pendant la nuit après s’être enfilé quelques bouteilles pimentées. Non, c’était juste parce que son inconscient était vraiment trop nul. Pour se donner une contenance, elle prit un air férocement méchant.

- Ouais, tu parles. Pire, tu ronfles. Je me demande comment tu fais pour te taper autant de nanas. Tu m’étonnes qu’elles ne restent qu’une seule nuit.

Toujours avec cette tête de chouette courroucée, elle se pencha un peu vers lui pour donner du poids à ses paroles suivantes.


- T’as de la chance d’être toi, Guillaume, parce que sinon tu serais en train de chercher de la colle pour recoller les diverses parties de ton corps que je t’aurais arrachées. Je déteste qu’on me réveille comme ça.

Elle était de mauvaise humeur, ça y était. En plus … Il y avait Guillaume, encore lui, dans ce paquet de cigarettes, au milieu des clopes. Il se tenait tout droit, et avait souri à Gaëlle lorsqu’elle l’avait délicatement saisi entre ses doigts pour le porter à sa bouche. Tout content, il avait rigolé et elle avait pris ses chevilles entre ses lèvres, avant d’approcher le fatidique briquet de sa turquoise de chevelure. Hmmm miam miam du Vollmer à fumer… s’était-elle dit, avec l’espoir niais de l’allumer. Guillaume ! Guillaume viens danser avec nous ! avaient crié les filles à demi nues. Et là Gaëlle avait vu sa cigarette s’enfuir du coin de sa bouche, trop heureuse d’aller se frotter à ces nanas. Reviens, reviens ! Illusoires appels qui étaient restés vains. Guillaume avait grandi, grandi… Les filles aussi. Ils avaient dansé dans un espace qui était devenu sombre et coloré à la fois, avec des flashs. Guillaume ! avait continué de crier Gaëlle, tandis qu’ils se trémoussaient. Elle était devenue toute petite, et il ne la voyait pas, absorbé dans sa danse lubrique. Une des filles avait fini par baisser les yeux vers la pauvre sentinelle oubliée, et avait ri d’une façon détestable avant de s’écrier : « Guillaume regarde ! Regarde, un cafard qui ressemble à Gaëlle ! » Et d’un coup de talon vengeur, elle l’avait écrasé, le cafard. Tout en se faisant aplatir, Gaëlle avait entendu son bleu rire à son tour en disant « Ou Gaëlle qui ressemble à un cafard, ah ah ah ah… »

C’était tout. Après ça avait sans doute embrayé sur autre chose, mais elle ne s’en souvenait pas. Cruellement, il ne lui restait que ce rêve là en tête.


- Garde ta putain de tablette, je m’en fous. J’en veux pas, j’aime pas, en plus tu le sais. T’es qu’un sale connard de toute façon. Disant ceci, elle se levait mécaniquement, s’extirpant difficilement de ces draps si chauds. Je veux pas qu’on m’écrase, je voudrais même pas qu’on PUISSE m’écraser. Alors bouffe ton chocolat, ok ?

Incohérente Gaëlle, mais fulminante Gaëlle, gare. Elle s’approcha de sa combi, laissée pour morte sur le dossier du fauteuil la vieille, puis constata qu’elle était en chemise et qu’il lui faudrait s’en défaire pour enfiler la morte bientôt vivante. Elle leva alors son regard furieux et le dirigea vers Guillaume.

- Tourne-toi, vite. Et fais pas le mec qui souffre, je sais que t’as pas mal.

Elle attendit que le mâchonnant s’exécute. Cela pris un petit moment, au point de se demander si il ne faisait pas durer les choses pour l’énerver encore plus. C’était ça, il voulait l’énerver.

Une fois certaine qu’il ne verrait rien de son corps de rêve, la sentinelle se débarrassa de sa trop grande chemise – ancien vestige d’une amourette avec un grand musclé certainement – ôta sa petite culotte, en enfila une autre, puis commença à s’enduire de sa combi. C’était drôle comme elle faisait ça vite, comme si elle craignait qu’il ne se retourne subitement. Il n’aurait pas fait ça, pas vrai ?


- Merde ! Saloperie.

Voilà, elle s’était fait mal. Voulant remonter sa fermeture éclair à toute vitesse, celle-ci s’était coincée dans sa peau. D’un air ennuyé, elle tenta d’enrayer le flot de sang qui s’écoula de la petite coupure – un torrent sanguin, le Niagara ! – d’un doigt et porta celui-ci à sa bouche. Maintenant la chose était coincée, au niveau du nombril, et refusait de monter davantage.

- Chiottes.


Gaëlle se laissa tomber dans le fauteuil. Quelle matinée pourrie. D’abord le cafard, ensuite le niagara. Clope, clope, il lui fallait une clope.

- Tu peux me filer le paquet sur la table de nuit ? J’ai besoin de fumer. Sinon…

Elle laissa sa phrase en suspend, histoire de créer une ambiance terrifiante. Il n’y avait plus rien à voir question anatomie, le haut de la combinaison étant déjà enfilé. Il manquait juste que ce soit fermé quoi… Bref, l’autre pouvait se retourner maintenant.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mar 27 Jan - 1:02

Pff, quelle grognonne, elle, le matin... Et lui qui avait décidé que cette journée en serait une bonne, heureusement qu'il l'a connaissait, sa grincheuse Gelli, ou alors le pauvre Guillaume se serait laisser gober tout rond par cette vague de négativité! Quant à ce que débitait la mégère, loin fut de lui l'idée d'y porter une quelconque attention. Nanas nanas nanas, elle avait parlé de nanas, merci madame Peinamps, merci! Quelle belle perche tendue pour une évasion au royaume des foufounes et des bouboules. Ah les nanas et leurs paysages montagneux, ça te fait des bizbiz là-dedans. Ouh la ouh la, en plus ça faisait longtemps. Trooop longtemps. On parle ici d'un quasi S.O.S. Les libellules s'échauffaient, s'échauffaient et brûlaient presque à cette heure! Une ou deux nanas dans son lit moelleux, question de faire geindre les ressorts de son matelas, demain, ou mieux encore, ce soir. Ah que oui! OUI! Ah oui... Rien que d'y penser... Rien que d'imaginer... Leurs poitrines l'une contre l'autre, leurs ventres nus qui n'appelleraient qu'à être bestialement pris, leurs hanches, leurs cuisses à la gellienne, comme ça, leurs sourires explicites, et leurs mains, là... Et le chocolat, avec tout ça, c'était le paradis, le putain de paradis.

- Tourne-toi, vite. Et fais pas le mec qui souffre, je sais que t’as pas mal.

La Gellienne! Elle était toujours là! Avec ses cuisses, en plus! Et lui, le con, avec son air attardé, la main sous les draps, la bave qui lui débordait presque entre ses lèvres entrouvertes, non mais qu'est-ce qu'il faisait?! Mégabogue! One two three zero five zero bip bip bip win win woulou woulou uuuuuuuuuuuuuuuuuu-
Ce ne fut que passager.

-Je souffre en silence. Je suis un martyr. Fous moi la paix, petite poulette...

