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 La Nuit du loup [One shot]

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Alpha Claus
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MessageSujet: La Nuit du loup [One shot]   Mar 17 Aoû - 0:37

La Nuit du loup

Ce fut le brouillard qui, le premier, avant même la nuit, vint obscurcir les yeux des vivants. Voile de mort quasi-palpable, tel la chair d’un fantôme, il prit possession des plaines, des forêts, s’immisçant même jusque sous la porte des habitations. Puis, l’agonie de l’astre solaire ayant définitivement pris fin, les dernières gouttes scintillantes de son divin sang absorbées par quelque inaccessible néant, le noir, l’inconnu et la peur, l’angoisse même, étendirent leur règne du firmament jusqu’aux entrailles de la terre.
Les cris des mômes, depuis longtemps déjà, s’étaient tus. Tous avaient trouvé refuge au creux du nid parental, sous des amoncellements de débris pour les plus pauvres, d’autres, les plus favorisés du lieu, au plus profond de minables masures auxquelles le nom seul d’électricité demeurait encore inconnu en cette année 4678 après l'aube de toute chose. Seuls demeuraient les plus misérables d’entre eux, les sans-familles, où devrait-on dire plutôt ceux qui s’étaient constitué, par la force des choses, quelque famille de substitution, bande de gosses efflanqués et violents ou maison de passe, au mieux.
Si la plupart de ces mômes n’avaient rien d’humain, leur crainte à l’égard de cette nuit sans lune ne s’en trouvait pas moins justifiée. Nul n’aurait su leur reprocher de transpirer comme ils le faisaient, d’une sueur glacée, poisseuse, l’échine courbée et tremblante. Car nul n’ignorait la présence oppressante de ceux qui régnaient en maître dans cette seconde et ultime partie du monde que constituait l’après-Tinkreet. L’on colportait des rumeurs : ses seigneurs n’étaient ni hommes, ni elfes, ni bêtes. Certains avançaient qu’il s’agissait de monstrueux hybrides, le fruit pourri jusqu’à la moelle d’expériences avortées.
De ces on-dit, le bâtard Lumen-Claus, plus tard nommé Alpha Claus, ne savait rien. Cela ne l’empêchait toutefois nullement de ressentir l’aura visqueuse mi-tiède, mi-glacée, des seigneurs sur sa peau pâle d’enfant hybride, tandis que, le front et les paumes plaquées contre un carreau de sa chambre, il fixait le néant de ses yeux agrandis. Irrésistible néant que ce proche lointain vide de toute étoile, de toute saveur. Et les murmures qu’il entendait dans l’obscurité absolu, opaque, tant celle de sa chambre que l’autre, dehors, lui paraissaient autant d’appels et de rires, murmures d’enfants cachotiers ou quoi que ce fut d’autre, comment eut-on pu le savoir ?
L’enfant aux cheveux de jais se coula dans la nuit par le biais d’une porte cochère grinçante qu’il laissa entrouverte. Impossible de distinguer le sol, encore moins les contours de la rue ; pour ne pas se blesser, le petit écoutait les souffles des endormis au pied des murs. Ainsi marcha-t-il longuement, un peu effrayé par la témérité dont il était capable de faire preuve, et à laquelle il n’était encore pas accoutumé. Peut-être Alpha se demandait-il jusqu’où est-ce qu’il serait capable de s’avancer, peut-être frissonnait-il en songeant que retrouver le chemin du retour lui serait impossible.
A cette époque se trouvait, au nord-est de la cité-aux-ordures, une faille inverse de près de douze pieds de hauteur, d’origine probablement sismique, sinon surnaturelle, et qui s’étirait sur deux lieues, formant ainsi une falaise particulièrement abrupte. L’enfant devait le découvrir à son insu, manquant, au beau milieu d’une rue, de faire une chute de cinq mètres de haut, soit près de quatre fois sa taille. Ayant regagné son équilibre et quelque peu apaisé son cœur affolé, il décida de suivre le précipice, assuré de ce qu’il ne pouvait ainsi s’égarer davantage.
Sans s’en apercevoir, l’enfant franchit les éboulis, vestiges d’un pan du Mur. Il lui sembla cependant trouver la nuit plus hostile encore et, à ses oreilles, les inatteignables murmures devinrent plaintes, puis hurlements. Alors, Alpha sentit la peur lui tordre le ventre. Tant qu’il poursuivait d’imaginaires amis, ces derniers lui conféraient une impression de sécurité ; maintenant, il réalisait l’étendue de sa solitude, solitude amère qui se lovait au creux de sa gorge, gênant sa respiration. Il voulut faire volte-face et fuir ; plus proche qu’il ne le croyait du trou, son pied plongea dans le vide. L’enfant bondit en arrière pour finalement s’asseoir au sol et se rouler en boule, le visage enfoui contre ses genoux écorchés. Là, il cessa de retenir ses larmes. Grosses comme des perles, elles dévalèrent la courbe de ses joues pour aller frapper le sol.
