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 Morning mood [libre]

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Camelia Rosenshield
*[ Habitant de Suria ]*

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MessageSujet: Morning mood [libre]   Mer 21 Oct - 15:04

Spoiler:
 
L'aube se levait. Un flot de lumière pâle, d'une blancheur glacée, baignait soudainement les murs d'Anthélima. Un oiseau chantait dans l'air frais et pur du matin, avant que les premiers Speeders ne décollent. La rosée dégelait goutte à goutte, aux branches des arbres et aux arrêtes des toits. Tout semblait calme et apaisé par cette longue nuit de sommeil; et malgré les pollutions et les horreurs de la vie humaine, tout semblait beau. On entendait les premiers chants des prêtresses et l'oreille se tendait pour percevoir, sous le bleu du ciel, les rumeurs d'une ville qui s'éveillait.

Bien enfoncée sous son édredon, Camelia Rosenshield grogna. Elle ouvrit un œil, sortit le nez de l'amas de draps et grogna à nouveau. Sa courte chevelure bleutée lui retombait sur le front, les yeux et les épaules. Par toutes les Déesses, ce qu'elle pouvait haïr le matin.
Ce n'était pas qu'elle dormait mal; c'est juste qu'elle ne supportait pas de se réveiller. Des cliquetis écorchèrent ses oreilles alors qu'elle émergeait doucement de l'antre de Morphée. Prototype numéro un approchait, avec sa traditionnelle tasse de thé au jasmin. N'y avait-il rien de mieux qu'une bonne tasse de thé au jasmin, aux aurores, alors que le froid de la chambre réveillait ses membres engourdis par la chaleur de la couette ?
Une main marquée par les Sciences se saisit de la tasse en porcelaine - un grand modèle spécial « coffee addict » - et le porta à des lèvres fines. Le liquide fumant brûla sa langue et son œsophage, alors que le lourd parfum du Jasmin, trop sucré et presque capiteux, emplissait ses narine.
Oui, c'était définitivement bien le matin.
Quelle sainte horreur elle pouvait en avoir.

La chemise en soie et le vieux pantalon de velours côtelé dans lesquels elle avait dormi n'étaient plus que des vieux chiffons froissés, mais au confort imparable. Camelia dévia une mèche de son regard et se considéra coiffée. Étirant ses membres, elle se demanda ce qu'il lui prenait. Pourquoi n'avait-elle pas lézardé jusqu'à l'aube ? Pourquoi son horloge biologique avait-elle décidé de la réveiller si tôt ?


«  Bonjour, bonjour. Gnh... Une autre tasse. Et le calendrier. »
Sa voix était sèche et encombrée. Elle se frotta le visage. Toussota. Et en plus, il faisait froid... Mais quel jour pouvait-on bien être ?

« Made... moiselle... Nous som... mes... Le premier... oct...obre. »

Camelia grogna à nouveau. Oh non, elle avait encore oublié. L'anniversaire de leur rencontre...
Elle avait déjà neuf ans quand ses parents avaient été autorisés à ré-intégrer la demeure familiale, à Abyr, songea-t-elle en sortant du lit, cherchant ses chaussons. Elle se souvenait très bien de la période qui avait précédé et comprenait pourquoi elle aurait aimé l'oublier.
Mais à neuf ans, un premier octobre, lors d'un grand rassemblement pour le culte d'elle ne savait quelles mânes des Rosenshield, elle avait intégré le grand cercle familial, avec ses petits yeux sérieux et sa mine indifférente. John-Harold l'avait tout de suite accaparée, gentil, collant, protecteur, tolérant, amoureux. A neuf ans, ils s'étaient plus ou moins liés d'amitié, et le blondinet avait fait des pieds et des mains pour l'avoir comme fiancée.
Ils étaient désormais les deux seuls héritiers de l'immense fortune, du gigantesque savoir et de la renommée des Rosenshields. L'un dans un fauteuil roulant et l'autre en scientifique ostracisée. Et ils n'étaient même pas mariés.

Mais ils étaient ensemble quand même, d'une certaine façon. Et un couple se devait d'avoir ses petites choses à lui, ses rituels, ses anniversaires.
Camelia était maintenant levée et à peu près réveillée. Dans une grande bassine de cuivre, elle avait baigné son visage d'eau froide, pendant que P1 préparait une seconde tasse de thé. Elle avait en suite enfilé une longue tunique au col et aux manches en V, en laine pure. Un vieux don de sa mère, légèrement abimé aux entournures, mais qui tenait très chaud, très confortablement.
La scientifique ouvrait maintenant les volets de sa maison, laissant la fraicheur et la lumière matinales conquérir sa demeure. Elle frissonnait sans le savoir. Quelle idiotie, cette tradition ! Mais son fiancé y tenait et elle n'ignorait pas que si son moral jouait beaucoup dans sa guérison, elle-même jouait beaucoup dans son moral.
Les joues roses de l'aube se cachaient sous une fine gaze de nuages, à l'horizon d'un ciel d'azur. La journée promettait d'être belle, avec un temps dégagé. Mais pourquoi la Mad Hatter en aurait-elle eu cure, elle qui la passerait sûrement enfermée dans sa cave, travaillant sur un nouveau Prototype pour se changer les idées ?


« Nous montons. P2, prends le phonographe. »

Les dernières semaines avaient été riches en émotions et elle ne comptait pas spécialement que cela se reproduise. Elle avait besoin de calme et d'une autre bonne nuit de sommeil, pensa-t-elle en se dirigeant vers le toit, suivit par ses deux robots et leur précieux chargement.
Sur la terrasse l'attendait la vision d'éclat qu'offrait la ville, Joyau de Suria, à l'observateur matinal. Mais cette vue superbe, à laquelle elle était habituée, n'intéressait pas Camelia : Elle avait presque froid et la splendeur urbaine n'arrivait pas à la cheville de l'intérêt qu'elle pouvait porter aux rouages complexes des mécanismes de la robotique. Elle se trouvait pourtant là, parcourant de ses yeux jaunes le panorama qui s'offrait à eux. Son regard se porta vers le Nord-Est; vers les plaines d'Iwa et, plus loin, la cité au milieu du lac... Abyr...
Un fin sourire étira furtivement sa bouche si sévère. Son futur époux était, au fond, indécrottablement romantique.
Ca ne la dérangeait pas.

Les deux robots avaient installés l'engin et le petit-déjeuner sur la table en fer forgé du toit-terrasse, sous l'auvent du petit local où Camelia garait son Dragonfly. Un service de livraison à domicile avait déjà déposé un sac de papier blanc contenant deux croissants, deux pains au chocolat, deux pains aux raisins et quelques bouchées aux éclats de noisettes. Les doigts agiles déchirèrent le sac et étalèrent joliment son contenu sur la nappe, que la brise soulevait légèrement. Chaque pâtisserie fut rangée avec soin selon sa nature, puis sa taille. Une sale manie.
Juste après cela, la jeune femme s'occupa de mettre le phonographe en marche. Il lui fallut pour cela y attacher P2 et le faire tourner; mais la musique couvrirait les grincements outragés de la machine.

Les premières notes s'élevèrent dans l'air pur alors que Camelia attaquait sa première bouchée. A des centaines de kilomètres de là, John-Harold devait en être au même point, à quelques mesures près.
La brune croisa ses longues jambes et se permit un petit soupir de satisfaction. Leur traditionnel petit-déjeuner était entrain d'avoir lieu; il avait toujours eu lieu, et toujours avec la même chanson. Même lorsqu'ils n'étaient que des enfants et qu'ils se trompaient de jour, même lorsque John était à l'hôpital et qu'elle mangeait seule devant son corps meurtri, indifférente aux regards et aux on-dits...
Et ils écoutaient toujours le même disque, oui. Leur première danse, quelques années après leur rencontre, lors de la cérémonie de fiançailles. Cette date était donc très importante; et ils avaient prévu de se marier un premier octobre. C'était avant l'accident qui avait couté ses jambes à John; un peu après qu'elle n'accepte ce poste à Anthélima. Cette chanson lui avait tourné en tête, mais comme la tristesse, elle s'en était débarrassée. Et maintenant, les mêmes airs romantiques « égayaient » le début de sa journée.

Au fond, la ville n'était pas si laide... Au fond, l'air n'était pas si frais...
Au fond, elle finirait presque par le supporter.

Au moins, personne n'oserait venir la déranger à cet instant, n'est-ce pas ?
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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Mar 3 Nov - 17:34

Alpha se tenait face à l'immense baie vitrée. La lumière ondoyante de l'aube noyait ses contours, lui conférant un aspect quelque peu irréel.
Il s'étira avec lenteur, son corps d'une souplesse féline n'émettant pas le moindre craquement. C'était bien là la moindre des choses, pour un assassin tel que lui. Ses orteils nus caressaient une moquette neuve, au parfum d'usine. Sûrement était-ce l'ouvrage d'une série de machines dernier cri, lesquelles avaient une fâcheuse tendance à remplacer les ouvriers, ces temps derniers. Elles étaient tellement plus efficaces que, d'un point de vue financier, elles devenaient incontournables.
Et si l'on avait pu remplacer les soldats eux aussi par de fines mécaniques ? Ou peut-être, sans aller jusque là, perfectionner ces humains... Quoique, assurément, l'idée de pouvoir envoyer des assassins de métal au travers de gaz toxiques, au cœur d'incendies par exemple, paraissait attrayante. L'on pouvait sans mal leur concevoir une infinité d'avantages.
Alpha versa le café bouillant dans une tasse de porcelaine, avant de le porter à ses lèvres. La température ne gênait aucunement ses réflexions. Combien de facteurs fallait-il prendre en compte ? Quel en serait le coût ? Comment mettre en œuvre les moyens nécessaires, de quelle manière effectuer les opérations en toute discrétion, comment anticiper les risques... Le jeune homme s'accroupit juste devant la baie, et son regard s'abaissa sur la ville, pour goûter aux mélanges de couleurs de l'aube évanescente. Il ignorait que, quelque part, une jeune femme voyait ce qu'il voyait, et qu'elle souriait.
Son doigt tendu parcourut la glace que, désormais, la froideur matinale avait entaché d'une timide buée. Alpha traça quelques lettres, formant des mots. Ses idées s'éclaircirent.
Il se leva, posa la tasse sur le rebord d'un meuble. Le petit objet blanc de céruse vacilla un instant, tournoya, pour enfin chuter. Il heurta le sol mou sans se briser.
Alpha s'était habillé et sortait.

Cela faisait un certain temps qu'il n'avait pas entendu parler de mademoiselle Rosenshield. Cependant, il était certain qu'elle poursuivait ses activités, au vu de l'intérêt qu'elle leur portait. A vrai dire, il ne lui avait pas été difficile de retrouver sa trace, une brève recherche ayant suffit. En outre, l'on peut préciser qu'il possédait des dossiers ou des fiches concernant la part la plus intéressante des résidents d'Anthélima, scientifiques inclus.
Avec sobriété, le jeune homme avait pris le bus, et s'était vu contraint de demeurer debout, ce dont il se fichait royalement. Son regard s'étira longuement par la fenêtre, en direction de ce qu'il pouvait distinguer de ce paysage, entre deux silhouettes ternes.
Enfin, il quitta intact la panse métallique, l'un des seuls à ne s'être pas vu digéré ni dépouillé de toute substance. Loin d'être vide, son regard brillait de cette façon qui lui était propre, comme si quelque éclat de lapis-lazuli s'était incrusté avec force dans ces prunelles de charbon.