Pauvre de lui. Faut dire aussi que, c'est toujours plus agréable de justifier ses actes à venir de manière à ce qu'ils aient l'air décidé de notre propre gré plutôt qu'imposés comme des ordres, venus par exemple d'un quelconque subalterne. Genoux machinalement dressés, Guillaume retrouva mine plus ou moins normale avant de rapprocher ses bioniques de genoux jusqu'à ce qu'il puisse appuyer son front sur ces derniers. Pour rassurer l'autre paranoïaque de Gelli, il posa même son bras autour de sa tête bleue. La bouche remplie de chocolat de nouveau, il mangea presque en silence dans sa petite caverne noire en imaginant son amie poulette se déplumer comme une strip-teaseuse. Ça devenait de l'obsession, tout ça. Reste que c'est vrai qu'il était quand même un petit peu un martyr, rien qu'un peu, se disait Guillaume, il y aurait de quoi se plaindre, dans sa condition. 27 ans, qu'il avait, et il était tout seul monde. Pas tout à fait, mais presque. Y'avait bien sa maman qui lui chialait dessus tout le temps... « GNEEUUUGNEEEEUGUILLAUMEEEUUH JI VOULOIW PITITS NENFIIINTS!!!! » À n'y rien comprendre, vraiment, pauvre vieille. Qu'elle se les mette là où il pensait, ses petit-enfants pourris d'avance. Des petits bleus, pfff, des petits bleus mon c*l, oui!

Je suis unique, allez crever tous, clônes imparfaits qui ne naîtront jamais!

Kris serait fier de lui. Ah ouais, il y avait Kris, aussi... Le pauvre con. Enfin... Un autre. Que de nostalgie, en ce grand matin bleu, dites-donc! Ce devait être le chocolat, si tôt, ça tombait sur la tête comme un bain d'eau froide (sans le bain...). Bref, il en oublia de mater Gelli.

-Quoi! Quoi!

Oubliée, la consigne de ne point regarder! La tête de Guillaume s'était redressée en un éclair et ses yeux déjà cherchaient la détresse avec appétit. En voyant la toute habillée Peinamps s'affaisser comme une fulminante baleine, il fut un peu déçu, d'abord de constater qu'elle avaient enfilé sa combinaison, puis d'entendre que tout ce qu'elle voulait, c'était une clope. Avant de se lever pour voler à la rescousse de sa chère et tendre, ou chair tendre..., il avala sa dernière bouchée de chocolat et écrasa le papier entre ses doigts avant de le glisser sous son oreiller. Désormais assis au bord du lit, il s'empara du paquet de cigarettes, en sortit une, s'arma du briquet à côté et, machin au bord des lèvres, en alluma l'extrémité avant d'en aspirer une bouffée. Alors seulement Guillaume se leva, s'aidant de la table de nuit, et prit une attitude cool en adoptant une démarche décontractée (réussie à quelques boitillements près), penchant légèrement sa tête sur le côté pour que sa frange lui tombe devant le visage. Expulsant la fumée de sa bouche en usant de son dévastateur sex-appeal, il s'arrêta pour poser, clope entre les doigts, main sur la hanche, regard de tueur. Bang bang!

-Ahlip Luong dit que je suis vraiment sexy, quand je fume. Peut-être que je devrais fumer.

Ahlip Luong : superbe mannequin en vogue qui avait bien voulu du Sous-chef de la Brigade pour quelques fous ateliers de contorsions dans son appartement de luxe. Voilà ce que c'était, Ahlip Luong, et le pire, c'est qu'elle n'était pas chiante comme toutes les autres. Cela dit, Guillaume, le tout aussi superbe, rendit à sa propriétaire la clope entamée et abandonna sa cool-attitude en laissant glisser sur le plongeant décolleté de Gelli son regard, jusqu'à ce qu'il heurte la chemise abandonnée sur le sac. Se penchant en éprouvant de très légères difficultés, il s'empara du vêtement en fronçant les sourcils.

-L'est bien trop grande pour toi, c'te chemise... Hey mais! C'est pas à toi! C'est pas à toi! ... Mais c'est pas à toi! Répéta-t-il avec la même intonation.

Où était passée l'innocente jeunesse de son amie... Soudainement moqueur, il sourit en rejetant le truc là où il l'avait pris, ou presque.

-Alors quoi, tu gardes des souvenirs de tes victimes? Il a une valeur sentimentale, ton torchon? C'est celui de qui hein? Tu peux me le dire, je suis ton ami. Même que, maintenant qu'on en parle, je crois qu'on devrait passer à l'étape suivante, tu vois?

L'étape suivante suivrait celle-ci. Guillaume laissa tomber ses fesses au bord du lit, et le reste de son corps avec, se servant de ses mains comme appuis plus loin sur le matelas, jambes masculinement écartées, tête de plouf sur les épaules.

-Je suis ton confident, maintenant, alors tu vas me raconter tes histoires de filles. T'as pas de copines alors, je me porte volontaire pour écouter tes conneries de nanas et, puisque je suis le seul, t'as pas tellement, le choix...

Avec tout autant de débordante virilité, il gratta son torse comme Kris lui avait montré à la faire « quand tu magasines des cuisses sur la plage ».

-Ah et puis, si tu pouvais m'aider à m'habiller, en me racontant tout ça... Merci.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Jeu 29 Jan - 15:45

- Martyr, mon cul…

Ce rêve à la con l’avait traumatisée, voilà. Elle en voulait à Guillaume surtout parce qu’elle le pensait capable d’agir comme ça. Bien sûr qu’il aurait rigolé en la voyant se faire écraser, il n’y avait aucune illusion à se faire là-dessus… Grrrmbl.

Quand elle le vit sortir une clope du paquet, Gaëlle senti le lion s’éveiller au fond de ses entrailles. Il ouvrit grand la gueule, dévoilant une rangée de crocs acérés…


- Touche pas à ça ! Tu gâches !

Bien sûr qu’il gâchait, l’abruti ! Il ne fumait pas ! Et Gaëlle n’avait plus de cigarettes, ce paquet là c’était un cadeau du père Noël, un cadeau pour ELLE pas pour LUI. Limite elle se jeta pas sur lui pour lui reprendre son précieux bien, en fait c’est le souvenir de sa blessure à l’abdomen qui la freina brutalement dans son élan. Allons. Fallait pas lui faire mal à ce pauvre chou sinon elle se mettrait encore dans tous ses états à souffrir avec lui. Donc, au lieu de lui déchirer la peau à coup de griffes, elle se contenta de rester plantée dans son fauteuil, à le regarder avec mépris faire le Guillaume. C’était qu’il était doué pour ça… Non mais quel cake. Pour qui se prenait-il avec ces airs de mâdâme ? Pour un mannequin ?

- Ferme l…


Auuuugh. Qu’est-ce qu’il avait dit ? Est-ce qu’il avait bien dit Ahlip Luong ? OMG. Anéantie, Gaëlle ferma sa gueule, pour le coup, et se tassa un peu plus dans le fauteuil, un immense sentiment de ressembler bel et bien à un cafard envahissant dangereusement sa poitrine. Une petite voleuse des bas quartiers, elle pouvait aisément rivaliser, mais un mannequin ! Mieux que ça, Ahlip Luong ! Non, bon sang, ce n’était pas jouable. Cette pétasse faisait la une des magazines féminins en vue, et même des magazines masculins. De plus, elle possédait dans son jeu un terrible atout : un double atout en vérité, deux montagnes rebondies dans lesquelles il semblait bon de se blottir. Ca, Gaëlle elle avait pas.

Bordel de merde, elle n’avait jamais complexé de sa vie, elle n’allait pas commencer aujourd’hui ! Avant de savoir que cette grognasse avait goûté au second, elle se moquait même de ses lolos surdimensionnés et de ses deux boudins pulpeux qui lui servaient de lèvres. Mais maintenant, elle se sentait… ratatinée. Elle ne valait rien. Elle n’était qu’une crotte de mouton. Un petit cafard.


