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 - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]

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Alpha Claus
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MessageSujet: - /! Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 7 Juin - 16:39

L'Envolée d'une étincelle de vie ~
Rèn.



Rotyerdham. Sur tous les documents, ce nom est écrit avec une majuscule manuscrite aussi tapageuse que prétentieuse qui illustre, avec ô combien de justesse, l'âme de cette cité.
Loin au sud-est d'Anthélima, une ancienne cité se maintient encore en vie, tant bien que mal. Installée en équilibre aux portes de l'Océan, sur un gigantesque barrage qui fait office de pont, elle abrite en son sein la majeure partie de l'aristocratie surienne. Rotyerdham fut un joyau d'architecture en son temps, alors qu'elle connaissait une période plus faste - lorsque les riches n'avaient pas encore été dépossédés de leur titre de noblesse et jouissaient encore, de ce fait, d'une véritable considération sociale.
Non pas que Rotyerdham tombât en ruine. Simplement, aux yeux d'Alpha, c'était une cité pourrie. Corrompue jusqu'à la moelle. Un repère de vautours gras, à côté duquel Tinkreet, la Cité des Gangs - Cité des Orphelins... Cela signifiait tant à ses yeux - apparaissait comme un paradis terrestre.
Sûrement n'était-ce pas tout à fait le cas, objectivement. Mais Alpha ayant suffisamment réfléchi au déroulement de son plan d'action, obligé qu'il était de demeurer assis sur le siège de son dragonfly, qu'il s'offrait désormais le luxe de laisser ses pensées vagabonder.
Quoi de plus délicieux que de dénigrer ce lieu dans lequel il était contraint d'effectuer une mission de bas-étage ?

Son regard glissa sur les occupants du petit avion, un Espadon-0X aux ailes translucides de libellule. A l'avant, penché au-dessus de la vitre effilée, le pilote fronçait les sourcils, concentré au possible sur sa tâche.
Alpha saisit, dans la pochette de son siège, le dossier qu'on lui avait confié, avant de le survoler du regard. Juste à côté de lui se tenait une jeune femme, la vingtaine environ, la tête auréolée d'une chevelure rousse, chargée de l'épauler dans sa mission : "Ailane", Certificat de Tir avancé [tir de nuit - conditions hivernales - cibles multiples etc...] lut-il. Il avait déjà noté la présence d'un coffret noir, de taille imposante pour un objet portatif – ainsi contenait-il des armes.
Juste derrière eux se tenait un type plus âgé, l'air sérieux, voire même nerveux. Le dossier clamait pompeusement "M. Miguel Itô, Négociateur, Diplomatie, Affaires commerciales".
C'était typique de son père, ça. Il était incapable de placer la moindre once de confiance en son bâtard de fils – adulte ou pas, là n'était pas la question. Lorsqu'il n'était pas présent en personne pour lui tenir la laisse courte, il déléguait. Fort heureusement, Alpha n'ignorait pas de quelle manière attacher ladite laisse au premier poteau venu.

Alpha se leva. Sa ceinture émit un léger clic métallique. Ailane lui jeta un regard en coin. Il l'ignora froidement, se dirigeant sans nulle hésitation vers le pilote, auquel il fit signe de se lever.

« Vous êtes relevé de vos fonctions pour une durée indéterminée, monsieur Nakamura. »

L'homme ne répondit pas. Sur son front perlèrent instantanément une flopée de gouttes de sueur. Pourtant, il obtempéra, quittant son siège. De la main, il frottait ses cheveux, mécaniquement, tandis qu'il rejoignait la place qu'occupait précédemment Alpha.
Lorsque ce dernier s'assit aux commandes, le dragonfly piquait déjà violemment du nez. Alpha redressa l'engin, non sans une certaine maladresse. Il fallait qu'il se dérouille ; cela devait bien faire un an, sinon deux, qu'il n'avait pas piloté semblable véhicule aérien.

Quelques heures plus tard, la mer apparut, à l'horizon. Toujours si impeccablement bleue, songea Alpha. Dès qu'il en aurait l'occasion, il irait fumer, parmi les dunes, ou ailleurs, près des vagues chargées d'écume.
Pour l'heure, il se devait d'être concentré. Il avait accepté cette mission, qu'elle le répugne ou non. Il s'agissait d'intercepter un gosse, un espion miniature, avant que ce dernier ne s'infiltre dans l'immeuble de M. Claus père.
A une latitude aussi sud, juste en-dessous du désert, il faisait terriblement chaud, ce malgré la bise marine. Aussi tous les immeubles étaient-ils équipés de systèmes d'air conditionné – plutôt archaïques, dans l'ensemble – qui consistaient en un réseau de grands tuyaux cylindriques, lesquels couraient d'une pièce à l'autre au travers des larges cloisons. Architecture typiquement rotyerdham, la pierre massive était à l'honneur – elle conservait la fraîcheur, disait-on.
En bref, si un môme s'immisçait dans cette souricière, il aurait le champ libre. Or M. Claus conservait là-bas un certain nombre de petites choses qu'il préférait ne pas voir soustraites à ses tiroirs.
D'où venait-il, ce gosse ? Bonne question. Tout ce qu'Alpha savait de lui, il le tenait d'une petite photo, une capture d'écran floue, tirée d'un enregistrement de vidéosurveillance. On y distinguait plus ou moins un gamin aux cheveux courts – d'où la supposition qu'il s'agisse d'un gars, mais rien n'était moins sûr – dans les six à huit ans, en compagnie d'un nom plutôt connu de la mafia d'Anthélima. Avec ça, des documents qui avaient permis de reconstituer le puzzle du plan, et voilà Alpha qui se retrouvait balancé dans cette opération pourrie, ce paquet de nœuds. A toi de démêler, Claus.
Et c'était lui qui avait décidé qu'intercepter le gosse serait la meilleure chose à faire.

Le gamin serait confié à un adulte extérieur, à partir d'un entrepôt encore usité, lequel adulte devrait le conduire près de l'immeuble. Il devrait l'amener dans les égouts, et le confierait, là, à un autre homme, plus impliqué, qui le ferait entrer dans le bâtiment.
Toute cette affaire répugnait Alpha, d'une certaine manière – outre son implication propre – car, d'une certaine manière, il se mettait à la place de ce gosse. Mais faut pas, Alpha, tu le sais bien, faut pas, c'est comme avec tes victimes.
Bah, il verrait.

« Monsieur Nakamura ? Vous êtes autorisé à réintégrer votre poste. »

Sur quoi, le charmant jeune homme se leva comme une fleur – fleur de glace – pressa un bouton qui déclencha l'ouverture d'une vitre et par-là même une sacrée secousse dans l'engin, et sauta.
Quelques secondes plus tard, Alpha déclenchait son parachute. Extrêmement plat, ce dernier avait été fixé dans son dos, entre sa chemise et son veston.
Alors que, à l'intérieur du dragonfly, il survolait la Cité-Pont dans le sens de la longueur, il lui avait semblé apercevoir un curieux binôme en mouvement. Bien sûr, en chutant, il gagnait une imprécision d'atterrissage de cent mètres. Et puis, restait encore à voir s'il ne s'était pas trompé.

Il jeta un coup d'œil à sa montre. Dix-neuf heures trente-sept.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 7 Juin - 19:40

    Dix-sept heure vingt-cinq. La double porte d'accès aux toilettes des hommes s'ouvre et se referme en brassant de l'air. La lumière pale qui illumine la salle fait penser à celle des morgues, et le reflet de l'homme dans le miroir décuple l'impression de s'y trouver réellement. La blancheur cadavérique de son visage et du reste de son corps ne l'effraie même plus, lorsqu'il s'arrête devant son image, détaillant ses traits tirés, les cernes sous ses yeux bleus. Il ne se soucie même plus d'être seul ou entouré de nombreuses personnes quand sa voix s'élève, recouverte par le jet d'eau qui s'échappe à présent du robinet.

    - Mission de merde.

    Ses deux mains, formant une coupe, interceptent l'écoulement de l'eau et il se penche déjà en avant, fermant les yeux. Il ne dort plus très bien, ces temps-ci. La fatigue s'accumule, entre les missions périlleuses et les journées creuses où rien ne se passe, sauf le temps. Le temps et l'eau qui coule, celle-là même dont il s'éclabousse le visage, récupérant sa position dans le moment présent. Trop le vague à l'âme, ces jours-ci. Trop du passé qui ressurgit, et c'est pas bon pour lui, tout ça. Faut rester concentré, toujours un œil ouvert, ne dormir que sur une oreille. Mais quand même. Lui donner cette mission, au moment où il ne cesse plus de penser à cette sombre époque, c'est se foutre de lui. Comme si là haut, les sept déesses le prenaient pour un bouffon qui égaierait leurs journées ennuyeuses.

    Finalement, ça lui convient, comme idée.

    Il ferme le robinet et se dresse, droit comme I, passant sa main droite sur son visage mouillé d'où perlent les gouttes d'eau, de son menton jusqu'au sol. Un peu d'eau sur les mèches qui recouvrent son front, un peu sur le bandage gris, et le reste dans la serviette éponge qu'il vient de tirer de son vieux sac noir et qu'il passe maladroitement sur son visage.

    C'est pas tous les jours qu'on peut se faire autant de pognon. C'est pas tous les jours non plus qu'on doit livrer un gosse à des mafieux sans conscience. Debout dans les chiottes, il réfléchit, la tête penchée en arrière et couverte par cette serviette qui passe du statut de sèche à humide, sa main toujours posée par-dessus pour ne pas qu'elle tombe. La lumière de filtre pas, c'est pas plus mal. Par contre, dans ce silence pesant et sombre, il entent le cliquetis répétitif et vachement chiant de sa montre. Tic, tac, tic, tac. Comme s'il pouvait oublier que le temps avance, lui qui n'a que cinq minutes pour accepter ou décliner la proposition.

    Quel choix cornélien. Dire oui ou non. Sous la serviette, il se permet un rire sec, alors que les portes battantes s'ouvrent et se referment encore une fois, faisant disparaître quelqu'un dans la salle adjacente. Enfin seul maintenant, il peut se laisser raisonner à voix haute. Mais avant ça, il tire sur la serviette, la pinçant entre l'index et le pouce, la soulevant vers le haut, petit à petit, caressant son visage avec ce doux tissu. La lumière lui fait mal aux yeux. Mais il subit ses assauts.

    - Transport d'un colis, d'une zone A à une zone B. Pas de remise en mains propres. Poids du colis : Dix-huit kilos. Taille : Aucune information à ce sujet. S'ils le foutent dans une caisse...

    Cette fois, il rejette la tête en avant, laissant tomber l'essuie dans son sac encore entrouvert à ses pieds. Il sait qu'il va accepter. Mais les deux minutes et trente-trois secondes qui lui restent ne sont pas de trop. Le temps de récupérer un peu de l'entrevue qu'il vient d'avoir avec son client, de la nuit affreuse qu'il a passée dans un taudis du coin, de la soirée sans aucun doute mouvementée qu'il va devoir affronter d'ici peu...Ses sourcils s'arquent légèrement et il s'accroupit. S'il oublie de mettre sa veste et de retirer ses AT's, ça risque d'être plus compliqué encore qu'il ne le pensait. Alors pendant les deux minutes et vingt-deux secondes qui lui restent, il se prépare, enfile la veste de cuir noir qu'il referme jusqu'à son menton.

    Cette fois, quand les portes s'écartent, ce n'est que pour le laisser passer, lui et toute sa classe. La moindre trace de fatigue s'est envolée à des années lumières, ou simplement cachée sous ses lunettes de taille conséquente. Sans un mot, il remet la lanière de son sac au serveur qui passe à côté de lui, histoire de se débarasser d'un poids, puis pivote sur les talons et se dirige vers la sortie de derrière du restaurant. C'est là que se trouvent le colis et son overboard. Et le client aussi, sans aucun doute. En sortant, il rehausse son col, voilant la moitié de son visage sous la fourrure blanche. Ça sent bon. Pas comme tout ce merdier dans lequel il saute à pieds joins.


    Un gros sac noir. Voilà dans quoi il transporte le petit depuis plus de deux heures. Comme un vulgaire colis, en réalité. Sous ses lunettes, son regard mauvais parcours les rues et les ruelles qu'il traverse à toute vitesse. Pas question de laisser le gosse trop longtemps là-dedans, même s'il a une ouverture pour respirer. Et puis, ça commence à peser lourd sur ses épaules. En cas de danger, il n'aurait peut-être même pas la force de dégainer son canif. Oh. Après tout, ce n'est pas vraiment comme si c'était sa seule solution pour se défendre. Mais c'est toujours assez crevant de se métamorphoser. Et pas discret, surtout. Non pour le moment, il vaut même mieux qu'il évite de penser à ça, parce qu'il en a déjà des crampes à la mâchoire rien qu'en songeant à la future taille de ses crocs.

    Mais quand même...C'est étrange qu'il n'y ait pas encore eu le moindre obstacle. Certes, il est un bon coursier - humilité, quand tu nous tiens - mais le fait qu'il n'y ait encore rien eu à son encontre ne présage rien de bon. Ça va venir. Et quand ça arrivera, il devra être le plus concentré et minutieux possible. Pas question que sa mission échoue ou qu'il arrive quelque chose de mauvais au colis. D'ailleurs, rien qu'à cette idée, il avale sa salive et réajuste le sac noir sur son dos. Puis de la main droite, il remonte aussi ses lunettes sur le haut de son crâne, posant enfin pied à terre. L'overboard toujours à quelques centimètres du sol se stabilise, sous le contrôle de Dante qui, trop habitué, n'y fait même plus attention. Non, présentement, il ne fait plus attention qu'au bruit. Le vent qui souffle sur la route, entre les arbres. Pas un chat dehors. Dante et son colis ont quitté la ville proprement-dite depuis quelques temps déjà. D'ici dix minutes, normalement, ils se retrouveront dans un petit quartier paumé. Puis, dans trente minutes environ, si rien ne se passe, il atteindra la zone B de la mission.

    Si rien ne se passe. Mais rien n'est moins sûr.

    Alors d'un geste précis, il pousse la branche droite de ses lunettes pour qu'elles retombent sur son nez, reposant son pied gauche sur l'overboard qui reprend déjà de la vitesse. Le ciel se couvre d'un voile sombre. La nuit tombe. Dans son dos, l'enfant gigote. Ses membres sont certainement endoloris, la fatigue doit peser sur ses paupières. Aussi lourd qu'il pèse sur les épaules de Dante, ça va de soit.

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Mer 10 Juin - 22:57

Le sol accourait vers le corps à une allure vertigineuse. Alpha, cependant, ne semblait pas victime de quelque nausée que ce soit. Il avait mit ses lunettes, un modèle extrêmement pratique. Et pour cause : elles lui permettaient de distinguer le rayonnement des corps - à condition qu'aucune paroi isolante ne soit érigée devant sa cible. Accessoirement, elles obscurcissaient fortement son champ de vision.
Le binôme qu'il avait aperçu précédemment s'avéra être constitué d'une femme et d'un enfant en bas âge. Certes, ç'aurait pu être un camouflage. Mais Alpha savait ses adversaires prudents : ils n'auraient pas pris le risque d'exposer ainsi l'enfant comme l'adulte aux caméras de surveillance.
Donc le gosse devait être caché. En outre, il ne se trouverait probablement pas dans un véhicule, du fait d'un fort risque de contrôle. Ni dans un étui métallique, puisqu'il serait alors impossible à transporter pour une personne à pied. A pied ? Non, c'était trop lent. Aussi Alpha devrait-il centrer ses recherches sur les utilisateurs d'AT's, d'Overboards, et d'Overwings. Et, pour finir, mieux valait qu'il ne s'attarde pas avec les originaux. Un type délesté d'un bras ou avec la peau bleue ne passait généralement pas inaperçu. A moins qu'une contre-stratégie n'ait été concoctée "optons pour le bizarre, personne ne prendra la peine de vérifier".
Une lueur agacée éclaira fugitivement les yeux noirs, traçant en leur cœur une éphémère ligne bleutée.

Enfin, Alpha sentit une surface rigide sous ses pieds. Sur le choc, ses genoux ployèrent ; il faillit glisser de la toiture mais se retint de justesse, éraflant toutefois ses paumes. Sur quoi, il se redressa. Il dégaina une dague et trancha les câbles du parachute, avant de replacer l'arme dans son logement.
La lumière du soleil l'éclaboussait, giclait autour de lui, ruisselante sur ses cheveux et son corps. Il n'avait pas froid. Bien au contraire ; sa température corporelle devait aisément dépasser les quarante degrés.

Du regard, le jeune homme embrassa les environs. Partout se mouvaient des taches écarlates. Généralement, elles étaient trop floues pour qu'il les distingue seulement les unes des autres. Cela contrastait assurément avec les assassinats. Sa cible, il devrait la trouver, il ignorait tout d'elle. D'ailleurs, quel genre de type avait bien pu accepter cette saloperie de boulot ? Un type qui avait besoin de fric, probablement. Restait encore la possibilité du chantage, ou de l'idéologie - l'appartenance à un gang, en somme.
Alpha passa brièvement une main dans ses cheveux. Il s'accroupit, rivant son regard en un point précis de la rue sinueuse qui s'étendait en face de lui.
Non, aucun des vêtements portés ne lui parut appartenir à un groupe notable.

Il s'était levé et, désormais, marchait sans nul bruit sur la toiture d'ardoise.

Ce qu'il vit, en premier, ce fut la difformité de cette silhouette. Alors, il ôta ses lunettes. Sa cible disparut aussitôt à sa vue - elle circulait derrière une palissade. C'était le moment de regretter l'absence du Dragonfly - ou plutôt l'occasion de piquer un sprint.
D'un mouvement rapide, Alpha laissa courir son index le long de la semelle de la chaussure, dessinant une raie gluante de plastique fondu. Puis il bondit, prenant son élan, accélérant au possible. Du fait de l'efficacité de cette pratique, il ne déraperait pas. Les toits étaient partie intégrante de ses lieux de prédilection.

Il descendit finalement jusque sur des containers. S'il n'avait mal anticipé le trajet de celui qu'il suspectait, alors Alpha le verrait arriver d'ici quelques instants...
Et merde.
Il l'avait manqué.
L'autre était monté sur un overboard, il avait dû passer une minute avant. Maintenant, plus moyen de le rattraper, n'est-ce pas ? Du moins, en circulant à pied. Aussi Alpha se cala-t-il nonchalamment contre un mur, et s'alluma-t-il une clope. Il n'avait pas ôté son émetteur - relié au dragonfly. D'ici très peu de temps, les autres le rejoindraient. Perspective relativement peu réjouissante, soit dit en passant - mais puisqu'il fallait faire le boulot, et jusqu'au bout, inutile de se défiler.
Pourtant, il n'avait qu'à soulever du bout du pied cette grille d'égout, et balancer l'objet dedans...
Soit. Alpha laissa tomber sa clope au sol. L'émetteur, quant à lui, alla rejoindre les flots sombres et putrides, quelques mètres en contrebas. Seul un lointain écho remonta à l'air libre.
Sur quoi, mains dans les poches, Alpha alla se fondre dans la foule.

Ce fut Ailane qui saisit son coude. Elle était apparemment seule - si tant soit est que l'on pût se trouver seul au cœur de cette artère.
« Montez. »
Un overwing, perspective alléchante. Sauf peut-être pour Alpha.
« Vous avez collé votre puce dans le repli de ma veste. Je la sens vibrer depuis plusieurs minutes. »
Son ton était glacial. Un silence se fit. Puis il obtempéra, comme il l'avait déjà décidé depuis "plusieurs minutes", prenant place aux côtés de la femme.
« Je l'ai repéré aussi.
- Sud-est-est » précisa Alpha, tout en sachant qu'il ne lui apprenait probablement rien.

Vingt heures six.
Ici, les feuillages tremblaient, projetant leurs ombres fuyantes sur la longue ligne de bitume noir. La lumière déclinante du soleil à l'agonie adoptait cette teinte viscérale qu'affectionnait Alpha. Parfois, il lui semblait reconnaître, au cœur du maelström d'éclaboussures écarlates, le sang de ses victimes. Mais l'ultime rai blanc purifiait alors le ciel, lui conférant une précieuse sensation de quiétude, avant que ne meure l'astre diurne.
« C'est lui. »
Ou bien un autre, songea Alpha avec fugacité. Peut-être un voleur de gosses. Ou bien un type affecté à semblable tâche.
« Que voulez-vous que je fasse, Claus ? Que je le descende ? A cette distance, je dois déjà pouvoir. »
Alpha dut reconnaître qu'elle possédait quelque talent, en matière de tir. Pour seule réponse, il posa sa main, brûlante, sur la sienne. La femme faillit lâcher le guidon. Elle se tut, pourtant, crispant les mâchoires, toute son attention concentrée sur la voix doucement rauque.
« Non... Dépassez-le. »
Ailane vira sur la droite, glissant l'engin entre deux arbres. Loin devant eux, filait un jeune homme blanc qui transportait un petit corps vivant. Il ne devrait pas pouvoir les voir avant que ceux-ci ne reviennent sur la voie.
L'overwing remonta la rangée d'arbres à toute allure. Le trafiquer avait sûrement coûté une fortune, songea Alpha. Combien son père était-il prêt à claquer dans cette affaire-là ?
Brutalement, l'engin vira à gauche, freina. En quelques secondes, il s'était immobilisé au beau milieu de la route - heureusement déserte, si ce n'était le type.
Alpha mit pied à terre, s'avançant pas à pas, le regard rivé aux lunettes de l'autre, de telle sorte qu'il donnait l'impression de voir au travers des verres.
Derrière lui, Ailane avait sortit une arme à feu.

« Rèn. » dit simplement Alpha.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Mar 16 Juin - 14:35

    A sa montre, dix-neuf heures quarante-sept. Si ce n'est le bruit de son overboard, c'est le silence presque total autour d'eux. Il y a évidemment le souffle du vent dans les feuillages, les bruits quotidiens de la ville, sa propre respiration et puis, étrangement, d'autres sons. Ces petits gémissements, dans son dos, qui l'agacent légèrement : Au moins de quoi lui faire grincer des dents. Son pied touche le sol, donnant un élan supplémentaire à l'overboard et presque aussitôt, on pousse un nouveau petit bruit. Pour Dante, ça commence à être plus dur de résister. Si tout ce la ne tenait qu'à lui, il s'arrêterait. La gomme de sa semelle aurait fait freiner son engin, il y aurait eu une odeur de brûlé, une trace noire sur la route, mais au moins, il aurait pu descendre de son appareil. Et dans un geste lent mais précis, il aurait retiré le gosse de ce fichu sac, lui aurait promit de prendre soin de lui le temps qu'il se trouve une famille. Il aurait tout fait pour permettre à cet enfant d'avoir une vie meilleure. Si ça ne tenait qu'à lui, s'il était seulement capable de changer le cours de la vie de qui que ce soit, même d'un vulgaire animal. Mais il n'est qu'un coursier. Alors il poursuit sa route, fermant quelques millièmes de secondes ses yeux bleus. Le temps de faire sortir toutes ses pensées de son crâne. Dans un monde tel que celui-ci, il se demande si quelqu'un peut encore changer quelque chose.

    Puis un rire léger s’échappe d’entre ses lèvres. C'est sûr. Personne ne peut changer quoique ce soit. Et puis, il s'en fout, n'est-ce pas? Il n'est qu'un stupide coursier, répète-t-il, qui permet à ce monde de sombrer un peu plus dans un puits sombre et profond. Alors, avec une telle conclusion, il se permet de jeter un nouveau regard à sa montre. Dix-neuf heures quarante-neuf. Devant comme derrière, la route. A sa droite, la forêt et les ombres folles qu'elle fait naître sur le sol. De l'autre côté? Il n'a même pas envie de détourner la tête. Faut juste regarder devant soit.

    Alors tout simplement, il poursuit sa route. Cette fois, plutôt que de penser à ce pauvre gosse dans le sac, il pense à ce pauvre type qui lui a confié cette mission. Un gars véreux, qui puait l'argent à des kilomètres à la ronde. Même d'ici, il le sent encore, avec son eau de Cologne infecte et son sourire qu'il croit sans doute ravageur. D'un certain côté, c'est vrai : Dante a même faillit s'évanouir en le voyant. Cette image affreuse le terrifie encore, si bien qu'il en frissonne légèrement, retrouvant son sourire mielleux si mal adapté à la situation. Qu'est-ce qu'il lui avait sortit, comme baratin? " C'est le petit qui veut nous aider, tu comprends mon grand? Il aime notre famille, on le lui rend bien. Il veut nous aider, y a pas d'mal, si? T'es contre ça, mon grand? Allez. Dis moi, ça t'arrive de sourire gamin?". Quelques secondes de plus, et il lui décochait un coup droit dont il se serait souvenu, ce gros pacha. Son dentiste aussi s'en serait souvenu d'ailleurs. De quoi lui démolir la mâchoire et ses fausses dents en or. Non, faut pas exagérer non plus. Avec sa force, il lui aurait juste déchaussé une dent sur pivot. Et dans cette conclusion un peu trop vantarde, il se gratte la joue du bout du pouce droit, remontant par la suite ses lunettes sur son nez. Il commence à faire froid. Un dernier coup d'œil à sa montre, un dernier soupire, un dernier mouvement de tête, histoire de vérifier s'il est bien seul sur la route et que personne ne le suit. Hum?

    Instantanément, son regard vire de bord. Et bien, ils avaient tardé.

    A ses côtés, se faufilant entre les troncs d'arbres, un overwing découpe l'air. S'il était quelqu'un de naïf, Dante aurait laissé couler: Des fugitifs? Des amoureux? Peut-être même des gens normaux, ça, il y en a partout. Mais des fugitifs-amoureux-gens normaux avec un aussi bon matos, c'est rare. Ce genre de machine, rien qu'à l'état normal, ce n'est pas donné. Et puis, avec une telle vitesse de pointe...Faut avoir de quoi modifier le moteur et tout le reste. Et puis, se cacher au bord de la route, ça ne fait pas très "normal" comme attitude. Même Dante, à côté d'eux, parait bien plus banal. Et rien que cette pensée lui arrache un regard vers le ciel. Franchement... Certes, il n'est qu'un simple coursier. Mais de là à n'envoyer que deux personnes pour le mettre en échec...Mieux vaut faire comme s'il n'avait rien vu. Ses mains s'accrochent aux lanières du sac qu'il réajuste encore une fois sur son dos tandis qu'il donne une légère impulsion à son engin. Le temps de la réflexion est enfin arrivé.

    En quelques secondes à peine, le jeune homme énumère mentalement toutes les possibilités qui lui sont données. Jusqu'à présent, la situation est plutôt banale. Un seul engin ennemi situé à sa droite, un overwing ayant à son bord deux personnes de poids et de taille standard. Un homme et une femme, si sa vue ne le trompe pas - Faut dire qu'en gardant la tête droite et fixée sur la route, ce n'est pas très facile de jeter des coups d'œil vers cet engin assez bien dissimulé. Il n'y a pas beaucoup d'inquiétude à se faire, mais étant plutôt prévoyant, Dante préfère faire attention. La première solution, c'est de soulever son engin à la verticale et de s'en servir immédiatement comme bouclier, au cas où les passager de l'engin voisin voudraient le canarder sans plus tarder. Mais cela aurait été stupide, et ça ne semble pas être dans leurs premières intentions. Entre eux, il y a les arbres, et ça bouffe les balles ces bêtes-là. Ensuite, aussi mal positionnés, ils permettent à Dante une quelconque fuite.