La main pâle et froide d'Alpha se posa avec délicatesse sur le portillon du jardin Rosenshield, qu'elle poussa. Le jeune homme emprunta le sentier sinueux menant à la porte, songeant fugitivement qu'il confirmant ses doutes quand à la personnalité de la jeune femme. Mais, quoi que l'on pu penser, ce jardin curieusement entretenu ne lui était pas désagréable.
De son poing, il frappa à la porte, une unique fois. Il n'entra pas, patientant pour l'instant. Il avait tout son temps et, par-dessus tout, préférait mille fois agir avec tact. Cela lui laissa le temps de prendre pleinement conscience des lieux, de cette odeur si légère de viennoiserie, de cramé aussi qui, elle, semblait émaner de la maison toute entière. Quelques notes se firent perceptibles.
Un air romantique, identifia le jeune homme.
Peut-être, après tout, que Camelia Rosenshield saurait le surprendre.


Dernière édition par Alpha Claus le Ven 20 Nov - 20:38, édité 1 fois
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Camelia Rosenshield
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Mer 4 Nov - 22:28

La fraîcheur matinale, la musique et le thé brûlant achevèrent de réveiller Camelia Rosenshield, première du nom. La brise secouait ses cheveux et envoyait au loin les débris de son luxueux petit-déjeuner. Elle en venait presque à tolérer l'idée que ce moment de « communion à distance », comme John l'appelait, n'était pas qu'une énième lubie de son cher et tendre.
Un croissant venait de rendre l'âme, dans une profusion de miettes et d'éclats de chocolat - l'aristocrate ne mangeait pas toujours comme une grande Dame - lorsqu'un coup sec retentit depuis sa porte jusqu'au toit. Elle avait déjà cru entendre le portillon s'ouvrir, dans un grincement de métal rouillé et de bois vermoulu, mais avait cru à un effet du vent dans les arbres. On venait de toquer à sa porte; elle devait admettre ce fait et décider d'une quelconque réaction.

Cette visite impromptue dérangeait, outre son rituel annuel, la douce tranquilité de ses jours. C'était là matière à lui réserver un accueil des plus froids et des plus désagréables, voire à rester porte close. Surtout à rester porte close, d'ailleurs.
Grande était la tentation de ne pas aller ouvrir; mais la curiosité de Camelia prit le dessus sur ses nerfs. Qui pouvait bien venir la voir à une heure si jeune, et par le chemin le moins usité ? De mémoire de scientifique, personne n'avait passé le portillon depuis son emménagement.
Ce ne pouvait donc pas être son père. Le facteur et le livreur empruntaient tous les deux la voie des airs. Sa mère ne venait jamais la voir et se trouvait de toute façon en pélerinage avec ses amis les gitans, quelque part entre Rotyerdham et Kelatolie. La seule autre personne qui aurait pu souhaiter leur faire cette surprise était actuellement coincée dans un fauteuil roulant, sous la surveillance de deux infirmiers dont la principale mission était de la tenir éloignée de tout moyen de transport motorisé.
La jeune femme décida, assez rapidement, que sa matinée était gâchée et qu'elle ferait bien de recevoir ce ou cette inconnu(e) vite fait, bien fait. N'importe qui se serait penché par-dessus la balustrade pour héler l'arrivant; mais Camelia n'entrait pas vraiment dans cette catégorie.

C'est ainsi qu'environ deux minutes après avoir osé pénétrer l'antre de l'excentrique Chapelière, Alpha put voir la porte s'ouvrir, dans un craquement de bois et un léger nuage de sciure et de poussière. La musique qui lui parvenait du toit s'était éteinte. Un robot s'avança; c'était lui que le jeune homme avait bousculé lors du fameux anniversaire du sieur Vollmer. Le prototype numero deux semblait très bien se porter et de petites diodes colorées clignotèrent joyeusement sur son « front » alors que ses capacités de reconnaissance visuelle mettaient un nom sur cette grande silhouette.


« Bon... jour... mon... sieur... Al...pha. Veu... illez... pa... tien... ter. »

Une autre série de diode s'activèrent et un piston siffla alors qu'il transmettait l'information à son frère aîné. C'était la seule fonction du Réseau que Camelia avait pour l'instant réussi à leur intégrer, mais elle ne désespérait pas de leur apprendre à « lire » directement les pages internet.

Au bout d'une autre minute, le piston siffla à nouveau et le petit robot tourna sur ses roues mal graissées.

« Bien... ve... nue... mon... sieur... Al...pha. Veu... illez... me... sui... vre. »
P2 s'en retourna ensuite dans la demeure, laissant à Alpha le loisir de le suivre.

Si la maison en elle-même semblait plus ou moins décrêpie vue de l'extérieur, l'intérieur était bien pire. Le vestibule n'avait jamais été utilisé pour un autre usage que celui d'annexe du grenier, et on se frayait tant bien que mal un passage entre les cartons et les valises, dans ce petit corridor mal éclairé.
Il menait à une pièce de taille moyenne, décorée avec un goût prononcé pour la sobriété et les meubles anciens - comment les deux pouvaient-ils aller de pair ?
Deux fauteuils à l'ottomane attendaient près d'une cheminée pour l'instant éteinte, émergeant de l'obscurité grâce à une lampe posée sur un guéridon. Les volets étaient fermés et une légère odeur de renfermé flottait dans la pièce. Le robot mena Alpha jusqu'à l'un des deux fauteuils, puis s'attacha à ouvrir en grand volets et vitres.

Des pas se firent entendre dans l'escalier à l'autre angle de la salle et Camelia apparut. Elle ne s'était ni coiffée, ni changée et son visage exempt de maquillage l'était aussi de bonne humeur.


« Alpha Claus. Bonjour. Vous êtes matinal. » Dit-elle en entrant dans la pièce. Son premier robot la suivait, portant le phonographe qui ne tournait plus. Il alla le poser dans un coin, puis disparut à travers une troisième porte. Il reviendrait bientôt, chargé d'un plateau portant théière, tasses et boite de sucre.
« Asseyez-vous. » Continua la brune en se posant elle-même dans un des confortables fauteuils. « Vous vouliez me parler ? »

Son ton n'avait rien d'agressif, car ils s'étaient quittés en bons termes lors de leur rencontre. Elle se demandait ce qu'il fichait là, bien sûr; et comment il avait eu son adresse. Mais l'interrogatoire n'était pas pour tout de suite; sa curiosité quant au motif de sa visite était trop forte.
Le regard jaunâtre de Camelia se planta dans les iris noirs, remarquant leur étrange éclat. Qu'avait-il donc bien pu trouver, ce coup-ci ?
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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Ven 20 Nov - 22:12

Lorsque l'on patiente, le temps a une légère tendance à s'étirer avec une délectation toute abstraite. Alpha connaissait cette sensation sur le bout des doigts, il eût pu la décrire à la perfection. Lorsque l'on est confronté à soi-même, à sa propre vacuité durant une éternité, l'on apprend à s'en accommoder et, cette fois-ci, le jeune homme n'avait pas cherché à se soustraire à la règle. Il s'était adossé à la porte, faisant face au jardin qu'il distinguait plus ou moins au travers de volutes de fumée déliquescentes. Ainsi donc se trouvait-il dans un état légèrement décalé, comme si un voile s'était piqué de le séparer du monde extérieur, lorsqu'un grincement naquit de l'autre côté de la paroi de bois. Alpha n'eut pas besoin de montre pour savoir qu'il s'était écoulé plus ou moins deux minutes. Il finissait pas n'y plus croire.
Il se redressa juste à temps pour ne pas sentir la porte se dérober sous son dos. Se retournant prestement, il n'ignorait pas qu'il ne ferait pas face à un être de chair. Soit dit en passant, cette demoiselle Camelia n'était peut-être qu'un prototype un peu plus poussé, qu'en savait-il ?

« Bon... jour... mon... sieur... Al...pha. Veu... illez... pa... tien... ter. »

L'interpellé ne prit pas la peine de répondre. Il laissa tomber sa clope au sol, laquelle s'éteignit instantanément.
Son regard s'arrêta un instant sur les brefs postillons de vapeur qui suintaient entre les failles de l'objet mouvant. Alpha en fut quelque peu surpris, pour la simple raison qu'il ne lui semblait pas avoir remarqué cela lors de la fameuse réception.
L'objet, comme insolemment fier de son savoir, montra une nouvelle fois qu'il n'ignorait pas son nom. Il le convia à la suivre avec une grâce toute robotique, laquelle devait sûrement être héritée de sa créatrice.
Délié, Alpha s'avança à l'intérieur. Il faisait montre d'une certaine curiosité, notant le moindre des détails, comme s'il s'était agi de la demeure de l'une de ses futures victimes. D'ailleurs, peut-être serait-ce le cas, un jour.
Et si cela devait arriver, constata-t-il froidement, la tâche serait d'une ridicule simplicité.

Il semblât à Alpha que le robot l'invitait à prendre place. Ôtant ses chaussures, il s'assit sur un fauteuil, ses jambes repliées ramenées contre son torse, et posa son menton sur ses genoux. Des doigts, il pianotait doucement sur l'accoudoir, lorsque la jeune femme survint au bas de l'escalier. Elle lui parut d'une gaité sans apprêts, on ne peu plus naturelle, fidèle à elle-même en somme - du moins à l'idée que le jeune homme s'était faite d'elle.
Les volets désormais ouverts laissaient à la lumière pure tout le loisir de s'engouffrer dans la pièce, ce dont elle ne se privait pas. Sur son passage apparaissaient de larges rais de poussière scintillante, semblable à de la poudre d'étoile. Elle éclaboussait les amoncellements de cartons, de meubles et d'objets divers, qui conféraient à cette pièce un caractère très confortable, tel un cocon. L'ombre des mèches noires de la frange du jeune homme griffaient son visage en amande, et ses yeux semblaient les gueules ouvertes de deux fauves derrière de larges barreaux noirs.

« Alpha Claus. Bonjour. Vous êtes matinal. »

Alpha releva légèrement la tête, esquissant une moue qui pouvait presque évoquer un sourire. Un rai de lumière passa sur son visage tel un voile, qui emporta toute ombre.

« Vous vouliez me parler ?
- A la scientifique que vous êtes, oui. »

Un relation d'affaire clairement énoncée dès le début affirmait la position d'Alpha ; il n'allait pas s'attarder en détours inutiles. Il avait déjà bien assez attendu.
Le jeu de ses doigts ne s'interrompait pas, d'une régularité parfaite.