- …

Elle récupéra la cigarette avec un air des plus abattus. Avec un peu de chance l’autre con la croirait abasourdie. Ahlip Luong, saloperie j’aurai ta peau.

Et puis peu à peu, comme toujours quand quelque chose n’allait pas chez Gelli, la hargne pris le dessus. Salaud de Guillaume. Il partait mal aujourd’hui ! Se redressant avec énergie, sa collègue le toisa d’un regard mauvais.


- Tu parles, la clope au bec tu me fais plus penser à l’un de ces pauvres types qui traînent dans mon quartier merdique et qui en sont réduits à mater le cul des grands-mères. Oublie.

En parlant de matage, lui il n’en perdait pas une. Elle croisa les bras lorsqu’elle intercepta son regard. Eh bien quoi, elle te plait pas ma chemise ? Ah bah… Bien sûr qu’elle n’est pas à moi, je suis loin d’être énorme, tête de bœuf. Silencieuse, elle l’observa d’un œil critique. Une envie sadique commençait à germer dans son esprit. Hmmm, oui… Il voulait jouer les amis pas prêteurs ?


- Mes victimes ? Je t’assure qu’elles étaient toutes consentantes. Quoi, t’es jaloux ?


Subtile allusion. Enfin, une allusion quoi.

- … Tu veux être ma copine Guillaume ? Vraiment ? Tu veux savoir avec qui je baise ? Remarque, moi je sais avec qui tu baises.

Fausse réflexion.


- Alors je vais te dire, puisque dorénavant tu es ma copine. C’est la chemise d’un conducteur d’aérostat, tu sais, le grand brun avec l’oreille percée qui s’était fait attaqué par une bande du clan Momiji le mois dernier ? Le soir même on s’envoyait en l’air, ça s’est fait rapidement. Il m’a dit que je lui avais plu dès qu’il m’avait vu. J’ai dû admettre qu’il en avait été de même pour moi.

Sournoisement, elle s’était levée et s’était rapprochée du lit où il était assis. Sa voix ressemblait à du miel empoisonné. Si il n’était pas trop con, il flairerait quelque chose.

- Moi aussi j’ai besoin de me changer les idées après le boulot… D’ailleurs on va se voir ce soir. Comme on était censés rentrer hier, je pensais avoir le temps de me remettre de la mission, mais visiblement quand on arrivera, ce sera déjà tard. Je serais… toute sale…

Maintenant elle était a genoux au dessus de Guillaume, et le poussait à s’allonger en travers du matelas en appuyant fermement sur son torse avec sa main. Il ne pipait mot, au moins le manège de Gaëlle lui avait coupé le sifflet.


- Mais ça ne le dérangera pas, je sais. Même, il adorera ça. Ca sera l’occasion de prendre une douche, tous les deux…


Sa victime enfin totalement à l’horizontale sous elle, Gaëlle entreprit de se rapprocher de lui jusqu’à l’effleurer, l’esprit trop concentré sur sa petite vengeance même pas méritée pour en tirer une quelconque excitation obsessionnelle.

- Et tu sais quoi ? Il saura me laver mieux que personne, ce capitaine musclé… Je te laisse imaginer, n’est-ce pas ? On se comprend.

Sur ces derniers mots, elle se redressa brusquement et se retrouva en moins de deux debout à le regarder de haut, la fureur revenue au creux de ses pupilles. Au fond, elle était très contente de son petit effet.

- Je vais pas t’aider à te rhabiller, j’ai autre chose à foutre. Je vais demander à Jazmine. Je suis sûre qu’elle sera ravie de… prendre les choses en main.


Elle récupéra rapidement quelques trucs dans la chambre, puis lui jeta un dernier coup d’œil avant de désigner brièvement sa combi toujours à demi ouverte.

- Et merci pour le coup de main, je m’en souviendrai.

Comme une tornade, elle sortit de la pièce et claqua la porte derrière elle. Il n’avait que ce qu’il méritait. Sur son passage dans le salon, elle fit à peu près le silence.

- Heu, Gaëlle, y’a ta combi qui…
- Ta gueule.

Elle ouvrit en grand la porte d’entrée, laissant entrer une vraie tornade cette fois, d’air glacé.

- Au fait, Jazmine. Guillaume n’arrive pas à s’habiller tout seul, il souhaiterait un peu d’aide. Surtout pour attacher la couche, il n’y arrive pas.


Un ricanement au bord des lèvres, elle sortit enfin, sans prendre la peine de savoir si l’information était passée. Ensuite… Elle se mit à courir vers le chasseur. Il avait été plus ou moins réparé : une nouvelle radio semblait avoir été posée, et de la résine avait été utilisée pour boucher les impacts. Après une rapide vérification, elle s’aperçu aussi que la bouteille d’oxygène avait été remplie.

De longues minutes elle resta là, assise dans son tout petit cockpit, à regarder le ciel en terminant sa cigarette. Ca bouillonnait dans sa caboche. Elle savait qu’elle avait été très vilaine d’infliger ça à Guillaume, mais il l’avait cherché. En plus c’était un odieux mensonge… Personne ne l’attendait à Anthélima. Ce capitaine, il l’avait lâchée des semaines auparavant, pour une blondasse au teint pâle. A cette pensée, elle enfouit son visage entre ses mains et expira longuement. Gaëlle n’était pas Ahlip Luong, Gaëlle était un cafard insignifiant.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Sam 31 Jan - 21:48

Super Guillaume, il avait envoyé un super coup de pied à super Gaëlle. Et BAM en plein dans le ventre, hein Bionik Man! Il était hot, une vrai allumette en pleine combustion, avec des verres fumés de motards, s'il vous plaît! En plus il avait sortit ses guns et avait tiré sur Gelli, en plein dans le coeur. Elle était tombée, paf, comme ça, et il avait gagné le premier prix. Officiellement, il devenait dès cet instant le confident attitré de sa poulette, gardien de ses secrets les plus gênants, juge et critique de ses fréquentations, son patron du coeur, son chef de vie sociale inexistante, il serait son boss jusque dans son lit. Pas de discussion. Même que, elle avait l'air d'avoir compris tout ça, se dit Guillaume en retirant ses supers lunettes imaginaires, du moins à voir la drôle de tête qu'elle affichait, le genre de tête qui ne veut pas dire grand chose et du coup, qui signifie sans doute « j'ai compris ». Ce raisonnement convenait si bien au grand et beau bleu qu'il l'acheta sans chigner. Une bonne chose de faite, comme qui dirait!

Et crotte, les bonnes choses ne durent jamais. Quand on dit que les femmes sont incompréhensibles... Jusqu'à ce jour, Guillaume s'était toujours plutôt bien débrouillé, entendons par-là qu'il n'avait jamais vraiment eut à affronter des genres de crises, où nulle excuse bidon ou nul silence ne pouvait venir à bout de l'impasse, mais là, il y avait quelque chose qui clochait. Normalement, Gelli aurait dut lui lancer une pic, mais c'est tout, et l'aider à s'habiller, tout simplement parce qu'elle était elle et qu'il était lui et qu'elle était toujours présente pour ces trucs-là. Mais cette fois, non, elle attaquait. Elle avait enfilé ses supers verres fumés à son tour et elle attaquait comme une pétasse. Elle faisait comme ces pétasses qu'il se ramenait dans son lit, mais en différent quand même, parce que Guillaume, il aimait pas. Franchement, il ne savait pas vraiment pourquoi parce qu'après tout, elle lui parlait de ce qu'il avait dit vouloir entendre, mais c'était pas comme il se l'était imaginé. Lui il avait des histoires, mais pas elle, pas Gelli, elle était pas comme lui, elle couchait pas avec des gens comme ça, n'importe quand, n'importe comment...