    Seconde option, c'est d'attendre. S'arrêter maintenant et faire demi-tour, ce serait leur dire ouvertement "Allez y, suivez moi et tirez moi dessus.". Leur faire comprendre qu'il les a déjà remarqué...Non, pas bonne, comme solution. Alors plus simple: Se jeter dans la forêt avec le petit sur le dos: D'abord parce qu'un overboard, ça se pilote plus facilement qu'un overwing et qu'ensuite, ça lui permettrait de les semer quelques temps s'il parvient à trouver un chemin où l'overwing ne passerait pas . Un rire sec s'échappe de ses lèvres - Et il le masque aussitôt en toussant. Leur vitesse est bien trop rapide comparée à la sienne, et un coursier doit respecter les temps. S'enfuir dans la forêt, c'est s'éloigner de la ville, s'éloigner de la Zone B qu'il attend avec impatience. Il ne reste plus qu'une solution. Cette fois, il se permet un léger sourire avant de rentrer les mains dans les poches. S'il a bien comprit, d'ici quelques secondes, quand ils auront prit assez d'avance sur lui, ils mettront leur engin en travers de la route, histoire de le bloquer. A ce niveau-là, pas de soucis. Il gère. Enfin, c'est vite dit.

    Et...Voilà. Ils ne sont plus à portée de vue. Mais sous peu, il va devoir freiner sec pour ne pas leur rentrer dedans. D'ailleurs, il ralentit légèrement sa vitesse, pour ne pas trop courir de risques. N'empêche, quand il y pense, c'est assez vexant, ce qu'ils viennent de faire. Ils le prennent peut-être pour un imbécile heureux incapable d'effectuer une mission correctement - Ou alors, ils ne pensaient pas qu'il parviendrait à les détecter si facilement. Ou pire. Un pauvre con qui fait ça pour l'argent, ou parce qu'il a prit partie. Il inspire, expire, essaye de masquer le sourire carnassier qui s'imprimer au fil des secondes sur ses lèvres couvertes par la fourrure de son manteau. C'est le moment de freiner. Violement, presque pour en tomber de son overboard. Mais il gère, de nouveau, et il reste debout, les deux pieds sur la planche de son engin.

    Puis, comme pour jouer parfaitement cette comédie, il sort les deux mains de ses poches, en dirige une vers ses lunettes qu'il remet en place sur le bout de son nez. C'est presque devenu un réflexe, avec le temps. Et il continue sa petite parade, passant négligemment l'autre main dans ses cheveux. En face de lui, les occupants de l'overwing en descendent. Enfin, l'homme d'abord. Vraiment aucune galanterie, ces tueurs à gages. Et il se gratte le crâne, fixant lui aussi le regard de l'autre. S'ils croient tous les deux s'intimider, c'est perdu d'avance. Tout simplement parce qu'un regard, pour Dante, ce n'est rien d'autre qu'une paire d'yeux qui se pose sur vous. Et que lui, sous ses lunettes, il se fout bien de la tête d'Alpha, si sérieux et prêt à agir. Sauf qu'il déchante un peu quand même, quand la bonne femme sort son arme. Son sourire édenté apparait un peu plus et enfin, il remonte ses lunettes sur le haut de son crâne, ramenant quelques mèches en arrière. Vraiment. Toutes ces histoires le dégoutent. Comment on peut demander à deux abrutis de kidnapper un gosse? Comment peut-on demander à un ado de dix-huit ans de livrer un enfant à des tueurs? Comment le monde est devenu comme ça? Plus aucunes règles de bienséance ne sont respectées, aujourd'hui. Si ce n'est par Dante.

    Doucement, d'un dernier jeu de jambe, il se stabilise entièrement sur l'overboard. Depuis le temps qu'il utilise ce genre d'engin, il ne se rend même plus compte de ses gestes. Un mouvement du pied droit, stabilisation sur le pied gauche, petits gestes d'un côté puis de l'autre, de quoi balayer les poussières sous son appareil. C'est étrange. Face à lui, les deux personnes ont l'air bien plus sérieuse que ce à quoi il s'attendait. Ce sont...Des professionnels. Mais pas d'inquiétude. Même s'il fronce les sourcil et ouvre le col de son manteau, il faut qu'il garde son calme et son sang froid. Maintenant que sa bouche est dégagée de la fausse fourrure, Dante inspire une bouffée d'air frais. De l'autre côté du chemin, le type dit un mot que Dante analyse quelques secondes. Rèn? C'est...Le nom unique? Serait-ce un homme intelligent qui se tient debout face à lui? Peu probable.

    Il commence vraiment à faire froid, ce soir. Et un petit nuage blanc se forme face à son visage quand, enfin, il prend la parole.

    - Un soucis, monsieur?

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Mar 23 Juin - 23:37

[ J'ai peiné à me lancer, mille excuses. ]




Il faisait froid, et le môme respirait vite.

Ailane aurait apprécié pouvoir quitter des yeux cet type albinos, histoire de jeter un regard noir au patron. Lequel ne l'aurait pas remarqué, s'étant avancé quelques pas devant elle, ce crétin imprudent. Mais cela aurait permis à la jeune femme de décompresser. Elle n'appréciait pas les méthodes de Claus, peut-être parce qu'elle n'en saisissait pas tous les tenants et aboutissants.
Cette conduite attentiste était-elle logique ? Non. Même de la part d'un bâtard assassin issu de la Haute ? Oui. Quelque chose clochait.
Quel est le problème, Alpha ? Pourquoi m'interdis-tu d'exercer mon travail correctement ? Si tu crains que la balle perfore le type de part en part et touche le gosse, je peux viser un cran plus bas, aucun problème. On ne survit pas avec un foie éclaté. Mais pourquoi tiens-tu à ce type ? Lui tirer les vers du nez, ça ne rime à rien. Il n'a pas été mis au courant, n'a rien à dire. C'est un sous-fifre.
Allez, juste un petit mouvement de l'index. Je ne vais pas me réprimer éternellement, Alpha.


Le jeune homme le savait. Rien n'aurait dû empêcher la jeune femme de faire feu. Rien sinon ce sentiment ce sentiment de dégoût, cette absurde répugnance que l'acte de tuer inspirait en cet instant à Alpha. Peut-être parce qu'il avait bu trop de café, trop fumé, que ça l'avait remué, et qu'il confondait tout. Ou bien parce qu'il n'avait pas tué de gens depuis plusieurs semaines - ou encore le contraire. Il ne cherchait pas à s'expliquer ce désir d'épargner ce jeune.
Un ado, encore, si ce terme possédait quelque signification que ce soit. Même pas vingt ans, mais déjà un visage griffé, raclé jusqu'aux os. Les yeux trop bleus qui l'éclairaient en auraient fait frémir plus d'un. Quant à cette chevelure ébouriffée... que ce fût naturel ou qu'il ait décoloré son poil à l'extrême, elle lui conférait l'aura d'un fauve. Une silhouette qui faisait violence, découpée à la truelle sur la toile noire de la nuit. Pourtant, il subsistait encore des traces de douceur et de jeunesse, comme si le sculpteur avait amoureusement taillé un premier jet, l'avait laissé grandir, avant de se ressaisir de son œuvre sous le coup de la colère pour en gratter la chair.
Le jeune n'avait pas bougé depuis un moment, si l'on considérait que ses multiples tics n'étaient pas des signaux à destination d'une tierce personne. Mais 'fallait pas être parano non plus.
Alpha attendait une réponse, peut-être de la part du gosse plus que de celle du livreur. Ce dernier respira. L'assassin était accoutumé aux caprices du temps, qui s'étirait indéfiniment. Il ne s'impatienterait pas, dût-il demeurer planté là encore une heure. L'air froid, chargé de senteurs humides, était un pur délice - rien de commun avec ces atmosphères confinées, si ce n'était la présence d'oxygène.
Alpha ôta ses lunettes, les laissant se précipiter vers le bitume. Fragiles, elles se brisèrent dans un doux fracas.

- Un soucis, monsieur?

Alpha inclina légèrement la tête sur le côté.

« Vous tentez de faire de l'humour ? »

Ailane dut penser que cette phrase anormale témoignait d'un véritable problème sous-jacent.
Alpha ne parlait pas dans le seul but de raconter des banalités, habituellement. Mais n'aurait-il pas été ridicule de penser qu'il cherchait à gagner du temps ?

« Je viens récupérer mon fils. »

Alors là... Chapeau, Alpha ! Je n'ai rien vu d'aussi mal trouvé. Car tu l'inventes, n'est-ce pas ?
Ailane se taisant toujours, contenant tant bien que mal un désir croissant d'intervenir. Que le patron fut un fils à papa ne la concernait pas ; elle effectuait seulement son boulot. Lequel, lui aurait-on dit, n'était pas tant d'effectuer une mission que d'obéir.
Oui, mais. Alpha était un cas particulier, en l'occurrence. Miguel Itô, le second homme dans le dragonfly, n'était-il pas justement venu pour se charger de lui ?

Alpha esquissa un sourire. Il se serait bien allumé une clope.

« Combien est-ce qu'ils vous ont payé pour transporter ce môme ? »

Il ne se départissait pas du vouvoiement, question de principe. C'était une offre. "Combien pour le récupérer ?" Si un homme était capable d'amener un môme à l'abattoir, il ne devait pas posséder un excès de scrupules.
Alpha était amer.
Il aurait pu ajouter "Si vous ne le déposez pas, il va de soi que nous vous tuerons", se retint de pousser la provocation aussi loin.
Cela aurait fait trois phrases, trois stratégies-type.
Une bonne blague, acide à souhait, en la circonstance. Si le jeune livreur ne comprenait pas que ses échappatoires étaient réduits, sinon inexistants, et que résister était absurde, il ne restait plus qu'à le flinguer.
A moins qu'il n'ait fixé un détonateur sous son overboard. A vérifier.
Alpha s'avança de quelques pas. Puis il sortit un paquet. Il effleura l'extrémité de la clope, qui s'enflamma aussitôt.

« Ok. Que diriez-vous si nous vous accompagnions ? »

Enfin une proposition sérieuse, du point de vue d'Alpha. Quant à Ailane, elle pourrait gober qu'il s'agissait de chopper celui qui était censé réceptionner le môme, non ?
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Ven 7 Aoû - 4:06

- « Vous tentez de faire de l'humour? »

Voilà qui démarre bien. Ça et le geste légèrement rageur - quoique Dante n'avait pas saisit un gramme de colère dans cette action - que fit l'homme devant lui, en fracassant ses lunettes sur le sol trop dur de la route. Qu'est-ce qu'il lui prend? Un signe à quelqu'un, peut-être? Dante fronce les sourcils. Ça se pourrait. En fait, c'était tellement naturel qu'il se demande rapidement si ce n'est pas un tic. Ou peut-être un TOC, ce qui aurait l'air plus vraisemblable. Quoiqu'un TOC, pour un tueur à gage, c'est moyen-moyen. Enfin, surtout pour un professionnel comme le type face à lui. Professionnel. Dante ne se retire pas ça de la tête. Les deux zigotos face à lui ont l'air de tout sauf de deux personnes qui ont envie de rire. Dommage, ça leur aurait sans doute fait du bien, par ce temps froid. Il paraitrait que ça se réchauffe de l'intérieur quand on rit. Mécanisme humain ou délire purement psychologique, il n'en sait trop rien. Et finalement il s'en moque, parce qu'ils n'ont pas rit. Alors cette question n'a pas de sens. Ni celle de l'homme face à lui. Si s'en était, il avait raté. Mais Dante sourit quand même. Narguant.

- « Je viens récupérer mon fils. »

Whop. Minute papillon. Son...Son fils? Si Dante n'était pas un courrier aussi habitué aux élucubrations les plus stupides des personnes pour qui il travaille, il aurait tiqué. Du genre les yeux qui s'écarquillent, un clignement d'yeux trop répétitif ou pire, la respiration qui se cale dans la gorge suivit d'une remarque quelconque qui l'aurait démasqué - s'il était évidemment possible d'être plus démasqué qu'il ne l'était déjà. Mais heureusement pour lui, il avait su se retenir. Enfin, physiquement, c'est sûr, il ne réagissait pas. Mais intérieurement, c'est vraiment différent. Un petit Dante se bidonne. Ce qu'on pourrait appeler la conscience, l'ange et le démon sur les épaules...Les deux en fait, ils se marrent, dans le fin fond de sa conscience. Du genre à se taper les cuisses et à se tenir le ventre avant de se rouler par terre en hurlant de rire, les larmes aux yeux. Son fils? N'importe quoi.

Dante aurait pu avaler toutes les choses les plus stupides. Enfin, peut-être pas non plus...Pas du tout en fait. Il n'aurait jamais rien gobé, parce que de toutes façons, il n'a aucun avis à avoir. Mais ça...C'était tellement grotesque que finalement, ça paraissait presque plausible. Il parait que pour que quelqu'un croie à vos mensonges, ils doivent être gros comme une maison. Celui-ci était gros comme une mégalopole, et finalement, il avait eu le mérite d'arracher à Dante un sourire bien plus que sincère. Parce que oui, même s'il n'avait pas tiqué immédiatement, il finit par avoir une réaction. Réaction d'une personne normale, dans cette situation. Réaction d'une personne qui n'aurait jamais été impliquée dans cette affaire. Un léger sourire, du type compatissant. Ah, enfin un bon père sur cette fichue planète. Il a de l'humour, le gars en face de lui. Mais généralement, ce n'est pas bon signe. Parce que, verra bien qui rira le dernier. Et pour le moment, c'est Dante qui rit. Ce n'est pas bon. Il efface aussitôt son sourire, reprend son sérieux.

Il est un sous-fifre qui doit accomplir sa mission, et il le sait plus que bien. Peut-être même trop. Alors autant commencer à prendre des informations sur ses futurs ennemis. De ses ennemis présents, surtout. Parce qu'ils n'ont pas l'air d'être là pour parler chiffons, et encore moins pour devenir ses amis. Ils savent ce qu'il transporte, et il sait ce qu'ils sont venus chercher, en toute logique évidemment. D'ailleurs, sous ses lunettes qui retombent encore une fois sur son nez - Ah ce vent! - le jeunot se permet de détailler les deux autres. Rien de bien important, se dit-il. Il hait les humains. D'un banal...S'en est pittoresque. Pourtant, son regard se laisse attirer par celui de l'autre. Et même si sous les lunettes, tout devient d'une teinte différente, Dante y est tellement habitué qu'il reconnait la couleur du regard de l'homme. Si proche du noir qu'il hésite un instant. Mais bleu. Ça doit virer un peu vers le bleu. Mais foncé. Tout le contraire de ses yeux à lui. Mais ce n'est pas ça le plus important. Ce n'est pas Alpha. Enfin si, mais surtout, présentement, le coursier songe à autre chose.

Alors il se met à fixer la femme. Derrière lui, l'autre homme, il y a la bonne femme qui pue l'envie de tirer. Elle sent tellement fort que le loup qu'est Dante en a mal aux tripes. C'est une odeur assez infecte. Un peu comme celle du gars un peu trop gras, là-bas, qui puait l'argent, et puis un peu comme le gars ici présent, qui sent le sang. D'ici, les trois odeurs se mélangent. Il en aurait presque un haut le cœur. Mais finalement, même s'il sent ça dans leur regard et leurs mouvements, il sait bien que ses impressions n'ont pas de senteur. Aucune. C'est juste visuel, il le sait, elle veut tirer et l'autre là-bas, il brillait, tellement il était couvert de son or. Et le type en face lui? C'est vrai. C'est étrange. Dans ses yeux, Dante n'a pas l'impression d'y lire l'envie de meurtre. Et il frissonne à cause de ça, à cause d'Alpha. Que compte-t-il faire alors? Mais pour en revenir à maintenant, à ici, à cette femme, Dante a beau la regarder droit dans les yeux avec une attitude plus que provocatrice, elle ne tire pas. Et l'autre type...Il frissonne encore. Il vaudrait mieux qu'il file, et vite.

Mais pour ça, il faut analyser la situation. Et à vrai dire, il en a marre, Dante, de devoir analyser pour agir. C'est en effet la seule solution, mais il aimerait bien, un jour, s'enfoncer dans la forêt et se foutre des conséquences de ses actes. Sauf qu'il ne peut pas. Parce qu'il frissonne, à cause du type. Ce jeunot qui doit sans doute tirer les ficelles, aujourd'hui. Celui qui se croit drôle, qui se croit fin stratège. Enfin, ce n'est peut-être pas le boss. Certainement pas même, vu les regards inquisiteurs qu'elle lui lance alors qu'il a le dos tourné. Mais en tout cas, présentement, c'est à lui qu'elle obéit, et ça cache un truc pas net. Quelque chose cloche, vraiment. Et même si Dante ne sait pas exactement quelle est cette chose, il se prévient mentalement d'être prudent. Un homme avertis en vaut deux. Et cette femme n'a pas l'air fiable. En fait, entre Dante lui-même et le gars au cheveux noirs, celui qui risque le plus sa vie, ici, c'est peut-être bien l'autre. Enfin, il ne pense pas ça directement, mais ça lui a effleure l'esprit. Juste une seconde. Le temps d'un sourire de cannibale, les yeux fermés.

- « Combien est-ce qu'ils vous ont payé pour transporter ce môme ? »

Dante se tait. Mais à l'intérieur, finit de rire. Les deux petits bonhomme se relèvent. Ils enragent. Et Dante aussi, en fait, il enrage. Ses mâchoires se serrent. Voilà le retour difficile de ce que tout le monde pense être une vérité : Il fait ça pour l'argent. Mais non. Et il se retient de dire qu'il s'en fout, de leur tune, et que si ça ne tenait qu'à lui, il serait ailleurs depuis bien longtemps. Mais il se tait. Ça ne regarde personne. Et l'argent? Il s'en fout. Il fait juste craquer sa nuque, une nouvelle fois, sans répondre, parce qu'en fait ça le fait enrager qu'on lui dise ça, et ça le fait marrer de les faire languir. Dans un entier paradoxe donc, il se fout d'eux. Il ne négocie pas, Dante. C'est tout. Mais vu le sourire véritablement carnassier qu'il affiche cette fois, ça doit se comprendre. Le message est semble-t-il bien passé. Alors après avoir bien fait comprendre ça, Dante se méfie de tous les gestes de l'autre. Ce qu'il fait, comment il le fait, il ne sait pas. Mais il voit la clope qui s'enflamme sans briquet, et c'est pire que mauvais. C'est de pire en pire. Soit il ne l'a pas vu, soit c'est un tour de passe-passe, soit c'est autre chose. Et si c'est autre chose, alors Dante va se retrouver dans la pire mission de sa vie. Il se l'était dit pourtant. Cette mission pue.

- « OK. Que diriez-vous si nous vous accompagnions ? »

- « Non, je pense que ça ira, papa. Je connais le chemin jusqu'à la maison, tu sais. Et il ne fait pas encore trop noir, je peux rentrer seul sans risquer d'être agressé, parce que je n'ai pas un sous sur moi. Merci quand même. »

En une phrase, en quelques respirations, il venait de répondre à toutes les bonnes phrases de ce cher Alpha. Oui, il tentait de faire de l'humour. Non, il n'avait pas gobé son histoire de récupérer son fils. Oui, il se foutait complètement de l'argent. Et non, il ne tenait vraiment pas à ce qu'on le prenne en filature pour lui jouer le pire coup qu'il soit. Et il dit ça avec le sourire, genre super honnête, mais vachement hypocrite en même temps. Il ne saurait pas dire si la situation l'angoisse ou l'amuse. Dans tous les cas, il pose les deux pieds sur l'overboard. Et il ne sait pas encore comment faire pour leur échapper, mais ça va venir. Et puis la bonne femme, elle a l'air de plus en plus prête à tirer. En fait, le mieux...Ce serait encore d'y aller franc-jeu. Sauf que non. Il ne pouvait pas. Parce que même s'il connait les intentions des gens chez qu'il il transporte le petit et qu'elles sont loin d'être bonnes, il ne peut pas. Parce qu'il ne connait pas celles du type en face de lui. Et qu'après tout, il est un pion, et c'est tout. On a jamais vu un pion changer de couleur en pleine partie d'échec. Et il avance, sur l'overboard. Très lentement. Centimètre par centimètre. Il passe à côté d'Alpha, et il le suit des yeux, lui et le canon du flingue. Et le petit sur son dos retient sa respiration.

Le petit. Merde. Avait-il réalisé qu'il y avait une menace? Ou avait-il réellement un problème? Manque d'air, douleur quelconque? Le regard de Dante si ficha pas mal du type qu'il frôlait. Et il se moque encore plus du flingue. Finalement, il angoisse, c'est vrai. Mais c'est pour le petit. Alors il perd le fil de ses pensées. Il ne sait déjà plus ce qu'il allait faire dans une seconde. Et il s'arrête, à la hauteur d'Alpha. Sans le vouloir, c'est plus qu'évident. Mais sa tête est cachée par celle de l'autre, sur la direction du canon du flingue. C'est ça de moins. Mais il y a toujours le petit sur ses épaules, qui ne bouge plus, qui semble soudainement moins lourd. Et à la fois plus lourd. C'était ça. Cette impression du quelque chose qui cloche. Dante avale sa salive. Si le petit claque entre ses doigts...Il s'en voudra toute sa vie. Et si le petit claque par sa faute? Voilà qu'il se repose les mauvaises questions. Ses cheveux se font fouetter par le vent, ceux des deux énergumènes aussi.

Et c'est à cet instant qu'un long soupire presque muet se fait entendre. Suivit d'une inspiration un peu plus bruyante. Le bon timing avec le vent. Même bruit, même instant. Juste pour que Dante l'entende. Alors il sourit à Alpha. D'un sourire édenté. D'un sourire croquant. D'où deux crocs, plus grands que d'accoutumée, plus grands et gros qu'ils ne devraient, se présentent à Alpha. Un sourire qui ne veut rien de mal, et que Dante ne désigne qu'au gars. Parce qu'après, il arrête de sourire. Et il s'éloigne. D'un cou de pied sur l'overboard. A une vitesse de pointe bien calculée. Si elle tire? Elle ne prendra pas le risque de tuer le conducteur de ce skate volant. Surtout pas s'il risque de tomber et d'écraser le gosse dans une chute qui risquerait de lui briser la nuque. Il file. Mais il sait qu'il ne les devancera jamais assez.

- « Ça va, petit? »

Mais il est juste assez loin pour ça.




[Désolée pour le retard, et pour la qualité de ce poste x_x J'ai l'impression d'avoir un peu déraillé. Si quelque chose ne te convient pas, ou si rien ne te convient, prévient moi et je changerai. Encore désolée pour le retard. J'espère quand même qu'il te plaira un peu.]

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 9 Aoû - 16:44

[Ton post me plait, comme les précédents. =) De mon côté, j'espère que le mien te conviendra.]



Il avait sourit, celui qui était en joue. La cible humaine. Il ne valait rien, pas même ce qu'il savait. Alors pourquoi, pourquoi attendre ? S'il s'agissait de démanteler le réseau, rien n'aurait été plus aisé que d'usurper son identité. Faire feu pour obéir et empocher la prime. Ailane inspira plus profondément. Ses nerfs n'étaient pas accoutumés à ce genre d'épreuves. Un coéquipier qui se retournerait contre elle ? Avant, elle en aurait rit. Elle n'avait pas connu de petites frappes. Jusqu'à ce jour.

Aucun sourire n'étirait les lèvres pâles d'Alpha. Doucement serrée entre celles-ci, une clope se consumait. En cet instant, sa priorité demeurait encore la protection du gosse. Il avait décidé de lui-même, dès le début, que l'intercepter serait la meilleure chose à faire. Il n'avait pas l'intention de faire couler de sang.
Étant donné sa situation, le livreur n'avait plus qu'à obtempérer - à moins qu'il ne possède un moyen de défense suffisamment puissant. Sinon, qu'allait-il faire ? Tenter de filer, sous le canon de l'arme ? Il faudrait être fou.

« Non, je pense que ça ira, papa. Je connais le chemin jusqu'à la maison, tu sais. Et il ne fait pas encore trop noir, je peux rentrer seul sans risquer d'être agressé, parce que je n'ai pas un sous sur moi. Merci quand même. »

Le jeune avait déjà les deux pieds sur sa planche. Alpha, immobile, l'observait. En cet instant, il ressentit un brin de respect, qui le glaça aussi vite. Ce livreur était un pro, et plutôt sûr de lui. Pas un sou... Ainsi n'avait-il pas été rémunéré, en échange de ses services ? Sûrement cela masquait-il quelque contrat douteux, chantage ou revanche.
L'overboard reprit avec douceur son mouvement. Ailane ne le lâchait pas des yeux. Elle aurait dû courir, cinq pas en diagonale, afin que pas un instant il ne quitte le viseur.
Inutile. Elle n'allait pas lui laisser le temps de passer derrière l'assassin.
Alpha sut que la femme allait faire feu. Alors il ouvrit la bouche, pour prononcer des mots durs et tranchants. La clope glissa d'entre ses lèvres.

« Tu n'es d'aucune utilité. Strictement aucune. »

Ce qu'elle pouvait faire, il en était aussi capable. La différence notoire résidant dans le fait que ses moyens à lui n'étaient pas aussi voyants.
Puis il tourna la tête vers elle, un bref instant. Les yeux d'Alpha glissèrent, sans chercher ceux d'Ailane. Lâchement. La femme ressentit alors une bouffée d'absurde satisfaction, une fraction de seconde après cette humiliation. Elle accepta d'abaisser le canon de son arme.
Ce Claus ne sera jamais rien de plus qu'un fils à papa, un gosse-arme pourri. Prétentieux. J'ai envie de te descendre. Estime-toi heureux que ta position te protège. Mais crois-moi, Alpha, si je dois terminer seule, je le ferai. Et je vais appeler Itô.
Elle ne put voir le rictus d'égarement qui passa sur le visage d'Alpha. Il l'avait manipulée avec une facilité déconcertante.
Pourtant, ce qu'il avait dit n'était pas faux.

Le père d'Alpha lui-même ignorait ce qu'était réellement devenu son fils. N'avait-il pas fait plus que jeter le louveteau dans la fosse aux bêtes ? L'y repousser, à chaque fois qu'il en sortait ? Mais sans jamais prendre le temps de regarder à l'intérieur, dans ces profondeurs obscures, ignorant du pire.

Le type aux cheveux blanc s'arrêta tout près de son ennemi. Ça ne rimait à rien. Puisqu'il semblait qu'on le laissait partir, il aurait dû quitter le lieu en vitesse. Quitte à prendre le risque de se faire quand même flinguer, une fois le dos tourné. Ce simulacre d'hésitation n'était que pure provocation de sa part. Du moins fut-ce ainsi qu'Alpha le ressentit.
L'assassin savait qu'il ne devait pas laisser partir sa cible. Il hésita, en proie à une colère grandissante à l'égard de son géniteur.

C'est alors que l'ombre d'un grand rapace aux ailes déployées fila sur le sol, privant un instant les deux hommes de la lumière de la lune. Alpha lutta pour se calmer.
Il ne voulait pas. Il ne cramerait pas la cervelle de ce type pâle. Ni même l'overboard - cet objet ne fondrait pas cette nuit. Alpha ne jouerait pas le jeu de son père pour l'instant. Il le laisserait en proie à ses vaines angoisses quelques heures de plus.

La lumière blafarde éclaboussa les canines scintillantes de l'être pâle, se projetant sur ce profil aiguisé. Les yeux d'Alpha s'écarquillèrent. Ce ne pouvait être un humain. Ce livreur devint pour lui un fauve, qui dévorerait le gosse. Pourtant, ce que l'Elu avait pu lire sur ce visage un instant auparavant, c'était bien de la peur, sinon davantage.
Durant une fraction de seconde, Alpha eut envie de savoir, de comprendre ce qu'était ce type. Il faillit lever son bras, retrousser sa manche, et le tendre à cette gueule.
Ridicule, cet ado n'était rien de plus qu'un homme. Alors pourquoi cette sensation familière glaçait-elle les entrailles de l'assassin ?
Qu'importait sa force, ce qu'il était parfois capable d'accomplir, si maintenant il demeurait incapable d'agir.

« Viens. On se barre. » Le tutoiement, pour Ailane.