« Mettons que vous soyez en mesure de dessiner les plans d'un prototype qui puisse éventuellement être reproduit à plus grande échelle. Ce dont je ne doute pas. »

En prononçant le nom des deux robots, il esquissa un infime mouvement du poignet en direction de celui qui revenait justement, chargé d'un plateau.

« Je n'ignore nullement que vous travaillez pour le gouvernement, cependant, les clauses de votre contrat ne vous contraignent pas à refuser tout travail parallèle. »

Il s'interrompit, une seconde à peine. Ses doigts s'immobilisèrent, comme si Alpha devait subitement démultiplier sa concentration.

« Non... »

Ses lèvres entrouvertes laissaient entrevoir l'éclat de deux canines.

« Le problème sera d'un tout autre ordre. Car ce que je viens vous proposer de créer pour moi, mademoiselle Rosenshield, il s'agit d'une arme. »

De ses bras, il avait entouré ses jambes. Son menton n'avait pas décollé de ses genoux. Il souffla en direction des mèches éparses qui parsemaient son front, lesquelles volèrent, légères avant de se poser à nouveau sur sa peau pâle.
Son regard retomba sur la jeune femme, et se riva à ses prunelles d'ocre jaune.
Il supposait qu'il allait devoir la convaincre, et que ce serait ardu. Quelles raisons peuvent-elles justifier la création d'un meurtrier de métal ? Soit dit en passant, jusque-là, Camelia ignorait tout de son second métier, ce qui n'était plus tout à fait le cas. Pourvu qu'elle ne s'étouffe pas sur sa tasse de thé...
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Camelia Rosenshield
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Lun 30 Nov - 22:39

[Désolée du retard Smile J'espère que ça te convient. ]

Camelia n'était pas du genre à s'étouffer dans son thé. Poussée dans ses derniers retranchements, elle aurait plutôt voulu attaquer avec la tasse; mais bien que la surprise soit de taille, elle ne comptait pas faire un scandale de sa découverte. Son dos resta droit et ses jambes croisées au-dessus du siège, alors que son esprit analysait les paroles d'Alpha.
Une arme ? Il la tirait du lit pour lui faire fabriquer une arme ? Elle but une longue gorgée de thé, lui laissant le loisir de terminer. Une arme, hein ? Il était bien mal tombé.


« Vous êtes audacieux. » Dit-elle en décollant ses lèvres de la porcelaine. C'était un simple constat, qui ne portait aucun jugement de valeur : on était Dimanche matin et elle sortait de table. La Chapelière n'avait aucune envie de se plonger dans un débat sur le Bien et le Mal. Enfin, elle ne lui en voulait pas spécialement; il était toujours bon de savoir à qui on s'adressait. Alpha Claus (et ses prunelles d'onyx, brûlantes et vives) était donc trempé dans des trafics obscurs et brumeux. Cela devait certainement expliquer comment il avait eu son adresse – et les détails de son contrat !
Cette malhonnêteté n'était pas décevante – un peu étonnante, tout au plus. Mais la mâtinée était trop claire pour philosopher sur la vacuité des rapports sociaux et la corruption de l'âme humaine.

« Une arme... Je refuse. » Dit-elle à nouveau, après une autre gorgée. Sa voix n'était en rien troublée; comme si Alpha n'était pas le premier à venir lui faire ce genre de proposition – et comme s'il n'était pas le dernier à se faire remballer.

Camelia n'était pas une tueuse et elle n'aimait pas la guerre. C'était, pour elle, un gâchis de temps et de potentiel.
Si certains de ses confrères pensaient qu'expérimenter leur dernière trouvaille sur des cobayes vivants et peu collaboratifs faisait partie du charme de leur métier, la brune considérait ce genre de pratique comme barbare, inefficace et déplacé. La Science devait se pratiquer pour la Science elle-même – à la limite, pour le Bonheur de l'homme, peut-être – mais certainement pas pour la jouissance malsaine et sordide due à la douleur d'autrui. La demoiselle avait un semblant de morale et haïssait la vulgarité.
Et elle n'avait pas envie d'ajouter quoi que ce soit, de peur de lui permettre, par une phrase malencontreuse, de rebondir sur ses propos. Il avait sûrement dû s'en douter, et elle attendait de voir comment il allait réagir. Elle n'avait pas mené de joute verbale depuis bien longtemps; et bien qu'une visite inopportune soit une nuisance des plus désagréables un dimanche matin, le jeune homme nonchalamment assis sur son fauteuil ne la dérangeait pas. Pff. Toutes ces réflexions lui donnaient soif.


« Vous devriez plutôt vous adresser à Shiranaï, si vous voulez une arme. Je ne sais faire que des robots. » Ajouta-t-elle gentiment, en tendant la tasse vide au Prototype Numéro Deux. C'était faux, mais... oh, oui, elle était sûre que ce fou furieux du service des Balistiques et Armements serait ravi d'arrondir ses fins de mois. Elle ne l'avait croisé que deux fois, mais cela lui avait été amplement suffisant pour juger du personnage. Il avait marché sur P2 – et il ne s'était pas excusé.
Une tasse pleine s'inséra dans ses mains. Elle remercia la machine d'une caresse discrète et réchauffa ses doigts diaphanes sur la porcelaine tiède.


« Enfin, maintenant que vous êtes là... Est-ce que vous avez mangé ? Il doit rester de la brioche d'hier. »
Quelque chose disait à Camelia que son visiteur ne comptait pas repartir de si tôt; et il lui semblait étrangement maigre et froid. Sans se rendre compte qu'il ne lui renvoyait qu'une image déformée d'elle-même et, au fond, que ce qu'elle ne voulait bien voir, elle ne voulait brusquement plus le voir partir. La coïncidence inouïe d'une visite en ce jour si particulier la troublait et que ce soit une simple visite d'affaires ne la calmait pas. La jeune femme cachait son émoi derrière son infusion; alors que ses iris jaunes, plantés dans ceux d'Alpha, avaient laissé la balle dans son camp.
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Jeu 31 Déc - 0:27

[Cela faisait longtemps, trop à mon goût, que je n'avais pas eu la joie de pouvoir écrire un post Rp... J'espère qu'il ne semblera pas trop étrange.]



« Vous êtes audacieux. »

Ces quelques mots, tant de fois entendus, le laissèrent présager sans mal la réponse qui s'ensuivrait. Pour tout dire, il ne s'attendait guère à autre chose, étant donné la façon dont il avait posé les choses d'entrée de jeu. Il aurait pu ne parler à la jeune femme que de robots capables d'affronter les flammes et le gaz, sous-entendant clairement qu'il ne s'agissait que de pompiers de métal. Mais il ne la sous-estimait pas. Non, il prenait pour acquis que l'inventeur d'un objet, et à plus forte raison d'un objet aussi perfectionné, n'était pas dupe au point de ne pas envisager toutes les utilisations que l'on pouvait en faire. Ceci dit, nombreuses étaient les inventions à but originellement militaire qui finissaient par se voir dénicher quelque usage civil - et inversement.
La frontière n'était-elle pas finalement particulièrement fine ? A condition, bien sûr, que l'invention en question ne comporte pas de canon intégré ou autre arme blanche rétractable qui indiquât clairement sa fonction assassine.
Une arme... La demoiselle aurait-elle compris "arme à feu" ?
Camelia but une autre gorgée. Le regard d'Alpha glissa sur sa gorge pale que découvrait un large col en V. Il se demanda fugitivement si ce thé était brûlant.
Elle refusa, sans plus rien ajouter.
Un long silence s'ensuivit avant qu'elle ne propose, avec une obligeance qui n'échappa pas au jeune homme :

« Vous devriez plutôt vous adresser à Shiranaï, si vous voulez une arme. Je ne sais faire que des robots. »

Alpha tourna doucement la tête vers la fenêtre. Les éclaboussures de lumière glissèrent sur ses cheveux noirs pour former une nouvelle constellation.
Il murmura, d'une voix parfaitement atone.

« Voyez-vous, c'est de robot que je vous parle. »

Alpha regardait toujours en direction du jardin, comme s'il n'avait guère envie de surprendre à nouveau l'un de ces gestes tendrement affectueux que la jeune femme avait à l'égard de ses machines. Cela avait quelque chose de dérangeant, de glaçant, un sentiment semblable à celui qu'Alpha éprouvait parfois en voyant un homme astiquer son flingue avec attendrissement.
Lui ne tuait pas pour le plaisir et ne considérait pas que les objets possédaient une âme, de quelque espèce qu'elle fût. Il n'éprouvait pas non plus le moindre plaisir à la vue de ce qu'il avait conçu de ses propres mains, de ce qu'il avait accompli.
A l'exception de deux ou trois petites choses personnelles, cela allait de soi.

Par voie de conséquence, ces gens qui aimaient des objets présentaient une faiblesse qu'Alpha pouvait exploiter sans guère de remords pour exercer une pression.
Son regard quitta le cadre éblouissant de la fenêtre pour se poser sur la demoiselle. Il la considéra une petite seconde durant.

« Enfin, maintenant que vous êtes là... Est-ce que vous avez mangé ? Il doit rester de la brioche d'hier. »

Il s'y refusa.

Après ces deux refus, en un laps de temps si bref, qui aurait pu dire pour quelles raisons Alpha demeurait-il encore dans cette pièce ?
Assurément, parce qu'il était encore bien loin d'avoir renoncé. Mais peut-être aussi n'était-ce pas la seule et unique raison, peut-être, finalement, qu'Alpha découvrait un certain attrait à ce lieu, à sa chaleur, à son hôte.

« Mon dernier repas remonte à hier midi, me semble-t-il... »

Son ton resta en suspens, comme s'il allait ajouter autre chose. Mais seul le souffle du vent contre les carreaux meublait le paisible silence.
Prononcer ces simples mots fit prendre conscience à Alpha qu'il se négligeait particulièrement, ces temps derniers. Était-ce le contrecoup de l'absence de Lullabee ? Lui qui croyait s'être suffisamment endurci à la flamme de la solitude pour ne plus trop en souffrir, il s'apercevait bon gré mal gré qu'il n'était pas encore au point...
Décidément, il lui semblait être entré dans une sorte de temple dédié au culte d'Athéna, déesse de la Vérité entre autres choses, et dont le côté guerrier se rapprochait dangereusement de l'ameublement de cette pièce, qui tenait des vestiges d'un champ de bataille.
Alpha parut hésiter, avant d'esquisser un geste en direction du prototype premier du nom.