Oooooh quand les vieux singes auront des dentiers c'est que ma mère aura perdu ses dents! Et c'est ainsi, ainsi soit-il mes très chers, très très chers enfaaants! Oooooh quand les coqs chanteront la messe c'est que mon père oh oui mon père n'aura plus d'âme dedans l'serpeeeent!

Bon ça y était, elle en avait terminé de lui et de ce viol intellectuel!?!?! Non mais quelle conne! Quelle honte de s'en prendre ainsi à sa pauvre tête de bleu! Après l'avoir... cruellement intimidé, elle repartait... comme ça, si bêtement. Même la chanson débile de sa grand-mère débile qu'il s'était hurlée dans la tête pour camoufler le désagréable vacarme gellien n'avait sut y faire. Guillaume finissait haché en quatorze morceaux, sur le lit, les libellules définitivement découragées, l'âme à terre, le goût d'arracher des cheveux de filles dans ses mains. C'était dur de tout avaler et pire encore, de tout croire, parce que, cave comme il sait l'être, il avait tout gobé, et maintenant, il avait vraiment envie de se faire vomir toute cette merde qu'elle lui avait forcé dans le gosier, mais il n'y arrivait pas! Et c'était qui ce caca de première de mec à la boucle d'oreille!!! C'était qui ce trou du cul, qu'il lui envoit son pied de métal en plein dedans!!!

-Bonjour Guillaume.

Non!

-Je viens changer votre bandage.

NON!

-Et vous aider à vous habiller. Votre collègue n'a pas l'air de bonne humeur, ce matin...

Et alors!? Qu'est-ce qu'elle insinuait, la grosse vache, avec son petit air de péteux sur la face!?

-Les autres sont prêts, il ne reste plus que vous.

MAIS TA GUEULE! Raide comme une barre, il s'était redressé, fuyant en vérité la main qui venait de se plaquer dans son dos pour l'aider. Me touche pas me touche pas me touche pas me touche pas. Le visage figé par la scène d'horreur qu'il était entrain de vivre, Guillaume était gelé dans le mutisme. Jazmine, toute serviable qu'elle était que trop, changea le bandage, prit la combinaison et se pencha pour aider son hôte à y mettre les pieds, mais Guillaume changea de point de vue pour la première fois à cet instant, baissant vers elle ses yeux exorbités.

-Laissez, je peux.
-Vous êtes certain?
OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
-Oui.

Bon, elle repartait, enfin, en refermant la porte mais pas complètement. Seul, le Second entreprit de s'habiller et, se penchant pour enfiler son vêtement, il dut se mordre la langue pour retenir la douleur qu'il éprouva afin de l'empêcher de se réincarner en un cri. Ce fut plutôt long et plutôt pénible, si on compare à l'habitude, mais il vint à bout de lui-même et surtout de ce corps d'estropié. Il faisait pitié, il devrait être béni par toutes les déesses à la fois et vivre l'extase éternelle. Cela dit, ou plutôt songé, en attendant la rédemption, il faudrait se ramener les fesses à Anthélima, puis appeler Ahlip Luong et se la faire en pensant à Gelli. Enfin, pas en pensant à Gelli comme ça, mais en y pensant comme celle qui n'avait pas voulu de sa totale et dévolue amitié. Peut-être qu'elle désirait autre chose... Ça expliquerait l'épisode du (ca)capitaine et puis ça expliquerait aussi le fait qu'elle n'était pas tellement contente en sortant, tout à l'heure, elle devait être jalouse de lui, qui avait toutes les filles dont il avait envie et qui ne restait avec aucune d'elle que par choix. Il n'y avait jamais songé mais, peut-être que Gelli rêvait de se dégoter un type potable, de l'épouser et de se faire faire des petits. Quel gâchis ce serait, gaspiller une sentinelle pareille, se dit Guillaume en quittant la chambre.
Au salon, le stagiaire et ses deux hommes l'attendaient et se levèrent en le voyant arriver.

-On part.

Rambo remercia Jazmine pour son accueil, les deux autres sortirent à la suite de leur chef et retrouvèrent leur chasseur. Guillaume en fit de même, concentrant tous ses efforts dans sa démarche, qu'il voulait on ne peut plus normale, craignant que Gelli ne le regarde de son cockpit et ne l'accuse, silencieusement ou pas, de chercher à s'attirer de la pitié. Il ne faisait que supposer parce qu'en fait, lui il ne voulait pas regarder si elle le regardait. Bref, il gâcha toute la manoeuvre en tentant d'embarquer dans le chasseur, devant s'y prendre à deux fois avant d'y parvenir et usant de tout son self-control pour éviter d'avoir l'air d'avoir mal.
Les engins furent rapidement prêts à décoller, Guillaume détala en tête de formation, avec la fanfaronnerie qu'on lui connait, et fila droit vers Anthélima, direction sud-est. Dans le grand bleu ce matin-là, c'était le calme plat, même les nuages avaient trouvé mieux à faire.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Lun 9 Fév - 15:55

- Ca va Vollmer ? T’as pas l’air dans ton assiette. C’est pas ton nouveau statut de meilleure amie qui te chagrine au moins ? Tu sais c’est pas vrai ce que je t’ai dit. Y’a pas de beau capitaine qui m’attend à la tour Mirage. Ni de fabuleuse nuit de sexe. Ce soir je serai sans doute toute seule à écouter la radio, avec moi-même. Et puis… Je sais que je vaux pas Ahlip Luong mais… T’sais ça serais cool que tu viennes. Ca fait longtemps qu’on s’est pas fait de soirée comme ça tous les deux.

Gaëlle croqua un cracker. Elle en avait piqué un paquet tout à l’heure chez Jazmine, alors qu’elle passait en trombe dans le salon. C’était bien un petit casse-croûte maintenant, elle avait vraiment la dalle. Il n’y avait pas grand-chose à faire, là, tout de suite. Guillaume était aux commandes, y’avait pas un pet de vent, même pas de nuages… Tout était clair, c’était cool. Gaëlle se faisait donc royalement chier. En plus comme l’autre boudait en lui infligeant un « silence radio » buté, elle n’avait rien d’autre à faire que d’imaginer ce qu’elle pourrait bien lui dire. Elle croqua une autre chip. Non, ça c’était merdique. Il fallait quelque chose de plus... racoleur.


- Tu sais Guillaume, en fait je suis toute seule ce soir, j’ai menti… Je… Je suis vraiment déprimée tu sais ? Y’a personne dans ma vie depuis des lustres, j’ai pas touché à une bite depuis pareil et pis

Ah non, dégueulasse ! En plus c’était même pas vrai. Vraiment pas.

- Guillaume… Je m’en fiche de ce type. Ce que je veux c’est toi. Toi, toi, toi, toi, toi. Viens donc ce soir... On sera sales tous les deux, y’aura plus de travail…

Berk. Ca ressemblait à du Ahlip Luong ça. Surtout pas !

- Hmmm, mon chou ? Faut que je te dise. Le Capitaine et moi on est plutôt… avides de sensations nouvelles. Toi aussi je le sais… Si ça te tente tu peux nous rejoindre ce soir, ça te plaira je n’en doute pas.