Et le gosse, ses engagements, la pression exercée par les autres ? Oubliés ? Non, juste remis à plus tard.
Alpha enfonça profondément ses mains dans ses poches - vulnérable. Un courant d'air glacé parcourut ses épaules, lui arrachant un frisson. L'autre s'éloignait.
Sans tarder, Ailane sortit les clefs de overwing, ne parvenant pas à cacher sa nervosité.

« Ne butez pas le gosse. » Juste un murmure d'Alpha. Qui, celui-ci, n'était pas adressé à la tireuse.
Quoi qu'il arrive, pourvu qu'il ne le bute pas. Le problème, c'était ça : destruction du colis plutôt que de le remettre en d'autres mains.

Une minute plus tard, les deux fonçaient dans la direction opposée.

***

Miguel Itô, le "négociateur" chargé de surveillance, et Nakamura, le pilote du dragonfly qui avait mené le fils Claus à Rotyerdham, ne s'étaient pas tourné les pouces une fois leur coéquipière déposée au sol. Tirant parti de l'avantage que leur conférait l'engin aérien, ils s'étaient rendus directement au point d'échange supposé. Quoi de plus simple que d'y attendre sagement le livreur comme le récepteur ?
Bien sûr, il y avait une marge d'erreur non-négligeable, concernant le lieu. Et, naturellement, Claus se serait chargé du livreur bien avant eux.

Après une attente d'environ trois heures, Miguel reçut un appel sur son talkie-walkie - un modèle qu'il s'était procuré auprès de flics corrompus. Entendre les sonorités féminines de la voix d'Ailane ne le surprit pas outre mesure. Il écouta avec attention les indications qu'elle lui délivrait.
Ainsi, il semblait que le livreur ne se dirigeait pas vers l'entrepôt, mais directement vers l'entrée des égouts, dans le secteur neuf.
Claus et elle l'avaient "manqué".
Aussitôt, Miguel et Nakamura délaissèrent leur planque. Mais tous deux n'empruntaient pas la même direction.

***

Accroupi sur le banc d'un jardin public à l'abandon, Alpha n'avait pas cillé depuis une infinité de temps. Ailane, quant à elle, astiquait nerveusement les plus petites de ses pièces d'artillerie. Elle avait l'impression de se tenir à côté d'une bombe à retardement. Enfin, le sifflement familier du dragonfly se fit entendre. L'engin s'arracha à l'encre noire du ciel pour engloutir les deux passagers. Le pilote, Nakamura, ne prononça pas un mot, à l'image de ses coéquipiers.
Il évita de survoler les routes. Enfin, il se posa sur le toit d'un bâtiment rectangulaire qui devait être une usine. L'immeuble de Claus père se situait à moins d'un kilomètre, relié à ladite usine par un réseau d'égouts insalubres. La salle des machines était doté d'une ouverture béante donnant directement sur les égouts, où l'on déversait chaque jour une quantité impressionnante de produites toxiques.
Alpha jeta un coup d'œil à sa montre. Étant donné la vitesse d'un overboard, le livreur devrait arriver d'un instant à l'autre.
Ici devait donc se trouver quelqu'un qui attendait l'homme pâle. D'ailleurs, cel dernier viendrait-il, malgré le danger déclaré ?
L'assassin fit fondre une serrure avant de s'infiltrer dans le bâtiment. Il lui fut très désagréable de constater que ni Ailane ni Nakamura ne le suivaient.
Il s'avança dans une immense salle bondée de machines et de cartons. La lueur cireuse de la lune tombait au compte-goutte à l'intérieur, suintant au travers des vitres crasseuses. Ce fut un cliquetis qui alerta Alpha. Les battements de son cœur ralentirent, les extrémités de ses doigts se glaçant.
Il pouvait compter leurs souffles, maintenant. Le nombre des récepteurs humains devait s'élever à dix. Quelque chose avait été faussé, et ce, dès le départ.
Alpha se mordit cruellement la lèvre inférieure, tachant de réfléchir avec calme. Jamais il n'aurait pris au sérieux une telle possibilité...
Ses coéquipiers l'avaient-ils trahi, ou bien seulement doublé ?
L'évidente absence de Miguel Itô pesait désormais sur lui telle une chape de plomb. Mais ces hommes qui se trouvaient ici, quels étaient-ils ? Tout cela risquait de tourner très mal...



[N'hésite pas à prendre des libertés sur le scénario, ou à jouer mes 'pnj' si cela t'est d'une quelconque utilité. Comme d'habitude, tu as le champ libre]
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 8 Nov - 18:41

    Pas un seul cri de joie, ni même une étincelle de bonheur dans ses yeux trop bleus. Encore moins un sourire ou un rire, absolument rien qui trahisse l'événement qui vient de se dérouler. Rien qui puisse prouver qu'il y a quelques secondes à peine, Dante et ce gosse ont évité la mort de justesse. Une mort qui aurait pu être atroce et sanglante. Une mort qui était certaine, évidente, inévitable, mais qu'ils ont évité. Rien non plus qui puisse prouver que Dante est en proie au doute, subissant l'assaut de trop nombreuses questions sans réponses. Non réellement, pour lui comme pour l'enfant dans le sac, l'instant présent n'a rien d'un miracle, ni d'un heureux dénouement. L'histoire commence seulement, et ça, Dante le réalise suffisamment tard que pour se sentir très con, et très mal. C'est que cette histoire pue, cette mission pue, tout pue, comme le chemin qui le mène aux égouts qu'il avait prévu d'emprunter.

    Et même s'il longe encore la forêt, à l'ombre de la nuit et des arbres, il réfléchit au chemin qu'il va devoir prendre à présent pour atterrir à cette foutue zone B comme il l'appelle, le lieu de livraison. Enfin, c'est peut-être devenu la zone C, dans son plan, puisque dorénavant, la B est marquée au fer rouge dans sa mémoire, Et honnêtement, il n'a pas plus envie de l'oublier qu'il le pense. Ce type lui a sauvé la vie, il en est conscient. Ce tueur professionnel aux yeux si sombres aurait pu les tuer, le gosse, la femme et lui en moins d'un millième de seconde. Ou peut-être juste un peu plus. Mais cette cigarette qui s'est allumée toute seule, comme par magie... Ça ne présage vraiment rien de bon. Encore moins le fait qu'il les ait laissé en vie. Dante respire vite, respire mal, tout cela craint et sur le chemin, il accélère encore, ses mains moites serrées en poing dans ses poches. Il n'est plus question qu'il passe par ces fichus égouts.

    Et puis, soudainement, il freine. Ça ne crisse pas sur le bitume, ça ne fait pas de bruit, juste un petit peu de vent, mais il freine, pied au sol, ouvrant plus grand les yeux, concentré sur ce qu'il va faire. Il n'a toujours aucune réponse à ses questions, mais il devient évident que maintenant, la logique n'a plus sa place dans cette mission. Ce n'est pas logique qu'ils aient autant tardé à venir à sa rencontre. Pas logique qu'ils ne furent que deux. Encore moins rationnel que ces deux personnes n'aient pas eu le même désir de tuer. La femme le voulait, l'homme pas. La conclusion a en tirer est que c'était au gars de décider, puisque Dante est vivant. Le vent souffle dans ses cheveux, maintenant qu'il freine si subitement. Il est vivant oui. Mais pour combien de temps encore?

    Donc, si le gars décide - Parce que même si la décision de Dante est arrêtée, il ne cesse pas de raisonner - ça veut dire qu'il est le chef. Un chef qui ne désirait pas tuer. Pas du tout. S'il avait tué Dante uniquement, cela aurait voulu dire que le petit avait vraiment un très grande importance pour lui. Mais il n'a tué personne. Et s'il n'avait tué que le petit, c'est qu'en réalité, cette mission n'avait pour but que de stopper la livraison, qu'importe les moyens. Mais il n'a tué personne. Ce qui offre plus d'un millier de raisonnement à Dante. C'est ce qui l'embrouille, ce qui le martyrise depuis dix minutes. Il bloque là-dessus. Pourquoi, bon dieu oui, pourquoi ce type n'a tué personne? C'est illogique. Ça l'emmerde au plus au point.

    L'overboard est inerte depuis une seconde à peine que Dante le remet en marche, doucement, faisant pivoter sa direction vers la forêt pour le faire s'y enfoncer pendant quelques mètres. Une petite dizaine, vingt ou trente peut-être, de quoi ne plus être aperçu par la route, et ne plus l'apercevoir, en parfaite réciproque. Il sait que ce qu'il va faire est stupide, qu'il faillit à sa mission, qu'il a très envie de se frapper le crâne contre un tronc d'arbre ou contre un caillou. Mais ce qu'il fait est juste, il le sait au fond de lui, si bien que même s'il devait crever à l'instant, il crèverait fier de lui. Il arrête de nouveau son engin. Le silence plane. Le silence de la forêt, jamais vraiment silencieuse.

    Et il lève la tête au ciel, faisant non du menton. Ils ne le suivent même pas. Pas du tout. Il aurait pu y avoir une autre équipe, mais rien du tout. C'est qu'ils savent déjà où est le point B. Ou C. Et puis merde, la zone de livraison. Alors de nouveau, il se demande pourquoi. Comment se fait-il qu'ils savent? Comment se fait-il qu'ils sont venu à sa rencontre alors qu'ils connaissent l'arrivée, le finish de tout ça? Peut-être...De nouveau pour éviter de tuer. Et ça reviendrait de nouveau à venter ce gars à la clope. Il décide, il est intelligent, il a de bons informateurs et surtout, une bonne stratégie. Ça, d'ailleurs, c'est ce qui ennuie Dante au plus au point, tandis qu'il descend de son engin, laissant tomber doucement - mais tomber quand même - le sac sur le sol. Il y a le clan de ce gars, qui veut intercepter. Celui du gars qui livre - sans doute le même qui réceptionne. Et puis, il y a Dante, le point rouge qui avance sur la carte, avec le petit sur le dos. Trois groupes distinct. Mais...Non, c'est pas normal tout ça. Il a l'impression que trois, un nombre impaire, ça ne convient pas. Et il a raison, ça suit son raisonnement, ses actes, sa logique. Il ricane, lâche un soupire sec et s'accroupit. Puis il ouvre le sac, peu fier de lui, mais fier au plus au point quand même.

    - « Sa...Salut. Je m'appelle Shiroi...Et toi...petite? »

    * ~ *


    Le sac, sur son dos remue moins qu'auparavant. Pas très étonnant, puisque son colis dort paisiblement, bercé par Morphée. Ce dont il est sûr maintenant, c'est que ce type, le gars qui ne voulait pas le descendre était un mauvais baratineur. Son fils? Le colis était une fille. Il ricane. Lui aussi s'était laissé prendre au piège. Mais ce n'était pas plus mal qu'il ait ignoré le sexe de l'enfant jusqu'à cette étape de la livraison. Après, de toutes manières, cela n'aurait plus eu d'importance. Mais il sait, il se sent moins con et surtout, il est...Content. Content à sa façon, en tirant la gueule, ça va de soit. Ça lui donne très envie de sourire, toute cette petite histoire. Maintenant qu'il a comprit, d'une certaine manière. Il a perdu une petite dizaine de minutes, avec son arrêt dans la forêt, mais la vitesse à laquelle il va maintenant, soulagé d'un poids certain, autant sur les épaules que sur la vessie, lui permet de pousser quelques pointes d'accélération, lui donnant cette sensation de planer, d'aimer ce qu'il fait. Ça peut paraître très...Horrible, pour certains. Mais Dante adore son boulot. Son job c'est sa passion. Flotter dans les airs, être un courant d'air, tout ça tout ça, ça le fait planer. Même quand sa mission est telle qu'elle l'est en ce moment. Il reste de mauvaise humeur, c'est certain. Mais pour les quelques secondes de paix qu'il lui reste, il préféré se dire qu'il a fait le bon choix, qu'il faut en profiter.

    Et c'est ce qu'il fait. D'ailleurs, plutôt que d'emprunter les égouts comme on le lui avait demandé - signalé - obligé, il prend la voie externe, glissant sur le sol, paisiblement, mais loin d'être paisible. Il est attendu à la sortie des égouts, autant leur faire une petite surprise en n'y étant pas. Alors il réajuste ses lunettes, se frotte les mains l'une contre l'autre avant se souffler dessus et de les rentrer dans ses poches. Puis d'en ressortir une, la gauche, pour vérifier l'heure qu'affiche sa montre. Il fait nuit noire, alors qu'importe. Et sans vraiment regarder l'heure, il remet sa main en poche, haussant les épaules et dodelinant de la tête. Cinq minutes,. Il sait que dans cinq minutes, il y sera. Il leur donnera le sac, avec le colis à l'intérieur. Qu'ils vérifieront, que le gars et sa copine sulfateuse débarqueront - ou bien, peut-être même plus logiquement, ils seront là-bas avant lui, ayant dégagé la route. Et il devra peut-être de nouveau les affronter, puisqu'il est bel et bien hors de question qu'il leur livre l'enfant. Le poids sur son estomac retombe aussi lourd, et la boule dans sa gorge, qui n'était pas là précédemment, vient le refroidir, lui et ses ardeurs. Dur de prendre conscience du risque que l'on court.

    Alors il regarde le paysage - si on peut appeler ça ainsi - des zones industrielles qui défilent devant ses yeux. C'est horrible, c'est morbide, mais c'est parfait pour ce genre de transactions. Et à l'horizon, il voit le toit de l'entrepôt en question. Il accélère.

    *~*


    Loin de là, dans la forêt, une petite fille dort d'un sommeil agité, cachée dans le terrier d'un lapin que ce gentil homme loup lui a agrandit, pour qu'elle y soit plus confortablement allongée. Mais elle songe. A cette pauvre biche qui a prit sa place dans le sac, et à ce que risque ce dénommé Shiroi.

    *~*


    Passant sans peine les grilles de l'entrepôt, après avoir laissé son overboard en lieu sûr, Dante avance, d'une démarche fière, d'une démarche de loup aux aguets. Face à lui, il n'y a pas un, mais cinq entrepôts, tous de la même taille, tous identiques. Mais il n'a vraiment, mais vraiment pas envie de les visiter un par un. Il s'imagine déjà la scène, rentrer en poussant gaiement la porte avant de crier « Bonjour, y a quelqu'un? ». Certes, ça lui donne envie de rire, mais en même temps, pas tellement. Alors il a une meilleure idée. En fermant les yeux, il renifle. Un peu comme un humain le ferait pour flairer l'odeur d'un gâteau, lui, cherche la puanteur des humains. Au premier abord, il ne sent que la biche, et le poids sur son estomac s'alourdit d'avantage, comme pour lui rappeler ce qu'il s'apprête à faire. « Je sais. Je sais, bordel...»

    Faisant craquer ses doigts, il se remet à humer l'air avant de tourner subitement la tête vers la gauche. Le tout premier entrepôt? Dans ce cas...Le coursier, puisqu'en cet instant, c'est bel et bien ce qu'il est, se remet en marche. Ses mains ne sont plus dans ses poches, ayant jugé cela un peu trop dangereux, un peu trop provocateur et surtout, un peu trop stupide. Il sait qu'il lui faudra sans doute courir comme jamais. Et même si en fait, cette idée d'échapper aux balles l'amuse, ce sera beaucoup moins facile que dans son imagination. Et en face de la grande porte de l'entrepôt, il s'en rend encore mieux compte. Trop d'odeurs, trop de gens. C'est pas bon. Mais tant pis, c'est déjà trop tard. Et il y a cette odeur qu'il reconnait, entre le mélange de clope et de biche. La porte s'ouvre, il entre, serrant les mâchoires.

    - « Ça en fait du monde. Vous organisez une fête? »

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Jeu 19 Nov - 21:33

[Je m'aperçois que c'est un peu long ; ne te sens surtout pas obligée de continuer dans la longueur.]




De grands cils battirent sur des prunelles d'un vert étonnant.

L'air pur, froid à en glacer le cœur, les couleurs, mais bien au-delà de tout, la lumière, naquirent une seconde fois aux yeux de l'enfant. Peut-être s'attendait-elle à découvrir quelque face patibulaire, couturée de cicatrices ou usée avec acharnement par la vie...

« Sa...Salut. Je m'appelle Shiroi...Et toi...petite? »

Cette voix hésitante suffisait à elle seule.
La gamine, curieusement, arborait une expression extraordinairement tranquille, exception faite de cette lueur farouche presque imperceptible car noyée au fin fond de son regard d'enfant.

« Moi, mon nom, c'est Rèn. »

***


A des lieues de là, avec une infinie patience, une femme et un homme attendaient, seuls sur une étendue de tôle rouillée qui s'avérait être un toit d'entrepôt.
D'un geste, Ailane resserra les pans de son manteau. Elle tourna la tête vers un Miguel Itô concentré au possible, comme si elle eut voulu lui parler. Le tireur ne le remarqua pas, ses yeux rivés sur le viseur de son fusil.
Mais les lèvres de la femme en proie au doute demeurèrent pincées. Désormais, elle ne ferait plus machine arrière.

Quelques mètres sous leurs pieds, Alpha s'appliquait à maîtriser son souffle. Il excellait en ce domaine, à tel point que nul n'eut pu relever sa présence à l'oreille. Et l'assassin était animé de la ferme intention que cela perdure.

La porte hurla à la mort lorsqu'elle dut céder à la pression de deux mains trop pâles. Son couinement d'agonie s'acheva sur un silence teinté de ce respect que confèrent au dénouement les attentes interminables.
Aussitôt, Alpha tendit ses muscles, avec une souplesse toute féline. Profitant de ce que l'attention des hommes fut concentrée sur le nouveau venu aux allures lunaires, il entreprit de se rapprocher de l'entrée, tout en restant hors des champs de vision. Il n'avait eu qu'un fugace aperçu du livreur, ce qui lui permit toutefois de constater qu'il s'agissait bien du même, et, surtout, qu'il s'était séparé de son overboard.
Dans le même temps, il avait développé ses antennes, et le vide ténébreux qui semblait emplir son regard témoignait de son état d'extrême application. Percevoir les formes humaines via la chaleur qu'elles dégageaient lui était indispensable, étant donné que, derrière ces foutues caisses, ils les perdaient de vue.

A l'extérieur, maculé de terre, accroupi dans la boue sous un amoncellement de sacs d'ordures, un tireur anonyme attendait. Dans la ligne de la porte, son viseur pointant exactement sur le dos du livreur à peine entré et malgré la tension qui le faisait frémir, il songeait à une bonne tasse de café.

A l'intérieur, personne ne referma le battant derrière le nouveau venu.
Ce fut un type baraqué qui prit la parole, à demi accoudé sur un réservoir cylindrique. Sa voix était étonnamment basse.

« Pose le colis là, par terre. »

Le temps absorba négligemment une seconde, puis une autre. Le type patibulaire fronça les sourcils, paraissant se remémorer quelque chose. Peut-être "Ah, merde, on a pas la clé."
La clé, le mot de passe que le livreur devait attendre pour délivrer le colis, histoire de ne pas le laisser entre les sales pattes du premier venu.
De toute évidence, les autres étaient parvenus à la même conclusion. Il n'vait pas fallu trois secondes pour que les canons de toutes les armes se braquent sur le corps mince, autant de points noirs capables de cracher la mort.
Sur quoi, un homme s'approcha, rapide, pour prendre le sac. Il l'arracha, le jeta au sol avec énergie.
La moitié des canons se détournèrent du livreur pour mettre le sac en joue. Les détonations éclatèrent, les balles fusèrent, criblèrent la toile. Cela dura suffisamment pour qu'une odeur âcre et vicieuse vienne emplir l'air.
Mais le sang ne gicla pas. Comme s'il était déjà coagulé.
Un bref moment de flottement s'ensuivit.

« Phil', ouvre-le. »

Alpha comprima une fugitive envie de tousser, se mouvant avec la même lenteur, tandis que les armes se resserraient encore autour du livreur.
L'interpellé fit montre d'un léger dégoût. Il hésita, avant d'obtempérer. Dégainant un canif, il éventra la toile.
Alpha n'eut pas besoin de regarder. Comme si un cadavre se comportait de la même manière qu'un vivant. Pas la même chaleur. Et la bête était déjà presque froide.
D'ailleurs, sûrement était-ce pour cette raison, dès lors qu'Alpha en avait acquis la certitude, qu'il avait décidé de s'approcher vraiment très près de la porte. Et il n'ignorait pas combien de risques cela comportait, d'anticiper. Son cœur battait tel un oiseau contre les barreaux de sa cage.

« Oh, merde ! Merde, merde ! Il l'a livré ? TU L'AS LIVRÉ ?! »

C'était là une information capitale pour eux. Mais les hommes sentaient bien qu'ils ne pourraient rien obtenir rapidement de ce livreur qui avait fait preuve d'un cynisme si glacial en entrant.

Juste devant Alpha, séparé par quelques planches disloquées, un gars tira un mobile de sa poche pour téléphoner. Au vu du placement de ses doigts sur les touches, il contactait Ailane. Sûrement lui envoya-t-il les dernières nouvelles. Et sûrement Ailane lui parla-t-elle d'Alpha, lequel n'avait besoin d'aucune confirmation pour savoir qu'il avait été doublé. Trahi. Pas de vraie surprise là-dedans.

Le jeune homme quitta l'ombre de son conteneur pour l'ombre suivante, sa silhouette se dessinant pendant une fraction de seconde dans la lumière électrique cireuse qui dégoulinait sur les murs.
Dans une enjambée, il ne se trouverait plus qu'à quelques pas de l'entrée et, par extension, du livreur. Qu'est-ce qu'Alpha désirait ? Peut-être une certaine rage embrasait-elle son être, peut-être ne souhaitait-il plus, pour l'instant, qu'aller régler le compte d'Ailane.
Parfois, Alpha pouvait ressentir véritablement le besoin de tuer.
C'était le cas.
Une enjambée pour atteindre un nouveau havre de sécurité tout aussi précaire que le précédent, c'était encore trop. Il fallut qu'un homme vît Alpha. Et le jeune homme vit qu'il avait été vu. Il avait pris trop de risques, et cela avait foiré. Vif comme l'éclair, l'homme braqua son flingue sur lui. Alpha s'immobilisa, puis leva nonchalamment les bras. Sur un signe du menton, il s'avança à pas lents, se rapprochant plus ou moins dudit livreur. A découvert.
Même situation, même galère, aurait-on pu avancer. Mais ce n'était pas encore tout à fait la même chose, car le groupe avait reçu des instructions particulières concernant la petite fouine aux yeux d'ébène.
Et, comme s'ils ignoraient tout de lui, ils demandèrent à Alpha de s'expliquer.
Comme s'il ne savaient pas qui il était, comme s'ils avaient ignoré sa présence.

« Allez crever. »

La voix, atone, avait le tranchant d'une écharde de glace. Alpha se mordait doucement les lèvres, tachant d'oublier, dans le goût du sang, la trahison totale de celle qui le prenait en plus pour un imbécile fini.
A cet instant, et pour la première fois dans la panse enflé de cet entrepôt à l'agonie, Alpha ficha ses yeux dans ceux, si bleus, du livreur.
Les hommes, qui gardaient Alpha aussi en joue, lui ordonnèrent de rester tranquille. A nouveau, quelques minutes s'écoulèrent. Cette nuit, le temps n'avait plus ni valeur ni mesure. Puis Ailane apparut au bas de l'escalier rouillé qui menait au toit. Elle s'approcha. Alpha croisa son regard.
Pas un mot ne fut prononcé, mais c'était bien assez.
Sur quoi, la femme esquissa un geste discret du poignet en direction du livreur. Un clic presque imperceptible s'immisça dans le silence pesant.
Un homme tirait.

C'est alors seulement qu'Alpha sembla se réveiller, et tout accéléra. Il fit volte-face en direction de l'homme-loup, celui dont la blancheur n'avait d'égale que celle de la neige. Il bondit et le saisit à bras-le-corps, ses bras vinrent entourer ses épaules.
Et l'unique projectile heurta son dos. Mais ce n'était déjà plus une balle, sinon une vague sphère de métal en fusion. Laquelle éclata, écarlate, bouillante, sur l'omoplate d'Alpha qui entraînait le livreur dans son élan.

Juste un murmure.
« Je compte pas vous buter. »
Il l'avait là, entre ses mains crépitantes sous l'effet de ses pouvoirs d'Elu ; il aurait pu pourtant. Mais, de toute évidence, quelque chose l'avait convaincu que ce n'aurait pas été une bonne chose. Peut-être, dans le fond, qu'il s'agissait de ce mystère, de cette aura...

Un élan de panique éclata dans le bâtiment, tandis que l'assassin poussait violemment le type blanc dehors. Alpha se doutait que personne ne lui tirerait dessus volontairement. Le tuer, ç'aurait été l'assurance d'en payer le prix. Et le but d'Ailane, c'était juste de doubler le boss pour s'attribuer la réussite de la mission.
Puis, si elle avait laissé traîner Alpha dans les pattes de ses gars, si elle l'avait laissé descendre au rez-de-chaussée tandis qu'elle restait en haut, la raison en était toute bête : elle comptait le faire tabasser un peu, dans le feu de l'action.

Alpha respirait avec une lenteur paradoxale. Il lâcha subitement le livreur, ne se préoccupant guère de la manière dont ce dernier allait recouvrer son équilibre, ce pour se tourner d'un coup face à la porte, qu'il claqua d'un coup. Il plaqua alors ses deux paumes contre la poignée. Le métal crépita avec véhémence.
Dans la nuit épaisse, la lueur du fer rougeoyant évoquait la rousseur de la lune.

« Vous avez intérêt à vous barrer, et avec moi. »
Alpha savait qu'il se trouvait bien un gosse dans le sac de l'autre, lors de leur première rencontre.
Présentement, le jeune homme sous-entendait explicitement que, si le livreur refusait, il le buterait proprement et simplement. Ce qui, soit dit en passant, était faux, car, dans tous les cas, Alpha avait davantage intérêt à ne pas être le seul poursuivi.
Enfin, l'assassin ne partirait pas seul : un overboard était le strict minimum en matière de moyen de transport - et impossible de deviner l'emplacement du seul de ces engins qui se trouvait dans le coin.

La porte fut scellée en un instant. Et ce fut un jeune homme dont la pâleur n'avait plus rien à envier à celle de son vis-à-vis qui se retourna.

Il demeurait deux points noirs dans le plan d'Alpha, deux choses auxquelles il aurait dû penser.
Premièrement, le guetteur à l'extérieur, sous les sacs d'ordures. Il était occupé à téléphoner, paniqué. Bon.
Mais il restait aussi Miguel Itô, le tireur d'élite qui se tenait accroupi sur le toit, son fusil longue portée entre ses mains gelées. L'arme était chargée aux fléchettes anesthésiantes, aussi n'allait-il pas se gêner pour en faire usage. Il visait déjà, et Alpha ne l'avait pas vu.

D'ailleurs, ce dernier fut secoué d'un frisson typique, un de ces mauvais spasmes qui n'annoncent rien de bon. Il esquissa une grimace.
Il fallait qu'il tienne encore un peu, et surtout, qu'il ménage ses pouvoirs.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 29 Nov - 18:18

    « - Putain, j'le savais...»

    Et un sourire nait sur ses lèvres, alors qu'il lève les yeux au ciel. Ciel voilé par le toit de l'entrepôt. Un ciel gris, gris noir, d'où quelques lumières blafardes tentent d'illuminer cette scène si sombre. Il le savait. Il se dit ça quand, face à eux, la lumière ruissèle sur le visage d'Ailane.

    Il ne cesse de sourire. La déformation de ses lèvres trahit le mouvement imperceptible, sans la voix. Comme dans un film muet. Adieu. Il sourit toujours, sans fermer les yeux. Clic.

    Crack boum.

    *~*


    « - Moi, mon nom, c'est Rèn. »

    Elle s'appelle Rèn. Le nom unique. Pourtant, c'était la deuxième fois, aujourd'hui, qu'il entendait ce nom. Elle s'appelle Rèn. N'est-ce pas ça, le premier mot prononcé par l'homme à la clope? Si. Il en est certain. Mais il était bien trop tard. Bien trop, n'est-ce pas, que pour changer d'avis. Il avait dit Rèn. Et après avoir entendu ça...Dante avait comme l'impression de vraiment tout foirer. Sans doute. Mais il est...Bien trop tard, maintenant, pour revenir en arrière. C'est ça, qui le tourmentait. Ah. Tant pis. Une réaction de gamin, d'inconscient, diront certain. Pourtant, c'était bien réfléchit. Trop même.