« Je n'ai guère de connaissances en matière de robotique. Ceci dit, est-il bien normal que la température interne de celui-ci soit près deux fois plus élevée que celle de son homologue ? »

Il sortit une cigarette de la poche de son jean, toujours installé dans cette position aussi inhabituelle que peu conventionnelle. L'allumant comme à son habitude, il s'autorisa une incurvation, avant de s'assoir de façon plus normale. La demoiselle allait-elle lui laisser une occasion de la convaincre, aussi mince fût-elle ?
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Camelia Rosenshield
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Dim 3 Jan - 20:55

[Il est très bien, comme d'habitude. Smile ]

La réaction d'Alpha plut à Camelia, mais elle n'ignorait pas la nature sûrement tenace de son invité. Ces quelques gorgées de thé l'avait calmée : il ne fallait pas qu'elle se laisse aller à tant de sentimentalisme, voyons ! Ce n'était pas digne d'elle. « On ne peut pas travailler correctement si on se laisse aller à ses émotions. » Qui lui avait appris cela, déjà ? Il y a longtemps... Un enseignant quelconque, certainement. Un professeur du Complexe Scolaire d'Abyr, non ? Ou était-ce une des fréquentations de son père ? Elle avait oublié, mais la phrase lui était restée. Le principe en était très bon et très efficace; cœur que nulle passion ne troublait, elle s'était hissée au poste qu'elle avait voulu obtenir en moins de temps qu'il en fallait à certains pour obtenir leur diplôme.
Bah, cette stabilité et cette qualité de vie ne lui épargnait visiblement pas une certaine... célébrité. Elle aurait aimé ne pas avoir à le faire, refuser toutes ces propositions, ces contrats juteux et ces marchés peu concluants. Combien de fois l'avait-on menacée, cajolée, couverte de cadeau ou bien humiliée, pour de bêtes histoires d'argent et de malfaçon ? Camelia ne les avait pas compté, parce qu'elle s'en fichait. La vie à Anthélima était mouvementée : elle avait été prévenue en y partant. Mais un cœur sans passion ne connaissait pas la peur et elle avait décidé que rien ne l'arrêterait. Enfin, tout ça ne réglait pas l'objet de cette présente visite du sieur Claus, n'est-ce pas ?


« Voyez-vous, c'est de robot que je vous parle. »

Leurs regards s'étaient quittés. Camelia ne répondit rien. Un débat à ce sujet eut été inutile. Un robot... n'était pas une arme. Il pouvait être amené à tuer, il pouvait être armé, mais il ne pouvait pas être une arme. Parce qu'un robot restait le servant de l'humain et se devait donc de le protéger; une arme, selon la scientifique, n'était faite que pour tuer. Ce schéma de pensée était complètement illogique et aisément contournable, manipulable, pour n'importe quel orateur. La jeune femme y croyait pourtant dur comme fer et n'aurait pris un autre dogme pour rien au monde. Comment aurait-elle pu concevoir un robot dont l'unique but était de tuer ? Elle n'aurait pu s'y résoudre. Jamais.
Écartant ce sujet de ses pensées comme on écarte une mouche du revers de la main, la Chapelière Folle de la Robotique se demanda pourquoi Alpha restait, maintenant qu'il avait eu sa réponse. Cherchait-il dans la contemplation du jardin de nouveaux arguments ? Elle l'espérait bien. Ce serait amusant. Un instant il la regarda; elle garda son aspect glacial, concentrée sur sa tasse. Que voulait-il, véritablement ? On ne vient pas faire ce genre de propositions si abruptes sans une idée derrière la tête. Surtout lorsqu'on s'appelait Alpha Claus, visiblement.


« Mon dernier repas remonte à hier midi, me semble-t-il... »

Voilà ce qui expliquait son air pâle et maladif – et surement la fièvre de son regard noir et ambre. La jeune femme le plaint intérieurement puis se rappela qu'il s'agissait : a. d'un homme adulte en pleine possession de ses moyens; b) d'un criminel notoire qui essayait de l'acheter; c) de tout sauf de ses affaires. Ce n'était pas une raison pour le laisser mourir de faim : à sa manière, Camelia était quelqu'un d'assez philanthrope. Les humains valaient moins bien que les robots, mais ils méritaient tout de même les soins de base accordés à n'importe quelle machine, comme le droit de ne pas tomber en panne sèche de carburant.

« P2, vas me chercher de la brioche... non, attends. Vas me chercher les restes de rôtis, avec deux feuilles de salade sur une assiette. Prends aussi des couverts pour une personne, un verre et un pichet d'eau, sois gentil. Merci beaucoup. » Sa voix s'était adoucie, comme toujours, en s'adressant à ses protégés. C'était imperceptible, sauf pour ceux qui, comme Alpha, avaient déjà observé le phénomène.
« J'espère que le menu vous convient. » Dit-elle, de sa voix redevenue neutre. « Vous ne devriez pas vous sous-alimenter. C'est très improductif. » Était-ce un conseil bien avisé ? Une moquerie ? De sa part, sûrement un peu des deux. On entendit les grincements et sifflements du robot progressivement s'éloigner, s'arrêter, puis revenir après un petit concert d'ouverture de porte et de tintement de vaisselle.

Alors que les deux robots partaient vers leurs tâches respectives, le jeune homme montra P1 du doigt et demanda :

« Je n'ai guère de connaissances en matière de robotique. Ceci dit, est-il bien normal que la température interne de celui-ci soit près deux fois plus élevée que celle de son homologue ? »

On ne survit pas dans les sphères scientifico-politiques d'Anthélima sans devenir complètement paranoïaque à la moindre question d'aspect anodin. Surtout lorsque la personne prétendait une quelconque humilité et à une absence de savoir dans le domaine. Il fallait même se méfier des étudiants – surtout des étudiants.
La jeune femme choisit ses mots et, ramenant son protégé vers elle dans un geste semblant affectueux, entreprit de vérifier discrètement ladite température interne. M. Claus avait reçu le don des pouvoirs du Feu, non ?

« Bien observé. P1 est de conception plus ancienne : je n'avais pas accès à l'époque à tous les alliages que le budget du Grand Conseil peut me fournir. Pour une utilisation normale, ce n'est pas dérangeant. »

Elle l'observa changer d'attitude et de position alors que ses narines protestaient devant l'odeur âcre du tabac qui les envahissait. Indifférente aux protestations de ses organes olfactifs, elle laissa faire l'Elu des Dieux. Il lui arrivait de fumer le cigare, de temps en temps. Elle se demandait ce qu'il allait lui dire, maintenant.

« Pourquoi donc cette question ? »
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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Dim 10 Jan - 1:47

« Vous ne devriez pas vous sous-alimenter. C'est très improductif. »

Devait-il préciser qu'en ce qui le concernait, il ne sentait guère la différence ? Ou plutôt que la nourriture avait une fâcheuse tendance à le révulser ? Cependant, Alpha n'eut pas à supporter les affres de son corps réticent cette fois-ci. Oui, le menu lui convenait. Il remarqua au passage que la demoiselle n'avait pas demandé d'alcool au prototype. Était-ce une légère allusion à la soirée si particulière qui avait débuté chez les Vollmer, soirée durant laquelle ils avaient tous deux fait montre d'un dégoût certain pour ces boissons ?

« Bien observé. P1 est de conception plus ancienne : je n'avais pas accès à l'époque à tous les alliages que le budget du Grand Conseil peut me fournir. Pour une utilisation normale, ce n'est pas dérangeant. »

Alpha ne put s'empêcher de noter qu'elle vérifiait ses dires sans tarder. Son regard glissa sur le couteau qui accompagnait inévitablement le gigot. Personne n'eut pu dire ce à quoi il pensait à cet instant exact, lorsque le robot déposa le plateau sur une table basse juste devant lui. Avant de se refermer sur le verre d'eau, les doigts d'Alpha frôlèrent le bras métallique. Cela se passa très vite.
Puis sa main glissa, et le couteau entailla légèrement sa peau, à la base de l'index de la main droite.

« Pourquoi cette question ? »

Alpha demeurait parfaitement immobile, son regard rivé à la plaie rougeoyante, tandis que le sang perlait goutte après goutte, avec une suave lenteur.

« Je me demandais si cette construction, effectuée en un laps de temps très limité, avait subi les affres du temps, ou s'il ne s'agissait que de simples contraintes matérielles - ou liées, à l'époque, à une moindre expérience de votre part. »

Alpha réfléchissait tranquillement. Il reporta son regard sur la demoiselle. Avait-il réellement besoin d'elle ? Ses compétences étaient-elles si particulières ? Ou bien refusait-il d'admettre qu'il y avait une autre raison ?
Il devait avoir le cœur net de toute hésitation.
Alors, le plus posément du monde, il porta sa main gauche à sa ceinture. Son regard d'onyx ne quittait plus l'ôcre de celui de la jeune femme.
Sa main se referma sur le canon de son flingue. L'arme coulissa hors de son logement de cuir. Il la leva, déploya son bras, jusqu'à ce que celui-ci soit tendu en direction de la jeune femme.
La température ambiante semblait avoir chuté d'une bonne dizaine de degrés.

« Paw. »

Juste un murmure. Alpha n'avait pas appuyé sur la gâchette, pas encore. Il esquissa un sourire triste, infiniment. Puis, avec des gestes parfaitement mesurés, il abaissa le canon de l'arme.
Il l'abaissa, encore.
Jusqu'à ce que celui-ci pointe sa main droite, étendue à plat sur la petite table. Elle paraissait si pâle et si fragile, peut-être à l'image de Camelia, une seconde plus tôt. Alpha pressa la détente.
Le coup partit, éclata aux tympans avec une violence non feinte. Alpha avait l'habitude : il ne sursauta pas.
Puis le sang gicla, et une odeur de soufre envahit la pièce. Le sourire triste d'Alpha mourut sur ses lèvres pâles. Lorsqu'il releva sa main sanguinolente, à laquelle il manquait un doigt, il eut un haut-le-cœur. Malgré cela, il demeurait parfaitement maître de lui.

« Peux-tu me réparer cela ? Concevoir un membre bionique. Les doigts sont ce qu'il y a de plus facile à remplacer. »

Une seconde s'écoula dans le silence le plus total, silence que seules rompaient les gouttes de sang qui rencontraient le parquet.

Lorsqu'il avait posé sa demande à la demoiselle, en entrant dans cette pièce, Alpha n'avait jamais précisé sa pensée. Et il demeurait une ténébreuse zone d'ombre : désirait-il le plan d'une arme... ou bien un exemplaire unique ?

Tout à coup, sans attendre, Alpha se leva. Il semblait s'être ravisé, paraissait ne plus vouloir de l'aide de Camelia. Il pivota, fit deux pas en direction de l'entrée. Sur quoi, il s'immobilisa. Une nouvelle fois, il ficha son regard dans ses yeux clairs.

« Peut-être n'avez-vous pas la moindre envie de le savoir, peut-être cela ne vous intéressera-t-il absolument pas, mais malgré tout je vais vous donner cette raison qui m'a poussé à venir vous voir. »

Depuis qu'il s'était redressé, le sang s'écoulait de plus belle de la plaie béante.

« Vous avez créé ce prototype en l'espace d'une heure sous les yeux d'une centaine de témoins. Demain, à la première heure, je suis convoqué en réunion. Je dois commettre un assassinat qui sera, je l'espère, le dernier. Sans quoi, je mourrai à coup sûr. »

Peut-être cela importait-il peu à Camelia.
Mais, quoi qu'il en soit, c'était pour cette raison qu'Alpha était prêt à aller aussi loin. Non pas que l'idée de mourir lui serrât le cœur, mais il devait encore accomplir quelques petites choses. Et puis, il y avait aussi ceux dont la vie dépendait de lui.
A nouveau, ce sourire triste effleura ses lèvres.