Rrrr. Gaëlle passa un coup de gomme magique tout ça. Elle avait déjà choisi sa réplique de toute façon, et ça allait être beaucoup plus drôle. En plus si elle laissait son cerveau à la con continuer le délire, elle allait tomber dans le vraiment trash. D’un doigt rageur, elle appuya sur le bouton de communication radio, sur la locale, celle qui ne servait que le chasseur. Celle qui irait droit jusqu’à l’autre devant sans déranger le reste de la formation.

- Tu dévies trop sur la droite. 4 degrés à gauche.

Huhuhuhu. A la fois excitée comme une gamine et apathique comme un gros chien repu, la sentinelle se renfonça confortablement dans son siège et se gava de crackers en regardant le ciel. Avec une telle visibilité, les pirates ne sortaient jamais. C’était trop facile pour les sentis de les dégommer, et les pirates n’aimaient pas vraiment se faire dégommer. Heureuse déduction, ils ne seraient donc pas là ! Elle s’étira, levant des bras assez piteusement maigres et blancs qui s’écrasèrent contre le verre.

Tiens ? Depuis quand était-elle aussi cadavérique ? Normalement elle était quand même plus… Enfin plus… Plus appétissante quoi ! Déjà que c’était pas terrible avant, si elle se mettait à régresser ! Piteusement, elle observa ses longs doigts osseux avec un dégoût grandissant. Depuis quand ? Mais depuis qu’elle était un cafard bien sûr ! Ahlip Luong devait être délicieuse, avec ses bras tous parfaits tous bronzés tous miam miam. Bon sang, pourquoi pensait-elle encore à cette grognasse ? Guillauuuuume c’est de ta faute ta faute ta faute.

De rage, elle jeta son paquet de chips au fond, à ses pieds, près de l’oxygène. C’était drôle de voir comme elle pouvait à la fois le détester et l’adorer en même temps, son bleu. Le vouloir dans son lit et crever dans une poubelle aussi. Un exercice finalement peu banal, qu’elle ne souhaitait à personne, par bonté d’âme – si, si.


- Hé Rambo, tu sais ce que c’est la différence entre une pute et un assassin ?
- Heu… Non ?
- … Merde, moi non plus.
- …
- Non j’te jure j’ai oublié !
- Hé les gars, je crois que je viens de voir un nuage en forme de fesses.
-…
-…
- Ben quoi la vanne de Gaëlle était nulle, faut bien que je remonte un peu le niveau.
- Va chier.

Pfff… Bleu, bleu bleu. Le grand bleu. Le très grand bleu. Silencieux, ce bleu. Et très vide, ce bleu. Du genre pas là.

Une demi heure plus tard. Plus très loin, prêtre encore une heure. Vent de face de merde. Toujours personne. Même lieu, même punition.


- Hé Rambo, tu sais pourquoi les hommes donnent un surnom à leur poireau ?
- Lâche moi.
- … Mais allez, je m’en souviens de celle là !
- Ils veulent pas qu’un inconnu décide à leur place.
- …
- C’est ça ?
- Tu la connaissais !
- Non j’te jure que j’ai trouvé tout seul !
- … C’est encore pire que je craignais. Et le tien, il s'appelle comment ?
- Quelqu'un peut nous éviter ça ?

Mais qu’est ce qui la mettait dans cet état là ? Allez savoir.

- Hey grand bleu tout mou, on va chercher mon chasseur. Descend, il est juste là-dessous.


[…]

Une fois à terre, Gaëlle actionna l’ouverture du cockpit et sauta au sol, bien heureuse de pouvoir se dégourdir les jambes. Elle ne jeta même pas un regard à Guillaume, les yeux fixés sur son chasseur à elle qu’on avait abandonné là à l’aller. Non pas qu’elle avait spécialement envie de piloter, mais elle n’avait pas le choix fallait bien ramener la bête. Derrière elle, le second redécolla. Il la plantait là, le salaud. Rien à foutre, elle avait pas besoin de lui.

Grommelant comme le faisait si bien sa tante, elle se hissa dans l’appareil avec la ferme envie de planter ses dents dans le derrière de son bleu. En fait, elle n’engagea qu’une jambe dans le cockpit de pilotage lorsqu’un « bip » attira son attention. Ses yeux, aussitôt, volèrent vers un objet plutôt volumineux posé juste au pied du siège.

Il n’y eu même pas une demi seconde entre la constatation et l’action. Elle se jeta en arrière, atterrit on ne sait trop comment sur ses pieds, et fonça comme une perdue vers ailleurs, très loin, le plus possible parce que ça allait…

Baboum. L’explosion souffla tout. Gaëlle fut projetée avec violence dans une ravine, où les déesses seules savent ce qui lui arriva. Entre le « bip » et le « boum » il y avait quand même eu 4 secondes. Pas franchement habiles, ces pirates, même Gaëlle aurait fait mieux.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Sam 14 Fév - 4:38

À l'image du vide bleu qui s'étendait à perte de vue devant eux, dans la tête de Guillaume, non seulement c'était bleu, mais c'était le néant en plus. À quoi bon penser, quand ça ne mène à rien. Voilà une philosophie de vie que devaient avoir adopter nombre de Guillaume Vollmer, tous aussi bleus les uns que les autres, dans la tête comme dans la coeur et oui, j'ignore ce que ça signifie. Alors il y avait lui, le chasseur rapiécé, le ciel, les sentinelles sur les côtés et c'est tout. Ah non! N'oublions pas la Gellienne, assise tout juste derrière lui et qui pensait si fort dans son silence que Guillaume l'entendait. Elle devait se dire qu'il était con, entre autre. Elle devait aussi se dire qu'elle était tellement misérable à côté de lui... Avec sa vie de célibataire endurcie... Ah ça, il aurait tant aimé le croire. En vérité, il n'y arrivait que partiellement, parce qu'une stupide petite voix dans sa tête lui disait, lui répétait, qu'au fond, Gelli, ça ne se pouvait pas qu'elle n'ait jamais personne dans ses draps. Elle était pas mal, après tout, genre physiquement. Elle n'était pas une Ahlip Luong, loin de là, mais tout de même. Et puis il était bien placé pour savoir, il l'avait vue presque nue! En plus Gelli, dans un lit, la connaissant, elle devait être assez...

NON! Guillaume! Arrête de penser! Tu penses mal, tu penses croche.
- Tu dévies trop sur la droite. 4 degrés à gauche.


Qu'est-ce qu'il disait...
Tel qu'indiqué par la voix de Gelli, Guillaume fit retrouver au chasseur sa trajectoire, sans dire quoi que ce soit, beaucoup trop occupé à piloter, évidemment, c'était tellement prenant ce truc... Haha, quelle bonne blague. Les vols aussi tranquilles, c'était comme faire pipi. Bah, presque. Au fond c'est que, tant la manoeuvre pouvait se faire avec automatisme à un certain point, les esprits prenaient leur envol, et ouais, plus haut encore, et atteignaient des planètes jamais explorées à ce jour. Guillaume planait comme un astronaute, il pilotait non pas la machine infernale des Sentinelles, mais bien une fusée, deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin. Un truc dans le genre... Direction I'm-not-there-planet, c'était comme un parc d'attractions sans attractions, un désert de rien sur lequel sans cesse venaient se perdre des averses de songes oubliés. ... Trois petits points pour résumer tout un voyage.

- Hey grand bleu tout mou, on va chercher mon chasseur. Descend, il est juste là-dessous.
- Rambo, Aschton, continuez.