    Il avait décidé. Alors, après l'avoir rassurée sur son avenir, en deux phrases du genre « T'en fais pas », il avait tout fait. Le nécessaire, en tout cas. Lui prévoir une cachette confortable, en creusant le terrier d'un lapin. Avec ses griffes de loups, ce n'était pas dur. Vraiment pas. Puis il était partit chercher sa proie. Une biche. Avec ses crocs, ce n'était pas dur. Vraiment pas. Dégoutant, horrible, immonde, mais absolument pas compliqué, juste que ça prend un peu de temps, surtout dans ce genre de forêt. Il s'en fichait. Il devait bien faire ça. Pour Rèn. Pour sauver une vie, même si ce n'est pas la sienne. Et il était repartit.

    Pour sauver ce regard si somptueux, si enfantin.

    *~*


    Il n'avait pas sentit les regards sur son dos, les lasers, les pointeurs, les canons de flingues. Il avait juste sentit l'odeur humaine, et n'avait pas osé s'imaginer ce que cela voulait dire. Pas par manque de courage. C'était juste la conclusion à ce qu'il allait faire. Ce n'était pas la première fois, de toutes manières. Mais autant de flingues...Un dans son dos. Il en était certain. L'autre, en haut, lorsqu'il avait cherché à repérer l'odeur humaine. Foutu hybride, hein. Mais ce n'était peut-être rien, là-haut. Peut-être juste un oiseau. Il n'avait pas eu envie de regarder. Pas qu'il s'en fichait. Mais il savait que ça pouvait être un humain, autant que ça aurait pu être un oiseau. Deux. Il était préférable que ce soient des volatiles. Alors il s'était laissé guider par le but de la mission, et il avait poussé la porte oui, comme on s'attendait à ce qu'il le fasse. S'il avait regardé en l'air, il aurait été démasqué. La porte ne se referme pas, il ne tressaillit pas. Sérieusement, il s'avance.

    « - Pose le colis là, par terre. »

    « - Le mot magique d'abord. »

    Il aurait aimé un bonsoir, un petit quelque chose qui lui aurait prouvé qu'il avait encore une infime chance de s'en sortir. Mais rien. Il esquisse un sourire, Dante. Ce sourire crétin qui prouve qu'il sait très bien à quoi il devra s'attendre. Une balle entre les deux yeux, dans le meilleur des cas. Il ne s'attend vraiment pas à survivre. Absolument pas. Il sent la présence de l'homme à la clope, quelque part pas très loin. C'est peut-être lui qui a orchestré tout ça? Ou pas. Bon, peut-être qu'il provoquent un peu la mort, tous les deux. En tout cas, il avait répondu avec un certain tact, et un ton de voix assez impressionnant. L'autre murmura, lui, parla d'une voix forte et assurée, aux tremblements imperceptibles et pourtant bien présents. L'écho répercute sa phrase plusieurs fois. Il a très envie de sourire mais se retient. L'autre en face ne semble pas comprendre ce qu'attend Dante. Un mot de passe? Non, juste un s'il-vous-plaît. La moindre des politesse, le mot magique.

    Clic. Clic clic clic. Si Dante commence à compter le nombre de canons pointés vers lui, il risque la crise cardiaque. Raison pour laquelle le jeune homme garde son stoïcisme. Ils sont beaucoup. Beaucoup trop, et ils ont beaucoup trop d'armes. Dans son estomac, la boule se fait bombe à retardement. C'est comme si tout se retourne à l'intérieur de lui, il se sent patraque. Il a envie de dégobiller, mais il garde ça pour lui, manière courtoise de dire qu'il ravale sa peur naissante pour reprendre son petite sourire mielleux et carnassier. S'il ne crève pas dans la minute, c'est qu'il a un ange gardien quelque part là-haut. Et ça, il en doute fortement. Le compte à rebours se fait dans son crâne. En tout cas, sa petite phrase précédente n'a pas eu l'impacte voulu. Lui qui croyait pouvoir rire une dernière fois avant de mourir, s'est gravement trompé. Comment se jeter dans la gueule du loup quand on est soit même un loup. Il lève les yeux au ciel. Sent la présence d'un homme dans son dos, à ses côtés. Adieu le sac, adieu la biche. A croire qu'il a intentionnellement lâché la bretelle du sac. Mais personne ne peut s'en rendre compte, de ça, ni du mouvement de sa mâchoire. Ses crocs.

    S'il ne ferme pas les yeux, c'est à cause de la douleur que sa mâchoire lui procure. Il fixe un canon qui se dévie et se plante vers le sac maintenant à terre, vers ce cadavre de biche déjà froide, déjà puante, à son odorat du moins. Il sait que personne dans la salle ne peut faire la différence entre ça et Rèn, mais lui si, et il s'en passerait bien, d'ailleurs. Son regard se plante vers un autre canon, figé sur lui. Bien, au moins, il reste en joue. Moins bien, en fait. Il ne sait plus trop que penser. Il ouvre un peu les lèvres quand le déchargement excessif de cartouches en tout genre se fait, hurlant à ses tympans qu'il est l'heure de se volatiliser. Il ne compte pas les balles non plus, il resserre les dents à s'en faire mal, et tente de fixer autre chose que le sac. Les canons qui ne tirent pas, ceux qui le pointent lui. Une chance. Mais il n'y songe pas. Le sac déchiré gît à ses pieds, à peine ensanglanté. Il aurait du prévoir ça. La biche morte dans le sac. Pourtant, il ne l'avait pas tuée. Ah. Crise cardiaque d'une biche. C'est vrai, qu'il n'entendait pas son coeur battre, sous le sien qu'il pulsait trop.

    « - Phil', ouvre-le. »

    Et Dante avale sa salive sans faire de bruit. Il baisse petit à petit son regard, calme sa respiration qu'il sait et sent trop rapide. Cette fois, tous les canons, sans aucune exception, se plantent sur lui. Le Phil' en question n'a pas l'air ravis d'ouvrir le sac, et à sa place, Dante non plus, ne serait pas joyeux. Une seconde passe. En tout cas, celui qui donne les ordres n'aime pas qu'on lui désobéisse. Raison pour laquelle l'homme s'exécute. Il ouvre le sac, avec un canif, comme si cela était encore utile vu l'état de la toile. Il aurait suffit de tirer un peu sur le tissu pour qu'il se défasse de lui-même. Mais Dante ne s'occupe pas de ça. A vrai dire, son regard se mouve lentement, du sac aux alentours. L'homme à la clope rode. Mais pourquoi se cache-t-il? C'est plus intéressant de penser à ça, qu'ils seront peut-être trois à crever, et pas seulement deux. Dante, la biche, et l'homme à la clope sont dans le même panier, il commence seulement à s'en douter.

    « - Oh, merde ! Merde, merde ! Il l'a livré ? TU L'AS LIVRÉ ?! »

    Quoi? Dante fronce un sourcil, sous ses mèches blanches. Il l'a livré? Quoi? Il ne comprend pas très bien. Quoique, si, il commence enfin à comprendre toute l'histoire. Enfin, la certitude, c'est que ce n'était pas à eux qu'il devait livrer la petite, c'est certain. Ils n'avaient pas le code, ils l'auraient tuée, ce n'étaient pas eux, la Zone B. Et rien que pour ça, le petit ferme les yeux une seconde et sourit. La bombe, à l'intérieur, c'est du passé, ou presque. Parce qu'il a bien agît, et que malgré le fait qu'il se soit trompé, il ne s'est pas "totalement" gouré. La petite ne devait pas mourir, elle devait sans doute avoir des informations importantes. Contre ce clan, sans aucun doute. En tout cas ce qui est sûr, c'est que maintenant que tout ça est fait, qu'ils ont compris qu'ils avaient été roulés par ce petit livreur, ils allaient lui faire sa fête. Moins joyeux comme constatation, mais il n'arrive plus à s'arrêter de sourire, si bien que ses fines lèvres s'entrouvrent sur ses crocs démesurés. Il ne peut plus se retenir. Ça fait trop mal. Une goutte de sang au coin des lèvres.

    Mais personne ne le regarde. Pointé par les canons mais pas par les regards, c'est une triste mort. Il regarde encore le sac, le corps de la biche, imbibée de son sang coagulé qui ressort à peine des nombreuses blessures. Un liquide poisseux et un peu trop...Peu liquide. Dante fait la grimace, pendant que l'un des hommes téléphones. Plus rien ne l'intéresse vraiment. Il imagine le résultat, si Rèn avait été dans le paquet. Du sang bien rouge, bien vivace, un cœur qui s'arrête de battre, des yeux révulsés. Il s'en serait voulu, il aurait voulu qu'on lui tire dessus dans la seconde. Au moins, là, il sait qu'il peut encore se regarder en face, même s'il n'en aura plus l'occasion. La conversation téléphonique s'arrête. Il garde la tête baissée, garde son sourire, garder le dos droit.

    « - Là! »

    Quoi, là? Dante prend une grande inspiration suivie d'un long soupire. Le pas sec. L'homme à la clope. Repéré? Il dévie aussitôt la tête, dans un mouvement si rapide qu'un homme le remet en joue et le fixe, cette fois-ci, malgré le fait qu'il lui tourne le dos. Et Dante relève la main droite vers son visage, l'écrasant dessus comme un réflexe. Merde. Il s'est fait capter, l'homme à la clope. Pourtant jusqu'à maintenant, il avait été discret. Il a envie de lui dire que c'était bien joué, mais c'est une mauvaise idée. Si bien qu'il en vient à refermer sa bouche malgré la douleur que cela lui procure, pour pouvoir fixer l'autre dans le blanc des yeux. Enfin, presque. Il le regarde mains en l'air, s'avancer vers lui pour se poster à ses côtés. C'est assez drôle, quand il y pense. Lui n'a pas eu ce réflexe de capituler, mains en l'air. Il s'en fout un peu. Il n'a jamais d'armes, de toutes manières. Ils sont dans la même merde maintenant, se dit Dante quand l'autre se trouve tout à fait à ses côtés, et que Dante se retourne vers l'homme qui le tient en ligne de mire. Oui, dans la même galère. Sauf qu'à l'autre, on lui demande de s'expliquer. Ils se connaissent? Ola. Il n'a pas envie de savoir.

    « - Allez crever. »

    Juste ça peut-être, qui le fait détourner les yeux vers l'autre, un peu agacé. S'ils régissent tous les deux de cette manière, ils n'auront qu'à se tenir main dans la main pour affronter la mort. Ils ont l'air de deux gamins, avec leurs sales caractères. Enfin, c'est ce qu'imagine Dante. Deux adolescents - Même si l'autre à l'air un peu plus âgé - face à des vieux qui les gonfleraient vraiment. Il se fait de drôle de films, Dante, quand il approche à grand pas de Madame la Mort. Il y a juste une grosse différence. Si Dante sourit, l'homme à la clope, par contre, semble très en colère. Ça préoccupe un peu le gamin aux cheveux blancs. Un instant il sent le sang. Celui de la biche, le sien, et celui de l'homme à ses côtés, qui comme lui, se mord la lèvre. Il fronce les sourcils. Peur de la mort? Il n'y croit pas, même maintenant que l'autre homme est à côté de lui.

    Encore moins quand l'autre plante ses yeux dans les siens. Dante tressaillit. Pour la seconde fois de la journée, il se demande qui est cet homme, qu'est-ce qu'il vient foutre dans cette histoire. Il aimerait bien le lui demander, mais il garde son regard planté dans celui de l'autre. Un bleu sombre face à un bleu clair. Ça dure quelque seconde. C'est ce que croit Dante. Quelle heure est-il? Il a envie de regarder sa montre, mais il laisse ses mains en poche. Ça sert à rien, de savoir l'heure, de toutes manières. Ici, dans l'entrepôt, ça ne l'avance à rien. Il était là à l'heure. En retard, peut-être un peu, mais après tout, personne ne savait vraiment l'heure à laquelle il aurait du arriver. Dans cette journée de merde, le temps avait perdu toute valeur pour Dante, comme tout le reste. Sauf cette odeur qu'il reconnu, un peu plus loin, et le pas régulier d'une femme qui avance. Voilà, il sait l'heure, maintenant. L'heure de sa mort a sonné.

    « - Putain, j'le savais... »

    Pauvre gars, se dit Dante. Trahit par la bonne femme à l'envie de tuer. Il garde les yeux ouverts. Tout ça s'achève maintenant. Plus aucune raison de se contrôler. Il ouvre la bouche, où quatre crocs maculés de sang prennent plus de place que prévus. Il relève son regard cerclé de noir, si pas vers Ailane, au moins vers l'homme à la clope. Il avait une idée. Il s'était agité, un mouvement de bras, Dante ne sait pas vraiment, mais l'autre bouge, il se mouve. Tout file sous ses yeux, et rien de tout ça ne semble être mauvais pour le garçon-loup. En tout cas, pas aussi mauvais que ce qu'il vit en l'instant. Enfin. En un millième de seconde, ça se transforme en tragédie. Non. Pas ça. C'est tout ce qu'il a le temps de se dire.

    L'homme à la clope se tourne vers lui. Il le saisit par les épaules. Il se place devant lui. Dante n'aime pas cette position. Il n'aime pas qu'on le touche. Il n'aime pas. Non, pire, il ne supporte pas qu'on se mette devant lui de cette manière. Pas pour une quelconque raison stupide non, mais pour un souvenir bien trop sanglant que se fige dans sa mémoire. Certes, ce n'était pas tout à fait pareil. Son père se tenait devant lui, lui tournant le dos, tandis qu'Alpha, lui, le saisit à bras-le-corps. Et Dante ouvre encore plus grand la bouche. La détonation retentit. Il crie. Il crie non, et pourtant, son visage se coince contre l'épaule de l'homme qui vient de le protéger, de lui éviter la mort. A quoi ça sert. Il hurle. Il sent les larmes dans ses yeux, et ses crocs, ses oreilles, ses griffes, la queue de loup qui souhaite fouetter l'air dans son dos. Il sent les muscles, il sent la rage. Et il sent la vie, dans le corps de l'homme en face de lui, qui l'entraine vers il ne sait où.

    « - Je compte pas vous buter. »

    En Dante, c'est comme si tout s'était arrêté. La bombe n'a pas éclaté. Elle n'est plus qu'un obus sur lequel il vaut mieux éviter de marcher. Il ne compte pas le buter. Ça il l'avait comprit, dès leur première rencontre, le même jour. Il n'avait même pas osé douter du contraire, en fait. Même s'il avait pu. Il s'en contre-fichait, de savoir maintenant si l'autre avait l'intention de lui faire du mal. C'était la deuxième fois qu'il lui sauvait la vie, et rien que pour cela, Dante se sentit reconnaissant. N'empêche qu'il n'avait qu'une envie, c'était de lui tenir fermement la gorge, de sa main griffue, de le soulever du sol et de lui dire, de manière claire et concise, de ne plus refaire cela. Il le ferait. Même s'il l'a comprit, maintenant. Pourquoi cette cigarette s'était allumée seule. Pourquoi la balle ne lui a même pas fait mal. Il a tout comprit, tout comme il sait très bien pourquoi lui aussi, est différent. Ils sont un peu pareil. Mais juste un peu. L'aura de l'autre. Il la ressent aussi.

    Il se fiche de ce qu'il se passe dans le bâtiment. Pour le moment, il ne suit plus que les indications gestuelles de ce que fait l'autre. Il le pousse dehors, alors Dante avance. Et dans un film, il aurait trébuché. Mais adroit comme il est, il avance, même plus vite que l'homme aux pouvoirs étranges. Il court, son corps en pleine mutation ne l'aidant pas à ralentir sa course. Il tente de se contrôler, mais c'est dur. Deux oreilles pointent sur son crâne. Deux oreilles blanches, celles d'un loup, à n'en pas douter. Et même si ce n'est que ça pour le moment, il sent les muscles de ses cuisses se tendre violemment pour le pousser à avancer plus vite encore. L'autre a beau le tenir, il le sent à peine. Il l'entraine, plus qu'il ne se fait entrainer. Et quand Alpha le lâche enfin, Dante tient bel et bien sur ses deux jambes. D'un regard noir, il fixe l'autre, et jette un regard sombre vers l'homme caché sous le tas de déchets. Il montre les crocs. Derrière lui, la porte claque, il ferme les yeux, penché en avant, se massant les tempes.

    Un vrai merdier, à n'en pas douter. L'homme à la clope est un élu des dieux, ça c'est fait. Lui, n'est qu'un hybride, mais ça ne change pas grand chose. Il a envie de s'accroupir, de demander des explications, mais en réalité, ils sont encore dans le feu de l'action. Même s'il tente de ne pas entendre ce qu'il se passe à l'intérieur, c'est peine perdue. Il veut juste ne pas entendre le métal qui se tord, derrière lui, et l'homme étrange qui agît si surement. Il est tard. Le temps reprend sa route à une vitesse vertigineuse, qui donne mal à la tête. Dante se redresse bien vite, se retourne vers l'autre homme. Personne ne leur tire dessus. C'est encore plus mauvais.

    « - Vous avez intérêt à vous barrer, et avec moi. »

    « - Merci bien, j'avais deviné. »

    Il souffle ça, Dante, en se contrôlant comme il peut pour retenir les pires gros mots qui tournent en rond dans sa tête. Il a envie de se mettre à courir, vite, et loin, en se fichant de ce qu'il se passe là-haut, là-dedans, et là-bas, sous le tas d'ordure. Avec sa vitesse, en zigzaguant, il ne peut qu'éviter leurs balles. Et si une d'entre elle le touche, il continuera à courir. Après tout, il n'est qu'un livreur. Si c'était à l'autre, qu'on s'en prenait. Il se retourne vivement vers lui, encore une fois. Non. Impossible, en réalité. C'est lui, qu'on avait voulu buter en premier. Malgré les informations qu'il a, malgré tout, c'est Dante qu'on cherche à tuer. Pas l'homme à la clope, ou tout du moins, pas maintenant. De toutes manières, les balles n'ont pas l'air d'agir sur lui. Tout ça reste bien flou. Quelques explications, il n'est pas vraiment contre. Quoique.

    Finalement...Dante tourne la tête, vers le mec aux ordures. Oui. Reprendre l'overboard pour se barrer d'ici n'était pas une mauvaise idée. Vraiment pas. Ça lui fait redresser les oreilles, et fixer Alpha un millième de seconde. A quoi bon le lui cacher, puisqu'il sait? Il réfléchit, referme les yeux. Maintenant, le temps a reprit une valeur trop importante. Il faut qu'il se dépêche, il le sait. Il est rapide. L'autre l'est peut-être aussi. Élu des dieux ou hybride? Finalement il hésite. Tant pis, il se lance.

    « - C'est à vous de me suivre. Je sais par où fuir, et je sais bien d'autres choses. A cinquante mètre d'ici, les égouts. On sera à découvert jusque là. Courez en zigzaguant et en changeant de rythme, c'est un conseil. Mais surtout, ne me perdez pas des yeux. »

    En réalité, il n'a pas l'intention de se faire distancer. A la chasse, c'est loup derrière, pas l'inverse. De ce fait, il se met aussitôt à courir. Sur ses deux jambes, ça va de soit. Pour débuter, avec un rythme d'humain, presque lent. Puis en accélérant, et passant à découvert, à quatre mètres d'Alpha. Puis à douze, il s'accroupit. A quatorze, il court comme un loup, une fois à gauche une fois à droite. Il y a un premier coup de feu, qui le rate, mais le fait aller davantage plus vite. Il y en a même un second, qui le rate de peu cette fois, le forçant à effectuer un saut digne d'un animal, rapide, élégant, droit et à l'atterrissage contrôlé, si bien que le tireur ne tire plus, sans doute étonné. Et Dante continue à courir. Il ne jette pas de regard en arrière, il se doute qu'Alpha le suit. Et c'est comme ça qu'on se fait avoir, le plus souvent. Il atteint la bouche d'égout. A la sortie de l'entrepôt, derrière les grilles. Ça sent comme une première victoire. En deux mouvements, la plaque est retirée, poussée sur le bitume. Et Dante tombe dans les égouts puant. Les deux pieds sur l'overboard.

    « - Grouille toi... »

    Il aurait pu partir. Il aurait du fuir. Pourtant, il attend, oreilles tendues, griffes rentrées, crocs serrés.

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Lun 14 Déc - 23:30

La voûte céleste parsemée d'étoiles s'étirait à l'infini, en tous sens, au-dessus des deux jeunes hommes comme si elle eut cherché à les écraser de toute sa force. Le vent glacial rasait la terre brune, battant le moindre obstacle avec une fougue haineuse, méthodique. Les pans rêches de la veste d'Alpha claquaient contre ses côtes maigres, sa chemise. Au niveau de l'épaule s'étendait une tache sombre, humide de larmes et de bave, là où s'était appuyé le visage si blanc.
Lorsque Alpha avait entraîné le coursier dehors, cela avait remué des choses en lui, surtout de mauvais souvenirs. Parfois, il avait dû sortir des mômes en larmes de pièces aux murs tapissés de sang. Était-ce là l'ultime petit geste après le carnage, histoire de se donner bonne conscience ? Pas tout à fait, parce qu'en matière d'estime de soi, Alpha avait un peu dérapé, et ce depuis le tout début. Il lui était arrivé de faire des choses vraiment dégueulasses, même s'il avait souvent essayé de limiter les dégâts. Et ce coup-ci, pour un témoin extérieur, ce devait ressembler pas mal à ce qui avait pu se passer avant. D'ailleurs, on restait dans le même registre, parce que c'était tout de même Alpha qui avait semé le germe de ce qui allait devenir ce merdier, dès lors qu'il avait accepté de marcher dans la combine de son père. Quelle qu'en fût la raison.
Pour l'instant, il n'y avait pas eu de mort. Quelle ironie ce serait, s'il venait à être le premier ! A cette pensée, Alpha toussa violemment, les poumons en feu. Un rictus de douleur effleura ses lèvres.

« - Merci bien, j'avais deviné. »

Il leva le regard et croisa celui du coursier, comme la lame glaciale rencontre le sang, à savoir surprise de découvrir la chaleur bouillante de la vie. Car cette lueur enflammée dans le regard du jeune homme blanc tirait ses origines d'un désir instinctif de se sauvegarder, assurément.
Comme imprimées dans les rétines du jeune assassin, en filigrane sur tant d'autres images, demeuraient les formes étincelantes de quatre crocs.
Alpha avait l'impression, ou plutôt ressentait-il violemment, que le jeune homme blanc réprimait une envie de l'insulter, le frapper - ou le mordre. Il connaissait à la perfection ce désir, tout comme les signes qui permettaient de le déceler chez autrui. Il eut envie de lui dire de ne pas s'en priver. Mais il n'avait pas de temps à consacrer à ces gamineries. Car il savait pertinemment qu'à l'instant même où les étincelles avaient jailli de ses doigts, un sinistre compte à rebours avait débuté. Alors, de combien disposait-il ? Une heure, une demi-heure, dix minutes, cinq ? Il s'agissait plutôt de compter ses souffles. Autrement dit, cours et tu crèveras plus vite.

« - C'est à vous de me suivre. Je sais par où fuir, et je sais bien d'autres choses. A cinquante mètre d'ici, les égouts. On sera à découvert jusque là. Courez en zigzaguant et en changeant de rythme, c'est un conseil. Mais surtout, ne me perdez pas des yeux. »

Tiens, il semblait être passé du tutoiement au vouvoiement. Cela vaudrait le coup d'y repenser. Alpha songea aussi, fugitivement, que le coursier ne saisissait probablement pas grand-chose des tenants et aboutissants de ce qu'il se déroulait en cet instant même. Mais les explications viendraient plus tard. Ou ne viendraient pas.
Alors, le jeune homme blanc tourna la tête, s'élança. Alpha inspira, forçant sur ses muscles qui protestaient déjà. Il partit aussi.
Une fraction de seconde plus tard, il perçut un sifflement atrocement inquiétant, si proche, et si prompt à venir à lui, qu'il sut aussitôt qu'il ne pourrait éviter le projectile. Ce n'était pas une balle standard, cela il le sut lorsqu'elle lui rentra dans la chair, entre le coude et le poignet. Courant toujours, avec les dents il l'arracha. Miguel Itô avait fait mouche.

Comment Alpha aurait-il pu perdre de vue le type en blanc ? Peut-être parce que ce dernier ne cessait de forcer l'allure, ou encore qu'il en venait à se tenir plus près du sol que jamais, au point même de se mouvoir à la manière d'une bête. D'ailleurs, il était impossible de faire abstraction de ces deux oreilles immaculées qui pointaient dans la chevelure ébouriffée.
L'air glacial enflammait la gorge d'Alpha, dont le souffle se faisait plus rauque, mais de moins en moins audible.

Cet homme, devant lui, était de l'espèce des loups. Un loup pur et sauvage, non pas l'un de ces ambitieux carnassiers du milieu des affaires ou de la pègre.
Comment donc le jeune homme blanc en était-il venu à courber l'échine au point de devoir effectuer de sales besognes telles que celle-ci ?
Remarque, peut-être avait-il réussi à sauver l'enfant, finalement.

Alpha trébucha, plongea en avant. Un vertige lui donna l'impression fugitive que le sol venait de se courber sous ses pieds. Ses réflexes assassins lui évitèrent de se blesser, ce en effectuant une roulade qui lui permit de ne même pas interrompre le rythme de sa course.

« Merde... »

Il murmura ça entre ses dents, sachant qu'il devrait continuer, et ce qu'importe le prix.

« - Grouille toi... »

Enfin, il touchait au but. Quoique. Vraiment ? Alpha s'accroupit, plaqua ses paumes sur le bitume pour ne pas perdre l'équilibre. L'autre s'était engouffré dans la bouche d'égout, ce cercle noir ouvert sur les entrailles de la ville, le plus infâme univers. Un labyrinthe, aussi.
Alors, comme ça, le jeune homme savait par où fuir ? Avec ça, il attendait Alpha, ce qui n'avait pas de prix.
Le jeune assassin se laissa glisser sans hésitation dans ce conduit glauque humide en proie au règne vorace de ténèbres absolues.
Son regard trouble glissa au sol. Il s'arrêta sur l'overboard. L'overboard, un modèle une personne, un modèle de coursier au design effilé, de la taille d'un skate ! Mais Alpha ne tergiversa pas plus d'une seconde, quoique se tenir si près d'un Hybride doté de crocs le glaçât. Il plaça chacun de ses pieds juste à côté de ceux du coursier, entourant sa poitrine de ses bras. Ce contact le brûla. Sûrement était-il déjà glacé, quand la vie courait pleinement dans les veines de l'autre.
Un nouveau vertige fit manquer un battement à son cœur, ralentissant son souffle.
S'il tombait en route, pour aller heurter la paroi de pierre, sûrement crèverait-il.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Sam 10 Avr - 3:39

C'est étrange. Pas une seconde, il n'avait songé que l'autre pourrait être touché. Il résiste aux balles, s'était-il dit plus tôt. Il résiste, alors je dois courir et sauver ma peau. L'autre ne peut pas être la cible. Je suis l'appât, il passera comme si de rien n'était. Il pensait comme ça, l'adolescent aux cheveux blancs, en courant. Maintenant, sur l'overboard, il voit défiler devant ses yeux son infinie connerie. Ça pue la merde, sous ses pieds, dans les égouts. Mais malgré tout, derrière lui, il parvient encore à sentir le sang. Plus celui de la biche. Du sang qu'il avait entendu pulser dans les veines de quelqu'un. Un sang oxydé. Celui de l'homme à la clope. Alors l'overboard gigote sous ses pieds, Dante ne tient plus debout, il manque de s'affaler, il a envie que tout s'arrête aussitôt. Que ses crocs disparaissent, que ses oreilles se volatilisent, que sa queue blanche n'existe plus, et d'être allongé dans des draps de soie. L'utopie est plus douce encore que tout ce qu'il connaît jusqu'à présent. Mais elle n'a rien à voir avec le présent.