Dernière édition par Alpha Claus le Sam 30 Jan - 12:20, édité 1 fois
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Camelia Rosenshield
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Dim 10 Jan - 2:51

Camelia était calme. P1 avait une température interne normale, ses circuits n'étaient pas en surchauffe et le sieur Claus n'était donc pas entrain de la menacer subtilement... C'était un certain soulagement, car elle devait admettre qu'elle n'aurait pas accueilli un froid dans leur relation avec l'indifférence qu'elle affectait pour le reste de l'humanité. Cela l'étonnait fort et il faudrait absolument qu'elle prenne le temps de se plonger dans une introspection visant à comprendre le phénomène. Mais qu'était le plus étonnant : l'émotion, ou Alpha Claus ? Bonne question...
P2 revint avec le plateau, le déposant devant l'invité. La jeune femme ne saisit pas exactement ce qui se passait, mais elle vit soudainement du sang sur le poignet de son hôte; et la cigarette avait disparue. Et leurs yeux, soudainement, ne se quittaient plus. Devait-elle se précipiter et soigner sa plaie ? Non... Cela lui rappela étrangement une autre scène, un autre lieu, un autre temps.


Un soir d'été, à Abyr, en haut du manoir Rosenshield.
« - Camelia ! Camelia, recule, recule ou... ou je saute !
- Harold, arrête de faire l'enfant et revient.
- Mais... J'ai bu le poison, c'est trop tard, je vais mourir, je... je veux pas mourir, je veux vivre avec toi, Camelia... »
Le doux toucher de ses cheveux blonds sur la peau de ses doigts déjà usée par le travail. Son regard paniqué, les pieds juste au bord de la toiture, prêts à glisser et à les faire chuter.
« Tu es vraiment stupide. Bien sûr, qu'on va se marier. Allez, viens. »
La lueur d'espoir folle dans ses yeux bruns. Pourquoi est-ce que tout cela revenait maintenant ?

Du coin de son champ de vision, sortant de ses pensées, elle le vit sortir son arme. Non... ! Comment avait-elle pu... baisser sa méfiance ? Plongée dans cette nostalgie idiote, elle s'était mise dans une position de faiblesse. Avait-elle oublié, prise de pitié, qu'elle faisait face à un criminel assassin ? La jeune femme s'en voulut en voyant doucement le canon lui faire face. Elle n'avait pas peur et ses prunelles jaunes ne vacillèrent pas. Il n'y avait rien après la mort; si ce n'est la tristesse de ses proches, la milice du Conseil qui ne manquerait pas d'enquêter, et tant d'inventions auquelles elle ne donnerait jamais vie... Elle n'avait pas peur mais elle refusait de mourir. C'était trop bête, trop bête pour elle.
Ses doigts se posèrent doucement sur son bébé, mais n'allèrent pas déclencher la puce d'urgence présente dans son oreille. Elle ne manquerait pas de réagir à l'absence de battement cardiaque, comme les quelques autres disséminées dans différents membres de son petit corps. D'un coup, elle eut froid. Très froid.


« Paw. »

Camelia se décrispa. Quand s'était-elle tendue ainsi ? Elle ne s'en était pas rendue compte. « Vous êtes vraiment stupide. », eut-elle envie de dire. Mais il n'y a que les gens qui croient aux souvenirs qui disent ce genre de chose, n'est-ce pas ? Elle ne dit rien. Il allait s'expliquer, ou éclater de rire. La deuxième option lui ferait découvrir de nouvelles propriétés aérodynamiques qu'il ne s'était jamais soupçonné.
Heureusement que Camelia avait des nerfs d'acier, car le jeune homme n'avait choisi aucune des options suscitées.

Le coup faillit la rendre sourde et elle mit quelques secondes à retrouver sa pleine audition. Cette fois-ci, elle en était certaine : Alpha Claus était aussi tarée qu'elle. C'était un rare cas de folie et elle tenait véritablement à l'observer de près. Et ce sourire triste, qui effleurait pour la deuxième fois les lèvres de son intercoluteur... ce sourire l'inquiétait. Harold lui avait déjà fait le coup et elle aimerait éviter d'avoir un deuxième blessé grave sur les bras.
« Sur les bras »... ?

« Peux-tu me réparer cela ? Concevoir un membre bionique. Les doigts sont ce qu'il y a de plus facile à remplacer. »
« Oui. » Répondit-elle sans réfléchir. Elle ne s'était pas levée. Elle n'avait presque pas bougé. Camelia était trop occupée à essayer de décoder le flot de ses propres pensées qui, sous le choc, semblaient avoir leur vie propre. Comment ça, « sur les bras » ?! Mais qu'est-ce qu'il lui prenait ?

Et maintenant, Alpha se levait, ensanglanté, traversant la pièce et se dirigeant vers la porte. Camelia se leva à sa suite. Oui, il était vraiment stupide – dans le même genre que son fiancé. Il allait finir par l'avoir par les sentiments, hein ? Elle aussi, était stupide.
Bon sang, elle savait reparer les robots, pas les humains... Elle n'avait pas peur du sang, mais elle devait admettre que la maitrise d'Alpha l'impressionnait. Camelia, la Femme Sans Coeur, avait peut-être trouvé son maitre. Non, elle se fichait du sang, en fait. Ce qui la frappait, c'était cette résignation à mourir qu'elle-même n'avait pas. La jeune femme ignorait tout d'Alpha mais elle ne pouvait pas accepter que quoique ce soit – quoique ce soit – le pousse à agir ainsi, presque comme... comme un robot, parce que justement, il n'en était pas un ! Il était un humain, il n'était pas programmé pour réagir ainsi, non ? C'était illogique et contre-nature.

Elle ouvrit la bouche pour parler, mais il la coupa, surement sans le vouloir.

« Peut-être n'avez-vous pas la moindre envie de le savoir, peut-être cela ne vous intéressera-t-il absolument pas, mais malgré tout je vais vous donner cette raison qui m'a poussé à venir vous voir. »
« Parce que je suis une faible femme, pensa-t-elle. Une putain de faible femme. » Elle était furieuse contre elle-même, mais brusquement elle ne controlait plus rien. Il lui avait fait perdre pied. Il la tenait dans le creux de ses mains. Parce que...
« Vous avez créé ce prototype en l'espace d'une heure sous les yeux d'une centaine de témoins. Demain, à la première heure, je suis convoqué en réunion. Je dois commettre un assassinat qui sera, je l'espère, le dernier. Sans quoi, je mourrai à coup sûr. »
...Parce qu'elle ne voulait pas qu'il meure. Parce qu'il était comme un robot qu'elle devait réparer - le doigt bien sûr, mais, au-delà, sa tête, son coeur... où que soit le problème, elle l'ignorait, mais la mécanique déconnait.

« Ne partez pas. » Dit-elle. Peu d'émotions avaient traversé son visage; une légère surprise après le coup de feu, puis une expression indéchiffrable ne reflétant pas vraiment le magma qui l'avait submergée, et, maintenant, à nouveau, ce visage indifférent et neutre qui était le sien. Ses yeux s'étaient éteints, mais ils n'avaient pas quittés ceux d'Alpha.
« Je vais réparer votre doigt. Suivez-moi. Par ici. »

La jeune femme se dirigea sans un mot vers une porte à côté de l'escalier par lequel elle était arrivée. Elle traversa un corridor bien éclairé et décoré de quelques natures mortes et paysages – surement la décoration de l'ancien propriétaire du domaine – puis emprunta un autre escalier, descendant celui-ci. Arrivant devant une porte blindée, elle l'ouvrit par différents moyens successifs – une clef, un code, une reconnaissance tactile, une reconnaissance oculaire et finalement une reconnaissance vocale. Elle avait aussi effectué une reconnaissance de poids sur la dalle où elle avait posé ses pieds, mais elle doutait qu'Alpha réussisse à capter celle-là. La porte s'ouvrit, dévoilant la cave propre et bien éclairée qui lui servait de laboratoire. Désignant un des nombreux établis qui meublaient la pièce, elle fit signe à Alpha d'y poser sa main.

Contemplant la main mutilée, elle finit par déclarer :
« Vous êtes vraiment stupide. Heureusement que P2 saura nettoyer le parquet. »
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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Sam 30 Jan - 13:58

Lorsque la balle était partie, Alpha ne ressentait aucune appréhension quant à la douleur qu'il subirait.
Lorsque le doigt avait éclaté, il avait réalisé pleinement, profondément, ce qu'il venait de perdre.
Ce n'est qu'une fraction de seconde plus tard, lorsque la chair et le sang eurent giclé, qu'une question s'était imposée à lui. Camelia avait-elle envisagé les choses sous cet angle ? Avait-elle compris la portée de ce qu'il venait de faire ? Non, sûrement non.
Aussi, durant les instant qui suivraient, Alpha ne ferait-il aucune allusion à cette vérité. Il ne l'évoquerait pas, ce afin de laisser la demoiselle construire sa propre réalité, échafauder des hypothèses et les accepter, par défaut.

Elle lui répondit. Un simple "oui".
Bien qu'il agît par la suite comme si elle n'avait pas parlé, il retint cet unique mot. De par sa promptitude même, il signifiait beaucoup. Il dévoilait quelque peu ce que devait ressentir l'immobile créature. Désirait-elle mettre un terme à l'écoulement de sang, éviter de se mettre davantage en danger ? Souhaitait-elle qu'il ne souffrît pas, ni ne mourût ?
Plus tard, lorsque Camelia lui demanda de rester, lorsque ses yeux dorés s'éteignirent face aux siens, il obtint la réponse. Si Alpha était accoutumé à exercer des pressions psychologiques, parfois extrêmes, cela ne pouvait le laisser parfaitement indifférent. Mais il ne saurait pas mettre de nom sur ce sentiment diffus, presque imperceptible, qui ne s'exprima qu'au travers d'un bref mordillement de la lèvre.

« Je vais réparer votre doigt. Suivez-moi. Par ici. »

Camelia lui tourna le dos. Et, tandis qu'elle s'avançait vers la porte, Alpha ne quitta pas sa place. Il lui fallait d'abord se persuader qu'il avait réussi. Le parfum âcre de soufre et de sang mêlé l'empêchait d'oublier la perte qu'il venait d'endurer. Et les agissements de cette jeune femme, qui s'avançait pour ouvrir les portes du lieu qu'elle protégeait le plus au monde, n'étaient-ils pas la confirmation de son succès ?
C'est alors qu'un souvenir survola le jeune homme, survola son esprit, projetant son ombre noire et gluante. En proie aux plus profondes réminiscences, issues des ténèbres de sa mémoire, Alpha porta sa main à ses lèvres. Il goûta ce sang maudit. Au même instant, à gauche de l'escalier, une porte ensommeillée poussait un gémissement acide. Le jeune homme se mit à marcher dans cette direction mécaniquement, sans même penser. Car ce qu'il devait maintenant faire s'était inscrit dans chacune de ses fibres.