Ils répondirent quelque chose, quelque chose qu'il entendit sans écouter, quelque chose de pas important, et ils poursuivirent leur chemin, s'éloignèrent rapidement pendant que le chasseur de Guillaume retrouvait le sol. Ensuite il y eut un temps ponctué des étapes que constituèrent le départ de Gelli. Il crut s'entendre dire quelque chose d'inutile, mais ne dit rien, ou alors peut-être, peut-être avait-il dit « Salut. » ou alors « Ok. » ou n'importe quoi. Et il repartait, il retrouvait le ciel, sans jamais n'avoir quitté son habit d'astronaute. Bien vite il retrouvait aussi sa planète. À moins qu'elle n'explose avant, et qu'il en perde le casque qui jusque là l'avait gardé de la réalité. Envolée la visière et l'oxygène qui le préservait du glacial vide de l'espace, Guillaume serra ses mains autour des commandes, cligna des yeux et entendit l'explosition à retardement. N'hésitant pas, il fit demi-tour, le nez du chasseur piquant vers le haut pour effectuer une boucle vers l'arrière, roulant sur le côté pour se retrouver à l'endroit. Gelli avait explosé. Du chasseur il ne voyait plus que de la feraille en feu et de la sentinelle, rien. S'interdisant de songer au pire, il passa juste au dessus du lieu de l'explosion, près du sol, et vit le ravin, mais sans y voir quoi que ce soit de plus que le ruisseau qui y coulait.

Aucune hypothèse, aucune supposition, tout avait été raisonné dans la tête du Second dès l'instant où il avait vu, et sa raison excluait toute conclusion qui différait de la sienne. Alors le chasseur se posa non loin de la ravine, en bondit un Guillaume, soudainement insensible à quelque douleur qu'osa lui manifester son corps, qui laissa tomber son casque derrière lui en fonçant au pas de course droit vers la cavité. La profondeur qu'il lui découvra ne freina pas son pas, c'est avec la même détermination qu'il s'y laissa tomber d'un saut contrôlé, puis glisser sur les pieds. Lorsqu'il y pénétra, l'eau lui monta jusqu'aux épaules et, bien qu'il fut surpris, il poursuivit, son objectif s'étant précisé au cours de sa descente. Gelli, sur l'autre rive, pas bien loin, blessée. Son pied avait un angle anormal et elle souffrait, sur son visage, c'était écrit. Quand il l'aurait rejoint, portée, ramenée, il la soignerait, la panserait, la mènerait à Anthélima, saine et sauf, à l'hôpital, la veillerait, attendrait, tout irait bien.

-Accroche-toi.

Ses jambes tenaient bon, toujours, et l'avait guidé jusqu'à elle, maintenant elles devraient, avec lui, la soutenir. Dos à Gelli, Guillaume se pencha, se rapprocha pour qu'elle s'accroche à ses épaules et la souleva, agrippant ses jambes et les maintenant fermement contre sa taille, s'y cramponnant. Encore une fois, il tint bon, insensible, invincible, Guillaume ne courberait pas l'échine, et même lorsque viendrait le temps d'enfoncer ses doigts sur la pierre, d'y écorcher ses mains pour ne pas lâcher prise, il tiendrait, et monterait, bien que lentement, avec une assurance certaine.
Agenouillé sur le sol à nouveau horizontal, il souffla, puis se pencha pour laisser descendre Gelli. Sans perdre une seconde de plus, il se releva, propulsé par l'inépuisable vigueur de ses membres bioniques, et du chasseur s'empara d'une trousse de secours, qu'il ramena auprès de sa rescapée.


-Bouge pas.

Il ne la regardait pas elle, mais enchaînait les gestes avec empressement et précision, tout était calculé d'avance. La trousse fut ouverte, la cheville redressée sans délicatesse, deux tiges métalliques pour l'encadrer, puis pour les fixer elles, un solide bandage.

-Bouge pas!

Posant la trousse sur Gelli, il se pencha vers cette dernière, se rapprocha encore et encore, glissant sur son dos et sous ses genoux ses bras, qu'il replia vers lui pour la tenir avant de se retrouver debout et de se rediriger vers son chasseur. Tant qu'il put, il l'aida à y grimper, avant de monter à son tour et de faire aussitôt démarrer l'appareil, question de rapidement retrouver le ciel et d'éviter de possibles ennuis supplémentaires. C'était peut-être un piège, qui sait, avec ces fichus pirates, ces trouillards, ces lâches...

-Gelli? Gelli ça va?

Et si elle avait une hémorragie interne? Et si une de ses côtes avait perforé un poumon? Et si elle avait une commotion?

-J'avais un frère jumeau.

N'importe quoi pour qu'elle tienne bon, pour qu'elle reste éveillée et qu'elle vive, n'importe quoi pour la distraire du danger, du ravin qui les suivait, comme un gouffre, une possibilité effrayante.

-Le jour de ma naissance, ma mère s'est fait agresser par un gamin, un voyou, un enfant pourri par la piraterie. Il était pauvre, il avait faim, et il lui a planté son petit poignard dans le ventre, un truc ridicule.

Le chasseur filait dans le ciel, dans le bleu, le rayait de sa fumée blanchâtre, et Anthélima lui faisait signe.

-Il est parti avec son collier, des perles. Mon frère s'appelait Alexandre. Il est mort avant de naître, j'ai hérité de son prénom, à côté du mien.

L'hôpital, on le voyait, tout près, bientôt. Le chasseur ralentissait, s'enlignait vers le toit sur lequel s'agitait des petits points jaunes, on l'attendait.

-Alexandre serait devenu quelqu'un, quelqu'un d'important, un grand. Je lui ai tracé une vie, tout au long de la mienne. On se la partage.

Le chasseur se posait, on s'en approchait, on venait de tous les coins, on l'envahissait, la vitre allait bien vite se soulever, les moteurs s'éteindre.

-Je l'ai toujours cru...

On emmena Gelli, on emmena Guillaume, on prit les choses en main, de fer. Mais quand la tornade eut passée, et que les refus de le laisser entrer ne trouvèrent plus raison d'être, alors Guillaume pénétra dans la chambre, s'adossa contre un mur en gardant une certaine distance avec le lit et appuya avec instance son regard sur celle qui l'occupait, tout en croisant ses bras. Il portait comme elle la charmante jaquette, uniforme plutôt répandu dans l'établissement, et ne disait mot. Il attendait
.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Mar 17 Fév - 14:34

Gaëlle avait toujours aimé voler. Pas piloter, voler. Les acrobaties Guillaumesques aussi ne lui plaisaient pas, non vraiment c’était juste voler. Être au dessus des choses, très haut, les dominer, et aller très vite. C’était exactement ce qu’elle était en train de faire, mais sans chasseur ni parachute curieusement. Les choses étaient allées arrivée très rapidement, pourtant tout trouvait sa place dans l’esprit très structuré de la jeune femme. Il y avait eu cette bombe, dans le cockpit de son chasseur, qui s’était déclenchée quand elle l’avait ouvert. Puis l’explosion, peu de temps après. Elle ne s’était pas assez éloigné, mais qui en aurait eu le temps ? Ca avait fait comme un grand coup de vent dans son dos, un truc assez flippant, et là elle avait décollé. La brûlure était venue juste après, quand elle était en l’air. Pourtant ce n’était pas ce qui la terrifiait le plus, il s’agissait plutôt du sol, qui se rapprochait bien trop vite. Rien de mou en plus, c’était des rochers. Que faire ? En un peu moins d’une seconde, pas grand-chose hélas.