Il reste des détails qui ne sont vraiment pas clairs. Pourquoi l'avoir obligé à passer par les égouts si, au final, il n'y avait personne? Peut-être que le groupe censé l'intercepter s'y était bien posté, mais à un autre niveau. Dans le but de le piéger, sans doute. Et ils sont peut-être encore à cet endroit, attendant le p'tit gars qui, lui, est déjà bien loin. Peut-être que l'autre gang à qui il vient d'avoir affaire n'avait rien comprit à ça en l'attendant dans l'entrepôt. Peut-être que, peut-être, et si...Ça tournait en rond dans la tête de Dante. Quel était le but de sa mission, à la base? Quel était le courrier, le prix, la date, l'heure, le lieu? Et s'il s'était trompé, qu'il avait prit le mauvais colis au mauvais endroit? Rèn. Et sa pensée le fait atterrir. La petite est saine et sauve à présent, c'est tout ce qu'il doit savoir pour. Ça, et ce qu'il va faire dans les trente prochaines secondes, quand l'homme sera sur son overboard, qu'il aura démarré sa fuite interminable dans les égouts de Rotyerdham. Mis à part prier une quelconque Déesse, le garçon aux cheveux blancs explicite son environnement en image, dans sa tête. Le plan se dessine.

C'est vrai. Debout sur son overboard, Dante ne comprend rien. A l'instant même, il vient de forcer son esprit à oublier tout ça, au moins pour quelques heures, le temps de fuir, de se barrer loin, là où la lumière du soleil inonde les rues. Le temps de mettre au point une idée logique qui lui permettrait à lui et à l'autre homme de survivre au moins jusqu'à l'aube. Il veut que ça se calme, à l'intérieur de sa caboche, qu'il puisse respirer calmement, songer à tout un tas de choses. Mais c'est plus dur à faire qu'à dire. Qui est bon, qui est mauvais dans toute cette histoire? Est-ce encore un piège? Est-ce qu'il a comprit, ou est-il encore totalement à côté de la plaque? Ses mains tremblent, son corps tout entier n'est qu'un énorme concentré de nerfs en pelote. Il est à bout, il a bien envie de hurler. Donc il prend une bouffée d'air, le recrache aussitôt, et il cesse de s'agiter, décontractant les épaules. Les pas se rapprochent, au-dessus de sa tête. L'homme est là. Il saigne, il est blessé, mais il est là. Et il ne crèvera pas entre ses doigts, c'est certain. Parce que Dante vient de prendre une grande résolution, pour faire abstraction de l'instant. Se concentrer sur l'homme à la cigarette. S'il crève, Dante crève. C'est tout de suite plus clair. Le plan est prêt. Il croit.

- « Bienvenue à bord du Shiroi's Plane. Bouclez votre ceinture et votre gueule. Let's go! »

Pour être clair, Dante l'est. Clair, net, précis. Il n'aime pas la parlotte, le bavardage inutile, ce genre de chose. Il aime encore moins le sang, les égouts, les gens, le reste. Dante n'aime rien. Pourtant en cet instant, il aimerait tout si on lui promettait de le sortir de là en un seul morceau. Quelle idée avait-il eu, encore, en cachant son overboard dans les égouts? A la base, c'était une bonne idée. En pratique, ça l'était moins. Balader un blessé sur un overboard, ce n'est déjà pas chose aisée, surtout quand il n'est que d'une place. Balader un blessé sur un overboard d'une place à vitesse plus que dangereuse et dans des égouts aussi sombre qu'une nuit sans lune, c'était...Comment dire...Du suicide. Mais toute cette soirée était un suicide prémédité. Comme si l'homme à la cigarette et lui s'étaient promis de mettre fin à leurs jours ce soir-là. C'est peut-être plus sympathique quand on est plusieurs, songe-t-il, posant le pied gauche dans l'eau insalubre. Il faut qu'il démarre, tout de suite, ou s'en est finit d'eux. Sur le bitume, au-dessus d'eux, des pas lourds et brutaux, des hommes qui courent pour les achever.

Et par chance, l'overboard démarre avant que le carnage n'ait lieu. C'est très lent, comme toujours dans ces cas là. L'impression que rien ne va assez vite, mis à part les poursuivant et le temps. Il repose le pied à terre, dans un clapotis sinistre est dégoutant. L'overboard avance, mais l'électronique ne se met pas encore en marche. Alors ça s'enchaine, le pied à terre pour avancer, encore, encore et encore, jusqu'à ce que le ventilateur de projection s'enclenche, sous la planche, écartant l'eau comme Moïse l'aurait fait, et faisant grimper le compteur kilométrique. Au début, le son est toujours particulier, et particulièrement trop fort pour des personnes qui comme eux deux, prient pour passer inaperçus. Les clapotis de l'eau sous leurs pieds, l'air qui gifle leur visage et leur peau déjà glacée. Ça pique les yeux, mais c'est tellement...Apaisant. Comme un médicament. Les crocs se dissipent, les griffes aussi. Ne restent que les oreilles dressées sur le crâne à l'affut du moindre bruit. Des bruits de pas dans l'eau des égouts, loin derrière. Et le coup de feu qui ricoche contre une parois en métal.

- « Bordel...Ça va? Pas touché? »

Les mains froides de Dante se posent sur celles qui encerclent son torse. Il semblerait que sa rage contre lui soit passée, ait fondu comme neige au soleil. Comme pour les protéger du froid généré par la vitesse. Et Dante se penche en avant, entrainant dans son mouvement l'autre homme. Dos glacé contre torse brûlant, ou l'inverse, rien n'est plus clair. Mais c'est bien plus aérodynamique comme position. Et dans un mouvement de balancier, l'overboard glisse de gauche, à droite, à gauche, grimpant de plus en plus haut, manquant de faire des tours complets du tuyau. Évitant quatre coups de feu qui éclairent leur chemin. Les assaillants sont derrières, c'est une chose certaine, tandis qu'ils quittent à grande vitesse le territoire des entrepôts. L'overboard dans les égouts, ce n'était vraiment pas une mauvaise idée. Dante sourit, légèrement. Et il perd aussitôt ce sourire, ressentant le sang poisseux de l'autre sur ses doigts. Cette odeur infecte. Le froid du corps de l'autre dans son dos. La présence humaine à ses côtés. L'engin déraille, tremble, Dante s'accroupit, entraine encore l'autre dans le mouvement, pour rétablir la trajectoire. Il défaille, mais la route reprend, ils tournent sans arrêt, dans ce labyrinthe que le petit connaît. Gauche, droite, droite, alors que des goutes d'eau leur tombent dessus, fines et froides, puantes. Il y a le nom de rues qui défilent sur les murs, de lumières qui clignotent, les ténèbres, des rats.

- « D'ici sept rues, on pourra ressortir. On sera en terrain couvert, ils ne nous canarderont pas à ciel ouvert, surtout pas dans des rues peuplées. Ils ne nous trouveront peut-être plus, d'ailleurs...Vous tiendrez, hein? »

Le doute dans la voix, dans la gorge, dans le sang. Il tremble comme une feuille morte. D'excitation, de peur, de froid, de folie et de nervosité. Il se laisserait tomber sur le sol s'il était un trouillard. Et s'il n'avait pas conscience de la vie de l'autre, il l'aurait laissé crever dans la pourriture de l'eau, pour être certain de s'en sortir. Les rues défilent, mais il tient toujours l'autre sous ses doigts, malgré le sang qui lui donne la gerbe. Par chance, ça ne ressemble en rien à une hémorragie comme il en a déjà connue et subit. L'habitude de se faire canarder, dans ce métier, est assez peu agréable, jamais appréciée. Plus que deux rues, il fait le décompte mentalement, il sait où il se trouve. A partir de là, ils seront dans un minuscule village, si le petit se souvient bien. Une sorte de très grand hameau, un coin tranquille mais vivant. Il faut sortir des égouts. Il sait qu'ils sont suivit de près. Et, pire encore. Il y a peut-être des assaillants devant. Ce n'est vraiment pas un endroit où on devrait les chercher. Selon lui. Mais rien n'est moins sûr.

- « C'est ici. »

Il dit ça en freinant. Freine sec, et les corps projetés en avant ne se retiennent que grâce aux jambes tendues de Shiroi. Si Dante n'avait pas prévu que l'autre ne tiendrait pas assez bien sur l'overboard, il serait tombé en avant, la gueule sur le métal et dans l'eau, avec un beau crâne fendu comme récompense. Mais ses cuisses empêchent le mouvement, il sent un pied se dérober sous lui, frôler le vide et revenir aussitôt sur la planche, avant de repousse dans le vide pour donner de la hauteur à l'engin. Et tandis que la machine volante est dans les airs, le petit loup grimpe déjà sur les barreaux, quatre par quatre, voyant la lumière filtrer par les trous de la bouche d'égouts. A la une, à la deux, à la trois. Et la plaque se soulève, assez pour qu'il la fasse glisser sur le béton. Il sait où il est, du moins il croit. Et même si ce n'est pas le cas, il s'en contre fout. Il se laisse retomber sur l'overboard, saisit la main droite de l'autre homme pour la poser sur un des barreaux.

- « Grimpez. On ne le prend pas avec nous. »

Le, c'est l'overboard. Mauvaise idée que de se balader avec ça quand, derrière, des gens cherchent "deux hommes sur un overboard". Et tandis que l'homme en costume quitte l'engin, Dante le programme. Un code simple, pour que l'engin se mette à arpenter les égouts pour semer les ennemis. Il ricane, de son rire de loup machiavélique. Ça ne marchera peut-être pas, mais il est fier de son joujou, voilà tout. D'un signe, il dit adieu à son engin du jour, sachant qu'il en retrouverait un autre, trafiqué par les soins d'un « serveur ». Il rêve juste de retrouver ses AT's, de dormir, de prendre une douche. Comme s'il avait déjà oublié les meurtriers derrière lui. Celui qui grimpe, au-dessus de lui. La journée défile dans sa tête, tandis que, de ses dernières forces, il repousse la grosse plaque de métal, bien lourde et bien bruyante. Et lorsqu'elle ne bouge plus, le gamin s'octroie trois secondes pour pousser un soupire, craquer son dos et sourire. A Rèn. Pour elle. Il se redresse, consciencieux.

- « On est pas prêt de s'en sortir... »

Au loin, comme un bruit. Un bruit qu'il connaît, et que l'homme à la cigarette devrait reconnaître mieux que lui. Le moteur d'un Dragonfly...



[Je suis à court d'idée...Pour une reprise, c'est vraiment pas terrible. Je m'excuse! >_<]

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Mer 14 Avr - 23:20

Les égouts et leur obscurité poisseuse, leur puanteur saumâtre, le poison qui se répandait dans ses veines, étaient autant de pernicieux adversaires qui assiégeaient cette créature humaine qu'était le jeune assassin. Le venin qui lui ravageait l'esprit, brouillait ses pensées et pulsait contre ses tempes, lui suggérait que, peut-être, il ne vivrait guère davantage. Alpha eut voulu en avoir la certitude ; tant qu'à crever, autant s'en apercevoir un instant avant, histoire de pouvoir penser une dernière phrase bien sentie au moment fatidique. Penser, et non prononcer, car une fois mort, ce qu'il laissait ou non derrière lui n'aurait plus aucune incidence sur le cours des choses, de son point de vue.
S'il ne connaissait pas Miguel Itô, celui qui lui avait envoyé à l'instant une fléchette dans le cou, le jeune homme avait cependant accumulé une certaine somme de savoirs, concernant les fluides toxiques. Mais analyser l'une de ces substances alors qu'elle s'écoulait dans ses propres veines relevait davantage du miracle que d'une quelconque science.
Alors, tant qu'à crever dans le noir et la nuit, bouffé par l'ambition d'un autre, autant faire abstraction de toutes les choses déplaisantes pour recentrer son attention sur les dernières miettes de vie, de plaisir, de sensations.
Sujet à une première hallucination qui n'augurait rien de bon, Alpha ferma les paupières. L'overboard démarrait. Tant mieux. Ainsi l'Hybride ne le verrait-il pas. Alpha n'avait pas envie outre mesure que ce dernier prenne toute la mesure de sa faiblesse. Qu'il s'en doutât suffisait amplement.
En cet instant, Alpha ignorait que l'Hybride allait tout faire pour le tirer de ce merdier. A vrai dire, le jeune homme savait pertinemment qu'il était quasiment hors d'usage, inutilisable, et qu'il le serait totalement dès lors qu'il aurait perdu connaissance. Pourquoi donc l'autre s'encombrerait-il de lui ? A plus forte raison qu'à l'origine, Alpha avait menacé l'Hybride. Ne restaient plus guère de raisons, sinon l'excuse non plausible fournie par la fameuse expression de "feu de l'action", ou bien encore une histoire de confiance, de redevabilité réciproque. Quelque chose dans ce goût-là, peut-être.
Toujours est-il qu'Alpha ne quitterait pour rien au monde ce foutu overboard, qu'il ne détacherait pas son corps de celui de Shiroi, et qu'il avait finalement perdu conscience de l'existence d'une bonne partie de ce monde clos qui les encerclait à l'infini, tout comme de l'existence de quelconques poursuivants.

« Bordel...Ça va ? Pas touché ? »

Si la température corporelle d'Alpha avait dépassé les trente-cinq degrés, peut-être aurait-il répondu qu'il croyait qu'il devait fermer sa gueule. Mais il ne dit rien, comme obstinément muet.
Ce qu'il perçut surtout, ce fut cette inquiétude dans la voie de l'Hybride, et cette appréhension le rassura, d'une certaine manière. Après tout, si le Loup ne brûlait plus du désir de le bouffer, ce n'était pas une mauvaise chose, loin de là. Toutefois, lorsque Alpha sentit ses mains sur les siennes, il eut une réaction curieuse. Ce fut comme si son corps exprimait pour lui une peur qu'il ne ressentait pas. Et, au même instant, il se vit contraint d'adopter une autre position, plus difficile à maintenir. Fugitivement, il se demanda s'il pouvait se reposer à demi sur le dos de l'autre. Il trancha ; il ne le ferait pas, pas tant qu'il lui resterait la moindre goutte d'énergie. Il serait tel un pantin, mais alors un pantin parfait.

« D'ici sept rues, on pourra ressortir. On sera en terrain couvert, ils ne nous canarderont pas à ciel ouvert, surtout pas dans des rues peuplées. Ils ne nous trouveront peut-être plus, d'ailleurs...Vous tiendrez, hein? »

Sauf que la nuit recouvrait la terre de sa chape d'onyx, que seules perçaient de rares lueurs anecdotiques, comme celles des bars. Si, ils les canarderaient à ciel ouvert, surtout avec des flingues équipés de silencieux. Ce n'était pas comme si des nuées de flics arpentaient les rues, non ?
Et puis ce vouvoiement. Encore, il alternait, tu, vous. Sa voix, aussi, chargée de doute, tremblante, comme tout son corps d'ailleurs. Alpha ne tremblait pas, mais il ne rouvrait pourtant toujours pas les yeux. Il savait que lorsqu'il le ferait, ce serait bien pire. Alors, en attendant de mettre la main sur de l'alcool ou n'importe quoi, il se tenait tout contre ce corps tremblant, en espérant qu'il ne tombe pas.
Et son sang dégoulinait sous sa chemise, le long de son bras, jusqu'aux quatre mains serrées.

« Je ne sais pas. »

Il devait l'admettre, quand bien même cela lui coûtait. Après tout, un peu de franchise à l'égard de Shiroi ne serait pas de trop. Lui qui ne ménageait pas ses efforts pour leur assurer à tous deux un semblant de sécurité, pour les empêcher de se briser la colonne, il était en droit de savoir qu'il avait peut-être souffert pour rien.
Finalement, Shiroi s'arrêta, grimpa vers la surface. Alpha n'ouvrit toujours pas les yeux, retardant à l'extrême ce moment, jusqu'à ce que l'Hybride ne retombe sur l'overboard et ne place sa main sur l'un des barreaux. Alpha aurait pu lui faire remarquer qu'il n'était pas nécessaire qu'il le fasse passer devant. Mais il ouvrit les yeux.
Aussitôt, il resserra fermement ses doigts autour du barreau. Du moins eut-il la vague impression de parvenir à le faire. Ce fut comme si sa main glissait vers l'intérieur, non seulement sa main mais son corps entier, qui s'écrasait, paraissant tressaillir alors même qu'il ne bougeait absolument pas. Ses pupilles se dilatèrent à l'extrême, lui permettant d'entrapercevoir un univers de couleurs délirantes, brûlantes, avec en son centre une lune reine écarlate, dont le sang le tachait.
Malgré tout, Alpha serra les dents, et grimpa. Il vacilla légèrement lorsqu'il se hissa sur le sol, sous une pluie battante, lunaire. Mais lorsqu'il fut debout, la pluie si forte, si rapide, le heurtant comme autant d'étincelles blanches, il sembla qu'il était redevenu parfaitement maître de lui.

« On est pas prêt de s'en sortir... »

Shiroi. Alpha distinguait sa silhouette à côté de lui, malgré l'orage et l'obscurité. Il la discernait même trop bien, car il ressentait la chaleur de ce corps, chaleur qu'il connaissait maintenant à la perfection.
Les deux hybrides eurent droit à une seconde de répit, puis la pluie cessa juste au-dessus d'eux, parce que le dragonfly descendait.

« Au contraire, ça y est presque. »

Ce ne fut qu'un murmure. L'engin n'abritait que Nakamura, le pilote. Peut-être avait-il été dépêché par Ailane comme tous les autres hommes du hangar, ou peut-être était-il un brave type. Qu'importait maintenant, parce que le dragonfly s'était posé au sol, juste à côté de la bouche d'égouts, et que Nakamura en sortait, un colt 45 à la ceinture, pour courir vers eux.
Avec assurance, Alpha chopa la main de Shiroi de sa main dégoulinante de pluie. Juste pour avoir un peu de chaleur, un repère pour ne pas perdre l'équilibre ni tomber, ou pour n'importe quoi d'autre, il s'en foutait de la raison.
Nakamura attrapa le coude d'Alpha, se pencha vers lui pour lui parler malgré le fracas assourdissant de la pluie. Alors, Alpha, de sa main libre, saisit le colt à sa ceinture, le leva, l'appuya sur le cœur de l'homme, puis pressa la détente.
Ensuite, il franchit les deux pas qui le séparaient de la porte ouverte, sans lâcher la main de Shiroi avant de se trouver à l'abri du cockpit.

« Ils sont juste derrière nous, putain. On démarre. »

Le jeune homme s'était coulé sur le siège du pilote, même s'il était faible à cause de ce foutu poison et de sa Déesse. Nakamura n'avait pas pris la peine de couper les moteurs ; l'engin dépassa les toits en l'espace de quelques secondes.
Puis fit une embardée.

« Tu vois, Shiroi, peut-être que tu vas mourir parce que tu auras essayé de me sauver. »

Rien que de penser ça, ça lui faisait mal. Sûrement était-il quelqu'un de dégueulasse, mais à sa manière, pas intégralement.

« Ça me fait peur que tu sois derrière moi. Tu veux pas t'asseoir ? »

Nouvelle embardée de l'engin, qu'Alpha ne maîtrisait visiblement que très mal. C'était à peine s'il distinguait les toits, d'ailleurs, entre deux lancers de flash lumineux dans sa tête. Un instant, il se souvint que Shiroi avait des crocs dans la bouche. Il tourna la tête vers lui. Son regard d'onyx glissa jusqu'à ses lèvres. S'il n'avait pas tenu le manche, il l'aurait embrassé, histoire de voir s'il se faisait bouffer.
Une énorme secousse ébranla le dragonfly. Il raclait les tuiles d'un toit dans un bruit infernal. Alpha coupa immédiatement les moteurs, ce qui n'empêcha pas l'engin de glisser quelque instant encore, avant de s'immobiliser.

« La réponse à la question que tu m'avais posée tout à l'heure, c'est que si je ne crève pas cette nuit, je survis. Mais ça n'est pas gagné d'avance. »

Il s'était levé, pour ouvrir la porte latérale dans un grincement.

« Il me faut de l'alcool. »

Sans quoi, ce serait la douleur qui le tuerait, ou la démence.
Et, de manière absolument égocentrique et égoïste – excusable dans une certaine mesure, peut-être, étant donné l'état dans lequel il se trouvait déjà – Alpha sortit de l'engin, se laissa tomber au sol, dans la rue, et franchit le seuil du premier bar.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Jeu 15 Avr - 1:53

Ils étaient sortis des égouts, mais, étrangement, ce seul fait rassurait le jeune loup. Sous ses pieds, sentir le bitume le rassurait pleinement. Ce n'était pourtant pas quelque chose qu'il appréciait d'accoutumée. Sentir le vide ou les vibrations du moteur de son overboard étaient les seules choses capables de le mettre dans un état pareil de transe, presque secondaire. Cependant, pour les quelques secondes suivantes, rien au monde ne vaudrait l'air pur qui battrait son visage, sentant bien différemment que ce qu'il y avait là-dessous, sous leurs pieds. Il aurait tout laissé, son royaume et tout le reste, juste pour une brise de vent et pour une pluie plus violente encore que celle qui battait à présent les rues sur lesquelles ils déambulaient. Parce qu'il pleuvait, et que le gamin ne s'en rendait compte qu'à présent. L'eau ruisselait de son front, caressant ses joues pour finir en gouttelettes au bord de son menton pointu, d'où elles se lançaient enfin, suicidaires, pour atteindre le sol dans un fracas assourdissant.

Voilà. Les quelques secondes de plaisir s'achevèrent brutalement, comme elles avaient commencé. C'était la faute du bruit, ce bruit, si reconnaissable pour les deux hommes. Le Dragonfly s'arrêta au-dessus de leur tête, comme un parapluie malvenu. Il entachait le spectacle, il faisait perdre de sa magie à cet instant, comme s'il avait pu, réellement, être magique. Ils n'étaient certes pas saufs, mais qu'importe, ils respiraient l'air libre à nouveau, et ce depuis plus de dix secondes. Mieux encore, cela faisait presque aussi longtemps qu'ils n'avaient pas entendu la déflagration d'un coup de feu. C'était idyllique. Il fallait positiver, absolument, pour ne pas sombrer dans la folle panique d'une nuit sombre où tout, même le temps, - dans les deux sens qu'impliquent ce mot - est contre vous. Alors Dante avait beau faire, il levait la tête, se demandant s'il sentirait encore une fois dans sa vie le bienfait d'une goutte d'eau sur son visage, comme il les avait senties à l'instant. Il ferma les yeux, sans réaliser qu'il était en décalage absolu avec l'homme à la cigarette qui, tel un aveugle qui recouvre la vue, ouvrait enfin les siens.

- « Au contraire, ça y est presque. »

De quoi pouvait-il donc parler? La phrase resta en suspens dans l'esprit du garçon à la chevelure enneigée. Pour lui, cet instant était un rêve qui allait se terminer par une pincette désagréable, entre les deux yeux. Il avait toujours imaginé qu'on le toucherait là, entre ses deux lagons clairs. C'est pourquoi il ne comprenait pas et comprenait à la fois très bien de quoi voulait parler l'autre homme. On y est presque, il voulait sans doute parler du but. Le gamin ne lâchait pas des yeux le Dragonfly qui se rapprochait du sol, encore. Il réalisait seulement, petit à petit, qu'il était encore le Dante d'il y avait quelques heures. Avec sa veste chaude, son pantalon noir, ses lunettes. Ah. Non. Elles avaient du tomber quelque part, en cours de route, parce qu'il ne les sentait ni dans ses poches, ni sur son crâne. En une fraction de seconde, il tenta de se souvenir de l'instant où il aurait pu les perdre. Mais il ne se souvint que du geste effectué par l'homme à ses côtés, plus tôt dans la journée. Un geste qu'il avait trouvé plein de classe, plein de folie et de rage. Et le bruit des lunettes qui se brisent sur le sol lui revint en mémoire. C'est étrange comme les sensations se mélangèrent en lui. Il se souvint qu'il ne pensait pas mourir, il y a deux minutes, lorsqu'il poussait l'autre pour qu'il grimpe plus vite. Il se rappela que le sang de l'autre était infect, sur les mains si blanches qu'étaient les siennes.

Il abaissa son regard, constatant qu'à deux pas de lui, l'engin s'était posé. Il fronça les sourcils, baissa encore les yeux, plus bas, sur ses mains. Elles lui parurent noires, si noires qu'il eut envie, pendant une seconde, de reculer. Ce devait être l'effet de la nuit, un jeu de lumière ou d'obscurité pour être plus précis. Que faire maintenant? Il laissa retomber l'une de ses mains, avec l'envie maladive de la mettre en poche, vieux réflexe stupide. L'autre, il n'en fit rien. Il la laissa dans la main de l'homme à la cigarette. Avant de réaliser, d'atterrir. Que faisait sa main dans celle de l'autre? C'était un petit choc. Si léger choc, à côté de ce qu'il ressentit lorsque la lumière illumina le visage de l'hybride qu'il ne voyait que de dos, mais qu'il imaginait sans peine. C'était comme un appel d'air qui le rappelait à la réalité proche, au bitume qu'il semblait avoir quitté. C'était le contre-coup d'une dose d'adrénaline qu'il n'avait pas supportée. Trop de courses en si peu de temps. Il avait finit par décoller, et voilà qu'il retombait. Il reprit ses esprits, durement, tandis que la détonation se répercutait en écho dans le voisinage si proche qu'étaient les rues adjacentes.

- « Que... »

La réalité n'était rien d'autre qu'un autre égout dans lequel il plongeait la tête. Sa vision, il aurait voulu qu'elle devienne floue. Que ses oreilles bourdonnent, que son corps s'affaisse, qu'il cesse un instant d'avoir ce goût de ferraille sur la langue et sous le nez. Pourtant, tout redevint très clair. A deux pas d'eux, il y avait le Dragonfly dont le moteur ronronnait encore. Ils étaient entourés de vide, de voiles de pluie qui empêchaient de voir à deux mètres alentours. Il y avait un ciel gris noir, au-dessus de leur tête et sous leurs pieds, un sol dur fait de dalles d'une couleur dont le garçon ne voulait rien savoir. Il était hors de question qu'il baisse la tête. Il savait. Ses pieds avançaient pour lui, il ne voulait plus faire un pas de plus. Il serait resté debout dans la rue si rien ne l'avait tiré violemment vers l'engin. Ses yeux, sa tête, son buste, son corps entier s'il l'avait pu se retournèrent. Il voulait voir, voulait vérifier s'il y avait encore une once de vie dans le cadavre qui gisait au sol. Il n'y avait plus de pupilles dans son regard, plus de paroles dans sa bouche. Sans connaître le nom de cette victime, sans rien savoir de ce que pouvait être cette personne, il se laissa trainer. A tout jamais, il garderait le souvenir de ce visage, ancré au fond de son regard. Cet homme n'aurait pas du mourir. L'homme qui lui tenait la main n'aurait peut-être pas dû survivre. La porte du Dragonfly se referma, la main le lâcha, ils décollèrent. Derrière Dante, une voix se fit entendre, sans qu'il ne l'écoute pour autant. Il fixait la porte, certain que quand elle s'ouvrirait à nouveau, ce serait...Il ne savait pas. Peut-être qu'il y aurait toujours le cadavre, derrière cette porte. Il pourrait le sauver, peut-être.