Pourtant, l’enfant n’était pas seul.
Tout en bas, au pied de la falaise, se tenait une créature. Assurément, cette dernière n’appartenait pas à la race humaine. Etait-elle une bête pour autant ? Non pas ; il s’agissait d’un elfe. Un jeune, plus précisément, dont les flancs secoués de spasmes ne laissaient présager rien de bon quant à son état. De ses mâchoires entrouvertes s’écoulaient des caillots de sang.
Alpha perçut sa présence. Afin de mieux entendre le souffle de l’inconnu, il se glissa à tâtons jusqu’à l’extrême bord de la roche. L’inconnu, c’était non seulement cet elfe, mais aussi la forêt qui se dressait tout autour, et dont les bruits ne se donnaient qu’aux oreilles les plus attentives. Inutile de préciser qu’aux environs de Tinkreet, la rareté de la vie se comparait à celle des pièces d’or au fond des poches des galeux. Les habitants dévoraient tout.
Il fallut un certain temps à l’elfe pour prendre conscience de la présence d’Alpha au-dessus de lui, ce qui aurait aussi bien pu ne jamais se produire si le vent n’avait porté son parfum. Lorsqu’il le sut là, il se redressa, se tendit debout vers lui, tâchant de le distinguer. Il lui parla, le questionnant quant à son identité, le suppliant de lui venir en aide. Mais Alpha ne comprenait pas sa langue ni ne sentait l’odeur de son sang répandu. Il lui parla, pourtant, mais se heurta en retour à l’incompréhension de l’autre. Durant un instant infini, le silence reprit ses droits.
Enfin, le loup jaillit, rompant le simulacre de paix ambiant. Sorti de nulle part, du brouillard et des ténèbres, la gueule basse, collée au sol, il retrouvait la trace de sa proie. S’agissait-il d’ailleurs réellement d’un loup ? Jamais ni l’un ni l’autre des deux sang-d’elfe n’avait entendu grondement aussi puissant ni aussi rauque, à tel point qu’il eut pu être celui d’un ours. Mais la rapidité confondante de la bête ne trompait pas, ni non plus sa discrétion ; une brindille cédait quelque part, dans le noir total, et une fraction de seconde plus tard des feuilles crissaient, presque à l’opposé.
Alors, fou de peur, l’elfe se jeta contre la paroi de roche. De ses ongles cassés, il tenta de se hisser, cherchant frénétiquement les aspérités où il pût prendre appui. La bête se trouvait déjà derrière lui ; Alpha percevait le bruit des battements de leur cœur à tous trois, et son écho presque irréel sur la pierre. L’enfant se pencha en avant, tendant sa main en direction de l’elfe et de la bête.
Trop tard.
Le grand loup avait fauché sa proie ; déjà, il la traînait dans la poussière, l’étouffant aussi sûrement que s’il lui déchirait les poumons. Témoin aveugle de la lutte, Alpha poussa un cri, lequel surmonta un instant les gargouillis aqueux de l’elfe. Ce cri exprimait de la douleur, de la souffrance physique même. Car l’enfant avait décidé de cesser de se cantonner dans son rôle de spectateur pour devenir acteur : des extrémités percées de ses doigts dégoulinait une magie fluide, palpable, à peine maîtrisée. Laquelle se répandit dans les airs à la manière de quelque fragrance parfumée, pénétrant les poumons de la bête – l’elfe, à demi-écrasé, avait le souffle coupé. Puis cette magie, qui n’était qu’emprise toute psychologique, construction mentale de l’enfant, se déclencha, provoquant une hausse de la température. Le fauve gronda, furieux. Quelques instants après, il déguerpissait sous le couvert des arbres, crachant et sifflant, fou de douleur.
Il fallut un certain temps à Alpha pour descendre près du corps étendu : l’aube pointait déjà. Le sang n’effrayait pas l’enfant, habitué, qui palpa maladroitement la poitrine décharnée de l’elfe, où il sentit de nombreuses côtes brisées. Puis il passa à son abdomen. Il sut alors qu’il ne pouvait rien faire.
En réalité, il le savait déjà. Il l’avait su dès l’instant même où la bête avait fauché le jeune, lorsque de la gorge déployée de la victime était sorti un gargouillement humide ponctué par le craquement de ses os.
Le cœur au bord des lèvres et comme un néant dans la tête, le môme prit ses jambes à son cou.
Ce qu’il ignorait, c’était qu’un jour, il serait à son tour le loup.


Fin.
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