Les pierres la reçurent sans bouger, elles restèrent là, tout bêtement plantées. Gaëlle atterrit sur le coté droit dans un craquement sinistre, et puis après elle ne savait plus. Ce n’était tout simplement pas analysable, et puis la douleur brouillait tout. Distinctement, elle sentit sa cheville heurter quelque chose de très dur, et juste après toute brûlure disparut pour laisser place à un grand froid. De l’eau ? Ca, elle n’en prit conscience que lorsque ses poumons en ingurgitèrent une bonne gorgée. Sa main prit l’initiative de s’accrocher à quelque chose, et instinctivement Gaëlle se hissa au sec.

Alors seulement, elle se rendit compte qu’elle était vraiment limite. Tout d’abord elle faillit s’étouffer en tentant de recracher l’eau qui l’empêchait de respirer. Au dessus d’elle retentit le vrombissement d’un moteur. Sans lever la tête, elle devina que c’était Guillaume. Parce que Guillaume, même si elle n’était qu’une teigne insupportable, il ne la laisserait pas tomber. Et aussi parce qu’elle connaissait bien le bruit de son chasseur. C’était comme si toutes ses forces s’étaient envolées brutalement, alors elle resta là, couchée sur le flanc gauche, à haleter pitoyablement contre la poussière. Sans doute que plusieurs de ses côtes étaient cassées ou fêlées, parce que sa poitrine lui hurlait dessus à chaque fois qu’elle tentait d’inspirer. Elle toussa encore pour extraire toute l’eau de ses poumons, et manqua de perdre connaissance tant la douleur se faisait lancinante.

C’est dans le flou qu’elle vit arriver son bleu. Tiens, c’était rigolo ça, une tâche bleue… L’uniforme bleu des apprentis sentinelles. Assorti aux cheveux de Guillaume. Il avait trop la classe. Trop bien, le jour où elle avait mis du colorant jaune dans la machine à laver. Il s’était retrouvé avec une combi verte pendant une semaine, jusqu’à ce que l’administration le prenne en pitié et lui en offre une autre. Ah ça, ça l’avait bien gonflé le Guillaume. Il s’était même ramené à un cours en habits de ville, histoire de pas s’afficher avec son truc décoloré, mais le prof l’avait carrément renvoyé se changer. Kriss avait été désigné d’office comme coupable, et ça aussi ça avait bien fait marrer Gaëlle, jusqu’au moment où un des filles s’était proposée pour partager sa combi avec lui.


- Accroche-toi.
- …hors de question.

Une petite voix toute faible, Gelli. Hors de question que tu partages ta combi avec une fille ! Elle entoura ses petits bras tout maigres autour du coup de son coéquipier et se laissa transporter, dans un état second. Elle appuya sa joue contre son épaule, comme quand elle essayait de lire ce qu’il écrivait quand il faisait ses devoirs. Elle le faisait souvent, et s’amusait beaucoup à énumérer les défauts de sa copie. « Ca c’est faux. Ca c’est faux, ça aussi. » et les lèvres résolument closes lorsqu’il s’agissait de donner la réponse juste.

Il la déposa sur l’herbe, un peu roussie, et l’abandonna là. Limite si elle ne chantonnait pas dans sa tête pour que ça passe plus vite. Elle avait terriblement envie de fermer les yeux et de se laisser aller vers l’inconscience. Tout serait si paisible… Elle n’aurait plus à supporter tout ça, elle n’aurait plus à attendre dans la souffrance que ça aille mieux. Seulement… dans tous les manuels de survie c’était dit qu’il fallait rester réveillé, absolument, que sinon c’était plus dur de s’en tirer. Alors elle gardait ses putains d’yeux ouverts sur la réalité, et son esprit bien conscient de tout ce qui était cassé dans son corps. Et elle chantait dans sa tête aussi, un air qu’elle avait entendu qu’une seule fois, dans sa cuisine précisément. C’était Guillaume qui avait allumé la radio, elle venait tout juste de lui refaire sa teinture de cheveux. Il était trop content, et il avait commencé à danser. C’était un super souvenir ça. Gaëlle avait dansé aussi, même si elle détestait ça. Tan tan tan… Là tout de suite elle voyait sa tête au dessus, comme si il faisait un truc sur elle. Des signaux nerveux lui arrivant au cerveau tout azimut, elle n’aurait su dire ce qu’il était en train de faire. Sûrement qu’il était en train d’admirer son corps de rêve, ouais… Il fantasmait comme un porc sur sa toute petite paire de seins, c’était sûr. Comme quand il la secouait quand elle s’endormait pendant leurs soirées. « Gelli, Gelli tu dors, t’es bourrée, t’es bouuuuurée ! » alors qu’elle n’avait rien bu, et que lui si. Ca aussi c’était cool, de le regarder vomir ses tripes en fumant tranquillement à coté. « Tu vas voir, après ça va mieux » « J’t’emmerde Gelli… Baaaah »


- J’avais un frère jumeau.

Ah ? Gaëlle sursauta. Depuis quand était-elle dans le chasseur ? Bordel, fallait qu’elle les ai fermé, ses yeux, pour ne pas s’en rendre compte. Elle les écarquilla, se concentrant comme une malade sur la corde que venait de lui tendre Guillaume. Un frère jumeau, un frère jumeau… UN FRERE JUMEAU ! Ses lèvres refusaient de bouger, mais si elles avaient pu, elles auraient formellement prononcé : ah ben putain ! Il continua son délire de jumelage, et elle l’écouta attentivement. Son esprit tirait sur la corde pour s’en défaire, pour retourner se cacher dans le noir où le mal n’existait pas, mais elle restait ferme. Maman, couteau dans le ventre, voleur, bijoux, Alexandre, crevé, jumeau. Jumeau, voleur… maman, couteau, ventre… ventre… gros ventre, jumeaux…

- On va la laisser dans cette chambre pour l’instant. Prévenez-moi si elle se réveille.
- Le second Vollmer demande à lui rendre visite… ?
- Non, pas maintenant. De toute façon elle dort, dites-lui d’attendre ce soir.
- Fermez vos gueules, putain…
- Elle a dit quelque chose ?
- Non ? Je n’ai rien entendu.
- Allez vous occuper du second, il ne devrait pas être autorisé à sortir de sa chambre de toute façon…

Guillaume était à coté quand elle se réveilla pour de bon. Elle le su tout de suite parce qu’elle était étendue sur le dos, avec la tête penché sur le coté. Ouuuh petite tâche bleue. Elle lui trouva un air très fatigué, inquiet aussi peut être. Elle ne se regarda pas, se fichant pas mal de ce qui avait bien pu lui arriver de grave. Tout ce qui comptait, c’était cet acharnement avec lequel il l’avait sortie de ce ravin. En tout cas, elle ne dit rien non plus, parce que respirer lui faisait déjà trop mal, alors elle tendit la main vers lui dans l’espoir qu’il l’attrape. Comme ça elle pourrait la lui serrer et lui dire merci sans avoir à ouvrir la bouche. Et aussi tenir sa main, mais ça n’était plus qu’accessoire tout ça.
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MessageSujet: Re: Tout près du grand bleu   Ven 20 Fév - 6:36