- « Tu vois, Shiroi, peut-être que tu vas mourir parce que tu auras essayé de me sauver. »

Il se serait levé, il aurait lancé un regard froid, glacial, sombre comme la mort. Il aurait saisi le col de ce prétentieux à la clope. Il l'aurait projeté contre un mur quelconque, il lui aurait fracassé sa tête dans le pare-brise, ou bien sous ses chaussures, contre l'asphalte. S'il avait eu la moindre envie en lui, une parcelle de vie dans son corps en cet instant, il aurait peut-être fait tout ça. Mais un coursier ne prend jamais parti. Il se laissa tomber à genoux, sans perdre du regard cette porte derrière laquelle se cachaient tant de cadavres. Il n'allait sans doute pas mourir, il le savait. Son envie de vivre avait toujours été au-dessus de tout. Au-dessus de fous furieux de chercheurs qui l'avaient transformé en bête sauvage, au-dessus de la folie des pirates, des sentinelles. Il n'allait pas mourir, mais quelque chose paraissait pourtant tellement vrai dans la phrase prononcée par l'autre, que Dante ne pu réprimer un sourire. Tellement de gens auraient survécu aujourd'hui, demain, et le reste de ce siècle, si je n'avais pas essayé de vous sauver. Rèn. L'avait-il vraiment sauvée, ou avait-il lâché un monstre de plus dans la nature?

- « Ça me fait peur que tu sois derrière moi. Tu veux pas t'asseoir ? »

Le gamin était plus livide que jamais. Blanc, il l'était depuis toujours. Mais ça se jouait à l'intérieur. Comme si son horloge biologique s'était arrêtée. Ou pire, la bombe qui avait tant fait « tic-tac », le menaçant d'exploser, n'était plus qu'à un millième de seconde de l'explosion. Ce fichu dernier millième de seconde où toute vie s'arrête. Le gamin en était là. Il attendait le déclic final, assis par terre, le regard à présent plus dans le vide que fixé sur la porte. Il en avait vu des horreurs. Des meurtres, ce genre de choses. Mais toutes ces horribles choses atteignaient leur paroxysme, ce soir-là. Son regard redevint plus vivace quand, pour prouver son don à manipuler ces appareils, le fumeur racla une rangée de toits en tuile. Il coupa enfin les moteurs, et Dante ne se demanda même pas combien de mètres ou kilomètres ils avaient bien pu parcourir avant de s'arrêter. Peut-être qu'il n'y avait eu qu'une minute d'écoulée. Ou mille. Il n'aurait pas su le dire. Il vit encore une fois le visage de l'homme, dans la porte, avant que celle-ci ne s'ouvre. Avant ça, il avait quelque peu entendu une voix, derrière lui. L'autre gars avait encore parlé. Lui qui n'avait pas dit un mot de la soirée se lâchait. Mais Shiroi ne voulait plus rien savoir. Il voulait faire une pause. Récupérer ses esprits. Digérer tout ça.

- « Il me faut de l'alcool. »

Oui. Sans doute, il fallait de l'alcool pour désinfecter la plaie, au bras. Il sentait le sang, encore. Encore plus fort quand il passa à ses côtés et quitta l'appareil sans plus attendre. C'était une bonne idée. Sortir de ce truc, avant que l'odeur ne lui fasse tourner la tête. Alors Dante se leva aussi, plus vite qu'il ne l'aurait cru, et sauta de l'appareil sur les toits, des toits au sol. Les secondes qui marquèrent le passage de la hauteur au sol ne lui firent aucun bien. Pourtant, son corps en lévitation, même pour le temps le plus infime, avait toujours su le consoler jusque là. Mais ce n'était visiblement plus le cas, et lorsque ses pieds touchèrent de nouveau les dalles, il ne sut pour quelle raison, mais son estomac se souleva, violemment et si soudainement qu'il en eut aussi le tournis. Au loin, il voyait l'ombre de l'homme à la clope disparaitre dans une lumière jaunie et désagréable pour ses yeux habitués à l'obscurité environnante. Il baissa la tête, s'adossa à un mur, le temps de reprendre ses esprits. Il n'avait que rarement des douleurs aussi vivaces. Et celles-ci ne semblaient pas vouloir l'abandonner, du moins, pas tant qu'il n'aurait réussi à chasser l'image de Rèn de sa tête, et celle de cette homme de sous ses paupières. Son coeur se souleva plus brutalement cette fois, alors qu'il revoyait la lumière inonder le visage de l'hybride, et ses cheveux voleter un peu, à cause de la détonation. Et sous le bruit que lui rappela sa mémoire, il se plia en deux, tentant de vomir toute l'horreur de la journée. Sa bombe personnelle venait enfin d'exploser, et son corps ne fit que se tordre un peu plus à chaque haut-le-coeur. Il n'y eu cependant que de la bile. Un crachat peu ragoutant, et son corps entier protesta à nouveau plusieurs fois avant de se calmer.

Le sol détrempé par la pluie ruisselait de lumières. Dante hésita à s'asseoir sur le sol, y réfléchit à deux fois et décida finalement de rester debout, allant même jusqu'à se redresser. Son corps se calmait de ces transformations si refoulées durant la journée, et de tout ce que lui avait fait vivre le garçon. Il n'avait jamais eu pour habitude de se ménager, mais ce soir, il avait fait fort. Il s'adossa contre le mur, jetant un œil au lieu où il pouvait être. A première vue, cela ne lui disait rien. Il avait toujours su qu'il y avait un village à cet endroit, mais il ne l'avait jamais visité. Ce n'était certainement pas aujourd'hui qu'il ferait le tour du pâté de maison en AT's, ni qu'il livrerait le courrier, comme un banal coursier. Le coin n'était certainement pas très touristique, de toutes manières. Les rues étaient étroites, dallées comme dans un très vieux village. Les maisons étaient basses, accolées et peu vivantes. Malgré le fait qu'il soit tombé près du seul bar de la ville, il ne semblait y avoir aucune activité dans le coin. Mais les lumières, sur le sol, l'attiraient plus que la pénombre dans laquelle il se trouvait à présent. Difficilement, mais courageusement, il se repoussa du mur mouillé. De ses deux mains qui laissèrent sans doute une marque que la pluie effaça, il se recula et, péniblement, se mit en marche vers les lumières, plus loin, celles-là même vers lesquelles l'homme à la clope s'était dirigé quelques minutes auparavant. Il franchit la porte, sans le vouloir. Il savait qu'il était là. Assis au comptoir.

Il reprit de sa prestance. Il se redressa, encore un peu, mais continuait à fixer le sol. Et en quelques pas, comme une ombre blanche, il glissa jusqu'au tabouret à gauche de l'homme et y prit place. Pourquoi? Il ne savait le dire. Il voulait lui poser une question peut-être. Alors il retira sa veste humide, dont il prenait conscience au fur et à mesure qu'il en défaisait la fermeture éclaire. Bêtement, il ne réalisait toujours pas que l'alcool dont parlait l'autre le désinfecterait de l'intérieur.

- « Je ne m'appelle pas Shiroi, en fait...Dante. »




[J'ai fais long, j'étais inspirée. J'espère que je n'ai pas trop négligé la qualité...é_è]

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Ven 16 Avr - 0:26

Alpha s'était assis sur une chaise, au comptoir, avait commandé un verre de gin puis une bouteille, du Fernet Branca.
Il évitait généralement l'alcool, qui tendait à émousser ses facultés intellectuelles. Mais cette nuit, peu lui importait, question de priorité. Pour l'instant pourtant, il n'allait pas trop mal ; le poison se contentait de détruire peu à peu ses cellules, mais l'affaiblissement dû à l'utilisation de ses capacités d'Elu retardait la réaction de son corps. Un peu comme s'il avait le canon d'un flingue collé contre la tempe, et que le gars presserait la détente, d'un instant à l'autre, n'importe quand. Bientôt. L'alcool, ce n'était pas un remède, ça revenait à glisser des feuilles de métal entre le flingue et sa tête, la balle perforerait moins vite et moins fort, voilà tout.
Alpha, pour se contraindre à réfléchir, pensait à Shiroi, tandis qu'entre ses doigts minces, zébrés d'écarlate, le cristal tintait indolemment. Derrière lui, des hommes jouaient aux cartes, haussaient le ton de leur voix gueularde, vidaient des bouteilles et crachaient. La fumée de leur clope embrasait les poumons de l'assassin, qui en sortit une. La pluie l'avait détrempée, d'après cette sensation qu'il avait d'avoir des échardes de glace enfoncées au bout des doigts. Le jeune homme abandonna l'idée de l'allumer.
A sa droite se tenait un homme, un roux, plus jeune, qui l'observait et finit par lui tendre une clope. Alpha la prit tout en fixant l'homme, mais son esprit se trouvait ailleurs. Putain, il ne reverrait plus Shiroi, maintenant. A cette pensée, une certaine amertume s'empara de lui. Le roux lui demanda s'il trainait souvent dans le coin. Alpha ne répondit pas. Il ne se souvenait même pas de la gueule que l'Hybride tirait lorsqu'il l'avait laissé derrière lui, merde. Mais il était persuadé d'avoir aperçu une forme blanche prostrée sur le sol. Une forme blanche ? Le comptoir tourna d'une soixantaine de degrés sur la droite. Le roux répéta sa question, dans une sorte d'écho lymphatique. Alors, Alpha se leva et alla se poster dans l'encadrement de la porte.
Ses yeux aux iris d'onyx parcoururent les ténèbres qu'engloutissait la pluie. Il ne distingua d'abord rien, sinon une multitude de sphères éclatantes qui semblaient dévorer l'espace, une hallucination. Puis il crut entrapercevoir une silhouette. Sûrement délirait-il. Il n'attendit pas davantage pour retourner à l'intérieur, retrouver cette infâme solitude qu'il ressentait, comme toujours après avoir tué. Cette confrontation acide avec sa propre conscience. Il ne méritait même pas de ne pas être seul, après tout.

Un certain temps s'écoula, avant que l'Hybride ne pénétrât l'atmosphère enfumée du bar. C'était presque drôle de le voir entrer, digne malgré tout et si blanc, mais telle une ombre, tel un loup. Son apparition, bien que discrète, fut saluée par un ou deux sifflements vulgaires. Il ne pouvait vraiment pas passer inaperçu, éclatant comme il l'était, et si jeune. Encore adolescent. Fort heureusement, les gouttes de sang qui souillaient son manteau avaient un certain effet dissuasif. Cependant, il restait au demeurant un détail gênant.
Aussi Alpha leva-t-il sa main vers le visage pâle. D'un geste précis du revers, il essuya un filet doré au coin de la bouche de l'Hybride. Mieux valait qu'il ne montrât pas à tout le monde qu'il avait dégueulé. Répugnant ? Il s'en foutait.

« T'avais pas vraiment besoin de venir ici, non ? »

Avec la carcasse du dragonfly, peut-être qu'on viendrait fouiner par ici, quoique le corps du pilote fut relativement décourageant.
Quant à sa voix, elle était rauque, blasée. Visiblement, il n'était pas en mesure de discuter.

« Dante... »

Une seconde durant, Alpha se demanda si l'autre attendait son nom, en retour. Sûrement. Mais il ne le lui donnerait pas, pas encore. Parce que s'il crevait cette nuit, mieux valait que l'Hybride l'oubliât aisément, or un nom était la pire des ancres. D'ailleurs, que cela pouvait-il changer, qu'il soit rayé ou non de sa mémoire ? Merde, il raisonnait vraiment mal, ce soir. D'ailleurs, il ne raisonnait pas du tout. Sa tête était creuse. Vide comme un puits sans fond. Lui aussi aurait bien aimé vomir ses tripes et racler sa peau jusqu'à l'os pour se débarrasser de ce sang intrus incrusté dans sa chair.

Dans un raclement de chaise sinistre sur le parquet usé et gras, le roux se leva, pour aller s'asseoir à gauche d'un Dante dépourvu de tout croc, peut-être aussi cassé qu'Alpha, qui eut pu le dire ? Ce dernier fit l'effort de planter son regard obscur dans celui de l'Hybride, d'affronter la force de ces lagons d'azur. D'une voix étonnamment calme, il lui parla d'un couteau de chasse qu'il ne lui demandait pas de lui rendre ce soir même.
Cela fonctionna très bien. Le roux se leva, l'air de rien, pour aller s'installer plus loin.
Puis Alpha se redressa à son tour, les deux mains plaquées sur le comptoir. Ses yeux noirs grand ouverts, il demanda une chambre.
Il en restait, deux. Prenez l'escalier et première porte à main gauche. Payez d'abord. La clef, vous oubliez la clef.
Il l'oublia.

« Quitte ce bouge. »

Ce fut tout ce qu'il ajouta, à l'adresse de Dante. Pour qui se prenait-il ? Son père ? Pour personne, peut-être. Étrangement, ces mots sonnaient comme de dernières volontés, lorsqu'il fit volte-face et prit la direction de l'escalier. Pourtant, il marchait droit, sans vaciller, mais quelqu'un d'accoutumé à son port habituel ne pouvait manquer de remarquer cette douleur dans ses membres, qui se traduisait par une légère lenteur.
Lorsqu'il parvint en haut de l'escalier, Alpha faillit s'écrouler. Il se retint au mur. Son organisme s'engageait finalement dans la bataille... Entre ses mèches noires ruisselantes de pluie, il esquissa un sourire.
Puis il poussa la porte, entra dans la chambre, puis dans la douche, pour moins d'une minute. Il ouvrit la fenêtre, inspira l'air humide, glacial, avant de se retourner vers le lit, enfoncé dans une alcôve dans le mur. Mais il ne put parvenir jusque là, s'effondrant avant. L'air était chargé d'un ancien parfum de bougie froide, le parquet, entaché de cire. Alpha se redressa pour s'approcher d'un mur, contre lequel il se frappa le front. Encore. Il planta ses ongles blancs dans les aspérités de la pierre et, glissant doucement vers le sol, s'arracha des lambeaux de peau. Les doigts en sang, il chuta à genoux, face à la paroi nue et austère. Face à la porte des Limbes qui refusait de s'ouvrir.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Ven 16 Avr - 20:26

Les sifflements, les regards appuyés et autres choses du style, Dante n'y avait jamais prêté la moindre attention. Ce soir ne ferait pas exception. Depuis toujours, ces comportements grossiers lui étaient étrangers, à tel point qu'aujourd'hui il était incapable de les comprendre. De ce fait, il passa outre, effaçant aussitôt de sa pensée qu'il y avait d'autres présences dans le bar que l'homme à la cigarette, le barman et lui-même. Son univers n'était plus composé que de ces personnes dont il avait conscience et de plus rien d'autre, si ce n'est la température ambiante et le tabouret vers lequel il se dirigeait à pas de loup. Pour le reste, ça n'avait plus aucune importance à ses yeux. Mais l'odeur de ce lieu était infecte et il ne pouvait faire abstraction de cela.

- « T'avais pas vraiment besoin de venir ici, non ? »

Entendre à nouveau la voix de l'hybride fit frissonner le jeune homme. Il se rappela la déflagration et fit la liaison entre ces deux sons différents et pourtant semblables. Cet homme était une arme. Il releva son regard vers lui, détailla un instant ses traits, puis détourna les yeux. Il ne répondrait pas. Après tout, il avait encore le droit d'aller où bon lui semblait. Certes, se retrouver à côté de l'homme qui lui avait fait vomir ses tripes quelques minutes auparavant, ce n'était pas la meilleure solution pour se sentir mieux. Mais allez savoir pourquoi, il avait l'impression qu'il devait être là. Dehors, rien de bon ne l'attendait. Et quitte à choisir entre la pluie ou la chaleur, son choix était vite fait.

Ce n'est qu'après s'être assis et avoir parlé qu'il se rendit compte du geste plutôt intime esquissé par l'homme à la cigarette. Intime, ce n'était pas vraiment le cas, sauf pour l'hybride artificiel. Le moindre contact avec son corps était pour lui une violation de son intimité. Il détestait plus que tout ces gestes, cette proximité. Alors, il fronça les sourcils et, saisit par un flash de multiples souvenirs, il leva de nouveau la tête vers l'homme à la cigarette. Ce n'était pas la première fois qu'ils se touchaient. Un peu plus tôt, avant de tirer sur un homme, il lui avait pris la main. Encore plus tôt, c'est Dante lui-même qui avait créé le contact entre leur corps, sur l'Overboard. Il secoua la tête, baissa son regard vers la main du meurtrier qui tenait trop délicatement un verre. Les tâches écarlates le forcèrent à détourner les yeux, encore. Il se mordit la lèvre inférieure, dégoûté par sa propre présence en ces lieux. Que foutait-il là?

- « Dante... »

C'était agréable. Et très désagréable à la fois. Il y a plusieurs mois qu'il n'avait entendu quelqu'un prononcer son prénom. Alors d'une certaine façon, cela lui fit du bien de savoir que sa réelle identité n'avait pas disparu de la surface de Suria. Et en même temps, il s'en voulut d'avoir enfreint la plus importante de toutes ses règles. Prononcé par l'autre, son prénom avait une drôle de sonorité. Ce n'était pas déplaisant. Un mal pour un bien, finalement. Il poussa un léger soupire qu'il interrompit lorsqu'un verre remplit d'un liquide alcoolisé fut posé devant son nez. Un verre? Il n'avait rien commandé et doutait fortement que l'autre l'eut fait pour lui, sa présence n'ayant pas l'air d'être la bienvenue. Qu'importe. Il se redressa quelque peu sur le tabouret, éloignant ses narines sensibles de cette odeur horrible qui lui brûlait dors et déjà la gorge.

Est-ce que l'autre lui dirait un jour son nom, ou bien devra-t-il toujours l'appeler "l'homme à la clope"? Dante retrouvait lentement sa capacité à penser logiquement. En effet, il attendait le nom de l'autre. Mais s'il ne voulait pas le lui dire, il s'en passerait. Un nom, au final, ce n'était pas grand-chose, dans leur milieu. Ni celui des victimes, ni celui des coupables. La Blanche Neige secoua la tête, le visage d'un homme mort ancré sous ses paupières le perturbait un peu trop. Ce n'est qu'en esquissant ce geste qu'il remarqua la présence d'un homme à ses côtés. Hum. Il n'avait vraiment pas envie d'être ennuyé, pas maintenant. Il s'apprêtait à faire quelque chose - quoi, il ne le savait pas encore - quand l'homme à sa droite prit la parole. Un couteau de chasse? Dante pivota doucement sur le tabouret, faisant glisser ses mains sur le comptoir crasseux et collant pour faire face à l'assassin. Un couteau de chasse. Il comprit, et lorsque la présence dans son dos s'effaça, il hocha la tête, comme un remerciement. Ce qui n'en était pas un. Pas vraiment.

Il se serait bien passé de son aide, à vrai dire. Avoir à remercier cet homme lui donnait à nouveau envie de vomir, plus au figuré qu'au sens propre du mot. Il avait senti la déflagration se propager de la main du tireur jusque dans tout son corps, passant par la main qui tenait la sienne. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait un mort. Mais c'était la première fois qu'il avait l'impression d'avoir tué de ses propres mains. Son corps se remit à trembler de froid, la faute à cette pensée macabre qui le hantait. De l'eau perlait de ses cheveux dans son cou, le sortant de sa torpeur. L'homme à la clope se levait. Il lui lança un regard en coin, long, pour ne pas avoir à le regarder en face.

- « Quitte ce bouge. »

Dante aurait pu lâcher mille répliques sèches et impolies, du tac-au-tac. Mais étant un peu plus éduqué qu'il n'y paraît, il garda cela pour lui et fit mine de rien, reposant son regard sur le liquide ambré qui stagnait dans son verre. Pour aller où? Pour faire quoi? Il aurait bien demandé une chambre dans une auberge, mais est-ce que ce gars connaissait seulement ce genre de coin? Dante ricana, pour lui-même. Non vraiment, ça le faisait un peu rire. Quitter cet endroit était la pire chose à faire ce soir. Il ferait ce que bon lui semble, mais prit soin de garder cela pour lui, cette fois aussi. Cependant, une fois que l'homme lui tourna le dos, il eut le réflexe de le regarder s'en aller. Toujours aussi classe et stoïque. Mais quelque chose, à présent, faisait qu'il ne le voyait plus vraiment de la même façon. C'était une sale impression que Dante avait là. L'homme disparut de sa vue, il se concentra à nouveau sur le verre encore plein.

Il fit le pour et le contre d'un tas de choses en l'espace de cinq minutes. Il jaugea le cristal plein et, après une courte confrontation avec lui-même, se dit qu'il valait mieux le laisser dans cet état. Il se demanda s'il fallait partir ou non et la réponse fut identique à celle précédemment énoncée. Il fit le tour des possibilités quant à la suite de la soirée et, finalement, après avoir pianoté des doigts sur le comptoir toujours aussi dégueulasse, il y plaqua ses mains et se releva vivement, comme le fumeur l'avait fait plus tôt. Du bout des doigts, il saisit le verre, à la fois écœuré et...Juste écœuré. Tendant l'autre main vers le barman, il esquissa un sourire des plus sombre. Il fallait que l'assistance comprenne qu'il n'était pas de bon ton d'aller les déranger.

- « La clef. Sa clef, oui. »

Le doute n'étant pas permis, le barman lui remit celle oubliée par le client précédent. Et tandis que tous les regards se tournèrent vers le loup blanc qui ramassait sa veste, il y eut un grand silence. Il se mit en marche, grand, droit, son manteau sous le bras, la clef dans sa main droite et le verre dans la gauche. Il ressemblait à un noble, ce qu'il était après tout. Il disparut dans le couloir, à son tour et de nouveaux sifflements firent l'annonce de sa sortie, comme ce fut le cas pour le précédent départ. Le bruit reprit ensuite. Dante n'entendait déjà plus rien, ou presque, grimpant les escaliers quatre par quatre. Plus il se rapprochait de l'homme, plus il sentait quelque chose de grave. Plus il se sentait en sécurité, aussi. Et le mélange des deux était désagréable. Il pressa le pas jusqu'à arriver devant la porte qu'il poussa du bout du pied.

- « Vous êtes particulièrement con, quand même. »

C'était sorti tout seul et pour sa bonne éducation, on en reparlera plus tard. Il n'était pas vraiment étonné de le trouver dans cet état et ne craignait même pas la réaction violente qu'il pourrait avoir suite à ses mots. Même si, intérieurement, un voile d'inquiétude se posa sur tous ses autres ressentis, il n'en fit rien paraître. Dante fit un pas dans la salle et claqua la porte avec le pied, toujours. Il laissa tomber sa veste sur le sol et posa le verre sur la table la plus proche de la porte d'entrée, y laissant aussi les clefs. Il se ficha pas mal du décors et constata uniquement la présence d'une fenêtre grande ouverte. L'air. Humide. Sensible à ce détail, il frissonna à nouveau, s'accroupissant aux côtés de l'autre homme. Il était fier de lui et assez peu de l'autre. Il n'y avait rien de classe à se laisser mourir dans un taudis tel que celui-ci et rien d'intelligent non plus. La vie comptait donc si peu aux yeux de cet homme?

- « Il y a eu assez de sang versé. On arrête le carnage pour aujourd'hui, s'il vous-plaît. »

Ce n'était pas dans ses habitudes d'être si proche des gens. Pourtant, durant ces dernières heures, Dante n'avait cessé de se rapprocher de ce gars, sans s'en douter le moins du monde. A présent encore, il le touchait, soulevant le corps du sol. Il parvint à le faire tenir debout, son bras passant derrière le dos et sous le bras de l'adulte. Sans hésitation, il fit peser tout le poids de l'autre sur son faible corps qui, au final, ne l'était pas tant. Son souffle se fit plus lent encore et il se mit en marche, très doucement, pour se rapprocher du mur où se trouvait le lit. Abaisser le lit d'abord aurait sans doute été bien plus intelligent, mais, allongé sur le sol, l'homme se trouvait dans sa trajectoire. Et malgré le fait que, descendre le lit sur le crâne de l'homme aurait soulagé Dante, il ne pouvait se résoudre à le faire. Il était trop con, trop gentil. Trop redevable aussi, mais cette donnée, il ne la prenait pas en compte pour aider quelqu'un. Ce n'était pas de la pitié.

Lorsqu'il parvint enfin à baisser le lit, de son unique bras libre, il poussa un petit soupire et afficha un sourire satisfait. L'autre n'étant plus capable de se débattre lui facilitait beaucoup la tâche. En tout cas, il prit soin de le poser délicatement dans le lit, assit d'abord. Il ne tarderait sans doute pas à tomber allongé. Mais quelque chose dérangeait Dante. Il n'en fit pas part à l'autre, évidemment, mais ne put s'empêcher de retourner vers la porte pour la verrouiller. S'ils devaient parler de ça, mieux valait prendre quelques précautions pour que personne ne vienne à les entendre. Il laissa les clefs sur la serrure, ramassa sa veste et reprit le verre pour le poser sur la table de chevet. Il balança le tissu sur une chaise, puis reprit la parole, faisant face à l'homme.

- « Votre bras...Je vais faire les premiers soins. Mais...Comment se fait-il que cette balle vous ait touché, alors que l'autre...Ce n'est pas ça qui vous met dans cet état. »

Il ne comprenait pas vraiment, mais il était sûr d'une chose, c'est que l'autre n'allait vraiment pas bien. Aussi peu touché qu'il l'était, l'homme ne pouvait pas crever. Alors quoi? Il ne savait pas, mais ne resta pas planté là. Aussitôt sa phrase terminée, Dante fit le tour de la salle de bain, pour trouver de quoi nettoyer les multiples blessures de l'autre. Il posa les cotons et l'alcool pur sur la table de chevet à côté de son verre toujours plein. Décidant que la meilleure chose à faire pour soigner l'autre serait de le toucher, il se rapprocha de lui, posant son genou sur le lit avant de saisir délicatement le bras blessé. L'odeur du sang lui coupa aussitôt le souffle et il finit par s'éloigner aussi vite. Son regard fila vers la table de chevet.

Un mal pour un bien. Il prit le verre, du bout des doigts et fit couler le liquide brûlant sur sa langue, dans sa gorge. C'était particulièrement infâme, mais...Réchauffant. Et même s'il se savait incapable de résister à ces liquides amers, il savait aussi qu'il ne parviendrait pas à soigner l'autre si l'odeur du sang était si forte. Au moins, l'alcool en masquait la majorité. Ce serait plus facile. Il revint alors vers l'homme, rapidement, le genou sur le lit, tout comme avant, et prit de nouveau son bras. D'une griffe, il déchira le tissu, méticuleusement. Il releva son regard azuré, fixa le patient. Ils étaient deux hybrides. Il ne dirait rien, face à ses griffes étrangement longues, n'est-ce pas?

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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 25 Avr - 3:44

- « Vous êtes particulièrement con, quand même. »

Merde.
Sous quel prétexte l'autre s'octroyait-il le droit de porter un tel jugement sur lui ? Concevait-il ce qu'endurait l'homme à la clope ? Avait-il d'ailleurs seulement compris que si ce dernier avait voulu crever, vraiment voulu, alors le livreur aurait trouvé une chambre totalement déserte, exception faite de quelques cendres ?
Mais, surtout... que diable Dante foutait-il là ?

*

Face à la paroi, cet amoncellement de blocs glacés, Alpha luttait. Tout en imprimant ses empreintes dans la poussière blanche, il percevait les cicatrices anciennes du burin, autant de veines dans la pierre, qui l'avaient arrachée à quelque lointaine montagne...
Alpha inspira à nouveau, plus profondément, pour finalement perdre connaissance. Telle une marionnette privée de ses fils, il s'affaissa doucement. Un voile opalescent recouvrait ses prunelles d'onyx.
Dans ses veines, son sang ralentissait, flânait, fatigué de devoir porter ce poison si lourd. Déjà, depuis toujours, il traînait un fardeau, qui n'était autre que l'héritage des Elfes. Sang-mêlé, que cela signifiait-il ? Que cela pouvait-il seulement signifier pour Alpha, qui toujours avait été coupé de ses origines les plus nobles et les plus somptueuses ?
Au plus profond de son esprit, il lui sembla percevoir peu à peu un univers différent ; un monde prenait forme, qui n'avait pas été souillé par la race humaine. D'autres êtres vivaient, des Elfes. Des Elfes... Sur leur passage, seul subsistait le bruit léger du froissement de feuilles. Ils semblaient voler plus qu'ils ne couraient. Parmi eux, des mômes, des bêtes aussi, étaient-ce des loups ? Des loups blancs.
Puis les arbres se raréfièrent, laissant place à une étendue infinie d'herbes hautes. Parmi lesquelles des formes sombres, allongées, brisées, gémissantes. Tour à tour, les Elfes se penchaient sur les malades. Leurs mains, joyaux si finement ouvragés par la Nature qu'on les eut dit faites de cristal, glissaient sur celles des êtres aimés en un pudique contact. Bientôt les Elfes sains chutaient à leur tour, saisis de foudroyantes douleurs, les bronches secouées de toux brûlantes. Pas une goutte de sang ne perlait, ces mains étaient seules, et avec elles le souffle du vent.
Seuls survivraient à la maladie ceux qui demeureraient libres, sauvages, intouchables.
Alpha crut comprendre de quelle nature était ce mal qui le rongeait.