S'ensuivit le seul bruit des pas le long du corridor, leur interminable claquement dans l'escalier. Les yeux du jeune homme, dont les prunelles avaient viré au noir d'encre, glissaient méthodiquement sur les murs, mémorisant l'intégralité des détails avec une précision amplifiée à l'extrême par la douleur lancinante. A cet instant, Alpha ne distinguait plus à proprement parler ce qui appartenait à la réalité de ce qui ne lui appartenait pas. Lorsqu'il se retourna et vit le sillon ensanglanté derrière lui, il lui semblât que ce fût une chaîne. Il se demanda si la longueur en serait suffisante.
Et si, une fois parvenu devant l'ultime porte, il venait à se trouver fermement retenu, sans pouvoir avancer davantage ?
Puisque son esprit fonctionnait à rebours, sûrement cette pensée n'était-elle qu'une façon de donner forme à cette crainte de voir son corps s'effondrer, malgré toute sa volonté.
Et, tandis qu'il marchait, il lui semblait n'avoir jamais perdu autant de sang. Toujours, il avait cautérisé ses plaies. Cette fois-ci, il ne le pouvait pas sans mettre en péril le raccordement des nerfs.

Le silence, enfin. Mille systèmes de protection, une infinité de temps pour les désactiver. Si Alpha devait emprunter ce passage sans sa propriétaire, il emploierait la manière forte. Mais cela ne se produirait pas. En ce qui concernait ce lieu dans son ensemble, Camelia était une clef.
La demoiselle... Devant lui, dans sa tunique de laine, elle pénétrait dans la lumière de la cave. Il ne pouvait distinguer ses traits. Pourtant, en entrant à sa suite, il sut à quel sacrifice elle consentait.
Cette pièce était imprégnée de sa présence. L'arrangement si particulier des meubles, les taches qui maculaient le parquet si lisse, le fouillis grouillant d'objets divers - d'outils et de pièces, surtout -, son odeur que portait l'air, tout cela n'était encore que secondaire. Quelques vestiges de repas, un crayon légèrement rogné oublié juste à droite de la porte, sur un tabouret, parlaient infiniment plus. Camelia Rosenshield vivait dans cette pièce. D'avantage, même. Cet endroit était au cœur de sa vie.

Sur un signe de sa part, Alpha s'approcha d'un établi. De sa main non blessée, il écarta vis et copeaux de métal. Tandis qu'il plaquait l'autre sur la surface froide, ses yeux embrassèrent encore la pièce du regard, mais sans penser à Camelia cette fois-ci. Dans cette atmosphère, il ne sentait pas étranger.

« Vous êtes vraiment stupide. Heureusement que P2 saura nettoyer le parquet. »

Il ficha ses yeux dans les siens. Il ignorait le double sens que cette affirmation possédait pour la demoiselle. Cependant, cette allusion froidement terre-à-terre eut un certain impact sur le cours de ses décisions. Il lui avait dit espérer que l'assassinat qu'il devait perpétrer le lendemain serait le dernier. Il fallait qu'elle sût.
La demoiselle se tenait debout, juste de l'autre côté du plan de travail.

« Avant que vous ne commenciez, je veux que vous ne soyez pas sans ignorer autre chose. Ce qu'au juste j'ai perdu. »

Étonnamment, si son regard possédait le tranchant de la pierre, sa voix s'était adoucie. Malgré cela, ces quelques mots avaient la chaleur de menaces. Il semblait qu'Alpha ne pourrait pas faire mieux.

« Savez-vous ce qu'est l'entraînement d'un tueur ? »

Pure question rhétorique.

« Le nombre d'années nécessaires afin de savoir tirer alors même lorsque l'obscurité vous bouffe, alors que votre cible se tient si loin que vous ne l'entendez pas gémir ? »

Pas la moindre once de sentiment ne perçait à la surface de ce visage pâli par le manque de sang.

« L'index presse la détente. Un simple outil, qu'il faut des années pour dompter à la perfection. A moins d'une prouesse de votre part, il n'est plus possible de faire machine arrière. »

En prononçant ses mots, un sourire amer étira les lèvres d'Alpha. Amer, mais cependant l'expression d'une satisfaction réelle, absurde peut-être.
Il désirait deux choses antithétiques. L'enfant bâillonné, avec ses rêves de gosses, voulait ne plus jamais avoir à tuer. Il le désirait à en crever. Mais l'autre, celui qu'il était devenu, ne savait que trop bien ce que cela signifiait. Il était devenu un aigle d'une cruauté sans pareille, capable de voler la lumière du soleil à des hordes de rapaces. S'il perdait bec et griffes, les autres n'auraient plus qu'à se disputer ses entrailles déchirées.
Et sa malédiction natale, qu'en était-il ? "Celle-là même qui m'a plongée dans des états de vulnérabilité extrême ?" eut-il pu répondre.

Une étincelle éclata dans son regard.

« Allez-vous faire de votre mieux, Camelia ? »

Il n'attendait pas particulièrement de réponse. Qu'elle agisse, maintenant.
Qu'elle choisisse pour lui.
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Camelia Rosenshield
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Dim 31 Jan - 20:28

« Je fais toujours de mon mieux, Monsieur Claus. »
 
Elle ne le regardait déjà plus. Une certaine tension, discrète et tenue, s'était effacée de sa voix. Celle-ci paraissait plus claire, plus vivante et plus douce – de manière infime, bien sûr, mais le changement serait certainement notable pour quelqu'un habitué à observer les individus.
Camelia était dans sa cave, son cocon, son domaine; rien ne pouvait la maitriser ici. Telle l'araignée qui emprisonne le scorpion au coeur de sa toile, elle avait dévoilé son antre à Alpha pour mieux reprendre des forces. Il lui avait fait perdre pieds, mais son emprise avait disparu dès qu'elle avait franchi la porte, envolée avec l'appel d'air.
 
La jeune femme vaquait donc à ses occupations. Elle cherchait dans son fourbi, sortant des pièces, des outils, les alignant près du moignon ensanglanté; parfois jetant un œil à celui-ci, retournant la main comme pour mieux observer la blessure. Elle mesura le diamètre, calcula une longueur et une largeur approximatives par rapport aux autres doigts. Le travail se faisait en silence, parfois en fredonnant vaguement; comme si elle était seule et qu'il n'y avait là qu'un énième robot.
On pouvait entendre, au loin, les cliquetis du second prototype, qui nettoyait le parquet. Les choses rentraient dans l'ordre.
 
On aurait pu croire, à son calme, qu'elle n'avait rien écouté des paroles de l'assassin. Il n'en était rien. Elle avait du mal à suivre son raisonnement, mais elle comprenait très bien qu'il l'avait prise en otage. Le choix lui retombait dessus. Et quel choix ! D'un côté, elle ne pouvait pas le renvoyer avec un doigt manquant ou de mauvaise qualité, il en valait de sa fierté professionnelle. De l'autre, elle était contre les tueries et elle sentait confusément qu'elle ne pouvait pas le laisser partir tout court, car l'Elu des Dieux avait une pièce manquante au cœur ou au cerveau qui déréglait l'ensemble. Pour jouer avec le feu et confier son destin à une inconnue, après avoir tenté de la manipuler et d'acheter sa sympathie en lui racontant... sa vie ? (Il avait du lui mentir. Cela ne pouvait être vrai. Des mensonges, très certainement; elle s'était bien faite avoir.) Il fallait avoir un grain. Ce type, sous ses beaux airs, était complètement fou.
 
Prise en otage. Elle avait horreur de ça. Quel culot. Il l'avait laissée tombée, blessée, durant le bal; puis il avait débarqué chez elle à une heure indue un dimanche matin; enfin, il s'était livré à un acte d'automutilation proprement humiliant pour son mobilier; et maintenant, il s'attendait à ce qu'elle prenne la décision de sa survie ou de sa mort.
Alpha était comme Harold: un vrai gamin, qui n'assumait rien et qui s'attendait à ce qu'elle répare tout derrière lui. Son fiancé s'était crashé en Speeder en sachant pertinemment que les pièces de celui-ci n'étaient pas fiables; Alpha venait de sciemment détruire son outil de travail. Et comme le blondinet d'Abyr, petite forme en pleurs dans un lit d'hôpital, lui avait demandé de nouvelles jambes, le brun d'Anthélima lui demandait... une nouvelle arme. Zut ! Peut-être ne comprenait-elle que maintenant ? ...Était-ce cela qu'il avait voulu dire, à son arrivée ? Elle n'en savait rien.
Sans ignorer les pouvoirs de l'index – elle-même n'était pas une mauvaise tireuse – le geste ne l'avait pas frappé dès le début, mais dès qu'il y avait fait référence, elle avait compris les conséquences de ce geste. L'imbécile ! Pourquoi fallait-il que le destin la mette dans des situations pareilles ? Ne pouvait-on pas la laisser en paix, à reculer les limites de la domotique ?
 
Le doigt mécanique prenait maintenant forme à côté de la main ouverte, pièce par pièce. Il était pour l'instant d'une teinte métallisée, quelque chose qui semblait être du titane. Il fallait qu'il soit résistant au feu, après tout. Il ne ressemblait pas encore à un doigt, mais on voyait vaguement le système d'articulation. Camelia assemblait les pièces par deux, par trois ou par quatre sur un autre établi, dos au jeune homme; puis elle revenait vers lui, comparait avec sa main et avec ce qu'elle avait déjà construit. On aurait dis un puzzle étrange et perverti.
Elle n'avait pas pensé à cautériser la plaie ou elle ne savait quoi; heureusement pour son invité, P2, après le parquet, s'était appliqué à lui poser un garrot. Cela ne se voyait pas, mais la jeune femme aux yeux ocres était furieuse, et rancunière; Alpha aurait pu se vider de son sang sous ses yeux qu'elle n'aurait rien fait. Mettre la responsabilité de sa vie sur ses épaules, quel muffle !
 
Même si la balle était dans son camp, cette sensation de pouvoir ne l'intéressait pas. Pourquoi s'occupait-elle de lui, déjà ? Ah, oui, parce qu'il lui rappelait John-Harold, le bon à rien de futur époux qu'elle laissait végéter à Abyr, ne pouvant se résoudre à abandonner sa carrière pour l'épouser. « Sa carrière »... Sa cave, plutôt. Elle ne voulait pas quitter sa cave. Pour rien au monde. Voilà pourquoi elle réparait le doigt d'Alpha, sans plan au préalable, sans réfléchir, laissant la logique mécanique couler dans ses propres doigts; agissant sans y penser : parce qu'elle ne voulait pas être hantée par le triste souvenir de ses prunelles onyx, mortes de n'avoir su la convaincre. Parce qu'elle voulait qu'on lui fiche la paix. Que d'autres meurent pour l'instant, à cause d'elle, ne lui posait pas vraiment de problème.
 
Camelia allait donc construire un doigt superbe, parfaitement articulé; relié aux nerfs avec une précision chirurgicale et permettant un doigté semblable à celui d'un vrai membre. Mais il lui faudrait surement s'entrainer longuement, pour s'habituer à ce nouveau doigt. Elle pouvait reproduire ce qu'il venait de perdre, mais pas l'habitude qu'il en avait.
Et puis, elle lui ajoutait un petit bonus, caché entre deux pièces. Il n'en saurait rien. Son visage, en tout cas, ne lui dirait rien – et ses lèvres resteraient closes à ce sujet. Il verrait bien, le moment venu. Surement la remercierait-il. Hi, hi. Surement.