Il n'avait cessé de questionner, pendant que le médecin lui recousait la blessure par balle réouverte au cours du sauvetage, à savoir si elle allait bien, si elle irait bien, qu'est-ce qu'on allait lui faire, quand il pourrait la voir. Après tout c'était sa Gelli, il devait savoir ce qu'on faisait d'elle, c'était son droit, pire encore, un besoin essentiel. Il s'en était passé, du temps, depuis la première fois où il avait songé à elle comme étant la sienne de Gelli, ça avait été progressif, et pourtant brusque à la fois, le temps de briser la barrière de l'apprivoisement, le temps de cerner cette drôle de petite bonnefemme qui était capable de débiter des trucs qui les faisaient rire, lui et sa bande d'imbéciles, et qui faisaient grimacer les filles d'exaspération. Mais quand il avait bel et bien compris, certain d'avoir mis le doigt sur le phénomène, alors il l'avait fait sien, d'abord par égoïsme et intérêt pour la réputation qu'il entretenait, mais le temps avait passé, et son intérêt s'était naturellement transformé en attachement, à tel point que Kris avait même exprimé de la jalousie pendant quelques temps, jusqu'à ce qu'une nouvelle horde de filles ne s'en prenne à son cas. Tout ça pour dire que, quand il ne resta plus à Guillaume que le silence et l'attente, car ne trouvant plus questions à lancer dans l'espoir d'attraper une réponse satisfaisante de la part du personnel de l'hôpital, les effets de l'adrénaline en vinrent à complètement s'estomper, et la peur qu'il avait ravalée par sang-froid et professionnalisme plus tôt retrouva son chemin et le prit avec violence. Il avait faillit la perdre. Gelli aurait put mourir, dans cette explosion, et rien que d'y penser, il ne pouvait s'empêcher d'en trembler, pris à la fois par un sentiment de panique et de déstabilisant vide. Aussi étonnant que cela puisse sembler, c'était la toute première fois qu'il confrontait sa réalité à ce type de possibilité, et c'était effrayant.

-Monsieur Vollmer, vous allez bien?

Il avait certainement perdu la carte pendant un moment, son souffle s'emballant, ses membres, bioniques ou pas, incapables de répondre à sa volonté, sinon que bien malhabilement, et dans sa tête, à répétition repassaient ces mots qui avaient déclenché la crise, infatiguables, comme un disque rayé.
Il allait bien, lorsque l'on vint l'informer qu'il pouvait aller voir mademoiselle Peinamps, mais qu'elle était encore endormie. Se réveillant sans pourtant avoir l'impression d'avoir dormi, il se leva, quitta sa chambre et suivit l'infirmière jusqu'à celle de Gelli.

-Ne préférez-vous pas attendre à demain, pour vous laisser le temps à tous les deux de reprendre des forces?

Inutile de répondre à des questions aussi stupides, s'était dit Guillaume sans regarder l'infirmière, poursuivant son chemin à ses côtés, le regard rivé devant. Tenter de reprendre des forces sans savoir d'abord ce qu'il en était de Gelli, sans voir lui-même, serait vain, mais lui expliquer, à elle, qu'il ne connaissait pas et dont il n'avait rien à foutre, il en n'avait moins que l'envie, alors aussi bien se taire.

-Voilà. Elle dort, fit l'infirmière alors qu'ils s'étaient tous deux arrêtés dans le cadre de la porte.

Dites-moi quelque chose que j'ignore, sembla signifier les yeux qu'il baissa vers elle.

-Entorse à la cheville droite, trois côtes atteintes, une à double fracture, le poumon gauche a été touché, mais l'atteinte est superficielle... Brûlure au niveau du dos, deuxième au troisième degré... Elle gardera possiblement une cicatrice, c'est encore difficile à prévoir...

Guillaume avait arrêté d'écouter, avait pénétré dans la pièce et doucement refermé derrière lui, ignorant le « Monsieur Vollmer, nous ne fermons habituellement p- » précisé par la jeune femme. La lumière était éteinte, il n'y avait qu'une petite lampe allumée, sur une table qui séparait le lit de Gelli à un autre inoccupé. Et donc il avait attendu, heureusement soutenu par ses jambes, plus vaillantes que lui, qui manqua faillir à sa tâche et fermer l'oeil. Mais il tint bon, et la vit ouvrir les yeux, les lever vers lui, tendre sa main, et sur le coup, il demeura de glace, figé contre son mur, muet, sans le mot, sans rien à dire ou à sourire, à pleurer, sans rien à être, juste là, incapable de mieux exister. C'est qu'il avait toujours mal, et c'était pire encore maintenant qu'elle avait ouvert les yeux, et qu'elle tendait sa main... Il avait mal au coeur de la voir comme ça, dans un lit d'hôpital, cassée, brûlée, épuisée... Et il s'en voulait.

-J'aurais dût me douter.

Brisant le silence d'une voix rauque, et fragilisée par l'émotion qu'il sentait monter en lui maintenant qu'il avait commencé à parler, Guillaume serra avec force ses bras, rentrant les épaules vers l'intérieur et penchant la tête pour regarder parterre.

-Laisser un chasseur toute une nuit dans un champ au beau milieu de nulle part...

Il y a pire que l'incompétence ou la faute, il y a la culpabilité, et Guillaume le Second avait le don de l'éviter, par un heureux mélange de chance et de talent. Il était « un naturel », comme on disait, mais cette fois, la nature avait fait défaut, une erreur était survenue dans le parfait destin du bleu, et il en était responsable.

-Je n'ai pas droit à la négligence. Je suis Second, j'étais le chef de cette mission et... je t'ai abandonnée.

Aisément, il aurait put céder et s'effondrer, littéralement, se laisser écraser par le garçon en lui qui pleurait à chaudes larmes, comme l'enfant qu'il était, mais plutôt que d'en faire ainsi, Guillaume s'en remit à la colère qu'il éprouvait contre lui-même et délaissa son mur pour mieux la laisser envahir ses gestes, sa parole, et jusqu'à son visage dont les joues s'empourprèrent.

-C'EST DÉGUEULASSE! JE SUIS UN MONSTRE! ÉGOÏSTE ET INSOUCIANT! JE SUIS UN IMBÉCILE! UN MOINS QUE RIEN! UN IMPOSTEUR! JE NE MÉRITE PAS MA PLACE À LA BRIGADE! JE NE MÉRITE RIEN! JE NE VAUX RIEN! MAIS SURTOUT JE NE TE MÉRITE PAS, TOI!

Et là il aurait dut craquer, devenir ce gamin pleurnichard qu'il saurait assurément si bien être, mais il n'en fut rien, car même s'il aurait voulut, étrangement, il en aurait été incapable, et il s'en rendit compte, essoufflé qu'il était, de nouveau immobile, les muscles tendus, mais se relâchant tranquillement, alors qu'il fixait la main de Gelli. Guillaume se rapprocha, penaud, s'assit dans une chaise près du lit, se pencha vers la main, qu'il ne quittait plus des yeux, et la couvra avec attention des siennes. Lorsqu'il rouvrit la bouche pour parler, le ton qu'il adopta n'avait plus rien à voir avec celui employé précédemment, devenu soudainement doux et calme.

-Mais écoute-le, cet imbécile, encore à se plaindre, toujours à parler de lui... Gelli... levant les yeux vers elle, pardonne-moi.

Fatigué de lutter, de se débattre contre lui-même et plus simplement encore de parler, Guillaume se laissa doucement pencher vers l'avant jusqu'à ce que ses lèvres rejoignent ses mains ouvertes sur celle de Gelli, qu'il embrassa, avant de laisser errer ses doigts sur son bras, pendant que de son autre main, il encerclait délicatement le mince poignet, pour mieux venir en exposer la face intérieure à la bouche, avide de goûter encore, aveugle de tout jugement

-Je suis si fatigué...

À peine un murmure, soufflé contre la peau de Gelli, qu'il respirait à s'en soûler, la tête sur le côté, sur le lit, entre le corps de Gelli et son bras, auquel il s'accrochait avec une lascive langueur, au seuil du sommeil.
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