- « Vous êtes particulièrement con, quand même. »

Je sais, pensa-t-il simplement, froidement. Je sais. Des heures auparavant, si j'avais tiré, je n'en serais pas là. Mais, aussi fou cela peut-il sembler, je n'ai nul regret.
Ses paupières mi-closes sur ses yeux voilés ne lui permettaient pas d'appréhender le monde correctement. Quoi qu'il en soit, il n'en aurait pas été capable. Cependant, il ne pouvait ignorer que l'autre s'approchait de son corps blessé ; il le sentait, percevait sa chaleur.
Il détestait qu'on le touche.
Pourtant, il ne prononça pas le moindre mot lorsque l'Hybride l'arracha à l'étreinte du sol. Sûrement se contenta-t-il de serrer les dents, de se contenir, réprimer ce sang brûlant dans ces veines. Réprimer aussi le désir de laisser jaillir ses dernières forces pour faire naître des gerbes de flammes qui l'envelopperaient, protectrices affamées.
Il ne broncha pas, jusqu'à ce que l'autre l'assît et aille clore la porte. Subitement libre de toute étreinte, Alpha manqua tomber pour s'étendre sur le matelas. Mais il se retint, préférant ramener ses jambes pliées contre son torse. Ses chaussures tombèrent au pied du lit.
Puis Dante lui parla à nouveau. Mais Alpha ne répondit rien, inaccessible. Il ne bougea pas davantage par la suite, même lorsque l'Hybride but d'une traite le contenu d'un verre de bar, du gin, à plus de quarante degrés. Était-il accoutumé à l'alcool ? Bah. Cela importait-il ?
Lentement, déphasé, Alpha passa sa main dans ses cheveux sombres. Il patientait, et patienterait encore jusqu'à ce que l'autre cessât tout à fait de bouger. Mais, pour l'heure, ces flux et reflux de lumière noire dans son champ de vision ne semblaient pas disposés à s'effacer.
Tant qu'Alpha demeurerait statique, cela irait encore. Rester calme, il savait le faire à la perfection.
Rester calme, quand bien même l'homme si blanc, après avoir saisi son bras blessé avec douceur, l'avait libéré du fait de la seule odeur du sang. De quelle espèce de Loup pouvait-il être ?
A nouveau, Dante effleura son bras. Alpha cilla. Les griffes de l'Hybride lui apparurent tels des rayons de lune, faisceaux argentés et tranchants, splendides. Elles paraissaient être l'œuvre de la Nature, quand bien même elle portaient la trace des Hommes. Dante et Alpha n'étaient pas les mêmes créatures, bien au contraire, ils semblaient de par leur nature même diamétralement opposés. Et pourtant, sûrement avaient-ils dû endurer, tous deux, bien des souffrances inutiles et épargnées à tous les autres.
En cet instant, Alpha eut mille fois préféré que sa Déesse ne l'ait jamais élu.

Sous les griffes, la toile de la chemise s'ouvrit pour découvrir un filet de sang écarlate continu, intarissable, qui semblait naître en un point quelconque de la peau, comme s'il n'y avait aucune blessure. Il se trouvait pourtant là un point noir, le trou qu'avait fait l'aiguille de la seringue tandis qu'Alpha courait.
L'Hybride appliqua un coton humide, ce qui se révéla sans effet ; le sang ne cessait de couler, lentement. Dans le même temps, de sa main libre, Alpha avait usé de coton pour nettoyer son front. Il n'appréciait guère que le sang perlât pour rouler jusqu'à ses yeux. Sûrement le silence s'étira-t-il longuement, avant qu'Alpha ne réponde enfin, dans un murmure trop calme, presque inaudible.

« A mon sang est mêlé du poison. Un fluide qui seul ronge les Elfes. Ce sont des bactéries, productrices de toxines qui dévorent les tissus. »

Tandis que s'élevait ce filet de voix, Alpha s'était déplié, avait lentement déployé ses bras. Il se redressa à genoux sur le lit, face à la fenêtre ouverte. Toujours, la pluie dévorait la nuit. Alors, il ôta sa chemise, écarquilla violemment les yeux. Face à la nuit, il expira.
Devant la fenêtre, dans la rue, ce fut comme si la pluie cessait de tomber. A quelques mètres du sol, chaque goutte se voyait soudain devenir brûlante et s'évaporait aussitôt. Ce fut comme si une bulle de désert venait de naître, éphémère et fragile.
Et, peu à peu, le corps de l'Elu des Dieux refroidissait, se vidait de toute chaleur. A l'intérieur, beaucoup de choses mourraient. Le poison comptait parmi ces choses-là.
Ce ne fut que lorsque la température du corps descendit en-dessous de vingt-sept degrés qu'un frisson le saisit.
Alpha se retourna vers Dante.
Il lui avait semblé que l'autre désirait, sinon qu'il vive, tout du moins qu'il ne meure pas déjà.

« Puis-je ? »

Te voler un peu de chaleur. Beaucoup, peut-être.
Puis-je ôter ce vêtement couleur de nuit.
Il n'attendit pas de réponse, c'était déjà fait. Rapide, Alpha avait glissé ses mains fines sous le tissu et allégé l'Hybride de son sweater. Alors il l'enlaça, l'attira contre lui, afin que leurs deux torses fussent appuyés l'un contre l'autre.
Ce fut, sur le coup, proprement horrible, et malgré tout atrocement rassurant. Ce fut l'assurance de vivre. Et, pourtant, il émanait de la proximité du Sang-mêlé avec le Loup un sentiment de contre-nature. Comme s'il était plus dangereux pour Alpha de se tenir tout contre Dante que de s'éloigner de lui. S'il avait pu, il en aurait rit, amer.

Puis il s'était écarté. Il revivait, à peu près - son corps ferait seul le reste. Et il observait le Loup face à lui, songeant qu'il était parfaitement possible d'avoir soif d'une autre manière. Ce fut son sang brûlant dans ses veines qui lui rappela qu'il aurait dû être déjà en train de se reposer. Pourtant, il ne ressentait aucune fatigue. Doucement, il passa sa main dans ses cheveux. Était-ce le cas de l'autre ? Peut-être désirait-il dormir, maintenant, avant l'aube.
Un murmure, encore.

« Je te laisse le lit, je vais dormir à côté. »

A côté, ce n'était pas par terre. Sans nulle hésitation, Alpha s'assit sur le rebord de la fenêtre, face à la nuit. Il ne pleuvait plus, et les nuages ayant libéré le ciel, la lumière argentée de la lune éclaboussait à son tour librement la terre et les murs, giclait sur Alpha, ruisselait sur son visage pâle et son torse.

« Bonne nuit, Dante. »

Il était impossible de savoir s'il était ironique.
Tranquille, il inspira. Il avait le sentiment que la nuit l'appelait, qu'il ne devait plus se trouver ici. Pas si près d'un Loup blanc. Pourquoi alors ressentait-il cette paradoxale attirance pour l'Hybride ?

« Alpha. »

Tout aurait pu finir ainsi, sur ce simple nom.
Alpha aurait toisé la lune, l'immensité de la voute étoilée, jusqu'aux aurores, sans jamais fermer les yeux. Dante aurait pris une douche, peut-être aurait-il dormi, ou serait-il sorti avant l'aube et aurait été avalé par le monde extérieur, pour ne plus jamais réapparaitre.
Il n'en fut pas ainsi. Lorsque Alpha tourna la tête vers lui, un bref instant plus tard, on put apercevoir ce brasier sombre dans son regard indéchiffrable, feu aux éclats de saphir. Il se pencha vers Dante et l'embrassa.
Peut-être aurait-il mieux valu que tout finisse ainsi, sur un simple nom, tout compte fait.
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Dante Kilstrong
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Sam 15 Mai - 2:41

Entre ses fins et longs doigts, un sang noir d'encre s'écoulait tel des larmes. Le sanglot du corps glissait sur la peau, sans un bruit, émanant du bras qu'il maintenait face à lui. Imbibant plusieurs cotons dans le silence le plus plat, il ne parvenait à tarir la source, tandis qu'une montagne d'immondices grimpait sur le sol au rythme où il y jetait les boules d'ouate. Plusieurs minutes s'écoulèrent, et son rythme devint de plus en plus saccadé. Il lâcha plusieurs grognements et s'abaissa distinctement, cherchant de ses yeux de lynx la source de ce sang poisseux. Sans résultat. Mille idées lui traversèrent alors l'esprit quant à la façon de stopper cette hémorragie. La pire de toute lui arracha une grimace de dégoût. Il n'appliquerait jamais ses lèvres sur cette blessure, qu'importe les circonstances. Il finit par redresser son regard sur le visage de l'homme, ne cessant pas d'appuyer sur la plaie, du bout de l'index et du majeur.

- « A mon sang est mêlé du poison. Un fluide qui seul ronge les Elfes. Ce sont des bactéries, productrices de toxines qui dévorent les tissus. »

Les mots prononcés par l'homme et les images que le jeune loup voyait à l'instant se mélangèrent, formant une drôle de conclusion. Le sang poisseux d'un Elfe coulait sur ses doigts, brûlant. Car si ce fluide n'était en effet qu'une toxine qui ronge les Elfes, alors il n'y avait plus aucun doute sur la nature de l'être qui faisait face à Dante. Un Elfe. Un Elfe Hybride. S'il lui avait été possible de devenir plus pâle qu'il ne l'était déjà, alors il le serait devenu quelque peu. Il relâcha la pression sur le membre supérieur de l'Elfe, crispant sa main blanchâtre sur le poignet ensanglanté. Il réalisait seulement. Abruti qu'il était, il n'avait pas encore fait le lien. Cette nuit trop mouvementée l'avait déconnecté de sa réalité si sombre. Il n'était qu'un artifice, lui. Un faux face à un vrai. La médiocrité face à la réussite. C'était à cause des gens comme lui qu'un jour, on l'avait kidnappé, pour faire de son corps une horrible marionnette, un jouet quelconque. Une pâle imitation. Son regard déserta le visage de l'homme qui s'agitait alors. Ses crocs lui firent mal.

A l'extérieur, la pluie froide frappait sans arrêt le sol, les toits, les fenêtres. Le dos de l'homme apparu très sombre, face à la nuit qui créait un contraste de vides et de pleins. Le garçon martelait le lit de ses longs ongles, transperçant les draps, des fois. Le matelas aussi, une unique fois. Mais il ne s'en rendait guère compte. Ce qui se passait là sous ses yeux attirait toute son attention, et il n'y eut plus qu'un vague silence en lui ; Silence qui se comblât des craquements, des moindres gestes et du son de la respiration de l'homme ; de la pluie qui s'envolait en fumée plutôt que de s'écraser avec lassitude sur le même sol trempé, de la chaleur qui l'enveloppa soudainement, de la lenteur qui imprégna cet instant tout entier. Cela sembla durer longtemps. L'agonie d'un être parfait, illuminé et sculpté par les rayons d'une lune qui bataillait avec une fumée opaque dans le but d'approcher ce corps brisé. L'incompréhension, les questions et les réponses furent balayées et devinrent inexistantes. Dante, silencieux, aurait hurlé à la Lune s'il avait été un vrai loup. Ce moment n'aurait dû être souligné que de ce cri.

- « Puis-je ? »

La magie s'évanouit, la chaleur et le silence avec elle. Le garçon était figé dans le lit. Même ses doigts avaient prématurément cessé de martyriser le matelas. Tout son corps s'était adapté à cette chaleur que, sans le vouloir, l'autre lui avait procurée. Ce fut agréable et le fait qu'à présent, tout cela se dissipait, ne le rendit que plus envoûté par ce souvenir. Enfin, pour quelques secondes seulement. Avant de se faire déshabiller violemment, d'un geste qu'il n'avait eu que le temps d'entrapercevoir, gauchement sorti de ses pensées. Il sentit mieux le contact, cependant.

- « Je...Vous hais. »

Ce murmure saccadé glissa d'entre ses lèvres, celles qu'il massacrait de ses crocs acérés. Il détestait le contact plus que tout, peut-être encore plus que l'homme - mais il se pouvait qu'ils soient à égalité. Ceux-ci étaient glacés. Glacials. Comme la biche, plus tôt. Un cadavre qui se blottissait contre lui, comme un enfant. Un enfant mort. Rèn, cet homme sur le sol, en sang. Pourquoi refermait-il alors ses bras sur le dos du fumeur? Cet homme qui aurait pu le tuer de trop nombreuses fois en l'espace de douze heures. Qui aurait dû le laisser se faire transpercer par une balle ou mourir dans un égout. Pourquoi le serrer dans ses bras et le réchauffer, désirer si ardemment qu'il survive malgré ça? Les réponses sont telles qu'aucun des deux n'y songerait sans doute jamais : Le rassurer, se rassurer soi-même. Sortir de sa propre torpeur. Leur peau se collèrent davantage. Il se dégoûta. Se détesta. Mais il faisait déjà plus chaud alors il soupira à son tour. Ils étaient dangereux l'un pour l'autre.

Lentement, ses bras se décroisèrent. Il laissa l'homme s'éloigner. Le froid se glissa entre eux, et le Loup crispa les épaules pour ne pas frissonner encore. Il se sentait plus calme, soudain. Comme si la pluie s'était arrêtée, comme si la lune s'était levée sur le ciel sombre. Comme si la ville dormait, qu'il était seul sur un toit à respirer l'air humide d'une campagne asservie par la pollution. C'était presque le cas, perché à quelques centimètres d'une fenêtre d'où il pourrait voir le monde s'il ouvrait ses yeux si clairs. Mais, comme endormi, le jeune garçon les gardait clos.

- « Je te laisse le lit, je vais dormir à côté. »

Mais il n'aime pas les lits. Il n'aime pas dormir, même si le besoin se ressent dans sa nuque tendue, dans ses muscles étirés. Sur sa conscience qui ralentit, comme le moteur usé d'AT's quelconques.

- « Bonne nuit, Dante. »

Il ne bougea toujours pas. Trop calme pour un loup éveillé. A quoi songeait-il, que réprimait-il si férocement? Il gardait la tête basse, ses cheveux blancs neiges tombant sur son visage fermé. La tête lui tournait. Ce devait être l'accélération soudaine des battements du cœur, lorsque la proximité fut à son paroxysme. Ou la colère enfuie, qui fit grimper l'alcool jusque dans ses tempes. Ses oreilles bourdonnaient. Ça tanguait, ça tanguait à peine, ça tanguait trop. Il naviguait en eaux troubles, voilà ce qu'il se disait, si calmement agenouillé dans un lit qu'il haïssait, près d'un homme qu'il abominait, cette nuit qu'il le révulsait. Dans un mouvement calculé qui lui demanda trop de force pour être réalisé, il passa sa main sur son visage. Le sang sec craquait, s'écarquillant sur sa peau.

- « Alpha. »

Il repensa à ce qu'il avait entendu, un jour. L'Alpha et l'Omega. Le début et la fin. Cela voulait-il dire qu'il n'était pas achevé? Ou bien était-ce son prénom? Sa paume retomba sur le lit, lourdement et il releva la tête en souriant presque comme un enfant. Comme Rèn aurait pu le faire. L'alcool. Il ne tenait absolument pas à ce genre de liquides. Pourquoi ne pouvait-il plus jouer la comédie quand il s'abreuvait de cette folie? Il valait mieux pour lui qu'il se lève, qu'il termine cette soirée maintenant. Il esquissa alors un geste, essayant de suivre cette consigne qu'il s'imposait. Ses deux mains plaquées sur le matelas, il déplia sa jambe droite pour poser son pied au sol, l'autre toujours pliée sur le lit. Il ne rencontra qu'une montagne de boulettes de sang sous sa semelle noire. Et des lèvres sur les siennes.

Ses yeux ouverts ne voyaient plus. Ils étaient noyés dans la nuit voilée du regard d'Alpha, ou dans un trou noir qui l'aurait aspiré sans lui laisser la moindre chance, ni la moindre parcelle d'oxygène dans les poumons. Il se noyait, suffoquait. Ce devait être la mort qui battait dans son corps si vivement, ou bien la colère d'une chose qu'il n'avait jamais pu contrôler correctement. Un rugissement, voilà ce qui fendit le silence qui suivit ce baiser. Cela et la main féroce qui alla encercler le cou de l'homme. Le briser, le faire craquer, le torde. Il en faisait le tour, de ses doigts et de ses ongles qui écorchèrent la peau tendre de l'Elfe. Ses pupilles rétractées ne laissaient place qu'à une immensité bleue, azure. Si ses yeux avaient été des armes, Alpha serait mort à l'heure qu'il est. Ou peut-être que le Loup, apitoyé, n'aurait pas tiré, n'aurait pas mordu. Apitoyé ou bien complètement ivre.

Sa poigne se défit, la lourdeur de son corps l'empêcha de maintenir ce geste empli de rage et de violence. Alors sa main finit par tomber, à glisser. Il frôla le sternum, de sa paumes délicate, de ses doigts, de ses lames d'argent. Il suffisait de pousser l'homme. Le faire tomber par la fenêtre. Hurler à l'aide, peut-être. Mais la porte était verrouillée, et qui viendrait l'aider? Qu'importe. Il n'avait réfléchi à rien de tout cela. L'innocence, sa personnalité réelle ne se masquait plus ce soir. Il songeait juste que...Peut-être...L'autre voulait le remercier. D'une étrange manière certes, mais un remerciement tout de même. Le premier. Les oreilles blanches qui se dressaient sur sa tête finirent par se pencher et pointer en avant, signe de désolation, d'excuse.

- « Ce...N'était rien. Où sont...Ma veste. »

Il commençait à avoir froid et ne parvenait plus à faire la distinction entre quoique ce soit. Les yeux ouverts, il pensait que le ciel de la nuit recouvrait le crâne de l'homme, barrant son regard, noir lui aussi. Il lui sembla que les cheveux de l'autre se fondaient avec la voûte céleste, et ce fut le signe de démence qui le rappela à l'ordre. Il pensait que la lune devait être le soleil, que ses griffes étaient des couteaux, que le lit était de l'herbe. Il ne savait plus exactement si Alpha venait de faire, oui ou non, ce qu'il pensait avoir senti. La seule solution était de retrouver ses vêtements, de récupérer son overboard - mais où l'avait-il laissé? - et de s'en aller. C'était une bonne idée en surface. Il ne restait qu'à l'appliquer. Se lever et marcher droit ferait partie des étapes impossibles. Mais il essaya, trainant sa main sur le lit pour récupérer un tissu qui correspondait à son sweater. Il se leva alors, chancelant, titubant maladroitement jusqu'à la porte où il s'affala. Comme un oiseau à qui l'on aurait coupé les ailes, le loup ivre ne pouvait plus s'envoler, ni s'échapper.

Ses jambes ne le portaient plus, ou trop maladroitement pour qu'il ait la possibilité de rester plus longtemps sur elles. Un verre, un maudit verre, cracha-t-il pour lui-même. Pour masquer l'odeur du sang qui imprégnait à présent jusqu'à la moindre parcelle de son être. La chambre en était tapissée, de rouge. Mais ce n'était qu'une vision irréelle, qu'une frayeur de plus causée par l'alcool. Dante se laissa glisser le long de la porte. Un sourire niais perché sur ses lèvres, il plaqua son front contre le bois humide. Le sol collait sous ses doigts, comme le comptoir. La faute au sang, à la cire, à d'autres crasses en tous genres. Du bout des ongles, il gratta la porte. Pris au piège. Un loup se ruant dans la gueule d'un autre.

Il n'était pas stupide. Il devinait, entre les délires de l'alcool, la folie de sa personnalité enfantine et la fatigue ce que la suite de la nuit lui réservait. Mais les barrières qu'il dressait entre lui et le reste du monde étaient tombées ce soir. Et plus rien ne le sauverait de lui-même. Ni de l'autre.




[Ce texte est horriblement nul, mais je le poste quand même...Par masochisme, sans doute (=3). N'hésite pas à le démolir et à me demander de tout réécrire ^^'. Je tiens à signaler que je l'ai juste passé sous OpenOffice et sur bonpatron. Il doit rester encore de nombreuses fautes. Je relirai tout ça dimanche. Mais je voulais le poster, malgré tout, pour que tu puisses le lire dès à présent.]

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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 30 Mai - 17:17

Je...Vous hais.
Alpha reçut ces mots, qui transpercèrent sa chair, y creusèrent leur sillon, telle une balle, pour se ficher profondément dans ses entrailles, et demeurer là.
Dante le haïssait, et pourtant, pourtant, il déployait ses bras d'une blancheur de suaire pour envelopper le dos nu de l'autre. Pourquoi avoir accepté la muette plainte du corps mourant, pourquoi lui transmettre sa propre étincelle de vie ?
Pourquoi s'acharnait-il, inlassablement, à maintenir ce fil ténu qui rattachait l'âme d'Alpha, si tant est qu'il en eût une, à son corps ? Pourquoi avoir rejoint ce fauve seul et blessé dans cette chambre déserte et s'y être enfermé ? Pourquoi son corps demeurait-il contre le sien ?
La gorge d'Alpha était plaquée sur l'épaule du Loup tandis qu'ils s'emprisonnaient mutuellement, et les lèvres entrouvertes de l'assassin effleuraient la nuque blanche, vulnérable.
Lorsque les deux Hybrides se détachèrent l'un de l'autre, et d'une créature unique, chimérique, redevinrent distincts, il sembla un instant qu'Alpha venait de dérober à Dante bien davantage qu'un peu de chaleur. Car la flamme de son regard opalin ne luisait plus dans le noir, masquée par le voile de ses paupières. Alpha perçut nettement cette disparition, qui tranchait avec la présence habituellement si prégnante du Loup.

Ce fut quand Alpha sentit les lèvres de Dante immobiles contre les siennes qu'une douloureuse décharge enflamma chacune des fibres de son corps. Le sang du Loup pulsait avec une violence anormale, malsaine. Alpha aussi avait bu, beaucoup plus, ce qui avait suffit à faire voler en éclat ses défenses contre les effets secondaires des spiritueux, défenses qu'il érigeait non sans une certaine réussite en temps normal. Alpha était dangereux car enivré, dangereux par essence aussi, dangereux toujours tandis que la pointe de sa langue parcourait les crocs immaculés de l'autre. Certainement bien plus redoutable qu'en tant normal. Et pourtant, il se percevait comme lucide, trop peut-être. C'était là la rançon de sa guérison. Ça, et ce qu'il allait faire de ce fait, bien qu'il n'en sût encore rien.
Si son esprit n'avait été de la sorte embrasé, ni intoxiqué par les pulsations surréalistes que lui valait son lien d'Elu, peut-être Alpha aurait-il été en mesure de comprendre ce que ressentait l'autre, de saisir ce qui le poussait à agir de manière si paradoxale.
Lorsque les mains laiteuses vinrent encercler le cou d'Alpha, ce dernier ne bougea absolument pas. Et, tandis que dansaient dans ses prunelles de provocatrices flammes noires, il semblât que le monde extérieur retenait son souffle.
La pluie s'était faite rare et discrète, éparse, comme si elle n'attendait plus qu'une bourrasque pour laisser l'espace vide. Elle avait englouti les parfums et les saveurs flottantes de la nuit pour les mélanger, les alourdir. Quant aux pavés humides, ils brillaient comme la surface d'un lac sous l'astre lunaire. Un rai de lumière argentée, scintillante, jaillissait de la fenêtre ouverte vers l'intérieur, dessinant les contours de la silhouette d'Alpha, Alpha qui acceptait que les mains menaçantes griffent sa peau.
Il laissait à Dante le pouvoir de décider. Et c'était là le dernier choix qu'il lui offrait, ô combien ultime.
Mais Dante ne le tua pas.
Était-ce d'ailleurs encore Dante que cette créature brûlante, vacillante, apeurée ? Cette créature dont les yeux ne portaient pas la marque d'une âme, sinon celle d'une arme, tel un canon de flingue.
Les griffes glissèrent contre la peau nue du torse. Alpha se retint de les saisir, afin qu'elles cessassent d'éveiller, au plus profond de son être, quelque démon qu'il savait n'être pas en mesure de maîtriser. Crétin de Loup. Ignorait-il réellement le désir qu'il suscitait ? A trop provoquer le fauve, sûrement finirait-il dévoré. A moins qu'il ne le désirât lui aussi, qu'il se l'avouât ou non ?
Doucement, Alpha leva sa main ouverte pour en effleurer, du dos, les oreilles qui se courbaient, surplombant la chevelure vaporeuse. Ses oreilles à lui ne portaient pas de fourrure, elles étaient taillées en une pointe violente, sculptées.
L'autre n'avait nul besoin de s'excuser. Alpha n'acceptait pas les excuses. Et l'expression de son visage était plus glaciale que jamais lorsque la voix hésitante du Loup tinta à ses oreilles.
Tandis que Dante tâchait de se traîner vers un autre part, un ailleurs inaccessible, vierge de sang, Alpha se retourna et ferma la fenêtre. A travers les carreaux iridescents, l'on ne distinguait plus que le spectre d'une lointaine lune, et son voile de pénombre.

Pourquoi m'avoir suivi, Dante ?
Qui serait assez fou pour suivre un assassin blessé ?

Les mains d'Alpha se glissèrent sous les aisselles, froides et humides, du loup blanc. Avant cela, il avait tiré ses chaussures, noires, découvrant la pâleur de ses pieds.
Il le souleva sans mal tant il était léger. Il le redressa, et le plaqua fermement entre son propre corps et le panneau de bois de la porte. Entre ses dents, serrée, une dague au fil aiguisé. D'un mouvement souple, il s'en empara et, maintenant prisonnière la main ouverte du Loup dans la sienne, en trancha les griffes. Un bruit sec, métallique, rompit le silence que seules berçaient les respirations.
Telles des larmes, les cinq lames fusèrent vers le sol, où elles se fichèrent.
Opérant avec précision, le regard dur, Alpha se saisit de l'autre main.
Cinq autres pointes vinrent rejoindre leurs sœurs.

Ce faisant, les yeux d'Alpha étaient rivés à ceux du Loup. Même lorsque sa main glissa vers la ceinture du jean que portait ce dernier. Son autre bras passait derrière son dos, tel un étau.
Que pensait l'assassin, alors que son sang se transformait douloureusement en lave ? Que ce qu'il restait des vêtements du Loup glissait sur le sol ?...
Non, il demeurait encore un voile de tissu. Quatre cicatrices apparaissaient sur le corps pâle, deux ayant été sculptées dans le dos, deux autres sur les cuisses. Une dernière apparut à la base du cou lorsque le bandage grisâtre céda sous les doigts d'Alpha.
Ces traces dans la peau blanche n'avaient rien à voir avec la déchirure ancienne qui barrait la gorge de l'assassin jusqu'à mi-poitrine.
Ils n'étaient pas semblables, et pourtant, tous deux avaient connu la morsure du fer au creux de leur chair.