 
* * *
 
Il venait de s'écouler une petite heure lorsque P2 apporta un casse-croute, et du thé. Il avait assisté sa maitresse dans certaines tâches – en allant lui chercher des outils ou en nettoyant la poussière de métal qu'elle polissait. La jeune femme en profita pour s'arrêter. Elle s'assit en face d'Alpha et but à petite gorgée.
 
« Il vous faudrait porter un gant, » dit-elle comme s'il ne venait pas de s'écouler une heure de silence de sa part. « car je n'ai rien pour imiter la peau. Ce sera plus discret. Comme vous le savez certainement... » Une autre gorgée, longue, celle-ci. « Vos nerfs sont actuellement très tendus. Il va falloir que je vous anesthésie pour connecter le doigt – j'ai besoin de nerfs détendus, c'est indispensable. La prothèse n'est pas finie, ce qui va laisser à P2 le temps d'aller me chercher ça. Malheureusement, il s'agira d'une anesthésie générale. Vous risquez de vous sentir nauséeux au réveil. Mais ce sera sans doute la pose de membre bionique la moins douloureuse de tout Anthélima. »
Les paroles s'écoulèrent d'un rythme neutre. Toutes traces des émotions qui avaient pu l'habiter – étonnement, intérêt, soumission – avaient disparu. Quant à sa colère, elle avait pour habitude ne la montrer sous aucun prétexte.
Pff... Il y avait quand même de grands avantages à être la fille d'un médecin.
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Alpha Claus
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Mar 16 Fév - 21:35

« Je fais toujours de mon mieux, Monsieur Claus. »

Elle recomposerait son membre, fût-ce avec de la chair de métal. S'il était impossible qu'elle recrée le même, cela n'empêcherait pas l'assassin d'en reprendre possession au moyen de nouveaux entraînements. Comme s'il ne s'était rien produit. Comme s'il n'était jamais entré dans cette pièce, que la lueur du regard jaune n'avait cessé de luire, que la détonation n'avait éclaté.

Elle vaquait d'un recoin à un autre, il ne la voyait pas. Le flot sombre de son regard s'écoulait sur sa main plaquée sur la surface de céramique polie, qu'il ne regardait pas davantage. Elle avait aussi quitté le champ tellement restreint de sa réalité.
Car Alpha cherchait dans son esprit un souvenir comparable à ce qu'il vivait en cet instant, afin de pouvoir s'en servir de point de repère, de base, pour comprendre. Tout à ses excavations, il battit des paupières, et ses cils noirs, baissés, vinrent dévorer sa représentation visuelle de la pièce.

Un petit gosse se promenait le long d'interminables couloirs que bouffaient les ténèbres, la crasse et l'âpreté. Ses yeux, deux charbons éteints, fixaient un minuscule objet qu'il serrait entre ses doigts transis, contre sa poitrine. Mais les pans froissés de sa veste de feutre ne permettaient que d'en appréhender la forme, tourmentée, saugrenue.
Peu à peu, au claquement de pas venus ébranler le silence, le môme devina qu'il n'était pas seul. Un homme s'approchait ; c'était Feraa. Ce dernier se saisit de la main du gosse avec fermeté, faisant par-là même jaillir l'objet choyé des mains menues. C'est tombé, lâcha l'homme. Ne le ramasse pas. Avance. Tu te laveras les cheveux, ils sont sales, ton père ne doit pas voir ça.
Sans se départir de son allure légère de pantin, le môme secoua la tête, comme s'il s'ébrouait. Pour vérifier. Ses mèches gluantes de sang vinrent fouetter le haut de ses pommettes. Oui, ils étaient vraiment sales. C'est alors qu'entre deux raies sombres il aperçut Feraa, qui se penchait pour ramasser quelque chose, au sol. Un doigt.
Alpha oublierait ce détail. Même lorsqu'il se saisirait de son arme pour viser son propre corps, par une fraîche matinée d'hiver, il ne s'en souviendrait pas.


Sans qu'Alpha n'en ait vraiment eu conscience, près d'une heure s'était écoulée, une heure durant laquelle il était resté debout, d'une parfaite immobilité. Redressant la tête, le jeune homme se retourna pour tirer un tabouret avant de s'asseoir. Alors seulement réalisa-t-il que l'un des prototypes lui avait posé un garrot. Son regard se durcit.
Elle l'aurait laissé mourir.
Il le savait. Il savait qu'il était seul.
Maintenant qu'elle avait repris contact avec ses racines, ce lieu qui contenait, semblait-il, l'essence même de sa personne, elle ne craignait plus rien. Alpha en vint à douter qu'elle ait jamais pris la décision de le sauver.

Sûrement le jeune homme demeurait-il encore sous le choc de sa réminiscence, car si ce n'avait été le cas, il se serait aperçu qu'il se trompait du tout au tout. Il n'était pas seul, pas en cet instant du moins. Certes, peut-être sa propre présence mettait-elle à nu la solitude de cette jeune femme qui en était venue à porter son affection sur des constructions de ferraille. Peut-être était-il un intrus. Mais il n'était pas seul, pas davantage qu'il ne l'avait été cette nuit-là, dans le manoir paternel.
Incapable de décrypter ce souvenir, de se regarder avec objectivité, il était cloué au sol. Cependant, il était parfaitement conscient du dysfonctionnement de quelque mécanisme en lui, d'où son trouble et sa douleur.

« Que ne va-t-il pas ? » Ce ne fut rien de plus qu'un inaudible murmure qui franchit ses lèvres.
Une nuit, en tirant à l'aveugle, il avait arraché un doigt. Il avait tant tué. Pour quelles raisons ? Alpha considéra une dernière fois la porte close qui lui interdisait l'accès à sa propre conscience, soustrayant à son esprit sa compréhension propre... Pris d'une haine soudaine, il eut voulu se déchiqueter. Pourtant, il ne fit que frémir. Cela lui arracha un sourire non dénué d'amertume. Lui si prompt à agir ne possédait, semblait-il, même plus le discernement nécessaire.

Son regard perdu dans les méandres du puzzle de pièces s'éleva jusqu'à rencontrer celui de la jeune femme, assise face à lui. L'opacité de ses yeux dorés lui rappela que, préférant ignorer ce qu'elle pouvait ressentir ou penser, il l'avait contrainte à accepter sa présence. Pour la première fois depuis une éternité, il se prit à regretter ce qu'il avait fait. Oh, si peu. Mais tout de même. Devait-il se racheter ? Que pouvait-il faire en ce sens ? Rien, sûrement. Rien. A moins qu'il ne lui accordât quelque chose qu'elle considérât.
Il ne possédait rien de tel.

« Il vous faudrait porter un gant, car je n'ai rien pour imiter la peau. Ce sera plus discret. Comme vous le savez certainement... »

Il la regardait avec constance, toujours aussi peu soucieux des convenances. Ne l'avait-elle pas deviné ? Que peu lui importait que l'on sût au nom qu'il avait perdu un doigt. Il ne savait d'ailleurs seulement pas comment sa vie se déroulerait-elle, passé le lendemain - à supposer qu'il vécût encore.

« Vos nerfs sont actuellement très tendus. Il va falloir que je vous anesthésie pour connecter le doigt – j'ai besoin de nerfs détendus, c'est indispensable. La prothèse n'est pas finie, ce qui va laisser à P2 le temps d'aller... »

Si le débit neutre de la jeune femme ne laissait pas transparaître la moindre émotion, Alpha était bien placé pour savoir que cela ne signifiait rien. Mais ce n'était qu'une inconnue de plus dans le problème. Et, tout en scrutant le fond de ses prunelles pâles, Alpha se demanda si, une fois vulnérable, pauvre chose entre ses mains, elle le livrerait. S'il allait se réveiller entre les mains d'hommes de loi. D'une telle situation, il saurait se sortir, mais là n'était pas la question.

« Il est inutile de déléguer votre chose à cette tâche. »

Alpha s'aperçut en parlant qu'il subsistait encore contre son palais un goût de sang. Pourquoi le prototype n'irait-il pas ? Peut-être pour la simple raison que cela risquait d'attirer l'attention. Si la demoiselle souhaitait mettre au courant son père de ce qu'il s'était produit ici, libre à elle, mais cela n'aurait pas lieu tant que l'assassin s'y trouverait - du moins le pensa-t-il.
D'autre part, le jeune homme possédait quelques compétences utiles en ce qui concernait la substitution des sédatifs. Il pincerait avec habileté le nerf vagal, à la base de son cou, afin de provoquer une syncope neuro-cardiovasculaire.
Sûrement son corps ne serait-il pour lui jamais plus qu'un outil.

« Pourquoi vous être assise face à moi ? Souhaitez-vous me parler ? Me questionner ? »

Le ton d'Alpha possédait une neutralité semblable à celle de son interlocutrice. Mais, indéniablement, il transparaissait une faiblesse sous-jacente, qui n'était pas uniquement d'origine physiologique.
N'avait-elle pas déjà parlé, d'ailleurs ? N'avait-elle pas dit tout ce qu'elle souhaitait dire ? Peut-être que si.

« En ce cas, faites donc, je vous prie. »

Il souhaitait qu'elle parlât encore. Son silence lui avait-il pesé ? Sûrement n'en avait-il pas eu conscience.
Il porta sa main à sa veste, pour saisir un objet de titane au canon effilé.

« Mais je me délesterai tout d'abord de ceci. »

Les termes aussi distants que pesés qu'il employait ne pouvaient que rendre perceptible son embarras, lorsqu'il posa son revolver sur la table, entre la coupelle de la tasse et la cuillère. Quand les doigts fins du jeune homme glissèrent sur le métal pour s'en séparer, un léger crissement retentit.
Alpha retira sa main, oubliant là l'arme, misérable d'inutilité.
Rien n'empêchait maintenant Camelia de s'en saisir et de contraindre l'assassin à monter dans le premier taxi en direction d'une clinique, n'est-ce pas ?

« Une anesthésie générale ? Soit. »

Le silence n'eut seulement pas le temps de reprendre possession de l'espace.

« Vous avez ma confiance. »

Confiance... Ce mot sonnait si péniblement pour lui. Quand l'avait-il entendu prononcer pour la toute dernière fois ?
Vous n'allez pas me faire de mal, hein ? Hein ? Je vous fais confiance.
La sienne, il ne l'accordait à personne. Le fait de le dire signifiait-il qu'il s'en sentait désormais capable ? Ou n'était-ce que duperie ?
Peut-être, simplement, avait-il besoin de tendre ostensiblement à Camelia cette perche qui lui permettrait de le trahir. Cela serait un moyen de conforter sa vision du monde. De se rassurer. Si elle le trahissait, maintenant, ses lèvres pâliraient-elles ? Aurait-il envie de rire ? Il ne riait jamais.