Alpha avait tiré Dante avant de le pousser sur le lit, le faisant tomber sur le dos. Il se pencha sur lui, plaçant d'emblée un genou entre ses cuisses marquées. Ses deux mains, toujours, emprisonnaient celles du Loup, de part et d'autre de sa tête, loin, de telle sorte que ce dernier eut les bras tendus.
Durant un instant qui sembla durer une éternité, Alpha ne bougea pas, ses traits empreints d'une expression indéchiffrable, le souffle léger, régulier, presque imperceptible.
La lueur de la lune, aux couleurs sublimées par le verre usé, éclaboussait le profil du Loup comme le sien, giclait sur son dos nu.
... s'étreindre, s'éteindre...
Doucement, Alpha posa son front sur celui du Loup. Il sentit le sang sec qui maculait la peau de l'autre, et avec son contact rugueux, son odeur jaillie d'outre-tombe. Leurs souffles se mêlaient sans gêne ni pudeur, viciés déjà en comparaison de l'air extérieur, au parfum de nocturne, de liberté.
Ses mains quittèrent les siennes pour glisser sur son cou, parcourir son corps. Le jeune homme acheva de se dévêtir, dévoilant un corps svelte et musclé, félin.
Était-ce de la peur, qu'il lisait dans les yeux du Loup, presque contre les siens ? Il ne savait. Supposait. Ce n'aurait pas été surprenant, pour ce garçon affaibli qui avait un jeune homme presque inconnu étendu sur lui. Dante était vierge, Alpha le ressentait, tandis que ses mains caressaient ce corps, l'éveillaient. Il s'assurerait que l'autre en serait au même point que lui ; il ne pourrait rien faire si l'autre demeurait inerte. Il susciterait en lui frissons et frémissements, le ferait se mouvoir et gémir. Qu'il le désirât ou non, l'appréhendât ou non.
Mais ce dont Alpha ne pouvait douter, c'était de l'innocence de cette créature sauvage, si fragile, pure encore. Infiniment plus pure que lui, même si c'était lui qu'avait épargné la folie créatrice des hommes, et l'autre qui s'en était vu souillé.
Malgré la violence acide de la situation, ce fut d'une voix douce, infiniment plus humaine que durant toute la soirée comme la nuit, qu'Alpha lui dit de ne pas avoir peur. Ce fut tout. Et en l'espace de quelques mouvements, il se glissa à côté du garçon, le retourna d'un coup sur le ventre, pour s'allonger sur lui. Cette fois-ci, sa peau contre la sienne, il sentait les pulsations de son cœur sous le sien. Le feu du désir au creux de son ventre grandissait encore, tandis que le corps du Loup réagissait sous ses mains lestes, languissantes.
Si différents quelques instants auparavant, il semblait maintenant que leur peau avait une teinte pâle très semblable. Une teinte qui devint fusionnelle, lorsque Alpha pénétra le corps du Loup. Sûrement fût-ce douloureux, mais moins que cela eut pu l'être si le jeune homme n'avait pris son temps, s'assurant ainsi que le Loup fut en mesure de l'appréhender.
Il avait senti le désir monter en lui jusqu'à l'irrépressible, puis sa propre enveloppe charnelle prendre les devants. Du fait de son acuité accrue, il percevait la chaleur du corps de l'autre comme décuplée, et il était avide de cette chaleur, de son humidité, de cette vie, de tout ce Dante était. Qu'il fût couvert de cicatrices ou de sang, de poussière et de sueur, qu'il fût efféminé avec ses épaules fluettes, sa taille fine et sa peau vierge de tout poil, qu'il tremblât ou non, Alpha s'en foutait. C'était Dante, le Loup au duvet de poussin. Un Dante fragile qu'il ne blesserait pas. Qu'il ne tuerait pas.
Sa peau était douce, et les doigts en s'y appuyant laissaient de longues traces rouges. Une peau de gamin, très belle. Non, il ne lui ferait pas mal.
Peu à peu, il accentua les mouvements lancinants de son corps. Ses bras enlaçaient la taille du garçon, le guidant non sans maîtrise avec lui, toujours plus loin, plus vite. D'un coup de langue, Alpha parcourut la cicatrice du cou, la plus jalousement gardée, tout en sachant que le Loup détestait cela. A moins qu'Alpha ne souhaitât lui faire comprendre qu'il n'avait pas à craindre davantage de lui ? Ou encore qu'il était maître de son corps.
L'assassin frissonna, encore, quoique la chaleur de son corps fut si élevée, ne cessant plus de bouger maintenant, au rythme des battements de son cœur, de son souffle. De plus en plus rapidement, accentuant la pression de ses mains sur la taille du Loup. Il se cambra, et l'éclair d'un instant, fut coupé du monde. Les étincelles avaient dévoré son champ de vision, ses oreilles ne percevaient plus le moindre son. Mais ses pensées demeuraient, plus fluides que jamais. Des lèvres, il effleura l'oreille de loup de Dante, la saisit délicatement entre ses dents, avant de la libérer.
Puis il déploya ses bras, et quitta ce corps qui n'était pas sien. Dante. Quelle soirée. Quelle soirée, putain.
Alpha ne se laissa pas tomber, ne relâcha pas la tension dans ses muscles engourdis, épuisés.
Il se redressa, assis sur le lit.

Il n'accorda pas un regard au Loup. L'autre n'avait pas besoin de ça.

Ne le haïssait-il pas ? Et sûrement plus encore, maintenant.
Dans les profondeurs brumeuses de son être, Alpha savait qu'il n'aurait pas dû. Mais il s'était rarement montré aussi attentif à l'égard de son partenaire. Cela, le principal intéressé le saurait-il un jour ?

Alpha partait.
Visiblement.
Et, semblait-il, il ne dirait rien de plus.
Il se redressait, son pantalon déjà enfilé. Légèrement appuyé contre le bord de la table, il boutonna sa chemise. Prit la clef de la chambre, derrière lui, et l'enfonça dans la serrure.
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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Dim 8 Aoû - 22:20

[HS : Je n'ai pas relu par manque de temps, mais j'espère que tu sauras faire abstraction des centaines de fautes TwT Désolée pour le manque de qualité et le temps d'attente.]


Spoiler:
 


Ce fut là la dernière chose lucide à laquelle songea Dante, juste avant que des mains brûlantes se glissent sous ses bras. Non pas qu'il devint inconscient par la suite, mais chaque geste lui parut plus lent, et son raisonnement ne fut plus d'une logique imparable. Au contraire, car il songea un instant que l'aide apportée par Alpha était vide d'intérêt. Pour un assassin tel que lui, il était évident que ce n'était pas le cas, et Dante ne se fit jamais la remarque.
Même lorsqu'il fut plaqué contre la planche en bois, dernière et unique cloison entre son futur enfer et la liberté provisoire qu'il n'eut pas l'honneur d'atteindre, ou tout du moins pas ce soir.
Il le comprit fort bien lorsque son regard brumeux se porta sur les lèvres de l'autre homme. Un reflet fit briller la dague aux allures de poignard dont l'image scintilla dans les prunelles du Loup, si peu terrifié et conscient du danger présent.

Si peu certes, sauf lorsque la douleur prit possession de ses phalanges, grimpant jusqu'aux métacarpes et carpes, se rependant tel un poison dans ses avants bras. Il réalisa, mais trop tard, que ses seules défenses s'étaient faites anéantir.
Combien de fois n'avait-il pas rêvé de perdre ces fichus griffes? Combien de fois n'avaient-elles pas repoussé quasi instantanément, après qu'il se les soit arrachées ou coupées, le rendant à sa pauvre condition d'hybride artificiel? Il se maudit de n'avoir jamais songé à se les faire couper par quelqu'un d'autre. La douleur le lancinait.
Elles n'étaient pas prêtes à repousser ce soir, quand bien même il en aurait besoin pour assurer sa propre survie.

Mais il fut préoccupé par d'autres choses, dès l'instant où chaque ongle démarra sa décente vers le sol. Les suivant du regard, il fut happé par la noirceur de celui d'Alpha. Prisonnier de sa poigne et de tout son être, le Loup cessa timidement de trembler, calmé par le souffle rauque et chaud de l'autre qui venait se briser sur sa peau. La lame ne s'était pas plantée dans son coeur, voilà là seule chose qu'il pu décoder en la nuit noir qui couvait dans les yeux du tueur.

Le froid de cette nuit l'enveloppa comme un tissu, tandis que chaque parcelle de vêtement s'oubliait sur le sol, à leurs pieds. Si aucune gêne n'avait obstrué sa gorge, il aurait demandé que jamais l'autre ne retire...Mais c'était déjà trop tard. Le long bandage grisonnant tomba comme une larme, et Dante ferma les yeux pour ne pas en verser.
Loup tu es, loup tu périra. La cicatrice le démangea, aussitôt fut-elle en contact avec l'air libre. Sur sa chaire, le tatouage de Loup sembla se mouvoir, montrant les crocs à l'assaillant qu'il ne pourraient déchirer.
Puis les secondes s'égrenèrent, la tête lui tourna. La pression artérielle grimpa et, à peine conscient du sol qui se dérobait sous ses pieds et de la salle qui tournait tout autour, il parvint à sentir le contact de son corps sur le matelas. Pour la première fois, il s'évanouit, l'espace de quelques secondes. Les yeux clos, on aurait dit un pauvre Ange abandonné de ses pairs.

Il finit par reprendre contrôle de son humanité et ouvrit péniblement les paupières. Ni peur ni colère, juste une bonne dose d'incompréhension lorsqu'il parcouru le corps de l'autre. Nus et proches, et la bombe qui semblait avoir disparu explosa.
Boum.
Dans son estomac, réveillant une envie de gerber qu'il fit taire en se mordant la langue. Ni beauté ni laideur. Mais il répugnait au contact, et celui-ci n'avait que trop duré. Il posa mollement ses pattes sur le torse d'Alpha, juste le temps de sentir ses bras retomber sur le matelas, impuissants, réveillant la douleur qui grimpa jusqu'aux épaules.
Il effleura la main de l'autre, du bout des doigts. Et lorsqu'il sentit où celle-ci se posait, il fit revenir la sienne sur sa bouche et se mordit. Deux crocs plantés dans le dos de la main, le sang qui coule dans sa gorge.
Avec un peu de chance, cette odeur aurait le mérite de dégoûter l'autre. Mais ce ne fut pas le cas. La pression des mâchoires se fit plus forte.
Pour la première fois, Alpha pu voir une fine coloration sur la peau du loup qui ne daigna pas lui jeter un regard : De rougeurs sur les joues, faisant ressortir le bleu de ses yeux à présents si vides d'expressions.

Pour la seconde fois, il s'évanouit. La faute à cette voix si mélodieuse qui vint lui murmurer au creux de l'oreille qu'il ne fallait pas avoir peur.
Peut-être était-ce la voix d'un Ange qui serait venu chercher la brebis égarée. Quelle ironie.
Mais il n'eut que le temps de se déconnecter de la souffrance pour y revenir plus brutalement. Sa main qu'il mordait toujours s'éjecta d'entre ses crocs et s'abandonna à son côté, ruisselante de bave et de sang. Ce fut le cadet de ses soucis. A présent, son bas ventre était en feu, comme ses pommettes et ses reins. Était-ce la faute du démon qui se jouait de lui? Il ne su pas, ou tout du moins pas directement.
Aussi poussa-t-il son premier cri - ou ce qu'il pensa en être un. Gémissement mêlé de haine, de mépris, de dégoût et d'une chose qu'il ne parvint pas à identifier. Cette chaleur, contre toutes attentes, n'était pas désagréable.
Il se serait giflé, mais incapable de bouger, il mordit les draps et les empoigna de toutes ses forces, gémissant une seconde fois, sous le toucher si délicat et abjecte de l'assassin.

Il ne voulait pas savoir. Ni ce qui s'insinuait entre ses cuisses, ni ce qui se glissait en lui. Plutôt mourir. Il cessa de respirer.
Et reprit aussitôt, poussant un cri à déchirer la nuit. La première larme tâcha les draps déjà bien sales.
Par chance, il était suffisamment intelligent que pour deviner qu'il ne devait pas hurler, ou tout du moins qu'il ne devait plus. De ce qui semblait être ses dernières forces, il saisit un oreiller et le tira lentement jusqu'à son visage qu'il laissa retomber dedans. S'il n'étouffait pas le bruit, au moins, il s'étoufferait.

Il finit par fermer les yeux, avec l'espoir de ne plus jamais les ouvrir. Il ne pensait jamais comme ça, mais ce soir, l'horreur de son univers avait dépassé les limites.
Certes, dans ce laboratoire, il y a des années, il avait aussi désiré crever. Pauvre gamin qu'il était, qui renfermait ses larmes et sa souffrance depuis si longtemps. Lui qui avait espéré, profondément, pouvoir trouver un allié en la personne d'Alpha. Tout comme il y a quelques années, ce pacifiste utopiste songea qu'entre mourir et donner la mort à quelqu'un, la première solution resterait à tout jamais celle pour laquelle il opterait.
Si naïf, si con, le gamin cacha sa tristesse dans l'oreiller qui en absorba chaque goutte.
Et même si toute sa logique le supplia de changer d'avis, lorsque la langue perfide d'Alpha vint redessiner le contour de sa cicatrice, il ne plia pas. Ce ne fut qu'un nouveau cri de détresse. Le feu se répandait dans son corps, du cou au torse, aux bras et autres membres.
Il ne la gardait pas par jalousie, sa cicatrice. Il la gardait par peur, et cette hantise était bien fondée. Il tapa du poings à deux reprises sur le matelas, en rythme parfait avec les deux derniers coups de reins et ce avant que tous ses muscles se décontractent.
Il se serait écroulé comme une loque s'il n'avait été maintenu par l'autre homme.
Et contrairement à lui, il ne fut pas coupé du monde. Ses yeux bien ouverts ne virent que le sol, le matelas, un pan de mur, mais ils se focalisèrent sur le visage si abominable de cet être qui venait de terminer l'œuvre que des scientifiques avaient commencé il y a de cela bien longtemps.

A tout jamais, le Loup serait souillé et son âme viciée.

L'autre cru bon de signer son tableau, de par ce baiser - cette morsure - sur l'oreille de Dante. Puis il délaissa sa création qui tomba dans l'oubli, s'effondrant sur le matelas, le souffle court, le corps désarticulé.
Une marionnette. Voilà tout ce qu'il avait été durant sa courte vie. Un pantin.
En fermant les yeux, il songea qu'un jour, il se rebellerait contre sa propre nature. Mais pas ce soir. Ce soir, il espérait juste tomber dans un coma si profond qu'il n'en reviendrait pas.
Mais aucun Ange ne vint poser un baiser sur ses paupières, et las de cette obscurité qui le terrifiait, il ouvrit de nouveau les yeux.

Alpha se tenait devant la porte. Il voyait ses pieds, le bas de la porte, le sol. Un pan du mur, toujours le même, un morceau du matelas et les déchets sur le sol.
Et ce rayon de lumière qui venait du couloir, comme celle dont on parle lorsque quelqu'un meurt. La lumière au bout du tunnel. Mais celle-ci n'avait rien de rassurant. Elle était découpée, comme si quelqu'un se tenait devant la porte.
Ivre, saoul, meurtris et à deux doigts de s'évanouir à nouveau, il se redressa. Les bras se tendirent sous lui et le sang dégoulina de ses lèvres, ruisselant sur son menton. Il voyait trouble, ne ressentait plus rien et tout à la fois, si bien qu'il pleurait de douleur et de ce manque cruel de sensations. Sous la porte, la lumière floue sembla bouger.

Les câbles du pantins se coupèrent, mais la marionnette parvint à sortir un pied du lit, non sans difficulté. Ce fut atroce, le bas de son corps sembla vouloir se dérober. Mais sans ses pattes un loup n'avance pas, même s'il se traine.
Les autres mouvements se firent en silence, et Alpha se rapprochait de la porte. Il glissa l'autre jambe hors du lit, toujours fermement appuyé sur celui-ci. Dans un infime grincement, il se tint debout. Avec tout le courage du monde, il fit son premier pas en tant qu'homme.

Mais ce ne fut pas ce qu'il pensait. Ce n'était pas un grand jour pour l'humanité, ce n'était rien qu'un instant pire que tous les autres réunis. Aucun muscle de son corps ne supportait cela.
Aucun neurone n'aurait supporté tout cela, mais l'alcool venait de l'abrutir, plus que jamais.
Sans quoi, il n'aurait pas fait ce qu'il s'apprêtait à faire. Du moins, c'est ce qu'il espérait. Mais c'était faux.

L'ombre glissa, sous la porte.
Alpha mit la clef dans la serrure.
Dante glissa.
La sécurité claqua.
La balle siffla.

Écroulé contre le mur, Dante grimaça. S'il détestait l'homme et tout ce qu'il avait pu lui faire subir, il détestait encore plus tuer ou être complice d'un meurtre. L'ombre avait disparu, la lumière filtrait entièrement, à présent, et les clefs cliquetaient au bout de la serrure.
Affalé sur Alpha, Dante planta son regard d'homme dans le sien.

- « Si quelqu'un doit te tuer...Ce sera moi. »

Sur ça, il s'effondra. Si la balle ne l'avait pas atteint mortellement, elle avait eu le mérite de perforer son épaule et d'achever ses dernières défenses.

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MessageSujet: Re: - /!\ Yaoi - L'Envolée d'une étincelle de vie [Dante]   Jeu 26 Aoû - 15:31

La nuit, belle et claire, offrait aux yeux grand ouverts de la fillette le spectacle d'une voûte étoilée telle qu'elle n'en avait jamais vue.
Immobile, à quatre pattes dans les herbes, elle attendait que l'aube se lève, sans la désirer tant que ça, finalement. Mais son cœur battait tout de même un petit peu, rien qu'un tout petit peu... Déjà, la rosée barbouillait son minois enfantin, et la terre humide maculait ses genoux et ses paumes roses ; ses cheveux raides chutaient en une cascade auburn sur ses frêles épaules. La beauté de Rèn n'avait d'égale que sa pureté, à tel point qu'on en oubliait, en la contemplant, la mélodie régulière de son souffle. Elle n'écoutait, elle, que les sifflements des reptiles, les battements d'ailes ponctués de cris stridents qui tantôt s'approchaient jusqu'à l'intolérable, tantôt s'atténuaient. Un bip. Et le frottement des feuilles sous l'effet du vent, la présence palpable des ombres... Rèn n'osait pas esquisser le moindre mouvement. Un autre bip. Elle n'avait pas sommeil d'ailleurs, fraîche comme la rose à l'aurore, voilà des jours qu'elle se reposait, en vue de ce dont elle avait été chargée. Biiip. Biiip. Rèn eu soudain froid. Surmontant son inquiétude, elle se laissa doucement glisser sur le sol pour fuir le vent frais, et les hautes herbes lui cachèrent la forêt comme le ciel. Biiiiiiip. Cela l'effraya tout de même un peu. Alors, elle releva la tête, juste pour voir. Rien n'avait changé. A nouveau, la fillette se tapit. Biiiiiiip. Biiiiiiip. Au bout d'un court instant, elle jeta un nouveau coup d'œil, discret. Ce faisant, elle perçut un changement dans l'atmosphère. L'air semblait comme tiède, une once plus pesant ; et cette odeur, n'était-ce ?... Biiiiiiiii...
Une main d'adulte se referma sur le fragile poignet rose.
Au revoir, forêt, pensa la fillette. Au revoir, les arbres, au revoir, les ombres, au revoir...

La petite main d'enfant contenait, implantée dans la pulpe de son pouce, une perle de métal émettrice.

*

Au travers du carreau brisé par la balle qui avait jailli ensanglantée de l'épaule de Dante, on pouvait contempler la nuit qui s'éclaircissait. L'aube ne pointait pas encore, mais lorsque ce serait le cas, il naîtrait une belle aube, douce comme celle de ces matins d'automne, une aube à retenir les hirondelles, pâle, et triste, très triste. Un linceul pour les morts de la nuit, une pudique brume qui masquerait les sillons creusés par les larmes, un parfum de terre fraîchement retournée peut-être, et comme une musique lourde et lente qui va en s'évanouissant jusqu'à n'être pas plus audible que le murmure du vent.

Lorsque Alpha se tint face à la porte, le métal glacial de la clef serré entre le pouce et l'index, il perçut le déplacement de la chaleur du corps de son amant, derrière lui. Il n'entendait cependant rien, pas le moindre glissement de ses pieds sur le parquet usé, ni même de murmure entre les lèvres sèches - il l'avait senti, avant de le quitter. Alpha songea qu'il aurait préféré ne pas sentir ce corps, ni le frémissement de son cœur. Plus que jamais, il ressentait cette intrusion dont il était coupable, cet outrepassement de la discrétion d'autrui, du Loup, comme un viol des plus intimes. Il en était fatigué. Il aurait beau fuir son don, que ce fût par l'atteinte au sublime ou l'épreuve de l'abîme, comme ce fut le cas cette nuit, il ne s'en détacherait jamais, sinon par la mort. Qu'importât que son don lui vînt d'une Déesse ; fût-ce d'un homme, il aurait ressenti le même dégoût. Mais Alpha n'y pouvait rien, et demeurerait impuissant à en étouffer.
Alors, pour le seul plaisir d'oser s'offrir ce luxe, il fit comme s'il ne sentait rien, avec pour seule certitude que jamais plus il ne recommencerait telle folie : il ignora la présence de Dante, dans son dos, comme celle de l'autre, derrière la porte. Comme s'il était n'importe qui. Et, tout doucement, il tourna la clef.
La détonation éclata, lui frappant les tympans. La balle creva le panneau de la porte, dont une multitude d'échardes furent arrachées et projetées en tous sens. L'arme avait été choisie pour sa puissance et non par hasard : après cela, le projectile à peine freiné perfora l'épaule de Dante pour aussitôt ressortir de la chair côté omoplate, avant d'aller briser le carreau. Le verre vola en éclats dans d'aigus tintements. A peu de choses près, la balle aurait rebondi. Mais, grâce à elle, un courant d'air pu s'infiltrer dans la pièce, timide d'abord. Le temps d'un éclair, il s'engaillardit et prit possession de l'espace, lourd de poussière âcre. Il préfigurait l'aurore.
Et Dante de franchir malgré tout les derniers pas qui le séparaient d'un Alpha immobile comme le marbre, qui toutefois se retourna, au dernier moment. L'assassin reçut le corps de l'autre, qui s'écroulait presque ; Alpha fut poussé contre le mur, à côté de la porte - hors de danger ? Un pouce de distance séparait leur visage. Dante montrait les crocs. Mais Alpha ne leur accordait pas la moindre attention ; ce qu'il captait puissamment, c'était le regard du Loup. De l'homme-loup, plutôt. Et la détermination la plus folle enflammait l'azur des yeux sauvages, lorsque Dante prononça ces quelques mots.
Un sourire sans joie étira les traits de l'assassin, tandis que l'autre glissait à ses pieds, désarticulé.
Ces mots, il se les était déjà entendu dire, tant et tant de fois qu'il en avait perdu le compte. Mais jamais par un gosse ivre. Jamais encore par Dante, plutôt, mais n'étaient-ils prévisibles ? Dante ne le haïssait-il pas ?

Ainsi, tu veux me tuer... Allez, vas-y Dante, bute-moi. Cette dernière phrase, il la prononce. Là, maintenant, qu'il le fasse, en toute âme et conscience. Qu'il me tue, ne suis-je pas un être mauvais ? Après tout, l'idée stupide selon laquelle nul n'est ni tout à fait bon, ni tout à fait mauvais, est éculée, erroné, n'est-ce pas ? Tue ton bourreau. Venge-toi.

La froideur d'Alpha était à nulle autre pareille. Il ne désirait pas mourir. Si cela avait été le cas, il s'en serait chargé sur-le-champ, de ses propres mains. A cet instant précis, il eut une pensée pour Lullabee, qui devait l'attendre dans l'appartement, enveloppé dans une épaisse couverture, le nez collé contre la vitre - ou dehors, à courir les rues. Ce dernier n'aurait pas souhaité qu'Alpha mourût.
Et pourquoi, qui eut pu le dire, cela arriverait peut-être bien ce soir, tout compte fait...

Ce fut ce moment que choisit l'homme derrière la porte pour se manifester, tirant Alpha d'un problème auquel il n'aurait su trouver rapidement de solution. Parce qu'Alpha ne souhaitait pas achever Dante, c'était certain ; parce qu'il ignorait comment le soigner, à ce stade ; parce qu'il était trop tard pour l'abandonner, maintenant qu'il avait la certitude de ce qu'il adviendrait de lui dans ce cas - une seconde balle aurait tôt fait de clore à jamais sa souffrance.
L'homme intima à Alpha l'ordre de sortir. Il n'avait précisé ni le nom d'Alpha, ni celui de Claus, par discrétion sûrement, mais cela était implicite. Il fallait qu'Alpha sortît de là, car l'homme détenait Rèn. Ce nom-ci glaça l'assassin. L'homme détenait Rèn, et avançait qu'il n'hésiterait pas à la flinguer.
Le pire de tout était qu'il disait vrai. Alpha pouvait percevoir leur chaleur à tous deux, derrière la cloison - tous trois, même, peut-être plus, car une ondée diffuse irradiait depuis le fond du couloir - et avec elle la chaleur du canon encore tiède de la précédente balle, pointé sur la petite tête brune.

Alpha s'accroupit, face à Dante. De la main, il soutint son menton. De légers spasmes agitaient l'épaule du Loup.

« Me tueras-tu, ou le prix de ma vie est-il maintenant trop précieux ? »

Alpha esquissa un sourire de loup. Il n'avait plus qu'à aller se faire tuer pour sauver la gamine. Et même s'il ne sortait pas, les hommes finiraient bien par se décider à fracasser la porte, malgré l'extrême discrétion de la chose. C'était trop beau.
Oui, vraiment trop beau, décidément.
Alpha se releva brusquement. Il ne savait que trop bien ce qu'il lui restait à faire.

Quelques secondes plus tard, il se tenait droit face à la porte, de la même façon qu'avant - avant la balle. A une différence près : dans sa main, son arme chargée.
Prompt comme un ressort, il se jeta, l'épaule en avant, contre le panneau de bois malmené, qui éclata sous le choc. Il connaissait déjà les positions des hommes : il savait d'où ils tireraient. Il fut plus rapide que celui qui détenait Rèn, lui fichant une balle dans la tête. La gamine s'écroula au sol, choquée. D'autres balles crépitèrent, grattant la tapisserie vieillotte du couloir jusqu'au plâtre.
Alpha appuyait encore et encore sur la détente qui claquait dans le vide. Plus de balles. Mais plus rien ne bougeait, non plus, même pas ses yeux, si sombres. Lui se tenait debout, au-dessus d'un homme plus ou moins roulé en boule sur le sol. Alpha était maculé de sang. Mais il ne s'en préoccupait pas. Il ne pensait qu'à presser la détente, ou plus exactement ne pensait plus à rien. Une clope, il lui aurait fallu une clope.
Ce fut Rèn qui se redressa sans trembler, quelques dizaines de secondes plus tard. Elle lui arracha l'arme des mains, pour la jeter au sol, loin. Le bruit de l'objet sur le plancher dur fut suivi d'une cascade d'autres. Des gens montaient l'escalier quatre à quatre, résultat des coups de feu.
Les bruits firent l'effet d'une décharge électrique au Sang-mêlé. Sans tarder davantage, il se pencha sur la fillette et la prit dans ses bras. Il traversa la chambre, et son regard fiché sur Dante ne le quitta pas un seul instant.
Dante, le coursier. Qui avait tout risqué pour sauver la gamine. Pour qu'elle ne tombât pas entre ses mains à lui, ni aucune autre.

« J'ai fait ce que j'avais à faire, finalement. »

Ces mots froids étaient d'une ironie acide. Qu'il savait bien se cacher, l'assassin ! Qu'il maîtrisait de surprenante façon l'art de noyer ce qu'il ressentait !...

Il plaça la fillette sur son dos, franchit le rebord de la fenêtre et sauta. Il n'avait alors qu'une certitude : ils se retrouveraient. Un jour ou l'autre. Dante.
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