Alpha fronça les sourcils, à peine. Il semblait qu'il n'ait jamais été aussi grave.
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Camelia Rosenshield
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MessageSujet: Re: Morning mood [libre]   Mar 23 Mar - 17:19

Le temps s'écoulait comme de l'eau. Une eau tiède, ni froide ni chaude, qui s'enfuyait à travers les doigts insensibles de Camelia. Tout en elle n'était que vide.
Elle regardait Alpha sans le voir, ses yeux ambrés perdus bien au-delà des vives prunelles de son interlocuteur. Au-dehors, la vie continuait - la mâtinée avançait; traversant maintenant cette heure creuse où les écoles, les bureaux et les ateliers s'affairent en attendant la pause-déjeuner. Le livreur de l'épicerie, le commis du conseil et la jeune fille charger d'arroser ses plantes avaient dû faire leur détour quotidien par sa terrasse.

Anthélima ne s'arrêtait jamais. Le tourbillon insensé de la vie, dont elle avait eu tellement de mal à s'éloigner, ne cessait jamais son vacarme effrayant. Heureusement, on n'entendait rien depuis l'intérieur du bunker-laboratoire. Le silence n'y était troublé que par le bruissement discret d'un moniteur qui ne semblait pas s'éteindre, les cliquetis des robots et l'occasionnel signe de vie du système respiratoire de la maitresse des lieux.
Une peau d'albâtre, un regard de charnier éteint, une chevelure d'un noir bleuté et l'air de ces femmes antiques, sévères et dignes - tel était le plus excentrique des partis de Suria. Elle écoutait Alpha Claus sans l'entendre. Alpha Claus - une carnation froide comme le marbre, un œil noir comme la nuit, le plus dangereux des liens qu'elle aurait pu nouer. Derrière ces deux portraits cadavériques et géniaux, deux esprits jouaient aux maitres de leurs destinées respectives.

Les regrets ne faisaient pas partie de sa nature; elle n'y pensait même pas. Pourquoi ne pouvait-elle donc pas regretter ? Parce qu'elle ne faisait rien qui ne soit pas réfléchi, non, jamais. Son cerveau n'était que l'écran sur lequel défilaient les éléments du monde et de sa vie sous forme binaire; opérations mathématiques et réactions chimiques, tout se résolvait. Rien ne se perds, rien ne se crée, tout se transforme. Si tel acte ne conduit pas aux fins espérées, la scientifique obtiendrait certes d'autres résultats; mais, prévus, par avance décryptés, ils l'arrangeraient tout autant.

Rien n'était laissé au hasard. Voilà pourquoi Alpha Claus, instable, imprévisible - voilà pourquoi il l'énervait, voilà pourquoi il l'attirait. Quelque chose qu'elle ne maitrisait pas. Quelque chose qui déviait d'un fonctionnement sain et normal. Quelque chose qu'elle devait, qu'elle allait réparer. N'était-ce pas là son don, sa mission sur cette Terre ?
Recréer l'ordre, relancer les rouages là où le sables s'était infiltré. Les sciences apportaient le calme et l'apaisement au monde.
Et s'il fallait en passer par des cas comme Alpha Claus, à moitié fou, violent et irresponsable, alors elle le ferait. Car telle était sa mission, n'est-ce pas? Sa. Mission.

Mais même ces envolées lyriques, messianiques, ne feraient pas battre son coeur desséché. Entre ses doigts, la porcelaine ne contenait plus qu'un thé tiède. En dehors du cocon d'indifférence et d'insensibilité dans lequel elle aimait à engourdir sa conscience, laissant ses facultés analytiques contrôler la situation, oui, en dehors de ce cocon, l'Alpha Claus en question continuait de lui parler. Continuait de faire du bruit, de bouger, de pénétrer cette bulle de silence et d'immuabilité qu'elle s'était construite.
Qu'est-ce qu'il pouvait être bruyant. Ne pouvait-il se taire ? Il avait été silencieux pendant qu'elle travaillait, cela avait été merveilleux. Elle s'enfonçait maintenant dans les eaux profondes et grises de son apathie et aurait bien aimé qu'il la laisse être dépressive en paix.


« Pourquoi vous être assise face à moi ? Souhaitez-vous me parler ? Me questionner ? »

Les pupilles de la jeune femme, qui se dilataient lentement alors que son absence se prolongeait, reprirent soudainement leur contraction habituelle. Des limbes qui l'entouraient émergea sa conscience à nouveau; les extrémités de ses doigts retrouvèrent leurs sensibilités et reposèrent la tasse désormais inutile. Le prototype s'empressa de la re-remplir d'un liquide fumant, un énième thé sorti de nulle part.
C'était sa directive de fonctionnement n°242. Une tasse de thé doit être toujours pleine, et pleine d'un liquide chaud. Malheureusement, elle n'avait pas encore inculqué certaines de ces directives à Alpha Claus. Directives n°23 : Quand mes pupilles se dilatent, fous-moi la paix : je suis entrain d'inventer le kärcher au napalm.
Non, c'était un peu trop brusque. Car il avait raison, maintenant qu'elle avait retrouvé ses esprits. Des questions, elle en avait un certain nombre.


« En ce cas, faites donc, je vous prie. Mais je me délesterai tout d'abord de ceci. »

Le bruit du métal, sourd contre la résine de la table et clair contre la porcelaine du service, sembla résonner aux oreilles de la jeune femme. Bruit d'autres métaux, contre d'autres tables...

« Camelia, épouse-moi ! »
La bague avait atterri sur la paillasse, s'était heurtée au tube à essai et semblait fixer de son unique gemme l'adolescente abasourdie.
« Epouse-moi, je t'en prie ! Je... Je t'aime, Camelia ! »
Il bafouillait avec embarras. Elle le fixait sans mot dire, terrorisée. Puis, prouvant ses origines nobles et chevaleresques, elle referma ses doigts sur le bijou et le glissa dans sa poche. Ses joues rosirent et elle répondit, regardant ailleurs : « On verra quand j'aurais mon diplôme, d'accord ? »
Quelle procédure d'expérimentation applique-t-on face eux sentiments ?

C'était donc ça. Le parallèle que traçait son inconscient et auquel elle tentait d'échapper par la fuite, le retrait, la réclusion.
Une putain de faible femme, en effet. L'unique once d'instinct maternel qu'elle avait réussi à loger entre les tables d'éléments chimiques et les comptes-rendus d'expériences qui peuplaient son cœur et sa tête - ce fragment infime d'humanité s'était réveillé. Ce n'était pas de l'amour, non; c'était un lien plus froid mais aussi plus solide, basé sur un raisonnement presque parfait. Deux ancres jetées dans une mer de visage pour éviter que le courant ne l'emporte. Un suicidaire et un autiste - elle avait toujours eu un faible pour les cas désespérés.


« Une anesthésie générale ? Soit. Vous avez ma confiance. »

« Bien. » Répondit-elle, doucement. Sa voix n'avait pas changé depuis son retour en ces lieux privilégiés. Elle n'allait même pas s'énerver parce qu'il avait traité son Prototype de « chose » aussi vulgairement. Non, il était vraiment inutile de s'irriter face à un mécanisme qui ne fonctionnait pas. Était-ce la faute du mécanisme ? Non, c'était celle du mécanicien. De la mécanicienne. Et Camelia Rosenshield ne se laissait jamais abattre - elle réparait toujours ses fautes.

Il y eu un silence, léger, insouciant, court, puis ses yeux qui avaient divagué sur son prototype revinrent sur son nouveau cas d'études. Tiens. Ça y était. Elle se souvenait de la procédure.
Troisième règle du commandement : quand tu ne sais plus quoi faire, tiens-les occuper.


« Je vous remercie de votre confiance. Me l'avoir accordée est une excellente décision de votre part. La famille Rosenshield, comme vous le savez peut-être, tient la satisfaction de ses clients comme une de ses plus grandes réussites. J'aurais en effet quelques questions à vous poser, mais j'attendrai pour cela la fin de notre opération. »

Un tel babillage de sa part dut le surprendre, mais il s'exécuta, se plongeant lui-même dans une inconscience qu'elle eut l'honnêteté d'admirer. La scène fut fort déplaisante, mais elle y assista avec ce détachement coutumier qui la caractérisait. Camelia vérifia qu'il était bien en prenant son pouls – qu'elle trouva fort faible – puis se remit au travail.

Une heure passa. Le livreur du marchand de légumes avait du passer, lui aussi, et déposer sa commande devant une porte close. Qu'importait que les légumes attendent - ce travail-là était, bien qu'elle refuserait de l'admettre, plus excitant que tous ceux des deux derniers mois réunis. Adapter la machine à l'humain, n'était-ce pas là un des plus nobles quêtes qu'elle puisse entreprendre ?

La jeune femme compléta le doigt mécanique, sans jeter un regard à son patient écroulé sur l'établi. Il lui semblait qu'un Alpha Claus endormi était tout de même plus en sécurité qu'un Alpha Claus libre de suivre ses versatiles volontés. Dire qu'il avait le même droit de vote qu'elle ! Un fou furieux, assurément. Il faudrait qu'elle se renseigne sur le jeune homme. Si elle ne contrôlait plus certaines réminiscences en sa présence, ce pouvait être une bonne idée. Histoire de ne pas subir quelques-uns des désagréments que procurent les liaisons dangereuses.

Le membre bionique fut enfin prêt. C'était un doigt qui semblait en tout point humain, si n'étaient sa couleur et sa matière. Les articulations, remplacées par de fins rouages, les tendons, d'habiles fils de métal, jusqu'à la structure osseuse, ici en titane - tout y était.
Ce n'était pas sa première fois, bien entendu - par curiosité, elle s'était déjà intéressée à la science cyber-organique - mais c'était de loin son essai le plus réussi.
Elle le posa avec toute l'expertise dont elle était capable, ne laissant qu'une fine cicatrice là où la peau et le métal avait été soudé. Son oeuvre achevée, elle laissa reposer la main du jeune criminel et se rassit en face de lui. Il était temps de parler sérieusement. Il fallait parler affaire. Elle n'était pas l'héritière des Rosenshield pour rien.

Quelques minutes passèrent. Elle attendit, patiemment. Il était censé reprendre connaissance au bout d'une heure. Camelia aimait les gens ponctuels. Elle attendit, encore. Un quart d'heure passa. Elle se leva et, équipée d'une longue règle qui traînait par là, entreprit de tapoter son épaule. Aucune réaction.


« Debout, monsieur Claus. »

Rien. Un autre quart d'heure.

Elle prit son pouls. Les battements se faisaient à peine ressentir. Elle secoua l'Elu des Dieux, brusquement ce coup-ci, appelant son nom - sans ignorer que si ses tentatives étaient vouées à l'écher, mais humainement prévisibles. Elle alla jusqu'à crier, rameutant ses deux robots qui la regardèrent, incertains, de leurs grands globes oculaires. En désespoir de cause, dépassant les limites qu'elle s'était toujours fixée en matière de relation interpersonnelle, elle le gifla.

L'imbécile. Il ne se réveilla pas.

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